Geoff Manaugh (Etats-Unis, 1976) est critique. Il vit à Los Angeles, États-Unis. Il lance BLDGBLOG en 2004 pour explorer les intersections entre l’architecture, le paysage, la narration (fiction), la politique, la science et la mythologie. Il enseigne actuellement à l’Ecole d’Architecture, University of Southern California, Los Angeles.
En 2009, En 2009, il a publié «Le Livre BLDGBLOG ».
http://www.bldgblog.blogspot.com
Il a écrit cette série de 5 articles courts dans 5 numéros de la revue abitare avec pour thème la pratique du blog dans le monde de l’architecture et du design. Nous les avons traduits en français (pas encore très bon), mais il en existe des versions italiennes et anglaises sur le site de la revue abitare.
abitare n°506: 1. http://www.abitare.it/en/internet-2/blogging-101-by-geoff-manaugh/
abitare n° 508: 2. http://www.abitare.it/en/internet-2/blogging-101-di-geoff-manaugh/
abitare n° 509: http://www.abitare.it/en/internet-2/03_content/
abitare n° 510: http://www.abitare.it/en/internet-2/04_audience/
abitare n° 514: http://www.abitare.it/en/architecture/05_future/
Catégorie : Varia-art
Un site suisse et une revue frenchie très (trop) pro-numériques
1.
Site lausannois, Walking the edit, internet, «Je marche, donc je monte mon film», http://walking-the-edit.net/fr/
2.
Site et revue parisienne, MCD, papier et internet, musiques et cultures digitales http://www.digitalmcd.com/.
Le 15 mars 2012, à la Gaîté Lyrique, MCD lance son n°66 titré Machines d’écriture (pas très fin ni très fun, ou alors warholien, comme titre!)
Plus attractif L’internet voit vert (MCD n°65), vidéo de la conférence: http://vimeo.com/35185247.
Liens vers les posts précédents http://lantb.net/uebersicht/?p=4506 et http://lantb.net/uebersicht/?p=4523
Chantier en cours: une collection de 124 Estampes de nouvel an chinois
Le pdf des reproductions des 124 estampes (photographiées à l’arrache au iphone 4) est déposé sur ce blog à des fins de consultation sur écran Ipad et pour naviguer dans la collection, l’enrichir, en identifier les images etc. en vue de son don et dépôt dans un lieu institutionnel. Par cette opération de transfert d’images assez inélégante de l’iphone à l’ipad via un Mac, le dossier pdf va se placer finalement sur les étagères de ibooks de l’ipad, mais merci quand même Steve.
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La collection Chavannes a fait l’objet d’une étude très intéressante de Danielle Eliasberg, éditée par la revue Arts asiatiques, sous l’égide des Musées Guimet et Cernushi en 1978. Par chance, tout est en ligne sur le site précieux Persée! http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arasi_0004-3958_1978_num_35_1_1132#. Il s’y confirme que les plus intéressantes de ces estampes sont celles qui s’inspirent des romans et des pièces de théâtre et opéra.
Les travaux d’Etienne entrent en résonance avec ces estampes, par un style affirmé de dessin ligne claire* -qui est un trait noir de limite inframince entre tous les objets représentés- à la fois fruste et cursif, et des couleurs en aplats éclatants qui savent parfois évacuer ce trait noir de délimitation des formes entre elles. Les livrets-catalogues qui les rassemblent en séquences sont à télécharger depuis http://gobland.net/nilbog/?page_id=1245
* voir la superbe ligne claire selon Swarte en illustration dans le post précédent et le gommage du trait par l’aplat noir.
Et moi et moi et moi…
Quatre émissions d’Adèle, sur la question du MOI, à écouter en ligne sur le site des Nouveaux chemins de la connaissance, France Culture
Le Moi dans tous ses états 1/4 : Je peins, donc je suis ? Les autoportraits de Rembrandt
Le Moi dans tous ses états 2/4 : Narcisse et les excès du moi
Le Moi dans tous ses états 3/4 : Là où le moi blesse, Pascal
Le Moi dans tous ses états 4/4 : Jamais sans les autres
ou à écouter ici
1/4
Je peins, donc je suis ? Les autoportraits de Rembrandt
[audio:http://www.lantb.net/uebersicht/wp-mp3/Moi1_4.mp3] Pour écouter sur iPhone ou iPad, cliquer ici
2/4
Narcisse et les excès du moi
[audio:http://www.lantb.net/uebersicht/wp-mp3/Moi2_4.mp3] Pour écouter sur iPhone ou iPad, cliquer ici
3/4
Là où le moi blesse, Pascal
[audio:http://www.lantb.net/uebersicht/wp-mp3/Moi3_4.mp3] Pour écouter sur iPhone ou iPad, cliquer ici
4/4
Jamais sans les autres
[audio:http://www.lantb.net/uebersicht/wp-mp3/Moi4_4.mp3] Pour écouter sur iPhone ou iPad, cliquer ici
The Fantastic Four: Zurich Concrete and Special Friends.
