Marcela Iacub, un couple seul au monde. Marc Augé, mariage et bouffonnerie.

Trop forte, Marcela. Foin donc, par effet boule de neige, (de saison), de la comédie de remariage selon Stanley Cavell (in A la recherche du bonheur: Hollywood et la comédie de remariage). Tant pis pour les couples hollywoodiens mythiques encore jeunes voire vieillissants de New-York Miami ou de Adam’s Rib. Il en est question dans L’ordinaire et le mariage, thème d’une émission de FC du 24 novembre 2011, ou à écouter ici
[audio:http://www.lantb.net/uebersicht/wp-mp3/L’ordinaire 4_4.Filmer l’ordinaire_de Fred Astaire aux freres Dardenne.mp3] Pour écouter sur Ipad ou Iphone, cliquer ici

Marcela Iacub. Un couple seul au monde *

«S’il y a bien un phénomène étonnant dans les sociétés contemporaines, c’est celui de la survie du couple. Non pas du couple rigide et stable d’autrefois, certes, mais d’un autre, souple et précaire, fondé en principe sur le désir chaque jour renouvelé par les partenaires d’être ensemble. On dira que cette différence est si importante qu’entre les couples actuels et ceux de nos arrière-grands-parents, le seul point commun est celui des mots. Or, pour faire une telle affirmation, on doit présupposer que cette institution est une donnée immuable, qu’elle est le seul cadre susceptible d’organiser la vie privée. Tandis que si nous étions prêts à relativiser cette donnée, nous nous apercevrions de l’extraordinaire continuité du couple et notamment de la transformation des contraintes juridiques anciennes en des désirs et des règles que les partenaires se donnent aujourd’hui «librement».
En effet, la promotion de la volonté et des désirs des individus pour organiser la vie privée qui a accompagné la révolution des mœurs des années 70 aurait pu donner lieu à des formes multiples d’alliances, parmi lesquelles le couple d’aujourd’hui ne serait qu’une possibilité parmi d’autres et favoriser l’émergence d’émotions, d’attachements, de désirs et de plaisirs nouveaux et inconnus des générations qui nous ont précédés. Le despotisme du «deux» aurait pu s’assouplir et s’enrichir grâce au fleurissement d’associations à plusieurs, fondées sur des accords de solidarité économique et personnelle individualisés. Et il aurait pu en être de même lors de la venue au monde des enfants, élevés alors dans des cadres plus collectifs, sans être pour autant étatiques, qui leur auraient donné plus de chances de s’épanouir que les structures de couples fermés d’aujourd’hui.
Pourtant, non seulement cette idée n’a été revendiquée par aucun mouvement politique important, mais surtout elle a été éliminée comme possibilité sociale par le droit lui-même : ce type d’accords est soit illicite, soit dépourvu de valeur juridique. Qui plus est, les groupes comme les homosexuels, qui avaient construit jadis des formes de vie multiples, se sont empressés de rentrer eux aussi dans le moule du couple.
D’un point de vue psychique et social, ce modèle semble à tel point imprégner les représentations et les idées que l’on se fait de la normalité et du bonheur individuels, que l’on ose très rarement se demander si les frustrations et les impossibilités que l’on peut ressentir à son endroit ne sont pas liées au monopole tyrannique de cette institution précaire et artificielle comme toutes les constructions historiques. Non pas dans le sens où elle serait mauvaise en elle-même, mais dans celui qu’elle est censée convenir à tous en dépit de la variété de nos désirs, de nos passions et de nos aspirations personnelles.
Cette emprise monopolistique du couple sur d’autres formes possibles d’association fait que la seule alternative pour ceux qui n’arrivent pas à s’y adapter est la solitude. La question que l’on peut se poser est de savoir comment nos sociétés se débrouillent pour contenir l’imagination sociale, que les frustrations savent pourtant si bien produire, afin que ce monopole ne soit pas mis en cause. Quels sont les mécanismes dont elles se servent pour déclencher notre adhésion au couple en dépit de tout le malheur privé qu’il suscite ? On pourrait penser que l’un des principaux ressorts de l’anéantissement de notre imagination révolutionnaire nous vient du cinéma populaire et notamment *des comédies sentimentales dont nos contemporains sont si friands. Non pas que les autres formes de propagande pro-couple ne soient pas, elles aussi, puissantes.
Mais c’est sans doute dans ces comédies que le public transforme de la manière la plus efficace la contrainte du couple en désir personnel et universel grâce à son identification avec la beauté ou la sympathie des personnages aux prises avec une histoire étonnante qui leur arrache des rires et des larmes.
Un exemple paradigmatique des fonctions idéologiques de ce type de films est L’amour dure trois ans, de Frédéric Beigbeder. Marc, le personnage principal, doute de la capacité du couple à faire durer l’amour à la suite d’un divorce douloureux, et il écrit un ouvrage pour livrer au public sa théorie désenchantée. Mais voici qu’entre-temps, il rencontre la ravissante Alice et qu’il comprend que ce n’était pas le couple qui lui posait, en tant que tel, des problèmes. En vérité, il n’avait pas trouvé la bonne personne.
Ainsi, au lieu de souligner les misères du couple contemporain en vue de nous donner l’énergie ou les outils pour changer nos vies et le monde, ce film, fidèle à son genre, nous pousse à les accepter et à attendre que le bonheur promis arrive un jour grâce à une rencontre miraculeuse, tout comme les pauvres espèrent devenir riches en achetant le bon numéro du loto. Pourtant dans une société organisée autour de l’intérêt du plus grand nombre, le bonheur privé devrait être aussi accessible à chacun, au même titre que le toit, la nourriture et les soins. Et comme toutes les nécessités vitales, il ne devrait jamais être suspendu à cette forme de mort à crédit qu’est l’espérance

