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Archives août, 2009

Habib Ouane. Les Pays les Moins Avancés.

Article publié le : jeudi 27 août 2009. Rédigé par : Liliane


Habib Ouane, directeur en charge de l’Afrique et des pays les moins avancés de la Cnuced, commente le rapport 2009 de la conférence des Nations unies sur le commerce et le développement qui analyse l’impact de la crise sur les pays pauvres [les Pays les Moins Avancés dits les PMA]. France 24, jeudi 13 août 2009.

Les PMA ou cet «autre monde»…

«Le monde, […] tel qu’en apparence il existe, n’est pas celui de tout le monde. Car les démocrates, gens de l’emblème [démocratique], gens de l’Occident, y tiennent le haut du pavé, et les autres sont d’un autre monde qui, en tant qu’autre, n’est pas un monde à proprement parler. Tout juste une survivance, une zone pour les guerres, les misères, les murs et les chimères. Dans ce genre de « monde », de zone, on passe son temps à faire ses bagages, pour fuir l’horreur, ou pour partir où? Chez les démocrates, évidemment, qui prétendent régenter le monde et ont besoin qu’on travaille pour eux. On fait alors l’expérience que, bien au chaud sous leur emblème, les démocrates ne veulent pas de vous, qu’ils ne vous aiment pas. Au fond, il y a une endogamie politique: un démocrate n’aime qu’un démocrate. Pour les autres, venues des zones affamées ou meurtrières, on parle alors de papiers, frontières, camps de rétention, surveillance policière, refus de rassemblement familial… Il faut être « intégré ». A quoi? A la démocratie, sans doute. Pour être admis, et peut-être un jour lointain salué, il faut s’être entraîné chez soi à devenir démocrate, de longues heures, en travaillant dur, avant de s’imaginer pouvoir venir dans le vrai monde. Entre deux giclées de plomb, trois débarquements de parachutistes humanitaires, une famine et une épidémie, travaillez votre manuel d’intégration, le livret du petit démocrate! C’est un examen redoutable qui vous attend! Du faux monde au « vrai » monde, la passe est une impasse. Démocratie, oui, mais réservée aux démocrates, n’est-ce-pas? Mondialisation du monde, certainement, mais sous la condition que son extérieur prouve qu’il mérite enfin d’être à l’intérieur.
En somme, de ce que le « monde » des démocrates n’est nullement le monde de « tout le monde », s’ensuit déjà que la démocratie, en tant qu’emblème et gardienne des murs où jouit et croit vivre son petit monde, rassemble une oligarchie conservatrice, dont tout l’office, souvent guerrier, est de maintenir, sous le nom usurpé de « monde », ce qui n’est que le territoire de sa vie animale.» Alain Badiou, extraits, in «L’emblème démocratique» p. 16, Démocratie dans quel état?, La fabrique, 2009.

Dimanche 23 août 2009. Edgar Quinet

Article publié le : mardi 25 août 2009. Rédigé par : Liliane

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Dimanche 24 août 2009. Edgar Quinet. De quoi demain sera-t-il fait? D’enfer ou de prés verts?

Samedi 22 août 2009. Chien drôle.

Article publié le : samedi 22 août 2009. Rédigé par : Liliane

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Samedi 22 août 2009. Paris 11e. Etienne et ce chien drôle.

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The above cartoon by Peter Steiner has been reproduced
from page 61 of July 5, 1993 issue of The New Yorker, (Vol.69 (LXIX) no. 20)
only for academic discussion, evaluation, research and complies
with the copyright law of the United States as defined and stipulated under Title 17 U. S. Code.

YonaFriedman

«J’ai entendu parler de nombreux livres écrits à propos du dressage des chiens, de leurs rapports avec leurs maîtres et de la façon dont nous devons nous comporter avec eux.
Je n’ai pas lu ces livres (je suis très myope). Mais je sais, par expérience, combien il est délicat de dresser son maître.
C’est pourquoi j’ai pensé qu’un livre d’éducation réservé à nos maîtres serait de la plus grande utilité.
Vous avez un chien est un manuel de vie pour tous ceux et toutes celles qui ont vécu, vivent ou vivront avec des animaux … ou d’autres êtres vivants.»
Balkis Berger-Dobermann

Tetsuya Nagato. Petits jours. 2007.

