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Archives juillet, 2009

Drugstore #4.

Article publié le : vendredi 31 juillet 2009. Rédigé par : Liliane

Drugstore#4
envoyé par ozego6.
Dernier opus de Romain et d’Etienne. Intéressant à cause de Schmitto, journaliste Gonzo et parce que le concept n’est pas encore au point, ce n’est pas Tracks, et Drugstore lorgnerait plutôt du côté de L’œil du cyclone, émission culte des années 90... Tous les dessins sont d’Etienne.
Lien : http://lantb.net/uebersicht/?p=266

Le Livre de cuisine d’Alice Toklas.

Article publié le : mardi 28 juillet 2009. Rédigé par : Liliane

Le Livre de cuisine d’Alice Toklas, Minuit, Paris, 1981. Pp. 154-155
«Salade niçoise. Prenez des quantités égales de pomme de terre et de haricots verts coupés en dés. Faites-les cuire séparément, les pommes de terre dans de l’eau froide salée portée à ébullition, les haricots verts jetés dans l’eau bouillante salée. Ne prolongez pas trop la cuisson. Lorsque les légumes sont cuits, retirez-les de l’eau et égouttez-les. Quand ils sont froids, mélangez-les, ajoutez du jus de citron, le double d’huile d’olive, du sel et du poivre. Dressez dans un saladier et décorez avec des anchois, des olives noires et des câpres. Entourez de quartiers de tomates épluchées. Saupoudrez généreusement de basilic haché.
[…]
Salade Raphaël. Coupez la salade en bandelettes. Mélangez avec une mayonnaise faite avec une cuillerée à café de paprika à la place du poivre. Entourez de rondelles de concombre alternant avec des huitièmes de tomate épluchés et des cœurs de laitue, et intercallez de fines rondelles de radis non épluchées. Arrosez les bords d’une vinaigrette composée de deux mesures d’huile, une mesure de plus de citron, du sel, du poivre et du cerfeuil haché.»

Lien: 1944-2009, Culoz

Samedi 25 juillet 2009. Zürich. Lénine, Tzara et Green Attitude.

Article publié le : dimanche 26 juillet 2009. Rédigé par : Liliane

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Zürich, Spiegelgasse, n° 17, la maison où résida Lénine de 1916 au 27 mars 1917.

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Contre-champ de la maison de Lénine: une Green Attitude de grande ville à la londonienne.

Plus bas dans la rue, au 1 Spiegelgasse*, il y a la Galerie et le Cabaret Voltaire, ouvert le 5 février 1916 par Hugo Ball. «C’est dans ce creuset iconoclaste**, que le mouvement dada prit naissance au mois de juillet 1916: «un mot fut né, on ne sait comment DADA DADA on jura amitié sur la nouvelle transmutation, qui ne signifie rien, et fut la plus formidable protestation, la plus intense affirmation armée du salut liberté juron masse combat vitesse prière tranquillité guérilla privée négation et chocolat du désespéré.» (in «Chronique zurichoise 1915-1919», rédigée par Tristan Tzara pour l’anthologie de Richard Huelsenbeck, Dada Almanach parue à Berlin en 1920.
Dominique Noguez dans son roman Lénine Dada édité chez Laffont en 1989, et réédité en 2007, livre une vision absurde et dadaïste du bolchévisme.
Lien: Cabaret Voltaire aujourd’hui