* Marc Augé. Mariage et bouffonnerie in Libération, jeudi 23 février 2012

Dans la bouche du candidat sortant, les valeurs et la devise du régime de Vichy – Travail, Famille, Patrie – se substituent tout naturellement à celles de la République. Le candidat sortant avait abondamment parlé du travail comme valeur essentielle. Dans son discours de Marseille, il a chanté la France sur tous les tons. Mais a-t-on suffisamment prêté attention au passage qu’il y a consacré au volet central du triptyque vichyssois ? Je le cite : «La famille, le mariage restent des repères, restent des références profondément ancrées dans notre conscience collective, et qui font partie de notre identité. Nous ne voulons pas que l’on sacrifie notre identité à la mode du moment.» Ce passage, martelé avec force, est un véritable morceau d’anthologie qui appelle au moins trois remarques.

1- Sous l’apparence de l’unanimité fusionnelle et du rassemblement («notre conscience collective», «notre identité»), c’est un langage qui exclut et stigmatise.

2- Ceux qu’il stigmatise sont ceux qui sacrifient notre identité «à la mode du moment». Si ces mots ont un sens, ils s’appliquent bien évidemment à tous ceux qui ne se marient pas : aux célibataires, aux pacsés, aux partisans de l’union libre et aux homosexuels. «Nous» voulons une France identitaire et mariée. L’intrusion dans la vie privée, le langage des valeurs appliqué aux rapports entre les sexes et aux formes qu’ils devraient prendre sont toujours la marque du totalitarisme, aujourd’hui comme hier. A quand un référendum sur le mariage obligatoire ?

3- Le propos du candidat sortant, littéralement réactionnaire, devrait donc, si on le prenait au sérieux, réveiller le souvenir d’une des périodes les plus nauséabondes de notre histoire. Il se concevrait, à la rigueur, dans la bouche d’un traditionaliste convaincu, nostalgique d’une morale pétainiste, chef de famille et monogame invétéré, d’un personnage déplaisant, certes, mais cohérent. Le candidat sortant est loin de présenter ce profil. A la suite d’un feuilleton sentimental complaisamment évoqué dans les médias et la presse people, il forme avec sa nouvelle femme un couple au passé tumultueux et ostensiblement libéré des préjugés anciens, c’est le moins qu’on puisse dire, un couple «à la mode», justement, et d’autant plus à la mode qu’il appartient au monde médiatisé de l’oligarchie consumériste.

Autrement dit, cet appel à la «conscience collective», à la famille et au mariage, est un mensonge et une bouffonnerie. Le candidat veut-il inviter tel ou tel de ses concurrents à passer par la mairie, voire par l’église, pour régulariser la situation de son couple ? Etrange préoccupation ! Veut-il caricaturer la France des «élites» en laissant entendre qu’elles sont en proie à l’immoralité et trahissent les vraies valeurs de la France ? Etrange et dangereuse tartufferie.

En vérité, le candidat sortant est nu ; il ne sait plus quel personnage jouer, quel costume revêtir ; sa garde-robe est vide ; et sa détresse est perceptible jusque dans les égarements des plumes qui écrivent les mots qu’il s’applique à réciter.

Le Papyrus Prisse, le plus vieux livre du monde

Le Papyrus Prisse figure parmi les plus belles pièces égyptologiques françaises avec la Chambre des ancêtres du temple de Karnak, offertes par Prisse d’Avennes, égyptologue à la Bibliothèque impériale, suite à son premier voyage (1827-1844). Le papyrus prit son nom.

«Inscrit en hiératique, une forme cursive de l’écriture hiéroglyphique, ce papyrus est très certainement l’un des plus anciens manuscrits littéraires complets de l’Egypte ancienne, sinon de l’humanité, et le mieux conservé. Il rassemble des textes sapientiaux copiés au début du second millénaire avant Jésus-Christ, l’Enseignement pour Kagemni et L’Enseignement de Ptahhotep, deux recueils de sagesses adressés par deux vizirs à leurs fils, appelés à leur succéder. Ces textes développent un complexe discours sur la société égyptienne et la conduite que doivent tenir l’individu pour s’y insérer et la pérenniser. […] Ce manuscrit est un rouleau de plus de 7 mètres de long, découpé en 13 fragments conservés dans des cadres en chêne.
A l’époque de sa composition, au Moyen Empire (vers 2160-1785 avant Jésus-Christ), il était probablement destiné à des représentations publiques au sein de l’élite nobiliaire avant de jouer, au Nouvel Empire (vers 1552-1602), un rôle central dans la formation des scribes égyptiens. L’Enseignement de Ptahhotep est peut-être l’un des classiques les plus cités dans la production écrite égyptienne, et ce jusqu’à l’époque gallo-romaine. Le livre est dans la bibliothèque numérique de Gallica.
Le Papyrus Prisse > http://gallica.bnf.fr/Search?ArianeWireIndex=index&p=1&lang=FR&q=Le+Papyrus+Prisse


L’Enseignement de Ptahhotep

« Quo vadis Europa ?»