The Fantastic Four: Zurich Concrete Art and Special Friends, Haus Konstruktiv, Zurich. Expo en novembre 2011, dommage. Pour mémoire. Pour se fixer les idées sur l’art concret, hier et aujourd’hui.
The traces, shadows and aftershocks of Concrete art – and, in particular, the Zurich Concrete school – have been seen and felt everywhere in contemporary Swiss art production, with its emphasis on hard-edged, geometric abstraction. The term ‘Concrete Art’, coined in 1930 by Theo Van Doesburg in a manifesto written for the first issue of Art Concret, defined and delineated a departure from realism, nature and symbolism. Its reductionist principles of line, colour and plane organized into austere, systemic wholes – themselves copped and refined from the Bauhaus and De Stijl – were meant to ‘represent abstract thoughts in a sensuous and tangible form’, as Max Bill, the movement’s ringleader, once wrote. Concrete art was intended to create new ‘object[s] for intellectual and spiritual use’.
If such sincere proclamations sound a tinny Utopian alarm today, the kind of reduced, geometrically-prone art they proposed remains insistently de rigueur, from the Neo-Geo antics of French Switzerland (led by godfather John Armleder) to the Northern Swiss gangs of younger Basel and Zurich-based artists, who increasingly process Concrete art’s methods through the filters of digitization or consumerism. Consequently, the exhibition ‘The Fantastic Four: Zurich Concrete and Special Friends’ did not come as a particular surprise. At Haus Konstruktiv, the ‘Fantastic Four’ of the Marvel comic from whence this somewhat cloying title came, are reconfigured as the superheroes of Zurich Concrete: Bill, Camille Graeser, Verena Loewensberg and Richard Paul Lohse. The ‘special friends’ comprised a motley, intergenerational group of contemporary artists – among them, Saâdane Afif, Bruno Jakob and Shirana Shahbazi – whose radically disparate production can still be located, at times, in Concrete art’s shadow.
Haus Konstruktiv’s permanent collection is notably broad, and the exhibition mostly rode its able shoulders.Graeser’s lucid oil paintings on canvas, with their grounding in graphic design – like many of the Zurich Concretes, he worked in all areas of design: furniture, architecture, advertising – bookend his career. Gestoppte Rotation (Stopped Rotation, 1943) proved prescient of the geometric, abstract photography movement of today, while the funny, poignant Drei Farben: drei gleiche Volumen, 1/12 grün bewegt (Three Colours: Three Equal Volumes, 1/12 Shifted Green, 1975/76), featured one of his horizontal bands of colour attempting to make a break for it.
Loewensberg’s wonderful paintings from the late 1960s and ’70s, meanwhile, look like radio frequencies or lighting bolts swathed in colour, conjuring computer approximations of Clyfford Still’s (more famous) drippy abstractions from the same period.Bill’s revelatory painting of powdery pastel hues blossoming from a spiral, Betonung einer spirale (Accentuation of a Spiral, 1947), however, took the award for sheer timelessness. http://jlggb.net/blog/?p=4388
In the wake of such works, the contemporary inclusions were somewhat disappointing and the choices difficult to interpret – surely there are other Swiss-related artists whose work follows Concrete art more explicitly – but some of the pairings were nevertheless inspired. Best known for her photorealist, figurative murals rendered by Iranian sign painters, Shahbazi showed large geometric works that were both lovely and surprising. If Killian Rüthemann’s site-specific installations – playfully dark retorts to geometric abstraction’s legacy – fit perfectly, Afif’s punk-ish performance documentation was less expected. Still, Concrete art’s intentions to unite art and life in all its ably designed forms bore this contribution out. And should the spectator have persisted in the misguided thinking that this Swiss movement remained regional, there was one scene-stealing side project: a series of sketches, drawings and paintings by Fritz Glarner for the famous 1960s-era Rockefeller Dining Room in New York. The artist, who emigrated to the US in 1936, designed the room for Nelson Rockefeller himself, bringing Zurich Concrete – and Glarner’s own brand of Mondrian-inflected wit, with its jam of flat, hard-edged geometric forms tricked out in blue, red and yellow – to the most American and yet international of settings.» Quinn Latimer
Marcela Iacub, un couple seul au monde. Marc Augé, mariage et bouffonnerie.
