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Archives novembre, 2013

Japan. Togo Shitcho Sho (integration disorder)

Article publié le : lundi 11 novembre 2013. Rédigé par : Liliane

From The Netherlands and Japan:
http://en.m.wikipedia.org/wiki/Social_construction_of_schizophrenia

«In the Netherlands alternative proposals for the name schizophrenia include ‘dysfunctional perception syndrome‘ [36] and Salience Syndrome: « The concept of ‘salience’ has the potential to make the public recognize psychosis as relating to an aspect of human mentation and experience that is universal. It is proposed to introduce, analogous to the functional-descriptive term ‘Metabolic syndrome’, the diagnosis of ‘Salience syndrome’ to replace all current diagnostic categories of psychotic disorders. Within Salience syndrome, three subcategories may be identified, based on scientific evidence of relatively valid and specific contrasts, named Salience syndrome with affective expression, Salience syndrome with developmental expression and Salience syndrome not otherwise specified. »[37]

In Japan « In order to contribute to reduce the stigma related to schizophrenia and to improve clinical practice in the management of the disorder, the Japanese Society of Psychiatry and Neurology changed in 2002 the old term for the disorder, « Seishin Bunretsu Byo » (« mind-split-disease »), into the new term of « Togo Shitcho Sho » (« integration disorder »). Eighty-six percent of psychiatrists in the Miyagi Prefecture found the new term more suitable to inform patients of the diagnosis as well as to explain the modern concept of the disorder. »[38] This model is ascribed as a stress-vulnerability model rather than akraepelian disease model. [39] The Japanese society of psychiatry and neurology report: « This change is making psychoeducation much easier and is being useful to reduce misunderstandings about the illness and to decrease the stigma related to schizophrenia. The new term has been officially accepted by the Japanese medicine and media and is being adopted in the legislation in 2005.»[40]

*entrée : «Global moves to change the construction of ‘Schizophrenia’»
notes :
36. Dysfunctional Perception Syndrome
37. van Os J (November 2009). « ‘Salience syndrome’ replaces ‘schizophrenia’ in DSM-V and ICD-11: psychiatry’s evidence-based entry into the 21st century? ». Acta Psychiatrica Scandinavica 120 (5): 363–72. doi:10.1111/j.1600-0447.2009.01456.x. PMID 19807717.
38. Sato M (February 2006). « Renaming schizophrenia: a Japanese perspective ». World Psychiatry 5 (1): 53–5. PMC 1472254. PMID 16757998.
39. Sato, W. (2009). The Japanese Solution, in World Congress on Hearing Voices, September 17th-18th, 2009, Maastricht Holland The Japanese Solution
40. The Yokohama Declaration: an update. PMC 1414727.

Lien > http://lantb.net/uebersicht/?p=7262

À un cheveu

Article publié le : samedi 9 novembre 2013. Rédigé par : Liliane

http://presse-inserm.fr/mise-au-point-de-cellules-souches-ips-a-partir-de-cheveux-de-patients-schizophrenes/8512/

Sandra Laugier. Le perfectionnisme d’Adèle

Article publié le : samedi 9 novembre 2013. Rédigé par : Liliane

sandra-laugier

Exergue: Après avoir vu le film, non, Adèle n’est pas émersonnienne, malheureusement. Il reste de ce film tripes-sur-la-table, un macGuffin, le plat de spaghetti, qui pourrait figurer un nœud de vipères, s’il n’était bologniaisé si abondamment: «Qu’on en vienne à mélanger de nouveau les faits et les valeurs, et voilà que la flèche du temps allait s’interrompre, hésiter, s’agiter, se tordre en tous sens et ressembler à un plat de spaghettis, —ou plutôt, à un nœud de vipères.» (Bruno Latour, Enquête sur les modes d’existence, p. 21)

Chronique de Sandra Laugier* parue sous le titre «Le perfectionnisme d’Adèle», dans Libération, Next, 9 novembre 2013; ou aller voir La Vie d’Adèle au nom de la « Self-reliance » d’Emerson:

«Le philosophe Stanley Cavell définit le perfectionnisme moral par l’idée d’être fidèle à soi-même, ou à l’humanité qui est en soi, «l’âme prenant la route (vers le haut, vers l’avant)» et refusant la société au nom de cette exigence, et d’une culture. Culture au sens de Bildung, d’éducation, et de la «culture populaire» dont Cavell, à la suite d’Emerson, n’a cessé de démontrer qu’elle assumait la tâche de transmission et d’expression de l’aspiration démocratique, d’une société où chacun aurait sa juste voix : que ce soit dans les comédies hollywoodiennes du remariage, ou dans les drames du non-mariage et de la «femme inconnue». La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche, hérite des deux genres tout en en radicalisant les enjeux démocratiques.