«Quo vadis Europa ?»
Par François de Bernard,  Libération, Rebonds, 3 février 2012. [D’où parle-t-il, that is the question]. On peut aussi, pour mondialiser le propos, écouter Badiou, vraiment pas mal, et malmené par Finkielkraut et Jean-François Pradeau, philosophe, conseiller au cabinet de  Nathalie Kosciusko-Morizet [sic!], samedi 4 février, http://www.franceculture.fr/emission-repliques-lire-la-republique-2012-02-04. On pourrait qualifier Badiou d’in/compatible, adjectif-titre du Festival Transmediale de cette année à Berlin http://incompatible.hotglue.org/user/4f325c6422b1a/festival-conference. L’article de Marie Lechner explicite ce terme et ce festival new media.*

L’article de François de Bernard:

«On a évoqué la coïncidence, on s’en est étonné, ému ou réjoui : le naufrage du Costa Concordia sur un récif de l’île de Giglio apparaît comme un épilogue impressionnant du Film socialisme (1) de Jean-Luc Godard. Aussi faut-il voir ou revoir cette œuvre décisive pour comprendre ce qui arrive à l’Europe et à une société à la dérive.

Qu’est-ce que le Concordia ? C’est à la fois l’Europe déboussolée et le capitalisme globalisé qui sombrent ! Qui est ce capitaine irresponsable ? C’est tout ensemble Sarkozy, Berlusconi, Cameron, Orbán et leurs semblables… Qui sont ces passagers avides de consommation, de soleil, de bleu azur, de nourritures fastes, de sexe hâtif, d’entertainment et de caméras de surveillance, bref : de «tourisme» ? Nous-mêmes : les habitants pavloviens du paquebot mondial fêtant une ultime croisière. De fait, «des choses comme ça» arrivent, ainsi que le rappelle un intertitre du film répété sous toutes les nuances visuelles !

La croisière du Concordia, filmée par le peintre Godard, puis, deux ou trois ans plus tard, son fracassement sur les rochers, la profonde entaille dans la coque de cette merveille du monde, tout cela fait une (trop ?) belle métaphore du naufrage du navire européen, de son «modèle économique» et politique et social, de toutes les illusions qui l’ont accompagné… «Quo vadis Europa ?» nous interpelle ainsi un autre intertitre.

Sans doute est-ce tout cela, mais c’est encore bien autre chose ! Car le tragédien Godard, le Sophocle des années 2000, ne se contente pas, ne s’est jamais contenté, depuis plus d’un demi-siècle, de fournir des clés permettant de défaire les ressorts de la cité contemporaine. Au contraire, Godard pose problème, et sans limite, car il formule des questions qui n’ont pas de réponse dans l’horizon politique et médiatique connu, qui ne peuvent pas en avoir, et il formule aussi des réponses qui ne correspondent à aucune question envisagée. C’est en ce sens qu’il serait bienvenu d’inviter tous les candidats à la présidentielle française à aller voir ce Film socialisme, et à se déterminer par rapport à lui plutôt que sur les catalogues de questionnaires et de recettes pour idiots du village planétaire qui saturent la librairie sous la signature des Je-sais-tout-Je-suis-partout…

Pourquoi ? Parce que ce film non seulement traite de tout ce qu’il y a de plus brûlant dans le monde actuel – de la guerre, du politique, du travail, de la dette, de la pauvreté, du numérique, de la création, de l’amour, de la mort, de l’Etat, de la justice… -, mais encore il en parle d’une manière qui «lave les idées». Une manière envoûtante et magnifique qui procure le sentiment éprouvant que le débat politique présent (en Europe et en France), son ressassement, sa trituration écœurante passent à côté de l’essentiel !

Un essentiel qu’il est vain de vouloir résumer, mais que l’on peut distinguer dans et entre les bribes suivantes. «Nous sommes un pays dit développé, en 2010, qui réserve le pire sort aux gens les plus faibles.» «Vous voulez plus de pouvoir ? – Aucun pouvoir, une société, pas un Etat». «Avoir 20 ans, avoir raison, garder de l’espoir, avoir raison quand votre gouvernement a tort, apprendre à voir avant que d’apprendre à lire, top cool non ?» «Quand la loi n’est pas juste, la justice passe avant la loi.» «Ce qui a changé aujourd’hui… C’est que les salauds croient sincèrement à l’Europe.» «Moi je ne veux pas mourir sans avoir revu l’Europe heureuse.»