Trop forte, Marcela. Foin donc, par effet boule de neige, (de saison), de la comédie de remariage selon Stanley Cavell (in A la recherche du bonheur: Hollywood et la comédie de remariage). Tant pis pour les couples hollywoodiens mythiques encore jeunes voire vieillissants de New-York Miami ou de Adam’s Rib. Il en est question dans L’ordinaire et le mariage, thème d’une émission de FC du 24 novembre 2011, ou à écouter ici
[audio:http://www.lantb.net/uebersicht/wp-mp3/L’ordinaire 4_4.Filmer l’ordinaire_de Fred Astaire aux freres Dardenne.mp3] Pour écouter sur Ipad ou Iphone, cliquer ici
Marcela Iacub. Un couple seul au monde *
«S’il y a bien un phénomène étonnant dans les sociétés contemporaines, c’est celui de la survie du couple. Non pas du couple rigide et stable d’autrefois, certes, mais d’un autre, souple et précaire, fondé en principe sur le désir chaque jour renouvelé par les partenaires d’être ensemble. On dira que cette différence est si importante qu’entre les couples actuels et ceux de nos arrière-grands-parents, le seul point commun est celui des mots. Or, pour faire une telle affirmation, on doit présupposer que cette institution est une donnée immuable, qu’elle est le seul cadre susceptible d’organiser la vie privée. Tandis que si nous étions prêts à relativiser cette donnée, nous nous apercevrions de l’extraordinaire continuité du couple et notamment de la transformation des contraintes juridiques anciennes en des désirs et des règles que les partenaires se donnent aujourd’hui «librement».
En effet, la promotion de la volonté et des désirs des individus pour organiser la vie privée qui a accompagné la révolution des mœurs des années 70 aurait pu donner lieu à des formes multiples d’alliances, parmi lesquelles le couple d’aujourd’hui ne serait qu’une possibilité parmi d’autres et favoriser l’émergence d’émotions, d’attachements, de désirs et de plaisirs nouveaux et inconnus des générations qui nous ont précédés. Le despotisme du «deux» aurait pu s’assouplir et s’enrichir grâce au fleurissement d’associations à plusieurs, fondées sur des accords de solidarité économique et personnelle individualisés. Et il aurait pu en être de même lors de la venue au monde des enfants, élevés alors dans des cadres plus collectifs, sans être pour autant étatiques, qui leur auraient donné plus de chances de s’épanouir que les structures de couples fermés d’aujourd’hui.
Pourtant, non seulement cette idée n’a été revendiquée par aucun mouvement politique important, mais surtout elle a été éliminée comme possibilité sociale par le droit lui-même : ce type d’accords est soit illicite, soit dépourvu de valeur juridique. Qui plus est, les groupes comme les homosexuels, qui avaient construit jadis des formes de vie multiples, se sont empressés de rentrer eux aussi dans le moule du couple.
D’un point de vue psychique et social, ce modèle semble à tel point imprégner les représentations et les idées que l’on se fait de la normalité et du bonheur individuels, que l’on ose très rarement se demander si les frustrations et les impossibilités que l’on peut ressentir à son endroit ne sont pas liées au monopole tyrannique de cette institution précaire et artificielle comme toutes les constructions historiques. Non pas dans le sens où elle serait mauvaise en elle-même, mais dans celui qu’elle est censée convenir à tous en dépit de la variété de nos désirs, de nos passions et de nos aspirations personnelles.
Cette emprise monopolistique du couple sur d’autres formes possibles d’association fait que la seule alternative pour ceux qui n’arrivent pas à s’y adapter est la solitude. La question que l’on peut se poser est de savoir comment nos sociétés se débrouillent pour contenir l’imagination sociale, que les frustrations savent pourtant si bien produire, afin que ce monopole ne soit pas mis en cause. Quels sont les mécanismes dont elles se servent pour déclencher notre adhésion au couple en dépit de tout le malheur privé qu’il suscite ? On pourrait penser que l’un des principaux ressorts de l’anéantissement de notre imagination révolutionnaire nous vient du cinéma populaire et notamment *des comédies sentimentales dont nos contemporains sont si friands. Non pas que les autres formes de propagande pro-couple ne soient pas, elles aussi, puissantes.
Mais c’est sans doute dans ces comédies que le public transforme de la manière la plus efficace la contrainte du couple en désir personnel et universel grâce à son identification avec la beauté ou la sympathie des personnages aux prises avec une histoire étonnante qui leur arrache des rires et des larmes.
