Renaud Lecadre, Vittorio de Filippis. Prends le CO2 et tire-toi !

Article publié le : Samedi 18 février 2012. Rédigé par : Liliane
«Prends le CO2 et tire-toi!». Par Renaud Lecadre, Vittorio de Filippis in Libération du 26 janvier 2011.
Cet article sur l’escroquerie à la lutte contre le CO2, entre en résonance avec les bons plans de Jeremy Rifkin.
Revendre plein pot en France des droits à polluer achetés hors taxe à l’étranger : la combine, partie du Sentier, a fait le tour de l’Europe et rapporté 5 milliards d’euros. Récit:
L’escroquerie a reçu le label de «nouveau casse du siècle» : 5 milliards d’euros en Europe, dont 1,5 en France. Grâce à une combinaison vieille comme le monde : une arnaque à la TVA appliquée, touche de modernité, au marché des droits à polluer. Quelques clics sur Internet auront suffi pour empocher le pactole, un jeu d’enfants parfois très méchants. Car le butin a fait des envieux et causé quelques dégâts entre bandes rivales : assassinats, saucissonnages et autres recouvrements de créances musclés. Un premier volet de cette affaire vient d’être jugé à Paris, à la mi-janvier, les principaux organisateurs écopant de peines allant jusqu’à cinq ans de prison ferme.
Avant que le grand banditisme n’entre dans la danse, les pionniers de cette vaste embrouille étaient des petits malins du Sentier qui s’étaient fait la main sur d’autres arnaques dans le domaine du textile. Ils se sont vite passé le mot sur le potentiel mirobolant des transactions sur la Bourse au CO2. «Je disais à tout le monde : le carbone, c’est l’avenir, il faut y aller à fond, témoigne un courtier. Je me suis retiré quand j’ai vu que c’était devenu une pure escroquerie.» Un mis en examen dit s’y être engouffré sans chercher à comprendre : «Je n’ai pas imaginé ou conçu le système, je ne sais même pas comment fonctionne le marché du CO2
Cette escroquerie planétaire repose sur le nouveau marché des droits à polluer ouvert dans le sillage du protocole de Kyoto, en 1997. Le but de cet accord international est louable : mettre en place, pour lutter contre le réchauffement climatique, un mécanisme incitant les industriels à réduire leurs émissions de dioxyde de carbone. Mais, libéralisme faisant loi, plutôt que d’imposer une réglementation aux industriels, la régulation se jouera sur le marché, via des «Bourses de carbone». Chaque entreprise se voit attribuer un volume de droits à polluer. Si elle n’en consomme qu’une partie, elle pourra revendre le solde à des entreprises qui ont dépassé leur quota. Les plus vertueuses font un bénéfice, les plus polluantes sont pénalisées.
En 2005, l’Union européenne est la première à adopter ce système. Deux ans durant, les échanges montent en puissance. Chaque pays a sa Bourse de droits à polluer. Elle s’appelle BlueNext en France et est gérée par la Caisse des dépôts et consignation.


Dessin : Joost Swarte

Plus d’un an de manège. Les arnaqueurs ont vite flairé la combine. Tellement simple qu’un prévenu déclarait lors du procès : «C’est comme si vous mettiez une Ferrari à La Courneuve avec les clefs dessus. Elle ne restera pas une heure.» Le principe : acheter des droits à polluer à l’étranger, hors taxe, grâce à un comparse installé dans un cybercafé en Lettonie ou à Hongkong qui utilisera éventuellement une adresse temporaire sur des sites comme Gmail, parfaits pour opérer en toute discrétion. Puis revendre aussitôt ces droits en France, TVA incluse (19,6%). La taxe doit théoriquement être reversée à l’Etat, mais nos filous s’éparpillent illico dans la nature, l’argent s’évaporant sur des comptes offshore. Ou comment empocher 19,6% de bénéfices en moins de vingt-quatre heures… «La marge commerciale est gracieusement fournie par l’Etat», ironise un magistrat.
Des chauffeurs de taxi, des vendeurs de fringues, des secrétaires n’ayant jamais réalisé la moindre transaction financière se sont ainsi improvisés traders en CO2, à la tête de sociétés ayant pignon sur rue. Ils ont tous obtenu auprès du tribunal de commerce un extrait Kbis, qui énonce les caractéristiques de leurs entreprises. Tout est en ordre, même si ces boîtes ne sont le plus souvent que des boîtes aux lettres. «Naïveté ou idéologie libérale, il n’existe qu’une seule condition pour être enregistré comme trader : ne pas mentir sur son identité», souligne un juge d’instruction parisien. Tout le monde ou presque peut traiter sur le marché du CO2. «La quasi-absence de réglementation fait que les manœuvres frauduleuses sont peu nombreuses.»
Le manège durera plus d’un an, jusqu’en juin 2009, quand les autorités de plusieurs pays en réalisent l’ampleur. Dès novembre 2008, la Caisse des dépôts relève des anomalies et les signale à Tracfin (le service du ministère des Finances chargé de la lutte contre le blanchiment) : des traders revendent à perte de grandes quantités de CO2. Logique quand on connaît l’arnaque. Forts d’une marge de 19,6%, ils peuvent se permettre de la rogner afin de revendre plus vite et prendre la poudre d’escampette.
En janvier 2009, une réunion de crise se tient à Bercy. En juin, Eric Woerth, ministre du Budget, supprime la TVA sur le CO2, seule façon de tuer la fraude dans l’œuf. Mais les autorités auront lanterné neuf mois, durant lesquels l’escroquerie était à son comble. Selon Europol, «ces activités ont représenté jusqu’à 90% de tous les volumes échangés.» Dès la suppression de la TVA, les transactions se sont effondrées, d’abord en France, puis ailleurs, mais pas partout. D’après des écoutes où il est question de «nazis» et de «spaghettis», des fraudeurs français paraissent avoir persisté en Allemagne ou en Italie.