*
«En 1916, la quasi-totalité de l’Europe est impliquée dans la Première Guerre mondiale. La Suisse, qui jouit d’une situation privilégiée due à sa neutralité, devient alors le refuge pour une multitude d’expatriés et d’insoumis. Parmi eux, l’Allemand Hugo Ball, poète en mal de liberté, hante les rues de Zurich pour trouver un lieu où des gens qui comme lui, ont fui l’horreur des combats, pourraient se réunir, un lieu « ouvert à toutes les dissidences ». Au début du mois de février, son souhait paraît exaucé puisqu’il fonde, au n°1 de la Spiegelgasse, le cabaret Voltaire. Il s’agit d’un local désaffecté, quelque chose qui ressemble à une ancienne auberge, avec une petite scène un peu délabrée et un bar. La Spiegelgasse, quant à elle, est une rue sombre où le gris des pavés le dispute à celui des façades. Au demeurant, pas de quoi faire courir les foules, mais qu’importe, le projet de Ball et sa compagne, la danseuse Emma Hennings, consiste juste à rassembler quelques amis pour « débattre, rire et danser » jusqu’au bout de la nuit.
A cette époque-là, Zurich ne manque pas de candidats à la fête, et le cabaret Voltaire, après avoir été décoré par le peintre Marcel Janco, accueillera Tristan Tzara, Hugo Ball, Richard Huelsenbeck, Hans Arp, Sophie Taeuber-Arp, Chrisian Schad ou Hans Richter, pour ne citer qu’eux. Et c’est ainsi que les nuits zurichoises s’embraseront au rythme de soirées organisées par un petit groupe d’irréductibles noctambules. A l’instar de Ball, tous restaient persuadés qu’en ces temps difficiles, quelques jeunes gens pouvaient encore « non seulement jouir de leur indépendance, mais aussi la prouver », ce qui fut fait au-delà de toute espérance. Ce « Centre de divertissement artistique », selon la formule du communiqué envoyé à la presse le 2 février 1916, fit en effet preuve d’un éclectisme et d’une inventivité hors du commun. Outre des lectures publiques de poèmes abstraits ou simultanés, les soirées russes ou françaises, les percussions africaines, les expositions de tableaux futuristes ou expressionnistes, les parades en costumes « cubistes », on vit également des danseuses avec des masques inspirés « des arts primitifs ».

**
C’est dans ce creuset iconoclaste, que le mouvement dada prit naissance au mois de juillet 1916. Fruit d’une révolte provoquée par un profond dégoût  de l’ordre occidental —cet ordre qui venait de précipité l’Europe dans un conflit d’une violence et d’une ampleur sans précédent—, dada était avant tout l’expression d’un nihilisme radical, celui d’une jeunesse désabusée dont l’objectif, à force de régression délibérée, s’incarnait dans l’espoir de reconquérir une forme de pureté originelle. Ce credo eut un retentissement international, puisque dada connut un développement fécond à New York, Paris et Berlin dans les années 20, mais aussi dans les années 60 lorsqu’il inspira notamment le mouvement Fluxus et Robert Raushenberg… Le cabaret Voltaire ferma ses portes en juillet 1916, après seulement six mois d’existence; cependant, ce qui s’y joua devait marquer à jamais l’art occidental du 20e siècle. » Franck Montel in Numéro

Jeudi 23 juillet 2009. Sils Maria. La géolocalisation des concepts.

Article publié le : vendredi 24 juillet 2009. Rédigé par : Liliane

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La pension de famille (devenue Musée) à Sils où Nietzsche séjourne sept étés, à partir de 1881 jusqu’en 1888.

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Lecture des Lettres choisies de Nietzsche, au bord du lac de Sils ou de la difficulté d’appréhender trois concepts-clés de Nietzsche.

Genèse géolocalisée des trois concepts associés, —la «volonté de puissance», l’«éternel retour», «la conversion des valeurs»—, à travers la chronologie et les notes de Marc de Launay, associées aux Lettres de Nietzsche écrites à Sils, et à Gênes.

p. 339.
«Durant l’automne 1880, Nietzsche note les premières ébauches de sa théorie des instincts: la « volonté de puissance ».»

p. 386.
Note 3 de la lettre 55 — A Heinrich Köselitz (p. 189)
«la première esquisse de l’idée d’éternel retour date du début août « à Sils-Maria, 6 000 pieds au-dessus de la mer et bien plus haut encore au-dessus des affaires humaines! […] Dans l’œuvre publiée, on en trouvera une expression dans l’avant-dernier aphorisme de la première édition du Gai Savoir (1882), § 341.»