Un exemple paradigmatique des fonctions idéologiques de ce type de films est L’amour dure trois ans, de Frédéric Beigbeder. Marc, le personnage principal, doute de la capacité du couple à faire durer l’amour à la suite d’un divorce douloureux, et il écrit un ouvrage pour livrer au public sa théorie désenchantée. Mais voici qu’entre-temps, il rencontre la ravissante Alice et qu’il comprend que ce n’était pas le couple qui lui posait, en tant que tel, des problèmes. En vérité, il n’avait pas trouvé la bonne personne.
Ainsi, au lieu de souligner les misères du couple contemporain en vue de nous donner l’énergie ou les outils pour changer nos vies et le monde, ce film, fidèle à son genre, nous pousse à les accepter et à attendre que le bonheur promis arrive un jour grâce à une rencontre miraculeuse, tout comme les pauvres espèrent devenir riches en achetant le bon numéro du loto. Pourtant dans une société organisée autour de l’intérêt du plus grand nombre, le bonheur privé devrait être aussi accessible à chacun, au même titre que le toit, la nourriture et les soins. Et comme toutes les nécessités vitales, il ne devrait jamais être suspendu à cette forme de mort à crédit qu’est l’espérance.»
* Marc Augé. Mariage et bouffonnerie in Libération, jeudi 23 février 2012
Dans la bouche du candidat sortant, les valeurs et la devise du régime de Vichy – Travail, Famille, Patrie – se substituent tout naturellement à celles de la République. Le candidat sortant avait abondamment parlé du travail comme valeur essentielle. Dans son discours de Marseille, il a chanté la France sur tous les tons. Mais a-t-on suffisamment prêté attention au passage qu’il y a consacré au volet central du triptyque vichyssois ? Je le cite : «La famille, le mariage restent des repères, restent des références profondément ancrées dans notre conscience collective, et qui font partie de notre identité. Nous ne voulons pas que l’on sacrifie notre identité à la mode du moment.» Ce passage, martelé avec force, est un véritable morceau d’anthologie qui appelle au moins trois remarques.
1- Sous l’apparence de l’unanimité fusionnelle et du rassemblement («notre conscience collective», «notre identité»), c’est un langage qui exclut et stigmatise.
2- Ceux qu’il stigmatise sont ceux qui sacrifient notre identité «à la mode du moment». Si ces mots ont un sens, ils s’appliquent bien évidemment à tous ceux qui ne se marient pas : aux célibataires, aux pacsés, aux partisans de l’union libre et aux homosexuels. «Nous» voulons une France identitaire et mariée. L’intrusion dans la vie privée, le langage des valeurs appliqué aux rapports entre les sexes et aux formes qu’ils devraient prendre sont toujours la marque du totalitarisme, aujourd’hui comme hier. A quand un référendum sur le mariage obligatoire ?
3- Le propos du candidat sortant, littéralement réactionnaire, devrait donc, si on le prenait au sérieux, réveiller le souvenir d’une des périodes les plus nauséabondes de notre histoire. Il se concevrait, à la rigueur, dans la bouche d’un traditionaliste convaincu, nostalgique d’une morale pétainiste, chef de famille et monogame invétéré, d’un personnage déplaisant, certes, mais cohérent. Le candidat sortant est loin de présenter ce profil. A la suite d’un feuilleton sentimental complaisamment évoqué dans les médias et la presse people, il forme avec sa nouvelle femme un couple au passé tumultueux et ostensiblement libéré des préjugés anciens, c’est le moins qu’on puisse dire, un couple «à la mode», justement, et d’autant plus à la mode qu’il appartient au monde médiatisé de l’oligarchie consumériste.
Autrement dit, cet appel à la «conscience collective», à la famille et au mariage, est un mensonge et une bouffonnerie. Le candidat veut-il inviter tel ou tel de ses concurrents à passer par la mairie, voire par l’église, pour régulariser la situation de son couple ? Etrange préoccupation ! Veut-il caricaturer la France des «élites» en laissant entendre qu’elles sont en proie à l’immoralité et trahissent les vraies valeurs de la France ? Etrange et dangereuse tartufferie.
En vérité, le candidat sortant est nu ; il ne sait plus quel personnage jouer, quel costume revêtir ; sa garde-robe est vide ; et sa détresse est perceptible jusque dans les égarements des plumes qui écrivent les mots qu’il s’applique à réciter.
Stefan Marx. Dessinateur choisi par Étienne
Un blog d’artiste assez exemplaire. Où l’on remarque que le plutôt jeune Marx (1980-) expose avec les stars Daniel Richter (1962-) et Jonathan Meese (1971-) à la Kunsthaus Hamburg en 2009. On avait vu précédemment dans le film monographique sur Immendorff (1945-2007), Meese travailler en duo chaleureux avec celui-ci. Le passage de relais générationnel se fait en Allemagne, pas du tout en France. Le street-graffiti art rejoint la peinture post-expressionniste sans problème. Sans parler des matchs marrants entre peintres http://www.danielrichter.com/DANIEL_RICHTER_GAME.html
« Quo vadis Europa ?»