Pourquoi donc le Titanic a-t-il frappé aussi vivement les consciences voici cent ans (2) ? Pas à cause des pertes humaines, quelle qu’en fût l’importance, mais en raison de la charge symbolique exceptionnelle dont il était investi. Parce qu’il incarnait toutes les illusions d’une époque qui se croyait à l’abri du désastre. Et pourquoi de manière aussi durable ? Parce son naufrage a préfiguré un autre effondrement sans commune mesure, qui n’a pas tardé à lui succéder…

Et pourquoi le Concordia frappe-t-il également les esprits, stupéfaits ? Pas parce qu’il est deux fois plus gros que le Titanic et que son échouage apparaît invraisemblable… Mais, bien plutôt parce que «le drame» n’apparaît que trop compréhensible, annoncé, prévisible ! Parce qu’il devient chaque jour plus clair que tous les éléments de la catastrophe étaient réunis (depuis longtemps, peut-être même depuis le lancement) pour la rendre inéluctable… Enfin, parce que cette catastrophe-là nous parle d’autres catastrophes à venir, tout aussi prévisibles…

Enfin, pourquoi refaire la croisière méditerranéenne du Concordia en compagnie de Godard ? Pas mû par l’attraction d’un voyeurisme morbide visant à inventorier les signes précurseurs du naufrage de la grande barque (le oui-c’était-bien-là-et-pas-étonnant)… Mais pour être en avance d’un tour, grâce au travail poétique de la mémoire et de l’imaginaire, sur la prochaine surprise majeure qui pointera à l’horizon…

Car, comme le suggère encore le film : «Réfléchissez bien à ce pour quoi vous vous battez, parce que vous pourriez bien l’obtenir !»»

(1) Diffusé en salles en 2010. Le 24e festival Premiers Plans d’Angers vient de le remettre en lumière au cœur de sa belle rétrospective Godard. Cf. aussi la publication des dialogues du film sous le même titre (POL, Paris, 2010). (2) Construit de 1909 à 1912, il coule lors de son voyage inaugural le 5 avril 1912. Dernier ouvrage paru : «la Fabrique du terrorisme» (Ed. Yves Michel).

Voir: http://jlggb.net/blog2/?p=2782

* l’article de Marie Lechner du 7 février 2012, «Terreurs de connexions à TransmedialeArts numériques. Créé il y a un quart de siècle à Berlin, le festival s’est penché cette année sur le thème de la condition humaine face à la toute-puissance des réseaux.