Des centaines de prévenus. Le volet jugé à Paris, portant sur 50 millions d’euros, comporte des scènes qui semblent sorties de la Vérité si je mens. Comme ce jeune homme se précipitant à la fenêtre en pleine perquisition : «Si la police t’attrape, tu jettes les papiers et tu nies qu’ils sont à toi», lui avait conseillé son oncle. On rit moins quand un autre, placé sur écoute, menace d’envoyer «des Chinois pour saucissonner» un partenaire récalcitrant. Des protagonistes ont été condamnés pour «extorsion de fonds» dans le cadre d’un «recouvrement forcé».
La justice française a préféré découper l’affaire en une dizaine de procédures pénales distinctes, au risque de se priver d’une vue d’ensemble permettant d’établir des passerelles entre les différents réseaux. Elle s’évite ainsi un procès de masse avec une centaine de prévenus qui aurait posé des problèmes logistiques et, surtout, qui n’aurait pas manqué d’être surnommé «Sentier III» (le premier concernait déjà une arnaque à la TVA, le deuxième aux banques), au risque d’éveiller des appétits antisémites, la plupart des protagonistes étant juifs. Comme dans les précédentes affaires du Sentier, l’une des têtes de réseau s’est réfugiée en Israël. L’Etat hébreu, généralement peu coopératif en matière judiciaire, a cette fois accepté de geler ses comptes bancaires, garnis de 19 millions d’euros. Mais pas de les restituer à la France. Un chef d’orchestre, incarcéré à la Santé, s’est vu confisquer son Aston Martin, son yacht de luxe et plusieurs biens immobiliers, mais il a eu le bonheur de concevoir un enfant en prison.
Si la fraude paraît simple, sa mise en œuvre est moins rose. La logistique nécessitant de nombreux transports en liquide pour amorcer la pompe en amont et recycler les fonds en aval, le milieu juif s’est associé à des bandes arabes d’Ile-de-France pour assurer sa sécurité, puis au grand banditisme. Un policier résume dans Marianne l’enchaînement fatal : «Les feujs [juifs, en verlan, ndlr] se sont unis avec des voleurs qui n’ont plus eu qu’une seule envie : les doubler. Porter une valise pleine de fric d’un coin à un autre, cela finit par donner des idées à tout le monde.»

Trois meurtres et un enlèvement. D’où une série de règlements de comptes liés au partage du butin. En janvier 2009, Serge Lepage, fils d’une figure du grand banditisme de la banlieue parisienne, est abattu dans l’Essonne. En avril 2010, Amar Azzoug, dit «Amar les yeux bleus», est assassiné dans le Val-de-Marne. Six mois plus tard, Sammy Souied, pilier d’une précédente arnaque publicitaire dont le butin fut blanchi dans les courses hippiques (Libération du 19 mars 2005), périt sous les balles porte Maillot à Paris.
Il n’y a pas toujours mort d’homme, mais tout de même. A l’automne 2010, un jeune vendeur de portables est enlevé pendant trois jours par des Ivoiriens. Pure coïncidence, il travaillait dans la même boutique qu’Ilan Alimi, torturé à mort en 2006 par le «gang des barbares» qui essayait d’extorquer une rançon, sous prétexte qu’un juif serait forcément riche. Cette fois, les kidnappeurs paraissent avoir le nez plus fin : ils présument que leur victime a participé au barnum du CO2. Sauf que ce n’était pas lui, mais son frère.
La fièvre du carbone semblerait avoir contaminé la police. A Lyon, le commissaire Neyret est écroué depuis octobre pour ses relations sulfureuses avec le milieu. Il avait été «tamponné» par un loustic qui a aussi trempé dans le CO2 et lui offrira un séjour au Maroc. A Paris, un haut responsable de la police judiciaire vient d’être muté, soupçonné d’échanger des informations avec des escrocs à la taxe carbone – «J’en donnais un peu pour en recevoir beaucoup», se défend-il. Juste avant d’être assassiné, Sammy Souied avait reçu d’un proche 350 000 euros en liquide – une «dette de jeu», jure ce dernier à Libération. Les tueurs ont négligé l’enveloppe, mais, semble-t-il, pas les policiers. Une fois revenue au commissariat, elle n’en contenait plus que 300 000.»

Jeremy Rifkin. Marier les technologies d’Internet et les énergies renouvelables.

Article publié le : Jeudi 16 février 2012. Rédigé par : Liliane

«Marier les technologies d’Internet et les énergies renouvelables» (Pour François H. et Eva J…) D’où parle-t-il ? *
Interview Jeremy Rifkin, essayiste et économiste, par Christophe Alix, in Libération ce jour. «Rifkin était à Paris pour le lancement de son dernier essai, la Troisième Révolution industrielle. Il y détaille ses solutions pour sortir de l’ère des énergies fossiles et renouer avec une croissance durable. Il y enterre l’ordre ancien, celui d’avant l’Internet, et trace la perspective d’une société plus ouverte dans laquelle nos rapports aux pouvoirs seront transformés.»

 
«Quel est le fil conducteur de la troisième révolution industrielle ? Mes recherches depuis trente ans m’ont amené à cette conclusion : lorsqu’un nouveau système énergétique rencontre une nouvelle technologie de communication, il se produit une transformation radicale à l’échelle de l’histoire. Cette transformation bouleverse non seulement l’organisation économique de la production et des échanges mais aussi la manière d’exercer le pouvoir et jusqu’aux relations humaines. Un nouveau récit collectif peut alors émerger.

Parlez-nous de cette rencontre… Sa matrice, c’est la fusion des technologies de l’Internet et des énergies renouvelables. La première révolution industrielle avait vu converger la machine à vapeur et le charbon avec l’imprimerie. La seconde fut celle du mariage de l’électricité avec le téléphone puis la radio et la télévision. Celle que nous vivons nous donne l’opportunité de sortir d’une double impasse économique et écologique : l’épuisement d’un modèle de croissance, fondé tant sur les énergies fossiles que sur le pétrole, et le réchauffement climatique qui menace notre planète. Nous avons la technologie et le plan d’action. Aurons-nous assez de lucidité pour lancer celui-ci à temps ?

La crise actuelle serait donc énergétique, on n’en sortira pas tant que l’on n’aura pas effectué cette transition… Peu l’ont vu mais son déclenchement remonte à juillet 2008, lorsque le cours du pétrole a atteint le record de 147 dollars le baril. Nous avons alors atteint le «pic de la mondialisation». Ce renchérissement du coût de l’énergie a entraîné une hausse des prix de tous les produits et s’est traduit par un effondrement du pouvoir d’achat. La crise financière, soixante jours plus tard, n’a été qu’une réplique, une deuxième onde de choc. Vue sous cet angle, l’explosion des dettes publiques et privées est la conséquence de l’essoufflement de la deuxième révolution industrielle, celle du pétrole abondant et bon marché.