«Quo vadis Europa ?»
Par François de Bernard, Libération, Rebonds, 3 février 2012. [D’où parle-t-il, that is the question]. On peut aussi, pour mondialiser le propos, écouter Badiou, vraiment pas mal, et malmené par Finkielkraut et Jean-François Pradeau, philosophe, conseiller au cabinet de Nathalie Kosciusko-Morizet [sic!], samedi 4 février, http://www.franceculture.fr/emission-repliques-lire-la-republique-2012-02-04. On pourrait qualifier Badiou d’in/compatible, adjectif-titre du Festival Transmediale de cette année à Berlin http://incompatible.hotglue.org/user/4f325c6422b1a/festival-conference. L’article de Marie Lechner explicite ce terme et ce festival new media.*
L’article de François de Bernard:
«On a évoqué la coïncidence, on s’en est étonné, ému ou réjoui : le naufrage du Costa Concordia sur un récif de l’île de Giglio apparaît comme un épilogue impressionnant du Film socialisme (1) de Jean-Luc Godard. Aussi faut-il voir ou revoir cette œuvre décisive pour comprendre ce qui arrive à l’Europe et à une société à la dérive.
Qu’est-ce que le Concordia ? C’est à la fois l’Europe déboussolée et le capitalisme globalisé qui sombrent ! Qui est ce capitaine irresponsable ? C’est tout ensemble Sarkozy, Berlusconi, Cameron, Orbán et leurs semblables… Qui sont ces passagers avides de consommation, de soleil, de bleu azur, de nourritures fastes, de sexe hâtif, d’entertainment et de caméras de surveillance, bref : de «tourisme» ? Nous-mêmes : les habitants pavloviens du paquebot mondial fêtant une ultime croisière. De fait, «des choses comme ça» arrivent, ainsi que le rappelle un intertitre du film répété sous toutes les nuances visuelles !
La croisière du Concordia, filmée par le peintre Godard, puis, deux ou trois ans plus tard, son fracassement sur les rochers, la profonde entaille dans la coque de cette merveille du monde, tout cela fait une (trop ?) belle métaphore du naufrage du navire européen, de son «modèle économique» et politique et social, de toutes les illusions qui l’ont accompagné… «Quo vadis Europa ?» nous interpelle ainsi un autre intertitre.
Sans doute est-ce tout cela, mais c’est encore bien autre chose ! Car le tragédien Godard, le Sophocle des années 2000, ne se contente pas, ne s’est jamais contenté, depuis plus d’un demi-siècle, de fournir des clés permettant de défaire les ressorts de la cité contemporaine. Au contraire, Godard pose problème, et sans limite, car il formule des questions qui n’ont pas de réponse dans l’horizon politique et médiatique connu, qui ne peuvent pas en avoir, et il formule aussi des réponses qui ne correspondent à aucune question envisagée. C’est en ce sens qu’il serait bienvenu d’inviter tous les candidats à la présidentielle française à aller voir ce Film socialisme, et à se déterminer par rapport à lui plutôt que sur les catalogues de questionnaires et de recettes pour idiots du village planétaire qui saturent la librairie sous la signature des Je-sais-tout-Je-suis-partout…
Pourquoi ? Parce que ce film non seulement traite de tout ce qu’il y a de plus brûlant dans le monde actuel – de la guerre, du politique, du travail, de la dette, de la pauvreté, du numérique, de la création, de l’amour, de la mort, de l’Etat, de la justice… -, mais encore il en parle d’une manière qui «lave les idées». Une manière envoûtante et magnifique qui procure le sentiment éprouvant que le débat politique présent (en Europe et en France), son ressassement, sa trituration écœurante passent à côté de l’essentiel !
Un essentiel qu’il est vain de vouloir résumer, mais que l’on peut distinguer dans et entre les bribes suivantes. «Nous sommes un pays dit développé, en 2010, qui réserve le pire sort aux gens les plus faibles.» «Vous voulez plus de pouvoir ? – Aucun pouvoir, une société, pas un Etat». «Avoir 20 ans, avoir raison, garder de l’espoir, avoir raison quand votre gouvernement a tort, apprendre à voir avant que d’apprendre à lire, top cool non ?» «Quand la loi n’est pas juste, la justice passe avant la loi.» «Ce qui a changé aujourd’hui… C’est que les salauds croient sincèrement à l’Europe.» «Moi je ne veux pas mourir sans avoir revu l’Europe heureuse.»