Article publié le : vendredi 21 août 2009. Rédigé par : Liliane
Tetsuya Nagato, Petits jours, Small Days, film au téléphone portable, 2mn 20s, 2007.

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Tetsuya Nagato, né en 1970, artiste. Son film fait au téléphone portable, Petits Jours, Small Days a été présenté au Pocket Film Festival à la Graduate School of Films and New Media de la Tokyo University of the Arts, Yokohama en décembre 2007 puis à Paris en 2008.
Ou d’un home-art enfantin dans un esprit élégant proche de celui de Bruno Munari et de Enzo Mari.
Le film est visible sur la page Pocket Films Archive 2007 du site Pocket Films japonais : http://www.fnm.geidai.ac.jp/pocketfilms/archive/2007/theme/screen/
Site de Tetsuya Nagato: http://www.nagato.org/

30 octobre 2002. Naoshima.

Article publié le : mardi 11 août 2009. Rédigé par : Liliane

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30 octobre 2002. Île de Naoshima, Japon. Champ-contrechamp. Intérieur : chambre de la Benesse House, Tadao Ando architecte. Extérieur : mer intérieure du Japon.

18 décembre 2005. Kleine Scheidegg, sous la Jungfrau.

Article publié le : mardi 11 août 2009. Rédigé par : Liliane

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18 décembre 2005, 13h40, Kleine Scheidegg, sous la Jungfrau.

Michael Mann: «I’m interested in extreme conflict».

Article publié le : lundi 10 août 2009. Rédigé par : Liliane

michaelmann
2 juillet 2009. Interview pour le Guardian à propos de Public Enemies.

Conversation avec Jean-François Richet (auteur de Mesrine), dans la revue Première. Extraits des paroles de Michael Mann à propos de Dillinger.

[…] «John Dillinger était l’un de ces hommes crucifiés par la modernité, comme les personnages de La Horde sauvage . Ils sont réellement grands mais n’ont plus leur place dans leur époque. Si sa vision des choses avait été inspirée par Marx, Hegel, Freud ou Jung, il aurait pensé: «Je peux influer sur les circonstances et les conditions de mon existence, et le résultat s’en trouvera changé.» Mais lui et ses amis gangsters ne pensaient pas du tout comme ça. Tels des calvinistes sans dieu, ils ne croyaient qu’au destin. D’où ce genre de phrase: « Il y a une balle avec ton nom dessus. » Ou: « Lorsque ton temps est fini, ton temps est fini. » C’est ce fatalisme qui m’a attiré. Je me suis alors demandé comment raconter cette histoire. C’est un enjeu d’écriture. La réponse passe d’abord par une immersion du spectateur dans la pensée de Dillinger, inébranlable quel que soit le contexte. D’autre part, il fallait rendre la brièveté de sa vie et de celle de ses complices. Ils volaient une banque, se planquaient dix jours en attendant que leurs blessures guérissent et repartaient braquer une autre banque à mille kilomètres de là. En tout, l’équipée de Dillinger aura duré treize mois. Pour exprimer un peu de cette brièveté, j’ai adopté une cadence narrative intense et rapide mais j’ai par ailleurs essayé autant que possible de faire partager aux spectateurs la vie des personnages, leurs sentiments, ce qu’ils comprenaient. Généralement, les deux ne vont pas ensemble: une intrigue événementielle d’un côté, un parcours intérieur de l’autre. C’est pourquoi beaucoup de choses sont exprimées sans mots. À cet égard, j’espère avoir transmis ce que pense Purvis (Christian Bale), l’agent fédéral qui poursuit Dillinger. Son sentiment de vide et de n’être pas à sa place.»
[…] «Il fallait évidemment oublier la légende [de Dillinger] et coller à la réalité. Pour y arriver, j’ai fait énormément de recherches avec mon équipe à partir de l’excellent livre de Bryan Burrough, puis nous avons enquêté par nous-mêmes au fil de l’écriture. Il se trouve que ces gangsters ont formé les meilleures équipes de vol à main armée de l’histoire des États-Unis. Ils avaient adopté les méthodes d’un certain Herman K. Lamm, un ancien soldat prussien qui avait appliqué les tactiques militaires aux attaques de banques en inventant un système où chacun avait son poste et sa mission, comme dans une petite unité de commando. Les butins étaient énormes: 74 000 dollars en 1933, ce qui est l’équivalent de 14 millions de dollars actuels. À titre de comparaison, l’homme de la rue gagnait à l’époque 500 dollars par an s’il avait la chance d’avoir un emploi –le taux de chômage atteignait 40 %. Ces types vivaient au jour le jour, sans penser au lendemain. Avec ce qu’ils avaient amassé (600 000 dollars), ils auraient pu partir à Manille, Rio, Hong Kong. Mais rien. Aucun plan. C’est fascinant. Je me suis aussi demandé ce qu’ils pouvaient penser pendant les hold-up. Pour ça, je me suis documenté auprès d’un ancien braqueur qui m’a appris que le pic d’anxiété survient quand il faut quitter les lieux»
[…] «Pour moi, il y a toujours une nouvelle limite à dépasser, une technique inédite à maîtriser ou une façon de détailler plus profondément un personnage. Récemment, je me suis intéressé au degré d’intensité qu’il est possible d’obtenir en ne coupant pas les scènes. Certaines de mes séquences préférées dans Public Enemies sont celles qui sont le moins coupées. Par exemple, pour filmer Marion Cotillard s’échappant de son appartement, nous avons élaboré des mouvements de caméra compliqués, mais la séquence est composée de seulement trois plans. D’autres séquences n’ont pas fonctionné aussi bien, et nous avons dû y renoncer dans la salle de montage.»