p. 193.
Lettre 59 — A Heinrich Köselitz, Sils-Maria, le 14 août 1881
«Le soleil d’août brille sur nos têtes, l’année s’écoule, tout devient plus calme et paisible sur les montagnes et dans les forêts. Des idées ont surgi à mon horizon, telles que je n’en avais jamais eu de pareilles —mais je ne veux rien en dire et m’en tenir moi-même à un calme inébranlable.» (1)
Note 1, p. 386-387.
«Nietzsche vient de parvenir à l’apogée de sa pensée philosophique: le couplage de la « volonté de puissance » et de l' »éternel retour » qui en est la conséquence logique. Dans Humain, trop humain, § 136, il exigeait déjà que la « science » (c’est-à-dire une psychologie doublée d’une critique historique des mobiles) soit une « imitation de la nature »; mais il n’avait pas encore élaboré sa propre conception de la « nature ». Désormais, la « nature » est ce que nous percevons des manifestations de la dynamique des instincts, et cette dynamique, commandée par la « loi » du plus grand épanchement (la « décharge ») et limitée par le postulat d’une quantité immuablement fixe d’énergie, débouche nécessairement sur la répétition de configurations pulsionnelles, sinon en tout point identiques, du moins similaires et comparables. D’autre part, cette répétition se fonde sur la présence, en toute configuration, d’une part d’énergie qui ne trouve pas à s’épancher et qui va entraîner une relance de la dynamique des pulsions: l’éternel retour est d’abord logiquement déduit de la volonté de puissance avant de se muer peu à peu en une conception du temps, puis pour finir, de l’histoire (la succession des « conversions de valeurs »). Nietzsche n’a jamais parlé à quiconque ouvertement de l’éternel retour, à l’exception d’une seule personne Lou Salomé.»

p. 202.
Lettre 59 — A Heinrich Köselitz, Gênes, le 25 janvier 1882
Note 2, p. 392.
«amor fati, autre expression de l’éternel retour, Le Gai Savoir, § 276.»
Note 6, p. 393.
«L’idée de l’éternel retour, Nietzsche l’expose, pour la première fois, à l’aphorisme 341 du Gai Savoir, l’avant-dernier du dernier livre de l’édition de 1882, en annonçant, à l’aphorisme 342, la « venue » de Zarathoustra —qui est consacré, précisément, à l’exposé du chemin suivi par Nietzsche de la « volonté de puissance » à l’éternel retour et à l’amor fati

p. 314.
Lettre 125 — A Meta von Salis, Sils, le 7 septembre 1888
«[…] le 3 septembre fut un jour remarquable. J’ai écrit, tôt le matin, mon avant-propos à ma Conversion de toutes les valeurs, l’avant-propos le plus fier qui ait sans doute jamais été écrit (1). Après, je suis sorti —et quoi? La plus belle journée que j’ai vue en Engadine— une puissance lumineuse de toutes les couleurs, un bleu sur le lac et dans le ciel, une clarté de l’air, absolument inouï… Ce n’était pas simplement ma propre appréciation… Les montagnes blanches jusqu’en bas —car nous avons eu de vraies journées hivernales— accentuaient en tout cas l’intensité de la lumière. […]
L’après-midi, j’ai fait le tour du lac de Silvaplana: cette journée restera vraisemblablement dans ma mémoire. […]
L’année prochaine, je vais me décider à faire imprimer ma Conversion de toutes les valeurs (5), le livre le plus indépendant qui soit… Non sans hésitation! Le premier livre, par exemple, s’intitule L’Antéchrist
Note 1, p. 440.
[…] «Nietzsche a abandonné le projet en quatre livres de l’ouvrage sur la « volonté de puissance; s’y substitue, désormais, l’autre projet, celui de la « conversion des valeurs », également en quatre livres: L’Antéchrist (critique du christianisme), L’Esprit libre (« critique de la philosophie comme mouvement nihiliste »), L’Immoraliste (« critique de la morale »), et Dionysos (« philosophie de l’éternel retour »).
Note 5, p. 441.
«[…] la « conversion des valeurs » est achevée avec ces deux livres que sont le Crépuscule des idoles et L’Antéchrist; « L’Immoraliste et « Dionysos » ne sont plus nécessaires et leur fonction est assurée par Aurore, Le Gai Savoir, Pour une généalogie de la morale, d’une part, Ainsi parlait Zarathoustra et Par delà bien et mal, d’autre part. Le 26 novembre, Nietzsche écrira à Paul Deussen que sa « conversion des valeurs est achevée avec L’Antéchrist« .»

Mercredi 22 juillet 2009. Vals végétal.