© Genz, Lindner / transmediale

«’In/compatible’ : se dit de choses qui ne vont pas ensemble. Qu’il s’agisse d’un mauvais branchement de machines, d’un logiciel refusant de tourner sur un ordinateur, d’une greffe qui ne prend pas, d’une société où 1% des gens concentre pouvoir et richesses…
Ces incompatibilités aujourd’hui prolifèrent, donnant une impression de dysfonctionnement général qui s’exprime dans les crises multiples agitant notre planète, qu’elles soient politiques, financières, technologiques, environnementales. C’est le thème qui occupait cette année le festival des cultures numériques, Transmediale (1), achevé à Berlin dimanche, après cinq jours d’intenses réflexions sur notre condition d’homme empêtré dans le maillage toujours plus dense du réseau.
Les pièces de l’exposition http://www.transmediale.de/category/website-area/festival/exhibition
Le générique du festival, qui fêtait son quart de siècle, traduisait parfaitement l’inquiétude contemporaine, par un trou noir envahissant le ciel limpide du cloud computing, cette informatique dans les nuages, ultime horizon de notre civilisation où tout serait connecté en permanence pour le bonheur de tous. Transmediale s’est employé à déconstruire ce mythe de la transmission parfaite, de la fluidité des communications et de la vélocité des transactions, en révélant le côté obscur de notre ère technologique, notamment dans l’exposition «Dark Drives», jeu de mots sur hard drive, disque dur en anglais.
Décharges.
C’est d’ailleurs un disque dur externe qui forme le noir joyau autour duquel gravite l’exposition. Présenté sous cloche avec ce titre explicite, 5 Million Dollars 1 Terabyte, la boîte noire fétichisée, présentée par le collectif américain Art 404, est bourrée de logiciels téléchargés illégalement, défi à la propriété intellectuelle. «Dark Drives» fait cohabiter sans distinction un documentaire télé sur Mafiaboy, le hacker lycéen qui a fait planter Yahoo, des photos Flickr de décharges électroniques, du code pour créer une forkbomb (attaque informatique) et des œuvres artistiques du passé et du présent, comme le corrosif Suicide Box du Bureau of Inverse Technology, un dispositif électronique de surveillance des suicides sur le Golden Gate, indexés sur les fluctuations du Dow Jones. Manière de démontrer que ces pulsions anxieuses et destructrices travaillent la culture populaire mainstream comme les pratiques artistiques avancées.
Plusieurs œuvres montrent que la connexion peut être dangereuse, voire douloureuse, tant au plan physique que mental. La photographie de Chris Burden, Doorway to Heaven, documentant une performance des années 70 où il s’est collé deux câbles électriques sur la poitrine, manquant de s’électrocuter, fait écho à celle de Hans Bernard, du collectif Ubermorgen, star de l’«actionnisme digital» qui a fini en HP, victime d’une psychose maniaco-dépressive qu’il attribue à une trop intense activité sur Internet. En blouse d’hôpital, il erre, hagard, dans un paysage qui évoque le fond d’écran Windows repeint en gris. Un désordre mental guettant chacun de nous, si l’on en croit la vidéo d’Eva et Franco Mattes My Generation, montage de films YouTube montrant les relations hystériques d’amour-haine entre l’homme et ses machines récalcitrantes, avec les débordements physiques violents résultants. La vidéo est présentée sur un de ces ordinateurs saccagés qui augmenteront le tas d’e-rebuts que l’Occident déverse dans les pays en voie de développement.
Le nouveau directeur de la manifestation, Kristoffer Gansing, préfère souligner le côté productif de l’in-compatibilité : «Rien n’est incompatible par nature. Il y a plein de failles où l’action politique devient possible, où la poésie peut naître.» Il cite en exemple deux projets présentés au festival qui imaginent de nouvelles manières de connecter les gens, plus intimes et locales, comme Netless, de Danja Vasiliev, prototype de réseau qui ne nécessite pas de connexion internet et qui utilise les gens et le réseau de transport public pour véhiculer l’information, ou R15N, du collectif berlinois Telekommunisten, qui propose un usage nouveau d’un outil obsolète… comme le téléphone !
R15N
fait partie de la série de technologies de «mé-communication» comme Deadswap, système de partage de fichiers offline décentralisé, où les participants, transformés en agents secrets connectés par SMS, doivent se refiler une clé USB sous le manteau. Dans R15N, au lieu de poster son message sur Twitter, on s’enregistre au service en donnant son numéro de téléphone. Le système appelle et vous met en contact avec deux autres personnes inscrites, sélectionnées au hasard, auxquelles vous confiez le message de vive voix. Celles-ci seront elles-mêmes mises en rapport avec deux autres personnes à qui transmettre le message, et ainsi de suite, jusqu’à ce que toute la communauté soit avertie. Avec quand même pas mal de chance que le message se perde en route. «C’est une critique par l’absurde des plateformes de communication existantes», admet Dmytri Kleiner des Telekommunisten, qui veut inciter les gens à réfléchir à la façon dont les gouvernements ou acteurs privés tels Facebook, Google, etc., interfèrent dans nos échanges et décident comment et avec qui on a le droit de communiquer.
Stratégies.
On retrouve cette ambivalence et cette destruction créative dans le masque grimaçant des Anonymous (Libération d’hier), qui ont hanté le festival via des tchats IRC et des apparitions sur Skype. Au sit-in virtuel des premiers répondent les occupations physiques du mouvement Occupy, et ses légions de Bartleby exprimant des aspirations incompatibles avec le capitalisme financier. Jamais le terme communisme, au sens d’une utopique société de pairs, n’aura autant résonné dans les allées du Haus der Kulturen der Welt, où se tenait le festival.
Sur le plan artistique, l’in-compatibilité n’a jamais été un frein à la création, encourageant les stratégies de contournements ou d’accouplements contre nature, comme l’atteste l’appareillage hétéroclite utilisé par le mythique Joshua Light Show, reconstitué pour produire ses visuels psychédéliques 100% artisanaux. Brancher une sortie son sur une entrée vidéo ou lire un fichier d’image jpeg dans un traitement de texte, permet de générer toute sorte d’accidents que recherchent les glitch artists comme Rosa Menkman. Ou Jon Satrom, auteur de performances chaotiques sur son Prepared Desktop, qui joue avec la nature imparfaite de la technologie. Car, comme dit l’artiste chicagoan, ‘il n’existe pas de bonne manière de mal faire les choses’.»

Henri Lefebvre philosophe, Herzog & de Meuron architectes, Rémy Zaugg peintre

in Herzog & de Meuron, Histoire naturelle, catalogue d’exposition
http://www.cca.qc.ca/fr/le-cca-propose/325-herzog-de-meuron-histoire-naturelle.
Une filiation entre Lefebvre, les deux architectes et Rémi Zaugg, en une double citation:

Herzog & De Meuron conversant avec Zaugg:

«Nous nous souvenons des beaux moments passés dans l’exposition Architektur Denkform, lorsque nous voyions ces superbes superpositions d’images imprimées transparentes [photos de leurs réalisations architecturales collées sur les façades extérieures en verre du musée] et de détails des bâtiments situés de l’autre côté de la ruelle: les tuiles de notre maison destinée à un vétérinaire avec, en arrière-plan, les tuiles d’un toit médiéval.» Image: http://www.herzogdemeuron.com/index/projects/complete-works/026-050/047-architektur-denkform-basel/IMAGE.html.

Fabriquant ainsi de la «rupture dans la structure urbaine», comme une réponse à la question de Lefebvre:

«Comment transgresser et surmonter la contradiction entre le bâtiment et le monument? Comment pousser plus loin le mouvement qui a détruit la monumentalité et pourrait la restituer, au sein même des bâtiments, dans l’unité reproduite à un niveau plus élevé? Faute d’un tel dépassement dialectique, la situation stagne dans l’interaction grossière et le mélange de ‘moments’, le chaos spatial.» Henri Lefebvre, La production de l’espace, p. 257. Mais est-ce une réponse?