Si le diagnostic de la crise n’est pas bon, les réponses données le sont-elles plus ? On aura beau se désendetter tout en essayant de produire toujours plus de richesses – c’est le cas en 2012 par rapport à 2008 -, on fera face à des alternances de phases de reprise et de rechute de plus en plus rapprochées. Chaque nouveau cycle de croissance viendra buter sur ce mur des 150 dollars le baril. On peut réformer le marché du travail et réguler le monde de la finance, cela ne servira à rien si l’on n’a pas un plan pour croître durablement.

L’Europe n’est-elle pas le continent le plus avancé dans cette transition ? Nous avons identifié cinq piliers qui en font l’ossature et c’est vrai que l’Europe, surtout l’Allemagne, n’a pas attendu la crise pour se lancer. Le premier est le passage aux renouvelables avec 20% d’énergie propre d’ici à 2020 et 85 à 95% en 2050. Le second concerne la transformation de tous les bâtiments en microcentrales productrices d’énergie. Il y en a 191 millions en Europe, c’est un chantier susceptible de créer des millions d’emplois et d’entreprises. L’Allemagne, qui s’est fixée de parvenir à 35% d’énergie verte d’ici à quelques années, a déjà un million de bâtiments équipés et a créé 250 000 emplois dans ce secteur. Le troisième pilier, le plus difficile à maîtriser, c’est le stockage de cette énergie intermittente.

Mais personne ne produira assez d’énergie pour être autonome. Comment la mutualise-t-on ? Grâce à l’Internet, l’énergie créée sera partagée de la même manière que l’information en ligne aujourd’hui. Quand des millions d’immeubles produiront localement une petite quantité d’énergie, ils pourront vendre au réseau leurs excédents et acheter ce qui leur manque grâce à ce partage coopératif et décentralisé. A long terme, l’énergie deviendra quasi gratuite et l’accès à ces services l’emportera sur la propriété pour devenir le moteur essentiel de l’économie. Le dernier pilier concerne les transports avec le passage à des véhicules électriques ou à pile à combustible capables de vendre et d’acheter de l’électricité sur un réseau intelligent.

A quelles conditions ce plan peut-il fonctionner ? Ces cinq piliers doivent être mis en place simultanément, sinon leurs fondations ne tiendront pas. Pour ne l’avoir pas compris, l’administration Obama est en train d’échouer dans l’économie verte malgré les milliards de dollars investis. Elle raisonne en «silo», sans connecter entre eux ces piliers.

En quoi cette transformation va-t-elle révolutionner la société ? La nouvelle matrice de communication et d’énergie distribuée va impulser une réorganisation complète de nos économies avec le passage d’un pouvoir hiérarchique et vertical à un pouvoir latéral et horizontal, de pair à pair pour reprendre l’analogie avec l’Internet. Il deviendra anachronique de raisonner en termes de droite et de gauche. La nouvelle ligne de partage passera de plus en plus entre ceux qui pensent en termes de collaboration, d’ouverture et de transparence et ceux qui s’accrochent au vieux modèle industriel déclinant et qui pensent en termes de hiérarchie, de barrières et de propriété.

Le nucléaire a-t-il encore un avenir ? Aux antipodes de cette production partagée, l’atome est une énergie centralisée par essence qui cumule bien trop de handicaps pour représenter une alternative. Il n’a jamais été propre à cause de ses déchets radioactifs et reste une petite source d’énergie à l’échelle mondiale. 400 centrales fournissent 6% de l’énergie dans le monde et, pour passer à 20% – le seuil minimal pour avoir un impact sur le réchauffement -, il faudrait construire trois centrales par semaine d’ici à 2031 ! C’est techniquement impossible et inconcevable politiquement depuis Fukushima.

Quel est le lien entre la difficulté de la France à rentrer dans cette nouvelle ère et la place qu’y occupe le nucléaire ? Le nucléaire incarne le vieux modèle industriel centralisé et le retard de la France est largement lié à sa prégnance culturelle sur vos élites. C’est très différent avec l’Allemagne dont le système fédéral est déjà en soi un pouvoir distribué et partagé. Votre modèle centralisé qui était un atout hier est devenu un handicap. Mais je ne veux pas croire que la patrie de Jean Monnet, qui a insufflé la vision d’une Europe politique sans laquelle le paquet «énergie – climat» de 2008 par exemple n’aurait jamais vu le jour, ne peut pas réussir cette transition autant culturelle qu’énergétique.

N’êtes-vous pas un grand utopiste ? Optimiste sans doute, utopiste, non. Je ne propose pas une panacée qui guérira la société de ses maux ni une utopie qui nous conduira vers la terre promise. C’est un plan pragmatique pour tenter la traversée jusqu’à une ère postcarbone durable. S’il y a un plan B, je ne le connais pas.»

* in Wikipédia on lit:
«J. Rifkin a conseillé la Commission européenne et le Parlement européen. Il a également conseillé le Premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero quand il était Président de l’Union européenne. Il a aussi été conseiller de la chancelière allemande Angela Merkel , du Premier ministre portugais José Socrates, du président Nicolas Sarkozy et du Premier ministre slovénien Janez Janša lors de leurs présidences respectives du Conseil de l’Europe, sur les questions liées à l’économie, au changement climatique et à la sécurité énergétique. Rifkin travaille actuellement avec les responsables européens pour aider à façonner à long terme une troisième révolution industrielle pour l’Union européenne.»


Comme en «illustration», en bas de page de cet article,  le dessin de Willem

The Fantastic Four: Zurich Concrete and Special Friends.

Article publié le : Dimanche 12 février 2012. Rédigé par : Liliane
http://www.frieze.com/issue/review/the-fantastic-four-zurich-concrete-and-special-friends/

The Fantastic Four: Zurich Concrete Art and Special Friends, Haus Konstruktiv, Zurich. Expo en novembre 2011, dommage. Pour mémoire. Pour se fixer les idées sur l’art concret, hier et aujourd’hui.