Des films de référence pour Michael Mann: La rue sans joie (Pabst), Faust (Murnau), Le Cuirassé Potemkine (Eisenstein), La Passion de Jeanne d’Arc (Dreyer), Citizen Kane (Welles), L’Année dernière à Marienbad (Resnais), Dr. Folamour (Kubrick), La Poursuite infernale (Ford), Raging Bull (Martin Scorsese), La Horde sauvage (Peckinpah), Apocalypse Now (Coppola).

Jeudi 6 août 2009. Avenue Philippe Auguste.

Article publié le : samedi 8 août 2009. Rédigé par : Liliane

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Avenue Philippe Auguste, Paris 11e, 11h 55. En attendant que le magasin bio de chez bio sur le trottoir d’en face ouvre.

La photo de famille, comme constituante du social par la reconnaissance de l’altérité…

Article publié le : dimanche 2 août 2009. Rédigé par : Liliane

La photo de famille ou le goût pour les «airs de famille»*, comme antidote au «clonage attentatoire, non pas à la dignité humaine, mais à la constitution du social par la reconnaissance de l’altérité.»

Françoise Héritier, La pensée en mouvement, pp. 121
«L’individu en société connaît deux grands plaisirs: le plaisir de l’entre-soi dans la consanguinité et la territorialité, c’est-à-dire le plaisir d’être auprès de ses proches et familiers, et le plaisir de l’entre-soi de genre, c’est-à-dire le plaisir d’être entre hommes ou entre femmes. Le plaisir de l’entre-soi de la consanguinité a été très rapidement inhibé par l’interdit de l’inceste. « Closes sur elles-mêmes », disait Levi-Strauss, il fallait que les unités consanguines s’ouvrent pour la société s’installe. L’interdiction des rapports sexuels avec les proches consanguins oblige les individus à aller chercher leur conjoint dans d’autres unités consanguines. La société résulte de multiples alliances entre des unités consanguines qui éclatent.
En revanche, le social tolère très bien les entre-soi de genre tant que les rapports d’alliance matrimoniale favorisent les rapports sociaux économiques, politiques et militaires, ou ne leur nuisent pas. Mais si l’entre-soi de genre parvenait à réaliser le mythe des origines, à savoir la reproduction des garçons par les hommes et des filles par les femmes, la société deviendrait non viable. Le recours à l’autre sexe ne serait plus apparemment nécessaire pour se reproduire, ce qui entraînerait la perte du lien social par la rencontre sexuelle de l’homme et de la femme appartenant à des groupes différents de consanguinité.
C’est pour parer à cette dérive que les gouvernements ont interdit le clonage reproductif, même si la véritable raison n’en a pas été perçue. S’il était autorisé, le clonage reproductif pourrait dont modifier les rapports entre les sexes. Mais je doute qu’il le soit pour une autre raison que je vais développer.» (voir le post précédent/suivant http://lantb.net/uebersicht/?p=1200)