Très beau monologue d’Henri Lefebvre, intellectuel marxiste avec pull à col roulé beige, archive INA 1970

La dernière figure très intéressante, disparu en 2005, Rémy Zaugg, peintre, collaborateur des deux architectes qui lui ont construit un atelier à côté de sa maison à Pfastatt, à une demi-heure en voiture de Bâle. Pp. 237-238

«Ces temps-ci [printemps 2001], une idée m’obsède: une maison particulière à bâtir près de Bâle, sur une parcelle dominant la région comme un balcon. On voit, au premier plan, en contrebas, la ville et le conglomérat urbain trinational; à droite, les premiers contreforts de la forêt noire; à gauche, la plaine d’Alsace, bordée à l’horizon par les Vosges; et le Rhin, au centre, qui fuit vers le nord, vers la Hollande, la mer. Cette situation, cette vue, ce panorama avec son ciel immense m’ont inspiré un ensemble de quatre tableaux de tailles différentes (le plus grand fait 230 x 210 cm), tous quatre du même bleu céruléen froid, l’un monochrome et les trois autres avec les lettres ou les mots d’une phrase en trois langues, imprimés en blanc: ‘Und würde, sobald ich atme, das Blau des Himmels verblassen.’, ‘Et si, dès que je respire, le bleu du ciel s’effaçait blanchissait pâlissait se raréfiait jaunissait blêmissait s’évanouissait. », ‘And il, as soon as I breathe, the blue of the sky grew thin.’ Au lieu d’installer les tableaux après coup dans la maison, il y aurait d’abord les tableaux et ensuite la maison autour des tableaux. Je vous raconte là un exemple de collaboration possible avec des prémisses tout à fait inhabituelles. Ce projet de développera peut-être. On verra bien.»

«La peinture a besoin d’un lieu, d’un espace où s’établir. Son lieu fondateur est le mur, le sol. On ne peut pas l’attacher à un lieu naturel, à un sapin sur un patûrage, par exemple. J’avais donc de bonnes raisons pour désirer un atelier aussi dur. Si dur, même que je dois sortir quand je n’en supporte plus la dureté. Pas de bavardage. Tranquille —comme Dieu, qui intrigue l’homme parce qu’il se tait. Mon atelier est une architecture qui se tait. Les choses dont il est fait disent en même temps tout et en même temps rien. Son silence exigeant fait sa force. Un silence sévère pour autoriser des œuvres à venir. j’imagine qu’on pourrait y accrocher une peinture de Newman.»


ET SI / DES QUE JE RESPIRE/ LE BLEU DU CIEL / S?EFFACAIT / BLANCHISSAIT / PALISSAIT / SE RAREFIAIT / JAUNISSAIT / BLEMISSAIT / S’EVANOUISSAIT, Aluminium, peinture au pistolet, Sérigraphie, vernis transparent, 1994, pris sur http://ecrantotal-e9.blogspot.com/2007_12_01_archive.html

 

François Roustang. Être là comme une souche ou comme une pierre, comme un rocher.

Hors champs de Laure Adler avec François Roustang, hypnothérapeute. 9 janvier 2012.
http://www.franceculture.fr/emission-hors-champs-francois-roustang-2012-01-09 [Ceci est une retranscription partielle des seuls propos de FR, pour mémoire. FR s’est  débarrassé de toute croyance religieuse  par la psychanalyse, et par elle, il est arrivé à l’hypnose. Tout est dit sur FR in  http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Roustang. Il y a quelques vidéos sur dailymotion. L’hypnose semble un peu périlleuse mais paradoxalement innovante au regard de la pratique psychiatrique ordinaire.]