The traces, shadows and aftershocks of Concrete art – and, in particular, the Zurich Concrete school – have been seen and felt everywhere in contemporary Swiss art production, with its emphasis on hard-edged, geometric abstraction. The term ‘Concrete Art’, coined in 1930 by Theo Van Doesburg in a manifesto written for the first issue of Art Concret, defined and delineated a departure from realism, nature and symbolism. Its reductionist principles of line, colour and plane organized into austere, systemic wholes – themselves copped and refined from the Bauhaus and De Stijl – were meant to ‘represent abstract thoughts in a sensuous and tangible form’, as Max Bill, the movement’s ringleader, once wrote. Concrete art was intended to create new ‘object[s] for intellectual and spiritual use’.
If such sincere proclamations sound a tinny Utopian alarm today, the kind of reduced, geometrically-prone art they proposed remains insistently de rigueur, from the Neo-Geo antics of French Switzerland (led by godfather John Armleder) to the Northern Swiss gangs of younger Basel and Zurich-based artists, who increasingly process Concrete art’s methods through the filters of digitization or consumerism. Consequently, the exhibition ‘The Fantastic Four: Zurich Concrete and Special Friends’ did not come as a particular surprise. At Haus Konstruktiv, the ‘Fantastic Four’ of the Marvel comic from whence this somewhat cloying title came, are reconfigured as the superheroes of Zurich Concrete: Bill, Camille Graeser, Verena Loewensberg and Richard Paul Lohse. The ‘special friends’ comprised a motley, intergenerational group of contemporary artists – among them, Saâdane Afif, Bruno Jakob and Shirana Shahbazi – whose radically disparate production can still be located, at times, in Concrete art’s shadow.
Haus Konstruktiv’s permanent collection is notably broad, and the exhibition mostly rode its able shoulders.

Graeser’s lucid oil paintings on canvas, with their grounding in graphic design – like many of the Zurich Concretes, he worked in all areas of design: furniture, architecture, advertising – bookend his career. Gestoppte Rotation (Stopped Rotation, 1943) proved prescient of the geometric, abstract photography movement of today, while the funny, poignant Drei Farben: drei gleiche Volumen, 1/12 grün bewegt (Three Colours: Three Equal Volumes, 1/12 Shifted Green, 1975/76), featured one of his horizontal bands of colour attempting to make a break for it.

Loewensberg
’s wonderful paintings from the late 1960s and ’70s, meanwhile, look like radio frequencies or lighting bolts swathed in colour, conjuring computer approximations of Clyfford Still’s (more famous) drippy abstractions from the same period.

Bill’s revelatory painting of powdery pastel hues blossoming from a spiral, Betonung einer spirale (Accentuation of a Spiral, 1947), however, took the award for sheer timelessness. http://jlggb.net/blog/?p=4388

In the wake of such works, the contemporary inclusions were somewhat disappointing and the choices difficult to interpret – surely there are other Swiss-related artists whose work follows Concrete art more explicitly – but some of the pairings were nevertheless inspired. Best known for her photorealist, figurative murals rendered by Iranian sign painters, Shahbazi showed large geometric works that were both lovely and surprising. If Killian Rüthemann’s site-specific installations – playfully dark retorts to geometric abstraction’s legacy – fit perfectly, Afif’s punk-ish performance documentation was less expected. Still, Concrete art’s intentions to unite art and life in all its ably designed forms bore this contribution out. And should the spectator have persisted in the misguided thinking that this Swiss movement remained regional, there was one scene-stealing side project: a series of sketches, drawings and paintings by Fritz Glarner for the famous 1960s-era Rockefeller Dining Room in New York. The artist, who emigrated to the US in 1936, designed the room for Nelson Rockefeller himself, bringing Zurich Concrete – and Glarner’s own brand of Mondrian-inflected wit, with its jam of flat, hard-edged geometric forms tricked out in blue, red and yellow – to the most American and yet international of settings.» Quinn Latimer

Marcela Iacub. Un couple seul au monde.

Article publié le : Samedi 11 février 2012. Rédigé par : Liliane

Trop forte, Marcela. Foin donc, par effet boule de neige, (de saison), de la comédie de remariage* selon Stanley Cavell (in A la recherche du bonheur: Hollywood et la comédie de remariage). Tant pis pour les couples hollywoodiens mythiques encore jeunes voire vieillissants de New-York Miami ou de Adam’s Rib. Il en est question dans L’ordinaire et le mariage, thème d’une émission de FC du 24 novembre 2011, ou à écouter ici