Pourquoi donc le Titanic a-t-il frappé aussi vivement les consciences voici cent ans (2) ? Pas à cause des pertes humaines, quelle qu’en fût l’importance, mais en raison de la charge symbolique exceptionnelle dont il était investi. Parce qu’il incarnait toutes les illusions d’une époque qui se croyait à l’abri du désastre. Et pourquoi de manière aussi durable ? Parce son naufrage a préfiguré un autre effondrement sans commune mesure, qui n’a pas tardé à lui succéder…
Et pourquoi le Concordia frappe-t-il également les esprits, stupéfaits ? Pas parce qu’il est deux fois plus gros que le Titanic et que son échouage apparaît invraisemblable… Mais, bien plutôt parce que «le drame» n’apparaît que trop compréhensible, annoncé, prévisible ! Parce qu’il devient chaque jour plus clair que tous les éléments de la catastrophe étaient réunis (depuis longtemps, peut-être même depuis le lancement) pour la rendre inéluctable… Enfin, parce que cette catastrophe-là nous parle d’autres catastrophes à venir, tout aussi prévisibles…
Enfin, pourquoi refaire la croisière méditerranéenne du Concordia en compagnie de Godard ? Pas mû par l’attraction d’un voyeurisme morbide visant à inventorier les signes précurseurs du naufrage de la grande barque (le oui-c’était-bien-là-et-pas-étonnant)… Mais pour être en avance d’un tour, grâce au travail poétique de la mémoire et de l’imaginaire, sur la prochaine surprise majeure qui pointera à l’horizon…
Car, comme le suggère encore le film : «Réfléchissez bien à ce pour quoi vous vous battez, parce que vous pourriez bien l’obtenir !»»
(1) Diffusé en salles en 2010. Le 24e festival Premiers Plans d’Angers vient de le remettre en lumière au cœur de sa belle rétrospective Godard. Cf. aussi la publication des dialogues du film sous le même titre (POL, Paris, 2010). (2) Construit de 1909 à 1912, il coule lors de son voyage inaugural le 5 avril 1912. Dernier ouvrage paru : «la Fabrique du terrorisme» (Ed. Yves Michel).
Voir: http://jlggb.net/blog2/?p=2782
* l’article de Marie Lechner du 7 février 2012, «Terreurs de connexions à TransmedialeArts numériques. Créé il y a un quart de siècle à Berlin, le festival s’est penché cette année sur le thème de la condition humaine face à la toute-puissance des réseaux.
© Genz, Lindner / transmediale«’In/compatible’ : se dit de choses qui ne vont pas ensemble. Qu’il s’agisse d’un mauvais branchement de machines, d’un logiciel refusant de tourner sur un ordinateur, d’une greffe qui ne prend pas, d’une société où 1% des gens concentre pouvoir et richesses…
Ces incompatibilités aujourd’hui prolifèrent, donnant une impression de dysfonctionnement général qui s’exprime dans les crises multiples agitant notre planète, qu’elles soient politiques, financières, technologiques, environnementales. C’est le thème qui occupait cette année le festival des cultures numériques, Transmediale (1), achevé à Berlin dimanche, après cinq jours d’intenses réflexions sur notre condition d’homme empêtré dans le maillage toujours plus dense du réseau.
Les pièces de l’exposition http://www.transmediale.de/category/website-area/festival/exhibition
Le générique du festival, qui fêtait son quart de siècle, traduisait parfaitement l’inquiétude contemporaine, par un trou noir envahissant le ciel limpide du cloud computing, cette informatique dans les nuages, ultime horizon de notre civilisation où tout serait connecté en permanence pour le bonheur de tous. Transmediale s’est employé à déconstruire ce mythe de la transmission parfaite, de la fluidité des communications et de la vélocité des transactions, en révélant le côté obscur de notre ère technologique, notamment dans l’exposition «Dark Drives», jeu de mots sur hard drive, disque dur en anglais.
Décharges. C’est d’ailleurs un disque dur externe qui forme le noir joyau autour duquel gravite l’exposition. Présenté sous cloche avec ce titre explicite, 5 Million Dollars 1 Terabyte, la boîte noire fétichisée, présentée par le collectif américain Art 404, est bourrée de logiciels téléchargés illégalement, défi à la propriété intellectuelle. «Dark Drives» fait cohabiter sans distinction un documentaire télé sur Mafiaboy, le hacker lycéen qui a fait planter Yahoo, des photos Flickr de décharges électroniques, du code pour créer une forkbomb (attaque informatique) et des œuvres artistiques du passé et du présent, comme le corrosif Suicide Box du Bureau of Inverse Technology, un dispositif électronique de surveillance des suicides sur le Golden Gate, indexés sur les fluctuations du Dow Jones. Manière de démontrer que ces pulsions anxieuses et destructrices travaillent la culture populaire mainstream comme les pratiques artistiques avancées.