*«airs de famille», et ceux de Wittgenstein quels sont-ils?

Françoise Héritier. La valence différentielle des sexes.

Article publié le : dimanche 2 août 2009. Rédigé par : Liliane

Françoise Héritier. Une pensée en mouvement. Odile Jacob. Paris. 2009

Pp. 106-107
La valence différentielle des sexes.*
«Les hommes et les femmes ont les mêmes capacités cérébrales, physiques, mentales, intellectuelles et morales.» […]
«Une seule différence de nature entre les hommes et les femmes: l’enfantement, cette asymétrie biologique qui fait que ce sont les femmes […] qui ont la capacité de faire dans leur corps, aussi bien leur semblable, des filles, que du différent, des garçons. [Et] c’est l’incapacité des hommes à reproduire directement leur semblable qui est à la base des dépossessions dont ont été victimes les femmes: […] A côté des mythes, des systèmes de pensée se sont développées sous diverses formes. Une trame essentielle est celle-ci: si les femmes fabriquent des corps différents, elles ne peuvent le faire d’elles-mêmes. « Cela » est mis dans leur corps par l’homme ou par des esprits ancestraux. Pourquoi naissent alors des filles? Cela peut être l’influence d’esprits féminins, certes, mais aussi parce que le rapport sexuel peut être perçu comme une lutte entre des instances et des substances. Selon que l’une ou l’autre domine vient une fille ou un garçon. Pour Aristote, qui présente un modèle très achevé, la femme ne fournit que de la matière, qui prolifère de manière monstrueuse si elle n’est pas dominée par le pneuma contenu dans le sperme. La première monstruosité est déjà la naissance d’une fille quand la puissance génétique masculine fait défaut. A cette aune, —l’obligation de passer par le corps des femmes pour faire des fils— et compte tenu du temps que prend le processus, l’idée s’est imposée aux hommes qu’il fallait s’approprier les femmes reproductrices de leurs semblables. Les femmes sont ainsi les ressources nécessaires.»

Pp. 121-122.
Le clonage impossible.
«S’il était autorisé, le clonage reproductif pourrait modifier les rapports entre les sexes. Mais je doute qu’il le soit jamais pour une autre raison que je vais développer.
Par le clonage reproductif, le mâle pourrait se reproduire à l’identique. Mais il ne pourrait le faire seul: il a besoin d’ovules et d’utérus. On imagine qu’il pourrait passer par des utérus de truies ou de vaches, mais l’ovule doit être humain. Le clonage reproductif masculin impliquerait donc une énorme demande d’organismes féminins pour fournir des ovules et des utérus. Ce serait une mise en sujétion commerciale dramatique pour le genre féminin. S’il n’est plus nécessaire de passer par l’amour, le désir et les relations sexuelles pour procréer, cela signifie que les femmes seraient véritablement réduites au rôle de productrices d’ovules pour permettre aux hommes de se reproduire à l’identique. Le corps féminin serait alors complètement instrumentalisé et soumis à la réalisation du fantasme masculin.
A l’inverse, le sexe féminin pourrait se reproduire à l’identique par le clonage sans avoir aucunement recours au sexe masculin. Il suffirait aux femmes de ponctionner une ovule, de l’énucléer, de remplacer le noyau par une cellule somatique prélevée sur leur organisme et de réimplanter le tout dans leur propre utérus.
Le danger est plutôt de ce côté-là. C’est la raison pour laquelle je considère personnellement que le clonage reproductif comme méthode normale, nouvelle, de reproduction ne sera jamais possible. Bien sûr, le danger existe de la mise en sujétion des femmes par la violence masculine, en ce qui concerne le clonage reproductif des hommes. Mais c’est surtout le fait qu’il ne serait plus du tout nécessaire de conserver des exemplaires masculins pour perpétuer l’espèce humaine si le clonage reproductif féminin devenait la règle. Il suffirait de conserver quelques paillettes de semence congelée pour renouveler de temps en temps l’espèce, mais le genre masculin pourrait disparaître. Ce serait alors le triomphe absolu du privilège exorbitant de la féminité, dont l’histoire des hommes montre qu’ils ont toujours voulu la dominer et s’en servir. Mais cela est impensable pour cette même raison.»