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

 Marcela Iacub. Un couple seul au monde:
«S’il y a bien un phénomène étonnant dans les sociétés contemporaines, c’est celui de la survie du couple. Non pas du couple rigide et stable d’autrefois, certes, mais d’un autre, souple et précaire, fondé en principe sur le désir chaque jour renouvelé par les partenaires d’être ensemble. On dira que cette différence est si importante qu’entre les couples actuels et ceux de nos arrière-grands-parents, le seul point commun est celui des mots. Or, pour faire une telle affirmation, on doit présupposer que cette institution est une donnée immuable, qu’elle est le seul cadre susceptible d’organiser la vie privée. Tandis que si nous étions prêts à relativiser cette donnée, nous nous apercevrions de l’extraordinaire continuité du couple et notamment de la transformation des contraintes juridiques anciennes en des désirs et des règles que les partenaires se donnent aujourd’hui «librement».
En effet, la promotion de la volonté et des désirs des individus pour organiser la vie privée qui a accompagné la révolution des mœurs des années 70 aurait pu donner lieu à des formes multiples d’alliances, parmi lesquelles le couple d’aujourd’hui ne serait qu’une possibilité parmi d’autres et favoriser l’émergence d’émotions, d’attachements, de désirs et de plaisirs nouveaux et inconnus des générations qui nous ont précédés. Le despotisme du «deux» aurait pu s’assouplir et s’enrichir grâce au fleurissement d’associations à plusieurs, fondées sur des accords de solidarité économique et personnelle individualisés. Et il aurait pu en être de même lors de la venue au monde des enfants, élevés alors dans des cadres plus collectifs, sans être pour autant étatiques, qui leur auraient donné plus de chances de s’épanouir que les structures de couples fermés d’aujourd’hui.
Pourtant, non seulement cette idée n’a été revendiquée par aucun mouvement politique important, mais surtout elle a été éliminée comme possibilité sociale par le droit lui-même : ce type d’accords est soit illicite, soit dépourvu de valeur juridique. Qui plus est, les groupes comme les homosexuels, qui avaient construit jadis des formes de vie multiples, se sont empressés de rentrer eux aussi dans le moule du couple.
D’un point de vue psychique et social, ce modèle semble à tel point imprégner les représentations et les idées que l’on se fait de la normalité et du bonheur individuels, que l’on ose très rarement se demander si les frustrations et les impossibilités que l’on peut ressentir à son endroit ne sont pas liées au monopole tyrannique de cette institution précaire et artificielle comme toutes les constructions historiques. Non pas dans le sens où elle serait mauvaise en elle-même, mais dans celui qu’elle est censée convenir à tous en dépit de la variété de nos désirs, de nos passions et de nos aspirations personnelles.
Cette emprise monopolistique du couple sur d’autres formes possibles d’association fait que la seule alternative pour ceux qui n’arrivent pas à s’y adapter est la solitude. La question que l’on peut se poser est de savoir comment nos sociétés se débrouillent pour contenir l’imagination sociale, que les frustrations savent pourtant si bien produire, afin que ce monopole ne soit pas mis en cause. Quels sont les mécanismes dont elles se servent pour déclencher notre adhésion au couple en dépit de tout le malheur privé qu’il suscite ? On pourrait penser que l’un des principaux ressorts de l’anéantissement de notre imagination révolutionnaire nous vient du cinéma populaire et notamment *des comédies sentimentales dont nos contemporains sont si friands. Non pas que les autres formes de propagande pro-couple ne soient pas, elles aussi, puissantes.
Mais c’est sans doute dans ces comédies que le public transforme de la manière la plus efficace la contrainte du couple en désir personnel et universel grâce à son identification avec la beauté ou la sympathie des personnages aux prises avec une histoire étonnante qui leur arrache des rires et des larmes.
Un exemple paradigmatique des fonctions idéologiques de ce type de films est L’amour dure trois ans, de Frédéric Beigbeder. Marc, le personnage principal, doute de la capacité du couple à faire durer l’amour à la suite d’un divorce douloureux, et il écrit un ouvrage pour livrer au public sa théorie désenchantée. Mais voici qu’entre-temps, il rencontre la ravissante Alice et qu’il comprend que ce n’était pas le couple qui lui posait, en tant que tel, des problèmes. En vérité, il n’avait pas trouvé la bonne personne.
Ainsi, au lieu de souligner les misères du couple contemporain en vue de nous donner l’énergie ou les outils pour changer nos vies et le monde, ce film, fidèle à son genre, nous pousse à les accepter et à attendre que le bonheur promis arrive un jour grâce à une rencontre miraculeuse, tout comme les pauvres espèrent devenir riches en achetant le bon numéro du loto. Pourtant dans une société organisée autour de l’intérêt du plus grand nombre, le bonheur privé devrait être aussi accessible à chacun, au même titre que le toit, la nourriture et les soins. Et comme toutes les nécessités vitales, il ne devrait jamais être suspendu à cette forme de mort à crédit qu’est l’espérance

Stefan Marx. Dessinateur choisi par Étienne

Article publié le : Jeudi 9 février 2012. Rédigé par : Liliane

http://www.s-marx.de/

Un blog d’artiste assez exemplaire. Où l’on remarque que le plutôt jeune Marx (1980-) expose avec les stars Daniel Richter (1962-) et Jonathan Meese (1971-) à la Kunsthaus Hamburg en 2009. On avait vu précédemment dans le film monographique sur Immendorff (1945-2007), Meese travailler en duo chaleureux avec celui-ci. Le passage de relais générationnel se fait en Allemagne, pas du tout en France. Le street-graffiti art rejoint la peinture post-expressionniste sans problème. Sans parler des matchs marrants entre peintres  http://www.danielrichter.com/DANIEL_RICHTER_GAME.html

Le Papyrus Prisse, le plus vieux livre du monde

Article publié le : Mercredi 8 février 2012. Rédigé par : Liliane

Le Papyrus Prisse figure parmi les plus belles pièces égyptologiques françaises avec la Chambre des ancêtres du temple de Karnak, offertes par Prisse d’Avennes, égyptologue à la Bibliothèque impériale, suite à son premier voyage (1827-1844). Le papyrus prit son nom.

«Inscrit en hiératique, une forme cursive de l’écriture hiéroglyphique, ce papyrus est très certainement l’un des plus anciens manuscrits littéraires complets de l’Egypte ancienne, sinon de l’humanité, et le mieux conservé. Il rassemble des textes sapientiaux copiés au début du second millénaire avant Jésus-Christ, l’Enseignement pour Kagemni et L’Enseignement de Ptahhotep, deux recueils de sagesses adressés par deux vizirs à leurs fils, appelés à leur succéder. Ces textes développent un complexe discours sur la société égyptienne et la conduite que doivent tenir l’individu pour s’y insérer et la pérenniser. [...] Ce manuscrit est un rouleau de plus de 7 mètres de long, découpé en 13 fragments conservés dans des cadres en chêne.
A l’époque de sa composition, au Moyen Empire (vers 2160-1785 avant Jésus-Christ), il était probablement destiné à des représentations publiques au sein de l’élite nobiliaire avant de jouer, au Nouvel Empire (vers 1552-1602), un rôle central dans la formation des scribes égyptiens. L’Enseignement de Ptahhotep est peut-être l’un des classiques les plus cités dans la production écrite égyptienne, et ce jusqu’à l’époque gallo-romaine. Le livre est dans la bibliothèque numérique de Gallica.
Le Papyrus Prisse > http://gallica.bnf.fr/Search?ArianeWireIndex=index&p=1&lang=FR&q=Le+Papyrus+Prisse


L’Enseignement de Ptahhotep

Anniversaire au Murget. Max 26

Article publié le : Dimanche 5 février 2012. Rédigé par : Liliane



26 ans au gâteau, à l’intérieur, et  moins 15 degrés à l’extérieur au bord du lac! Nicole a sorti sa belle nappe à coquelicots avec leurs tiges style roseaux du lac du Bourget. Pas mal non plus le dessous de plat en rondelles de boudins de papier de type poterie de fond de pot ou de cruche, fait  par de petites mains quelque part en Asie probablement (globalisation) et la typo cursive rondouillarde et gamine du «joyeux anniversaire, Max-Paul», c’est le gâteau Acapulco, semble-t-il? Et sans nous, comme d’hab! photos Gégé


Pour sortir un peu d’Aix-les-Bains, Max, Bruce, Natacha et Katherine à Vancouver le 9 janvier. © Janine

« Quo vadis Europa ?»