Plusieurs œuvres montrent que la connexion peut être dangereuse, voire douloureuse, tant au plan physique que mental. La photographie de Chris Burden, Doorway to Heaven, documentant une performance des années 70 où il s’est collé deux câbles électriques sur la poitrine, manquant de s’électrocuter, fait écho à celle de Hans Bernard, du collectif Ubermorgen, star de l’«actionnisme digital» qui a fini en HP, victime d’une psychose maniaco-dépressive qu’il attribue à une trop intense activité sur Internet. En blouse d’hôpital, il erre, hagard, dans un paysage qui évoque le fond d’écran Windows repeint en gris. Un désordre mental guettant chacun de nous, si l’on en croit la vidéo d’Eva et Franco Mattes My Generation, montage de films YouTube montrant les relations hystériques d’amour-haine entre l’homme et ses machines récalcitrantes, avec les débordements physiques violents résultants. La vidéo est présentée sur un de ces ordinateurs saccagés qui augmenteront le tas d’e-rebuts que l’Occident déverse dans les pays en voie de développement.
Le nouveau directeur de la manifestation, Kristoffer Gansing, préfère souligner le côté productif de l’in-compatibilité : «Rien n’est incompatible par nature. Il y a plein de failles où l’action politique devient possible, où la poésie peut naître.» Il cite en exemple deux projets présentés au festival qui imaginent de nouvelles manières de connecter les gens, plus intimes et locales, comme Netless, de Danja Vasiliev, prototype de réseau qui ne nécessite pas de connexion internet et qui utilise les gens et le réseau de transport public pour véhiculer l’information, ou R15N, du collectif berlinois Telekommunisten, qui propose un usage nouveau d’un outil obsolète… comme le téléphone !
R15N fait partie de la série de technologies de «mé-communication» comme Deadswap, système de partage de fichiers offline décentralisé, où les participants, transformés en agents secrets connectés par SMS, doivent se refiler une clé USB sous le manteau. Dans R15N, au lieu de poster son message sur Twitter, on s’enregistre au service en donnant son numéro de téléphone. Le système appelle et vous met en contact avec deux autres personnes inscrites, sélectionnées au hasard, auxquelles vous confiez le message de vive voix. Celles-ci seront elles-mêmes mises en rapport avec deux autres personnes à qui transmettre le message, et ainsi de suite, jusqu’à ce que toute la communauté soit avertie. Avec quand même pas mal de chance que le message se perde en route. «C’est une critique par l’absurde des plateformes de communication existantes», admet Dmytri Kleiner des Telekommunisten, qui veut inciter les gens à réfléchir à la façon dont les gouvernements ou acteurs privés tels Facebook, Google, etc., interfèrent dans nos échanges et décident comment et avec qui on a le droit de communiquer.
Stratégies. On retrouve cette ambivalence et cette destruction créative dans le masque grimaçant des Anonymous (Libération d’hier), qui ont hanté le festival via des tchats IRC et des apparitions sur Skype. Au sit-in virtuel des premiers répondent les occupations physiques du mouvement Occupy, et ses légions de Bartleby exprimant des aspirations incompatibles avec le capitalisme financier. Jamais le terme communisme, au sens d’une utopique société de pairs, n’aura autant résonné dans les allées du Haus der Kulturen der Welt, où se tenait le festival.
Sur le plan artistique, l’in-compatibilité n’a jamais été un frein à la création, encourageant les stratégies de contournements ou d’accouplements contre nature, comme l’atteste l’appareillage hétéroclite utilisé par le mythique Joshua Light Show, reconstitué pour produire ses visuels psychédéliques 100% artisanaux. Brancher une sortie son sur une entrée vidéo ou lire un fichier d’image jpeg dans un traitement de texte, permet de générer toute sorte d’accidents que recherchent les glitch artists comme Rosa Menkman. Ou Jon Satrom, auteur de performances chaotiques sur son Prepared Desktop, qui joue avec la nature imparfaite de la technologie. Car, comme dit l’artiste chicagoan, ‘il n’existe pas de bonne manière de mal faire les choses’.»
Henri Lefebvre philosophe, Herzog & de Meuron architectes, Rémy Zaugg peintre
in Herzog & de Meuron, Histoire naturelle, catalogue d’exposition
http://www.cca.qc.ca/fr/le-cca-propose/325-herzog-de-meuron-histoire-naturelle.