Article publié le : jeudi 23 juillet 2009. Rédigé par : Liliane

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Un chèvrefeuille à taille humaine, courbé sur la clôture ordinaire d’un jardin peu entretenu d’une maison particulière du village de Vals. Trois séquences:
1.
«Le Jardin de Julie» dans La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau, quatrième partie, lettre 11 (extrait):

«Je me mis à parcourir avec extase ce verger ainsi métamorphosé ; et si je ne trouvai point de plantes exotiques et de productions des Indes, je trouvai celles du pays disposées et réunies de manière à produire un effet plus riant et plus agréable. Le gazon verdoyant, mais court et serré, était mêlé de serpolet, de baume, de thym, de marjolaine, et d’autres herbes odorantes. On y voyait briller mille fleurs des champs, parmi lesquelles l’œil en démêlait avec surprise quelques-unes de jardin, qui semblaient croître naturellement avec les autres. Je rencontrais de temps en temps des touffes obscures, impénétrables aux rayons du soleil, comme dans la plus épaisse forêt ; ces touffes étaient formées des arbres du bois le plus flexible, dont on avait fait recourber les branches, pendre en terre, et prendre racine, par un art semblable à ce que font naturellement les mangles en Amérique. Dans les lieux plus découverts je voyais çà et là, sans ordre et sans symétrie, des broussailles de roses, de framboisiers, de groseilles, des fourrés de lilas, de noisetier, de sureau, de seringa, de genêt, de trifolium, qui paraient la terre en lui donnant l’air d’être en friche. Je suivais des allées tortueuses et irrégulières bordées de ces bocages fleuris, et couvertes de mille guirlandes de vigne de Judée, de vigne vierge, de houblon, de liseron, de couleuvrée, de clématite, et d’autres plantes de cette espèce, parmi lesquelles le chèvrefeuille et le jasmin daignaient se confondre. Ces guirlandes semblaient jetées négligemment d’un arbre à l’autre, comme j’en avais remarqué quelquefois dans les forêts, et formaient sur nous des espèces de draperies qui nous garantissaient du soleil, tandis que nous avions sous nos pieds un marcher doux, commode et sec, sur une mousse fine, sans sable, sans herbe, et sans rejetons raboteux. Alors seulement je découvris, non sans surprise, que ces ombrages verts et touffus, qui m’en avaient tant imposé de loin, n’étaient formés que de ces plantes rampantes et parasites, qui, guidées le long des arbres, environnaient leurs têtes du plus épais feuillage, et leurs pieds d’ombre et de fraîcheur. J’observai même qu’au moyen d’une industrie assez simple on avait fait prendre racine sur les troncs des arbres à plusieurs de ces plantes, de sorte qu’elles s’étendaient davantage en faisant moins de chemin. Vous concevez bien que les fruits ne s’en trouvent pas mieux de toutes ces additions ; mais dans ce lieu seul on a sacrifié l’utile à l’agréable, et dans le reste des terres on a pris un tel soin des plants et des arbres, qu’avec ce verger de moins la récolte en fruits ne laisse pas d’être plus forte qu’auparavant. Si vous songez combien au fond d’un bois on est charmé quelquefois de voir un fruit sauvage et même de s’en rafraîchir, vous comprendrez le plaisir qu’on a de trouver dans ce désert artificiel des fruits excellents et mûrs, quoique clairsemés et de mauvaise mine ; ce qui donne encore le plaisir de la recherche et du choix.»

2.
Ce rapport de « personne à personne » avec ce chèvrefeuille très embaumant, là dans la rue, à Vals, renvoie à ce désir d’incorporation d’un parfum, commun à une belle personne et à une belle plante et, au-delà, à ce récit anthropologique symbolique originaire de Françoise Héritier, Une pensée en mouvement (3)  fondé sur le rapport de la personne au végétal et à l’alimentation même. (pp. 77-78)

«Il existait chez les bouddhistes, au Ve siècle ap. JC, une ascèse pour parvenir à l’état de bienheureux. Elle consistait à se priver progressivement de nourriture. Les jeunes enfants étaient privés de nourriture carnée, puis progressivement l’ascèse concernait les légumineuses, puis les « sept céréales », supprimant peu à peu toutes les nourritures végétales.
Après un certain nombre d’années marquées par ces étapes à franchir, l’individu ne se nourrissait plus que d’écorces, de gommes, de résines, de thym, de fleurs qui étaient censées le transformer en une jarre pleine d’encens. Son corps devenait alors un réceptacle d’huile parfumée. L’homme enfin prêt, se destinait à la crémation de son vivant pour devenir bienheureux et sauver le monde.
On construisait dans la montagne un immense bûcher. La foule venait en masse pour contempler ces hommes, généralement âgés d’une trentaine d’années, s’installer dans la position du lotus et exhaler tous les parfums de la terre en brûlant. Seuls les bras, les jambes et la tête étaient censées brûler. On retrouvait le tronc, tel un vase dispensateur de richesses.»