Article publié le : Vendredi 3 février 2012. Rédigé par : Liliane

«Quo vadis Europa ?»
Par François de Bernard,  Libération, Rebonds, 3 février 2012. [D'où parle-t-il, that is the question]. On peut aussi, pour mondialiser le propos, écouter Badiou, vraiment pas mal, et malmené par Finkielkraut et Jean-François Pradeau, philosophe, conseiller au cabinet de  Nathalie Kosciusko-Morizet [sic!], samedi 4 février, http://www.franceculture.fr/emission-repliques-lire-la-republique-2012-02-04. On pourrait qualifier Badiou d’in/compatible, adjectif-titre du Festival Transmediale de cette année à Berlin http://incompatible.hotglue.org/user/4f325c6422b1a/festival-conference. L’article de Marie Lechner explicite ce terme et ce festival new media.*

L’article de François de Bernard:

«On a évoqué la coïncidence, on s’en est étonné, ému ou réjoui : le naufrage du Costa Concordia sur un récif de l’île de Giglio apparaît comme un épilogue impressionnant du Film socialisme (1) de Jean-Luc Godard. Aussi faut-il voir ou revoir cette œuvre décisive pour comprendre ce qui arrive à l’Europe et à une société à la dérive.

Qu’est-ce que le Concordia ? C’est à la fois l’Europe déboussolée et le capitalisme globalisé qui sombrent ! Qui est ce capitaine irresponsable ? C’est tout ensemble Sarkozy, Berlusconi, Cameron, Orbán et leurs semblables… Qui sont ces passagers avides de consommation, de soleil, de bleu azur, de nourritures fastes, de sexe hâtif, d’entertainment et de caméras de surveillance, bref : de «tourisme» ? Nous-mêmes : les habitants pavloviens du paquebot mondial fêtant une ultime croisière. De fait, «des choses comme ça» arrivent, ainsi que le rappelle un intertitre du film répété sous toutes les nuances visuelles !

La croisière du Concordia, filmée par le peintre Godard, puis, deux ou trois ans plus tard, son fracassement sur les rochers, la profonde entaille dans la coque de cette merveille du monde, tout cela fait une (trop ?) belle métaphore du naufrage du navire européen, de son «modèle économique» et politique et social, de toutes les illusions qui l’ont accompagné… «Quo vadis Europa ?» nous interpelle ainsi un autre intertitre.

Sans doute est-ce tout cela, mais c’est encore bien autre chose ! Car le tragédien Godard, le Sophocle des années 2000, ne se contente pas, ne s’est jamais contenté, depuis plus d’un demi-siècle, de fournir des clés permettant de défaire les ressorts de la cité contemporaine. Au contraire, Godard pose problème, et sans limite, car il formule des questions qui n’ont pas de réponse dans l’horizon politique et médiatique connu, qui ne peuvent pas en avoir, et il formule aussi des réponses qui ne correspondent à aucune question envisagée. C’est en ce sens qu’il serait bienvenu d’inviter tous les candidats à la présidentielle française à aller voir ce Film socialisme, et à se déterminer par rapport à lui plutôt que sur les catalogues de questionnaires et de recettes pour idiots du village planétaire qui saturent la librairie sous la signature des Je-sais-tout-Je-suis-partout…

Pourquoi ? Parce que ce film non seulement traite de tout ce qu’il y a de plus brûlant dans le monde actuel – de la guerre, du politique, du travail, de la dette, de la pauvreté, du numérique, de la création, de l’amour, de la mort, de l’Etat, de la justice… -, mais encore il en parle d’une manière qui «lave les idées». Une manière envoûtante et magnifique qui procure le sentiment éprouvant que le débat politique présent (en Europe et en France), son ressassement, sa trituration écœurante passent à côté de l’essentiel !

Un essentiel qu’il est vain de vouloir résumer, mais que l’on peut distinguer dans et entre les bribes suivantes. «Nous sommes un pays dit développé, en 2010, qui réserve le pire sort aux gens les plus faibles.» «Vous voulez plus de pouvoir ? – Aucun pouvoir, une société, pas un Etat». «Avoir 20 ans, avoir raison, garder de l’espoir, avoir raison quand votre gouvernement a tort, apprendre à voir avant que d’apprendre à lire, top cool non ?» «Quand la loi n’est pas juste, la justice passe avant la loi.» «Ce qui a changé aujourd’hui… C’est que les salauds croient sincèrement à l’Europe.» «Moi je ne veux pas mourir sans avoir revu l’Europe heureuse.»

Pourquoi donc le Titanic a-t-il frappé aussi vivement les consciences voici cent ans (2) ? Pas à cause des pertes humaines, quelle qu’en fût l’importance, mais en raison de la charge symbolique exceptionnelle dont il était investi. Parce qu’il incarnait toutes les illusions d’une époque qui se croyait à l’abri du désastre. Et pourquoi de manière aussi durable ? Parce son naufrage a préfiguré un autre effondrement sans commune mesure, qui n’a pas tardé à lui succéder…

Et pourquoi le Concordia frappe-t-il également les esprits, stupéfaits ? Pas parce qu’il est deux fois plus gros que le Titanic et que son échouage apparaît invraisemblable… Mais, bien plutôt parce que «le drame» n’apparaît que trop compréhensible, annoncé, prévisible ! Parce qu’il devient chaque jour plus clair que tous les éléments de la catastrophe étaient réunis (depuis longtemps, peut-être même depuis le lancement) pour la rendre inéluctable… Enfin, parce que cette catastrophe-là nous parle d’autres catastrophes à venir, tout aussi prévisibles…

Enfin, pourquoi refaire la croisière méditerranéenne du Concordia en compagnie de Godard ? Pas mû par l’attraction d’un voyeurisme morbide visant à inventorier les signes précurseurs du naufrage de la grande barque (le oui-c’était-bien-là-et-pas-étonnant)… Mais pour être en avance d’un tour, grâce au travail poétique de la mémoire et de l’imaginaire, sur la prochaine surprise majeure qui pointera à l’horizon…

Car, comme le suggère encore le film : «Réfléchissez bien à ce pour quoi vous vous battez, parce que vous pourriez bien l’obtenir !»»