François Roustan:
[Confession à la chrétienne et analyse psychanalytique]: «Dans les deux cas,,  il y a dialogue mais dans la confession, on s’accuse de fautes qu’on a faites, en psychanalyse, on dit tout et n’importe quoi, c’est ça qui peut être efficace —Foucault s’est trompé en les comparant— quand on est à confesse, on trie les choses et on choisit ce qu’on a envie de dire; en psychanalyse, on ne choisit pas, on parle comme on déparle sans aucune retenue, ça n’a rien à voir et les effets ne sont pas les mêmes non plus. On ne s’adresse pas à une puissance supérieure en psychanalyse, alors qu’en confession, on ne s’adresse pas au prêtre, on s’adresse à Dieu. En psychanalyse, espérons qu’on ne s’adresse pas à soi-même. On parle à la cantonade. On ne sait pas ce que l’on dit, on ne sait pas à qui l’on parle. Si c’était un moi, alors là on tournerait en rond. Si c’était un ‘il’ qui parle, alors là il y aurait une possibilité de délivrance. On parle n’importe qui et en un sens, on ne parle pas. Le secret de la psychanalyse, c’est de parler un langage que personne ne comprend, on déparle.
 Déparler en français, ça veut dire parler sans interruption mais on peut en donner un autre sens, déparler, ça veut dire défaire le langage de tout sens, pour moi, c’est ça qui est fondamental en psychanalyse, c’est qu’on ne sait plus ce que l’on dit et que le langage n’a pas de sens. C’est dans cette ligne-là que j’ai pratiqué l’hypnose. On ne cherche pas un sens. L’erreur de base, c’est de vouloir comprendre alors qu’il ne s’agit pas du tout de comprendre, il s’agit d’emporter le langage de telle sorte qu’il fasse apparaître autre chose que lui-même. C’est ça qui est fondamental. […]
Ce n’est pas tellement la parole qui a marqué un tournant dans ma vie, ça a été au cours de l’analyse, une explosion de vitalité. C’est ça pour moi, l’analyse, au bout de 2 ans d’analyse [avec Serge Leclaire], j’ai fait le tour et j’ai changé de vie.
[…] Tout ce qui est décision d’être psychanalyste, ou la forme que l’on peut adopter comme psychanalyste, cela relève de l’individu lui-même. C’est une affirmation. Aujourd’hui, j’affirme que je suis un homme libre. C’est le point le plus important. Quand je décide quelque chose, je décide quelque chose, quitte, l’instant d’après, à me  poser des questions sur cette décision que j’ai prise. Je n’ai pas arrêté, comme psychanalyste, à me poser des questions sur ce que je faisais et sur l’efficacité de mon travail. C’est pour ça que j’ai bifurqué après un certain nombre d’années. On peut à la fois affirmer: ‘Je suis là, voilà ce que je fais et je le fais entièrement et en même temps dans l’instant d’après et même dans cet instant-là, dire: ‘est-ce que je me trompe’. ‘Un psychanalyste ne s’autorise que de lui-même’ disait Lacan [rappelle LA) et là je suis en accord avec ça et Lacan a eu tout cet aspect-là de libérer le psychanalyste de toute soumission quelconque, y compris à sa doctrine ou à sa théorie.
[…] Je participe à des formations de thérapeute, récemment je leur ai dit: ‘Il y a une qualité que doit avoir un thérapeute, c’est d’acquérir une sensibilité, pas une sentimentalité, mais une sensorialité, c’est le mot de Keats ‘Délivrez-nous des idées, donnez-nous des sensations’. Si la formation consistait à apprendre à percevoir, apprendre à soupçonner, apprendre à sentir, ce serait suffisant, parce que c’est à travers ça que l’on peut aider quelqu’un même parfois lui dévoiler là où il en est, parce que très souvent, la personne croit qu’elle vit telle et telle chose, alors qu’elle est en train de vivre toute autre chose et c’est au thérapeute d’éveiller en elle une autre forme de sensorialité.
[Savoir attendre: pour que la vie change, titre d’un livre de FR.]
Ce qui est fondamental, c’est que nous vivons sur deux registres différents, un registre où nous sommes conscients de ce que nous faisons et où nous agissons dans notre vie, dans la société, par rapport aux autres. Et puis un autre domaine où nous sommes amenés à percevoir une multitude de choses que la plupart du temps nous  ne percevons pas. C’est en vivant à travers ces deux registres ou en apprenant à vivre sur cet autre registre qu’une vie peut se transformer. J’ai envie de dire que ce sont les créateurs, les vrais peintres, les vrais musiciens, les vrais sculpteurs, ce sont eux qui comprennent d’entrée de jeu comment on peut vivre sur deux niveaux différents, et comment la vie peut être transformée dès lors qu’on se laisse aller à soupçonner et à sentir les choses les plus subtiles qui sont autour de nous et en nous. 
La personne qui vient me voir se sent disponible pour un changement. Elle sait que la solution est là.  Installez-vous dans ce lieu où vous avez trouvé la solution.
 Le thérapeute fait remarquer à quelqu’un qu’il sent lui-même sa force vitale, mais il ne prend pas la place de l’autre.
[…] Je suis venu à l’hypnose par l’intermédiaire de la psychanalyse. Je suis venu à l’hypnose parce que j’ai découvert le transfert, la dimension certainement hypnotique du transfert, dont on ne sort pas facilement et puis dans la cure même. J’ai écrit un article ‘Suggestion au long cours’, dans la Nouvelle Revue de psychanalyse. […] Puis je me suis initié avec Milton Erickson aux Etats-Unis. […]

