Henri Lefebvre philosophe, Herzog & de Meuron architectes, Rémy Zaugg peintre

in Herzog & de Meuron, Histoire naturelle, catalogue d’exposition
http://www.cca.qc.ca/fr/le-cca-propose/325-herzog-de-meuron-histoire-naturelle.
Une filiation entre Lefebvre, les deux architectes et Rémi Zaugg, en une double citation:

Herzog & De Meuron conversant avec Zaugg:

«Nous nous souvenons des beaux moments passés dans l’exposition Architektur Denkform, lorsque nous voyions ces superbes superpositions d’images imprimées transparentes [photos de leurs réalisations architecturales collées sur les façades extérieures en verre du musée] et de détails des bâtiments situés de l’autre côté de la ruelle: les tuiles de notre maison destinée à un vétérinaire avec, en arrière-plan, les tuiles d’un toit médiéval.» Image: http://www.herzogdemeuron.com/index/projects/complete-works/026-050/047-architektur-denkform-basel/IMAGE.html.

Fabriquant ainsi de la «rupture dans la structure urbaine», comme une réponse à la question de Lefebvre:

«Comment transgresser et surmonter la contradiction entre le bâtiment et le monument? Comment pousser plus loin le mouvement qui a détruit la monumentalité et pourrait la restituer, au sein même des bâtiments, dans l’unité reproduite à un niveau plus élevé? Faute d’un tel dépassement dialectique, la situation stagne dans l’interaction grossière et le mélange de ‘moments’, le chaos spatial.» Henri Lefebvre, La production de l’espace, p. 257. Mais est-ce une réponse?


Très beau monologue d’Henri Lefebvre, intellectuel marxiste avec pull à col roulé beige, archive INA 1970

La dernière figure très intéressante, disparu en 2005, Rémy Zaugg, peintre, collaborateur des deux architectes qui lui ont construit un atelier à côté de sa maison à Pfastatt, à une demi-heure en voiture de Bâle. Pp. 237-238

«Ces temps-ci [printemps 2001], une idée m’obsède: une maison particulière à bâtir près de Bâle, sur une parcelle dominant la région comme un balcon. On voit, au premier plan, en contrebas, la ville et le conglomérat urbain trinational; à droite, les premiers contreforts de la forêt noire; à gauche, la plaine d’Alsace, bordée à l’horizon par les Vosges; et le Rhin, au centre, qui fuit vers le nord, vers la Hollande, la mer. Cette situation, cette vue, ce panorama avec son ciel immense m’ont inspiré un ensemble de quatre tableaux de tailles différentes (le plus grand fait 230 x 210 cm), tous quatre du même bleu céruléen froid, l’un monochrome et les trois autres avec les lettres ou les mots d’une phrase en trois langues, imprimés en blanc: ‘Und würde, sobald ich atme, das Blau des Himmels verblassen.’, ‘Et si, dès que je respire, le bleu du ciel s’effaçait blanchissait pâlissait se raréfiait jaunissait blêmissait s’évanouissait. », ‘And il, as soon as I breathe, the blue of the sky grew thin.’ Au lieu d’installer les tableaux après coup dans la maison, il y aurait d’abord les tableaux et ensuite la maison autour des tableaux. Je vous raconte là un exemple de collaboration possible avec des prémisses tout à fait inhabituelles. Ce projet de développera peut-être. On verra bien.»

«La peinture a besoin d’un lieu, d’un espace où s’établir. Son lieu fondateur est le mur, le sol. On ne peut pas l’attacher à un lieu naturel, à un sapin sur un patûrage, par exemple. J’avais donc de bonnes raisons pour désirer un atelier aussi dur. Si dur, même que je dois sortir quand je n’en supporte plus la dureté. Pas de bavardage. Tranquille —comme Dieu, qui intrigue l’homme parce qu’il se tait. Mon atelier est une architecture qui se tait. Les choses dont il est fait disent en même temps tout et en même temps rien. Son silence exigeant fait sa force. Un silence sévère pour autoriser des œuvres à venir. j’imagine qu’on pourrait y accrocher une peinture de Newman.»


ET SI / DES QUE JE RESPIRE/ LE BLEU DU CIEL / S?EFFACAIT / BLANCHISSAIT / PALISSAIT / SE RAREFIAIT / JAUNISSAIT / BLEMISSAIT / S’EVANOUISSAIT, Aluminium, peinture au pistolet, Sérigraphie, vernis transparent, 1994, pris sur http://ecrantotal-e9.blogspot.com/2007_12_01_archive.html