3.
Vals, vue générale

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Vals, les foins faits en famille: un corps à corps jardiniste et productif entre personnes et végétaux.

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Sur l’autre versant, des chalets-granges à foin. Les vaches sont invisibles, elles paissent plus en hauteur…

Mardi 21 juillet 2009. Vals. Energie renouvelable.

Article publié le : mercredi 22 juillet 2009. Rédigé par : Liliane

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Vals, Grisons, Suisse. Cloture électrique d’un pré du versant ouest de la vallée.

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Vals. À l’entrée des thermes de Zumthor.

Vendredi 17 juillet 2009. Villa Le Cèdre.

Article publié le : vendredi 17 juillet 2009. Rédigé par : Liliane

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Tout part du cèdre venu d’un autre âge plus glorieux. La Villa Le Cèdre, 86 avenue du Petit Port à Aix-les-Bains est sise derrière l’arbre. C’est une villa moyenne, dans un très long parc étroit (bribe du domaine ancien contenant le dit cèdre), très vert, comme non entretenu, et qu’un long mur d’enceinte comme une fortification qui aurait muté en haie très épaisse primitive, sépare du parking et de l’immeuble HLM afférant dont la façade longiligne sans espace vert  donne sur l’asphalte lisse de ce long espace parking confortable pour un cheptel de voitures dont les museaux reniflent l’ampélopsis du mur-haie (un peu proustien-laborieux, le style!).

Samedi 11 juillet 2009. Léo à Lausanne.

Article publié le : mercredi 15 juillet 2009. Rédigé par : Liliane

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Léo, un garçon bien. Né en 1998 à Lyon, vit et étudie à Saint Didier au Mont d’Or, avec ses parents Franck et Sylvie et son frère Victor. Visite à Lausanne, avec Sylvie, Franck et L. de l’exposition Grands Paysages d’Europe à la galerie Lucy Mackintosh (en arrière-plan de la photo), à propos notamment de grands projets de réhabilitation de sites post-industriels, dont celui de Lyon-Confluences, dans lequel Sylvie est chef de projet.

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Dimanche 12 juillet au Murget.
L’anniversaire de Victor (14 ans), Sylvie et Jean-Louis.
Lien: Portrait de Victor

Mardi 14 juillet 2009. Le «mystère de l’identité nationale»

Article publié le : mardi 14 juillet 2009. Rédigé par : Liliane

Marcel Detienne*
«La France sans terre ni mort» in Le Monde, Dimanche 12, lundi 13 juillet 2009. Extraits.

«Voici quelques jours, le hasard m’a fait croiser un aimable « non-autochtone ». C’était à l’occasion d’un séminaire de recherche sur le principe d’incertitude du droit à l’identité (un sujet pointu pour anthropologues, théologiens et services de police). Curieux de savoir pourquoi je l’avais ainsi salué avec un sourire complice, mon interlocuteur m’a demandé ce que voulait dire « autochtone » en français et quel rapport il y avait entre cette étrange qualité et ce qu’on appelle l' »identité nationale« . Il avait entendu dire qu’elle existait en carte. Pouvait-on la trouver dans un distributeur, et où donc?

Autochtone, lui dis-je en m’excusant de la sonorité barbare, est un mot d’origine grecque; il signifie que l’on se croit né de la terre même où l’on est. En Occident, si bizarre que cela paraisse, tout ce qui est « grec », peu ou prou, est important. Un simple coup d’oeil sur le passé proche.

Au milieu du Ve siècle avant notre ère, une petite cité-village de l’Hellade a été frappée par le virus de l' »hypertrophie du moi », une épidémie redoutable qui a conduit là-bas à instituer une cérémonie annuelle où un orateur, expert en oraison funèbre, célébrait devant les cercueils des morts à la guerre la gloire immémoriale des Athéniens.