(1) Diffusé en salles en 2010. Le 24e festival Premiers Plans d’Angers vient de le remettre en lumière au cœur de sa belle rétrospective Godard. Cf. aussi la publication des dialogues du film sous le même titre (POL, Paris, 2010). (2) Construit de 1909 à 1912, il coule lors de son voyage inaugural le 5 avril 1912. Dernier ouvrage paru : «la Fabrique du terrorisme» (Ed. Yves Michel).

Voir: http://jlggb.net/blog2/?p=2782

* l’article de Marie Lechner du 7 février 2012, «Terreurs de connexions à TransmedialeArts numériques. Créé il y a un quart de siècle à Berlin, le festival s’est penché cette année sur le thème de la condition humaine face à la toute-puissance des réseaux.


© Genz, Lindner / transmediale

«’In/compatible’ : se dit de choses qui ne vont pas ensemble. Qu’il s’agisse d’un mauvais branchement de machines, d’un logiciel refusant de tourner sur un ordinateur, d’une greffe qui ne prend pas, d’une société où 1% des gens concentre pouvoir et richesses…
Ces incompatibilités aujourd’hui prolifèrent, donnant une impression de dysfonctionnement général qui s’exprime dans les crises multiples agitant notre planète, qu’elles soient politiques, financières, technologiques, environnementales. C’est le thème qui occupait cette année le festival des cultures numériques, Transmediale (1), achevé à Berlin dimanche, après cinq jours d’intenses réflexions sur notre condition d’homme empêtré dans le maillage toujours plus dense du réseau.
Les pièces de l’exposition http://www.transmediale.de/category/website-area/festival/exhibition
Le générique du festival, qui fêtait son quart de siècle, traduisait parfaitement l’inquiétude contemporaine, par un trou noir envahissant le ciel limpide du cloud computing, cette informatique dans les nuages, ultime horizon de notre civilisation où tout serait connecté en permanence pour le bonheur de tous. Transmediale s’est employé à déconstruire ce mythe de la transmission parfaite, de la fluidité des communications et de la vélocité des transactions, en révélant le côté obscur de notre ère technologique, notamment dans l’exposition «Dark Drives», jeu de mots sur hard drive, disque dur en anglais.
Décharges.
C’est d’ailleurs un disque dur externe qui forme le noir joyau autour duquel gravite l’exposition. Présenté sous cloche avec ce titre explicite, 5 Million Dollars 1 Terabyte, la boîte noire fétichisée, présentée par le collectif américain Art 404, est bourrée de logiciels téléchargés illégalement, défi à la propriété intellectuelle. «Dark Drives» fait cohabiter sans distinction un documentaire télé sur Mafiaboy, le hacker lycéen qui a fait planter Yahoo, des photos Flickr de décharges électroniques, du code pour créer une forkbomb (attaque informatique) et des œuvres artistiques du passé et du présent, comme le corrosif Suicide Box du Bureau of Inverse Technology, un dispositif électronique de surveillance des suicides sur le Golden Gate, indexés sur les fluctuations du Dow Jones. Manière de démontrer que ces pulsions anxieuses et destructrices travaillent la culture populaire mainstream comme les pratiques artistiques avancées.
Plusieurs œuvres montrent que la connexion peut être dangereuse, voire douloureuse, tant au plan physique que mental. La photographie de Chris Burden, Doorway to Heaven, documentant une performance des années 70 où il s’est collé deux câbles électriques sur la poitrine, manquant de s’électrocuter, fait écho à celle de Hans Bernard, du collectif Ubermorgen, star de l’«actionnisme digital» qui a fini en HP, victime d’une psychose maniaco-dépressive qu’il attribue à une trop intense activité sur Internet. En blouse d’hôpital, il erre, hagard, dans un paysage qui évoque le fond d’écran Windows repeint en gris. Un désordre mental guettant chacun de nous, si l’on en croit la vidéo d’Eva et Franco Mattes My Generation, montage de films YouTube montrant les relations hystériques d’amour-haine entre l’homme et ses machines récalcitrantes, avec les débordements physiques violents résultants. La vidéo est présentée sur un de ces ordinateurs saccagés qui augmenteront le tas d’e-rebuts que l’Occident déverse dans les pays en voie de développement.
Le nouveau directeur de la manifestation, Kristoffer Gansing, préfère souligner le côté productif de l’in-compatibilité : «Rien n’est incompatible par nature. Il y a plein de failles où l’action politique devient possible, où la poésie peut naître.» Il cite en exemple deux projets présentés au festival qui imaginent de nouvelles manières de connecter les gens, plus intimes et locales, comme Netless, de Danja Vasiliev, prototype de réseau qui ne nécessite pas de connexion internet et qui utilise les gens et le réseau de transport public pour véhiculer l’information, ou R15N, du collectif berlinois Telekommunisten, qui propose un usage nouveau d’un outil obsolète… comme le téléphone !
R15N
fait partie de la série de technologies de «mé-communication» comme Deadswap, système de partage de fichiers offline décentralisé, où les participants, transformés en agents secrets connectés par SMS, doivent se refiler une clé USB sous le manteau. Dans R15N, au lieu de poster son message sur Twitter, on s’enregistre au service en donnant son numéro de téléphone. Le système appelle et vous met en contact avec deux autres personnes inscrites, sélectionnées au hasard, auxquelles vous confiez le message de vive voix. Celles-ci seront elles-mêmes mises en rapport avec deux autres personnes à qui transmettre le message, et ainsi de suite, jusqu’à ce que toute la communauté soit avertie. Avec quand même pas mal de chance que le message se perde en route. «C’est une critique par l’absurde des plateformes de communication existantes», admet Dmytri Kleiner des Telekommunisten, qui veut inciter les gens à réfléchir à la façon dont les gouvernements ou acteurs privés tels Facebook, Google, etc., interfèrent dans nos échanges et décident comment et avec qui on a le droit de communiquer.
Stratégies.
On retrouve cette ambivalence et cette destruction créative dans le masque grimaçant des Anonymous (Libération d’hier), qui ont hanté le festival via des tchats IRC et des apparitions sur Skype. Au sit-in virtuel des premiers répondent les occupations physiques du mouvement Occupy, et ses légions de Bartleby exprimant des aspirations incompatibles avec le capitalisme financier. Jamais le terme communisme, au sens d’une utopique société de pairs, n’aura autant résonné dans les allées du Haus der Kulturen der Welt, où se tenait le festival.
Sur le plan artistique, l’in-compatibilité n’a jamais été un frein à la création, encourageant les stratégies de contournements ou d’accouplements contre nature, comme l’atteste l’appareillage hétéroclite utilisé par le mythique Joshua Light Show, reconstitué pour produire ses visuels psychédéliques 100% artisanaux. Brancher une sortie son sur une entrée vidéo ou lire un fichier d’image jpeg dans un traitement de texte, permet de générer toute sorte d’accidents que recherchent les glitch artists comme Rosa Menkman. Ou Jon Satrom, auteur de performances chaotiques sur son Prepared Desktop, qui joue avec la nature imparfaite de la technologie. Car, comme dit l’artiste chicagoan, ‘il n’existe pas de bonne manière de mal faire les choses’.»