*La valence différentielle des sexes. [Pour éclaircir le concept]

Pp. 90-91 et 97-98.
La construction sociale du genre.
«J’en suis restée à un niveau très général d’analyse des rapports de sexe au travers des systèmes de représentation, sans m’impliquer dans le débat conceptuel autour des catégories de sexe et de genre. La construction sociale du genre, néanmoins est un sujet qui m’intéresse, sous deux aspects: comme artefact fondé sur la répartition sexuelle des tâches, laquelle, avec la prohibition de l’inceste (et l’obligation exogamique) est l’instauration d’une forme reconnue d’union, constitue l’un des trois piliers de la famille et de la société selon Lévi-Strauss; comme artefact résultant d’une série de manipulations symboliques et concrètes pour des individus, cette deuxième construction s’ajoutant à la première. […] Aux trois piliers, j’en ajouterai volontiers un quatrième, si évident qu’il ne se voyait pas, mais absolument indispensable pour expliquer le fonctionnement des trois autres, qui eux aussi, ne tiennent compte que du rapport masculin/féminin. Le quatrième pied, ou si l’on préfère, la corde qui lie entre eux les trois piliers du Tripode social, c’est la valence différentielle des sexes. Ce pourrait être désespérant, mais cela ne l’est pas vraiment. […] Si l’on admet l’existence de cette construction, bien que non démontrable, mais dotée d’une puissante probabilité, puisque cette ossature conceptuelle trouve sa source dans les données immuables que les hommes observent de toute éternité, leur corps et leur environnement, [la figure dans le paysage], alors oui il y aurait un certain pessimisme dans mes propos: je ne vois pas où se trouve le levier qui permettrait de faire sauter ces associations, si ce n’est le droit reconnu à la contraception par les femmes. Mais faire éclater l’ensemble soudé de ces armatures n’est pas pour demain.»

Pp. 94-95.
L’opposition conceptuelle originaire: identique/différent.
«On sait qu’Aristote explique la faiblesse inhérente à la constitution féminine par son humidité et sa froideur, dues aux pertes de substance sanguine que les femmes subissent régulièrement sans pouvoir s’y opposer ni freiner le cours des choses. Les hommes ne perdent leur sang que volontairement, si l’on peut dire: dans des occasions qu’ils ont recherchées, comme la chasse, la guerre, la compétition. La perte de substance ne touche donc pas les individus de la même manière. La perte de substance spermatique est aussi contrôlable, et bien des systèmes sociaux et idéologiques préconisent et organisent ce contrôle. Bref, il se pourrait  que ce soit dans cette inégalité-là, maîtrisable versus non-maîtrisable, voulu versus subi, que se trouve la matrice de la valence différentielle des sexes, qui serait donc inscrite dans les corps, dans le fonctionnement physique ou, plus exactement, qui procèderait de l’observation de ce fonctionnement physiologique. Cette hypothèse peut être creusée, bien qu’apparemment tautologique: les sexes anatomiquement et physiologiquement différents sont un donné naturel, de leur observation découlent des notions asbstraites dont le prototype est l’opposition identique/différent sur laquelle se moulent les autres oppositions conceptuelles dont nous nous servons dans nos discours de tous ordres, ainsi que les classements hiérarchiques que la pensée opère et qui eux, sont de valeur.»