Une filiation entre Lefebvre, les deux architectes et Rémi Zaugg, en une double citation:
Herzog & De Meuron conversant avec Zaugg:
«Nous nous souvenons des beaux moments passés dans l’exposition Architektur Denkform, lorsque nous voyions ces superbes superpositions d’images imprimées transparentes [photos de leurs réalisations architecturales collées sur les façades extérieures en verre du musée] et de détails des bâtiments situés de l’autre côté de la ruelle: les tuiles de notre maison destinée à un vétérinaire avec, en arrière-plan, les tuiles d’un toit médiéval.» Image: http://www.herzogdemeuron.com/index/projects/complete-works/026-050/047-architektur-denkform-basel/IMAGE.html.
Fabriquant ainsi de la «rupture dans la structure urbaine», comme une réponse à la question de Lefebvre:
«Comment transgresser et surmonter la contradiction entre le bâtiment et le monument? Comment pousser plus loin le mouvement qui a détruit la monumentalité et pourrait la restituer, au sein même des bâtiments, dans l’unité reproduite à un niveau plus élevé? Faute d’un tel dépassement dialectique, la situation stagne dans l’interaction grossière et le mélange de ‘moments’, le chaos spatial.» Henri Lefebvre, La production de l’espace, p. 257. Mais est-ce une réponse?
Très beau monologue d’Henri Lefebvre, intellectuel marxiste avec pull à col roulé beige, archive INA 1970
La dernière figure très intéressante, disparu en 2005, Rémy Zaugg, peintre, collaborateur des deux architectes qui lui ont construit un atelier à côté de sa maison à Pfastatt, à une demi-heure en voiture de Bâle. Pp. 237-238
«Ces temps-ci [printemps 2001], une idée m’obsède: une maison particulière à bâtir près de Bâle, sur une parcelle dominant la région comme un balcon. On voit, au premier plan, en contrebas, la ville et le conglomérat urbain trinational; à droite, les premiers contreforts de la forêt noire; à gauche, la plaine d’Alsace, bordée à l’horizon par les Vosges; et le Rhin, au centre, qui fuit vers le nord, vers la Hollande, la mer. Cette situation, cette vue, ce panorama avec son ciel immense m’ont inspiré un ensemble de quatre tableaux de tailles différentes (le plus grand fait 230 x 210 cm), tous quatre du même bleu céruléen froid, l’un monochrome et les trois autres avec les lettres ou les mots d’une phrase en trois langues, imprimés en blanc: ‘Und würde, sobald ich atme, das Blau des Himmels verblassen.’, ‘Et si, dès que je respire, le bleu du ciel s’effaçait blanchissait pâlissait se raréfiait jaunissait blêmissait s’évanouissait. », ‘And il, as soon as I breathe, the blue of the sky grew thin.’ Au lieu d’installer les tableaux après coup dans la maison, il y aurait d’abord les tableaux et ensuite la maison autour des tableaux. Je vous raconte là un exemple de collaboration possible avec des prémisses tout à fait inhabituelles. Ce projet de développera peut-être. On verra bien.»
«La peinture a besoin d’un lieu, d’un espace où s’établir. Son lieu fondateur est le mur, le sol. On ne peut pas l’attacher à un lieu naturel, à un sapin sur un patûrage, par exemple. J’avais donc de bonnes raisons pour désirer un atelier aussi dur. Si dur, même que je dois sortir quand je n’en supporte plus la dureté. Pas de bavardage. Tranquille —comme Dieu, qui intrigue l’homme parce qu’il se tait. Mon atelier est une architecture qui se tait. Les choses dont il est fait disent en même temps tout et en même temps rien. Son silence exigeant fait sa force. Un silence sévère pour autoriser des œuvres à venir. j’imagine qu’on pourrait y accrocher une peinture de Newman.»
ET SI / DES QUE JE RESPIRE/ LE BLEU DU CIEL / S?EFFACAIT / BLANCHISSAIT / PALISSAIT / SE RAREFIAIT / JAUNISSAIT / BLEMISSAIT / S’EVANOUISSAIT, Aluminium, peinture au pistolet, Sérigraphie, vernis transparent, 1994, pris sur http://ecrantotal-e9.blogspot.com/2007_12_01_archive.html
Monomaniax. Homme objet, unplugged. Pour Marcela Iacub.

Monomaniax. Homme objet, unplugged: http://vimeo.com/11760576.
Filmé par Romain, on voit Etienne. Ça date d’il y a deux ans…
«Parfait!» comme dit Romain.
«Vulgos», mais limite Kraftwerk, clip OZ, Ego http://www.youtube.com/watch?v=KmqmMKL1X1s
Et aussi aller chercher dans le Drugstore#5, http://www.dailymotion.com/video/xbu72g_drugstore-5_creation l’interview des Monomaniax à 10 minutes 40 secondes du début de la bande!