C’est ainsi que se nomment les seuls des Grecs à se croire « nés d’eux-mêmes » et destinés à apporter la « civilisation » à l’espèce humaine. Ce virus, heureusement, ne se transmet pas aux animaux, mais, après une période de latence, il peut être réactivé dans le genre humain.

C’est ce qui est arrivé en Europe, au XIXe siècle, quand les peuples, les nations, les citoyennetés sont devenus des enjeux majeurs entre des Etats concurrents. Je parle de l’Europe, car de l’autre côté de l’Atlantique, en 1776, quand treize petites colonies décident de se fédérer contre les Anglais, elles évitent de parler de « nation ». Ne sont-elles pas entourées et peuplées de Noirs esclaves et d’Indiens « déjà là »?

Ceux qui se proclament « native Americans » au début du XXe siècle, les vrais Américains, le font pour tenter d’exclure les immigrants irlandais, polonais ou italiens qui menacent leur « identité », riche déjà de plusieurs générations. On le voit: il n’est pas simple de s’y retrouver entre indigènes, natifs, autochtones, nationaux, de souche, voire enracinés. Comment expliquer en deux mots pourquoi, par exemple, la France (comme d’ailleurs les Etats-Unis) refuse de reconnaître les droits des peuples autochtones, aujourd’hui 1200, alors que les juristes des Nations unies peinent à distinguer les peuples premiers de ceux qui seraient autochtones?

Pour un « non-autochtone » sans préjugés, le mieux, semble-t-il, est d’avoir quelque lumière sur la chose dite « identité nationale ». Bien étrange pour qui vient d’ailleurs, mais assez simple à décrire dans la terre des Gaulois et des Francs où elle est née et a grandi. C’est, en effet, la France d’Europe (et non pas celle d’outre-mer) qui constitue le meilleur laboratoire pour analyser l’alchimie de l’identité nationale.

Elle pourrait commencer par une approche légère et sans ornement de l’identité collective: ce qui permet à des êtres humains de croire qu’ils appartiennent à un groupe dont les individus se ressemblent plus que d’autres, parce que, comme il se dit, ils sont nés d’un même sol ou possèdent le même sang depuis toujours. En bref, l’identité d’une collectivité renvoie à la « mêmeté », être les mêmes, rester les mêmes. Ce qui peut survenir dans le cadre d’une tribu, d’une ethnie ou d’une nation. Comme vous l’entendez.

Dans « identité nationale », le terme identité est premier. Chacun peut savoir que, au XIXe siècle, c’est un terme technique de la médecine légale: il renvoie à la reconnaissance d’une personne en état d’arrestation, d’un prisonnier évadé, d’un cadavre ou squelette soumis à l’examen des services de police judiciaire pour établir s’il est bien celui de tel individu distinct, en principe, de tous les autres. « Identité » surgit entre le mort et le vif.

Cette première procédure s’ouvre directement sur l’objet matériel baptisé « carte d’identité », tout au long d’une histoire tumultueuse, passant par les techniques d’identification policière, l’invention des empreintes digitales et les différents labyrinthes juridiques pour aboutir en 1941, sous le régime de Vichy, à la création d’un « carnet signalétique individuel » des Français, suivi de près, en 1947, par le modèle « définitif » de la carte d’identité. Entre Pétain et de Gaulle, l’Etat français avait donné au « national » son support technologique en identification.

Quant au « national », dis-je à mon « non-autochtone », il avait poussé et bien grandi à côté de sa soeur identité. Historiens, idéologues, politiques, religieux: tous ont pris une part active à lui donner ses traits fondamentaux. Les historiens, dès les années 1880, se mettent à écrire une Histoire de la France, née d’elle-même ; les idéologues, parallèlement, entreprennent de forger une « conscience française » sur les fondements de « La terre et les morts ». Les politiques renforcent l’action des idéologues et des historiens en instituant un grand culte national des « morts pour la patrie », agencé à une puissante culture du national (répondant à la culture de la race des ennemis essentiels depuis la défaite de 1870).

Quant aux religieux qui avaient inventé au XIIe siècle le « cimetière chrétien », excluant les juifs, les infidèles, les étrangers et autres mécréants, ils continuent à entretenir, d’une République à la suivante, la croyance que nous sommes les héritiers des morts, de nos morts plus précisément, et depuis la préhistoire. De « grands historiens » s’en portent garants avec l’extrême droite et ses suiveurs.

