La Fin des cartes. Worshop 3. Le territoire lit notre carte

Extrait de
Jean-Louis Boissier. «Les immobiles. A propos de la perspective virtuelle», in Paradoxes d’une nouvelle urbanité. Habiter les aéroports, sous la direction d’Andrea Urlberger. MetisPresses, 2012. Pp 34-35

«La Tour Eiffel, selon Roland Barthes, dans un texte célèbre contemporain de ces trois films, est l’instrument qui pousse à une activité, qui donne à lire, à déchiffrer l’espace urbain perçu comme panorama. Mais déjà, à l’inverse, le dispositif de l’aéroport fait de ceux qu’il attire par la promesse du spectacle de la mobilité, les objets d’une lecture, d’un décryptage, d’une inscription dans un réseau de circulation, où, paradoxalement, ils subissent une forme d’immobilité

«Lors d’un récent voyage en TGV de Paris vers le Sud-Est, ayant placé mon téléphone sur la tablette, je me plaisais à surveiller la bille bleue transparente qui marque notre position sur la carte Google Maps. Par le jeu de la combinaison du repérage GPS et d’autres indications de position liées aux réseau téléphonique et aux antennes Wifi, le repère est assez précis pour circuler sur la ligne qui figure la voie. Voyant simultanément le paysage et le petit écran, j’ai une intuition : le paysage lit la carte, lit ma carte. C’est lui l’élément actif puisque le territoire est constitué désormais de balises émettrices et réceptrices, de satellites, de réseaux. La superposition de la carte et du territoire n’est pas nouvelle. Si la topographie et la toponymie visent une restitution du réel, la cartographie s’est déployée en bornes, en pancartes, en lignes peintes sur les routes. La notion même de paysage ne renvoie-t-elle pas à une hybridation du réel et de ses représentations ? Cependant, la période récente a vu une construction virtuelle s’hybrider à l’espace-temps du réel, lui ajoutant une série de strates interconnectées, dotées de mémoire, douées de capacités de simulation, de comportement et d’innovation, qui interagissent avec une infinité de dispositifs électroniques et mécaniques aussi bien qu’avec les vivants. Nous vivons dans des mondes de cartes-bases de données qui tendent à nous lire et à s’enrichir elles-mêmes de cette lecture.»

«Si l’on résume notre notion d’immobile à une mobilité gouvernée par le langage du virtuel, il reste à considérer son efficacité dans une mise en œuvre effective à vocation artistique.»

Quid du sandmapping?  A rebours de toutes les technologies cartographiques. Avec le sand mapping, nous jouons avec une forme littérale d’immobilité. Nous sommes dans un système de cartographie personnelle assumée, au ras du sol, à l’échelle 1 —une de nos chevilles équipée d’une bouteille en plastique remplie de sable qui se déverse lors de notre déplacement pédestre— dont l’étendue est forcément limitée au contenu de notre bouteille. D’où le cercle, une bouteille = un cercle autour de moi ou d’un ami, comme une représentation de l’image projetée au sol du point GPS que représente un moment, une occurence du mouvement de mon corps repéré par mon smartphone, Marey au secours!