[Psychanalyste versus hypnothérapeute]
Je pense que l’anamnèse, —que quelqu’un raconte son histoire—, ça n’a aucun intérêt, aucune efficacité, que le langage peut être mis de côté et que tout l’effort, si on se met à parler dans une psychothérapie, c’est, à un moment, pour se taire. C’est ça qui est efficace, parce que pour moi, ça se résume de façon très très simple à une chose:
‘Vous voulez guérir,
Oubliez que vous êtes un humain
Devenez un animal’
A des gens qui viennent me voir je dis
‘Est-ce que vous souhaitez vraiment aller mieux, vous transformer, eh bien oubliez vos pensées, oubliez que vous avez un vouloir à votre disposition, et tout simplement installez-vous dans votre statut d’organisme vivant’. ‘La guérison n’est pas un but, elle vient par surcroît’, disait Lacan. Elle vient dans la mesure où précisément je change complètement de visée, je ne cherche pas à guérir, je cherche à me mettre dans la position d’un organisme vivant qui se laisse influencer par son environnement. Et pour ça, je dois oublier même d’une certaine façon que je suis là, je dois me laisser être là comme une souche ou comme une pierre, comme un rocher. Si je peux faire ça, oublier que je suis un humain, alors fatalement, je vais trouver une solution. […]  Vous participez, vous êtes un morceau d’univers, vous êtes vivant, ça suffit. Si vous vous installez là-dedans, vous êtes libre, comme un organisme vivant est libre. Il n’y a pas de soumission. Je me soumets à quelque chose en moi que j’ignore. Quand quelqu’un a peur de l’hypnose, c’est un bon signe, parce qu’il est proche de faire le saut. Ce n’est pas une aliénation. Je suis là comme un être vivant et c’est ça qui est ma liberté. Je ratifie cette position que j’ai dans le monde et dans ma vie […] A un moment il y a soumission quand je dis à quelqu’un, cet homme qui est venu me voir: ‘vous aviez senti que vous étiez libre, il y a eu un lieu en vous où vous êtes un homme libre et vous n’êtes plus dans le ressentiment. De fait, je fais acte d’autorité en lui disant: ‘Arrêtez-vous-là, prenez le temps qu’il faut pour être tout entier l’homme qui est en paix avec lui-même et qui n’a plus besoin de cette femme [dont il s’était séparé].
[A la question de LA: comment faites-vous pour rester si jeune?]:
‘Être là où je suis et n’avoir plus aucune illusion sur moi-même’.»

Tristan Garcia. Nous sommes tous des choses et des objets

Je viens d’écouter à france culture, l’émission de Philippe Petit, les chemins de la connaissance, avec un jeune philosophe Tristan Garcia (thèse avec Badiou), à propos de son livre, Forme et objet. Un traité des choses, qui dépote vraiment: nous sommes tous des choses et aussi des objets dans des millefeuilles existentiels, et chaque âge a sa chance, même si c’est l’adolescence qui est le cœur de l’existence, (il cite Rousseau), c’est juste!
http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-qu-est-ce-qu-une-chose-2012-01-13
ou à écouter ici
[audio:http://www.lantb.net/uebersicht/wp-mp3/Qu’est ce qu’une chose………mp3] Pour écouter sur Ipad ou Iphone, cliquer ici

Citation du jour, du Rousseau pour 2012

«Mais s’il est un état où l’âme trouve une assiette assez solide pour s’y reposer tout entière et rassembler là tout son être, sans avoir besoin de rappeler le passé ni d’enjamber sur l’avenir ; où le temps ne soit rien pour elle, où le présent dure toujours sans néanmoins marquer sa durée et sans aucune trace de succession, sans aucun autre sentiment de privation ni de jouissance, de plaisir ni de peine, de désir ni de crainte que celui seul de notre existence, et que ce sentiment seul puisse la remplir tout entière ; tant que cet état dure celui qui s’y trouve peut s’appeler heureux, non d’un bonheur imparfait, pauvre et relatif tel que celui qu’on trouve dans les plaisirs de la vie, mais d’un bonheur suffisant, parfait et plein, qui ne laisse dans l’âme aucun vide qu’elle sente le besoin de remplir. Tel est l’état où je me suis trouvé souvent à l’île de Saint-Pierre dans mes rêveries solitaires, soit couché dans mon bateau que je laissais dériver au gré de l’eau, soit assis sur les rives du lac agité, soit ailleurs au bord d’une belle rivière ou d’un ruisseau murmurant sur le gravier.» Rousseau rêveries V

En Suisse (à Genève en tout cas), lorsqu’on va en montagne pour prendre l’air et se reposer on dit, «Alper», et quand on revient en ville on dit «Désalper».

Bernard Laponche (73 ans). Foin du nucléaire definitively.

Bernard Laponche*, consultant international spécialiste des questions de maîtrise de l’énergie, membre fondateur de l’association Global Chance et coauteur d’un récent essai « En finir avec le nucléaire, pourquoi et comment » (Seuil) s’exprime dans une tribune et un grand entretien sur Rue 89, argumentés et convaincants. L’avenir est dans la fin du nucléaire definitively… et cette fin programmée sur plusieurs années sera sûre, moins chère et créatrice d’emplois!
http://www.rue89.com/rue89-planete

La tribune 05/01/2012: Sûr, pas cher et créateur d’emplois : les trois mensonges du nucléaire
Le grand entretien avec Sophie Verney-Caillat, 08/01/2012: «Fukushima: ‘On a fait semblant de découvrir les dangers nucléaires’


Notre proche centrale du Bugey (à 51 km d’Aix-les-Bains)

Les ruines du bâtiment qui abritait le réacteur n°3 de la centrale de Fukushima (Reuters/Kyodo). Revival de l’esthétique des ruines.


* Bernard Laponche a un look de dandy très septante, voire soixante, dans les tons orangés des années prisunic, en plus chic.