A mesure qu’une société choisit de se reconnaître dans ses morts, dans la terre où elle s’enracine, dans celles et ceux, de mieux en mieux identifiés, qui lui appartiennent vraiment, elle doit exclure tout ce qui n’est pas du cru, de chez elle, non « natural« , disent les Anglo-Saxons, c’est-à-dire les étrangers, les Foreigners, et, en premier, les immigrés, si souvent utiles, sinon indispensables dans les économies européennes, hier, aujourd’hui et demain. Peu importe que, devenus des citoyens comme les autres à la deuxième, sinon à la première génération, en terre de France, les étrangers-immigrés sont immédiatement reconnus coupables des infortunes économiques et des angoisses sociales qui surviennent ici et là.

Terre d’excellence, la France ne cesse de cultiver ce qu’elle appelle sa « singularité ». Historiens et politiques (ils ont souvent appris la même histoire à la « communale ») s’affairent à accumuler les preuves de l' »exception » française dans tous les domaines de l’intelligence et des compétences, les candidats aux dernières élections présidentielles dans cette province de l’Europe en témoignent par des proclamations, comme: La France, c’est charnel; c’est un miracle; elle seule peut exprimer les besoins profonds de l’esprit humain; la biologie essentielle du peuple français en fait un groupe à part; immigrés et étrangers sont une menace pour l’avenir de la France et son identité nationale.

Depuis les avancées de l’extrême droite avec ses 30 % de partisans et de sympathisants, en 2002, c’était dans l’air du temps. Il a fallu la rencontre sous la Coupole de deux historiens pour que jaillisse l’idée neuve qu’il y a un « mystère de l’identité nationale » et que s’impose, à gauche comme à droite, l’évidence que l’identité nationale est en crise: crise de notre identité historique, les historiens la diagnostiquent en experts, mondialement reconnus; essayistes et philosophes le confirment: il y a rupture du lien avec nos morts. Dans l’urgence, le projet d’un ministère de l’identité nationale devient une mesure de salut public.

Il ne suffit pas de recourir à l’autosuffisance de l’imaginaire national, ni aux « Trente journées qui ont fait la France ». Des informaticiens français mettent au point la machine intelligente qui permet de définir tous les paramètres de l’identité nationale: iris et rétine, empreintes des doigts (du pied et de la main), âge, religion, lieu de naissance et de mouvance, casier judiciaire, couleur, ADN, goûts, lectures, fréquentations et toutes les nuances des sentiments d’appartenance à quoi que ce soit.

Il est temps de demander courtoisement à mon vis-à-vis d’où il vient, s’il est comme moi, un nomade sans racines: non point, me dit-il, « je suis un Mayagyar de souche« . Parfait, vous êtes ici au pays de la Révélation de l’identité nationale. Un ministère flambant neuf vous attend si vous souhaitez être assimilé, mixé, brassé, métissé, inséré, intégré ou sinon expulsé, c’est tout droit, dans le fond. Lui seul connaît et possède la vérité de l’identité nationale. Bon vent!»

*Marcel Detienne est anthropologue et helléniste. Il est directeur d’études honoraire à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) et professeur émérite à l’université Johns Hopkins de Baltimore D (Etats-Unis). Parmi ses derniers ouvrages: Comparer l’incomparable (Seuil, 2009); Où est le mystère de l’identité nationale? (Panama, 2008); Les Grecs et nous (Perrin, 2005).
Lien: Donzère, direction Calais

Dimanche 12 juillet 2009. Musilac. Aix-les-Bains

Article publié le : lundi 13 juillet 2009. Rédigé par : Liliane

Franz Ferdinand, Can’t Stop Feeling, 2009. Dernier clip over-designed, post Talking Heads, dirons-nous, et bravo pour le petit débardeur troué en laine (ou en coton) gris flanelle d’Alex Kapranos.

A Aix, ce dimanche 12 juillet, sur la scène de Musilac, dressée sur l’esplanade qui longe le lac du Bourget entre le Grand Port et le Petit Port, Franz Ferdinand passe vers minuit, longuement. Avec Franck, Victor et Max, l’impression de faire partie d’une foule intelligente (smart mob) et sensible, une foule «sentimentale, soif d’idéal…».

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Léo à Musilac, © Franck, son père.