Salade de pousses d’épinard, chèvre et fraises

Article publié le : Dimanche 29 janvier 2012. Rédigé par : Liliane


à l’Extra Old Café, pas donné mais pas si mal, en terrasse à midi au soleil de la Nation.

Henri Lefebvre philosophe, Herzog & de Meuron architectes, Rémy Zaugg peintre

Article publié le : Dimanche 29 janvier 2012. Rédigé par : Liliane

in Herzog & de Meuron, Histoire naturelle, catalogue d’exposition
http://www.cca.qc.ca/fr/le-cca-propose/325-herzog-de-meuron-histoire-naturelle.
Une filiation entre Lefebvre, les deux architectes et Rémi Zaugg, en une double citation:

Herzog & De Meuron conversant avec Zaugg:

«Nous nous souvenons des beaux moments passés dans l’exposition Architektur Denkform, lorsque nous voyions ces superbes superpositions d’images imprimées transparentes [photos de leurs réalisations architecturales collées sur les façades extérieures en verre du musée] et de détails des bâtiments situés de l’autre côté de la ruelle: les tuiles de notre maison destinée à un vétérinaire avec, en arrière-plan, les tuiles d’un toit médiéval.» Image: http://www.herzogdemeuron.com/index/projects/complete-works/026-050/047-architektur-denkform-basel/IMAGE.html.

Fabriquant ainsi de la «rupture dans la structure urbaine», comme une réponse à la question de Lefebvre:

«Comment transgresser et surmonter la contradiction entre le bâtiment et le monument? Comment pousser plus loin le mouvement qui a détruit la monumentalité et pourrait la restituer, au sein même des bâtiments, dans l’unité reproduite à un niveau plus élevé? Faute d’un tel dépassement dialectique, la situation stagne dans l’interaction grossière et le mélange de ‘moments’, le chaos spatial.» Henri Lefebvre, La production de l’espace, p. 257. Mais est-ce une réponse?


Très beau monologue d’Henri Lefebvre, intellectuel marxiste avec pull à col roulé beige, archive INA 1970

La dernière figure très intéressante, disparu en 2005, Rémy Zaugg, peintre, collaborateur des deux architectes qui lui ont construit un atelier à côté de sa maison à Pfastatt, à une demi-heure en voiture de Bâle. Pp. 237-238

«Ces temps-ci [printemps 2001], une idée m’obsède: une maison particulière à bâtir près de Bâle, sur une parcelle dominant la région comme un balcon. On voit, au premier plan, en contrebas, la ville et le conglomérat urbain trinational; à droite, les premiers contreforts de la forêt noire; à gauche, la plaine d’Alsace, bordée à l’horizon par les Vosges; et le Rhin, au centre, qui fuit vers le nord, vers la Hollande, la mer. Cette situation, cette vue, ce panorama avec son ciel immense m’ont inspiré un ensemble de quatre tableaux de tailles différentes (le plus grand fait 230 x 210 cm), tous quatre du même bleu céruléen froid, l’un monochrome et les trois autres avec les lettres ou les mots d’une phrase en trois langues, imprimés en blanc: ‘Und würde, sobald ich atme, das Blau des Himmels verblassen.’, ‘Et si, dès que je respire, le bleu du ciel s’effaçait blanchissait pâlissait se raréfiait jaunissait blêmissait s’évanouissait. », ‘And il, as soon as I breathe, the blue of the sky grew thin.’ Au lieu d’installer les tableaux après coup dans la maison, il y aurait d’abord les tableaux et ensuite la maison autour des tableaux. Je vous raconte là un exemple de collaboration possible avec des prémisses tout à fait inhabituelles. Ce projet de développera peut-être. On verra bien.»

«La peinture a besoin d’un lieu, d’un espace où s’établir. Son lieu fondateur est le mur, le sol. On ne peut pas l’attacher à un lieu naturel, à un sapin sur un patûrage, par exemple. J’avais donc de bonnes raisons pour désirer un atelier aussi dur. Si dur, même que je dois sortir quand je n’en supporte plus la dureté. Pas de bavardage. Tranquille —comme Dieu, qui intrigue l’homme parce qu’il se tait. Mon atelier est une architecture qui se tait. Les choses dont il est fait disent en même temps tout et en même temps rien. Son silence exigeant fait sa force. Un silence sévère pour autoriser des œuvres à venir. j’imagine qu’on pourrait y accrocher une peinture de Newman.»


ET SI / DES QUE JE RESPIRE/ LE BLEU DU CIEL / S?EFFACAIT / BLANCHISSAIT / PALISSAIT / SE RAREFIAIT / JAUNISSAIT / BLEMISSAIT / S’EVANOUISSAIT, Aluminium, peinture au pistolet, Sérigraphie, vernis transparent, 1994, pris sur http://ecrantotal-e9.blogspot.com/2007_12_01_archive.html