Tout a été dit de la Vie d’Adèle : l’amour, le sexe, la souffrance ; l’émotion brutale que suscite la vision des trois heures de ce film. Sauf : que ce partage des émotions est motivé non par quelque «universalité» de la passion lesbienne singulière qui nous est contée, mais par ce qui drive l’héroïne, Adèle, et nous avec elle. C’est bien ce perfectionnisme —avant même LA rencontre, après même LA rupture, et au delà—, ce désir d’aller hors et en avant de soi, par l’éducation suscitée par la rencontre d’autrui ou d’œuvres (Marivaux, comme dans l’Esquive, dont la Vie d’Adèle suit directement ; la peinture, Emma étant étudiante aux beaux-arts)— qui meut en Adèle le désir et le manque d’une autre vie, d’une expression plus juste, d’une conversation véritable. Cavell liste, dans Conditions nobles et ignobles,les fondamentaux du perfectionnisme :

«Un mode de conversation entre des ami-e-s (un-e plus âgé et un-e plus jeune) / dont l’un-e dispose d’une autorité intellectuelle ; parce que sa vie est représentative ou exemplaire d’une vie qui est une attraction pour l’autre ; et le moi se reconnaît enchaîné dans cette attirance et découvre qu’il peut se retourner (se convertir, se révolutionner) ; commence un processus d’éducation où chaque moi se trouve entraîné vers un état plus avancé; qui trouve expression dans le rêve d’une transformation de la société.»

C’est le scénario parallèle et perfectionniste de la Vie d’Adèle. Adèle énonce tranquillement —lors de la scène du dîner chez les parents bobos, super tolérants et limite condescendants d’Emma— son but dans la vie: devenir institutrice. La temporalité du film est marquée par les étapes de l’histoire d’amour mais aussi de son parcours de bonne élève à cette profession qui lui permet de survivre aux émotions qui la «trans-versent» et d’exercer sa capacité d’éduquer autrui —pas seulement ses élèves, mais nous spectateurs. Il y a une dimension d’amitié dans la rencontre perfectionniste, comme dans le remariage (Cary Grant et Katharine Hepburn dans The Philadelphia Story [Indiscrétions, ndlr] de Cukor): éducation morale réciproque et transformation égalitaire des deux éléments du couple, qui idéalisent la conversation démocratique. C’est, au contraire, l’impossibilité d’une telle conversation que l’on trouve dans le genre (mélo) drame, où le perfectionnisme doit se manifester et s’exercer autrement —par la confiance en soi et l’expressivité singulière, une réappropriation non conformiste (pour Adèle, comme pour Ennis et Jack dans Brokeback Mountain, d’Ang Lee) de l’humain. Après Nietzsche et Schopenhauer éducateurs, Adèle perfectionniste-éducatrice nous apprend par sa présence le renversement des valeurs. Le perfectionnisme, c’est aussi ce qui permet la transgression de l’inégalité sociale inscrite au générique (l’inconnue Adèle Exarchopoulos vs la star montante et socialisée Léa Seydoux), le film mettant en évidence l’incapacité d’Emma à honorer la demande perfectionniste, à se laisser réciproquement éduquer et, non sans cruauté, le conformisme de son discours culturel. Transgression qui explique la polémique autour du film, dans cette priorité au visage d’Adèle et à l’inscription du personnage dans notre expérience, faisant du perfectionnisme moral, loin d’une quête abstraite du bien, une forme de vie —cette «vie» dont il est question dans le titre du film, celle du vivant vulnérable ordinaire, avec ses larmes— par le miracle de ce que Cavell appelle la photogenèse, ou la création d’une femme.

Le réalisme du film est aussi dans ce coup de force esthétique, perfectionniste et démocratique: le partage de la palme d’or cannoise et spielbergienne entre le réalisateur et les actrices du film, reconnaissance du caractère collectif de l’œuvre et démythification de la figure virile de l’Auteur; le fait, dont certains se sont émus, qu’un grand quotidien consacre sa une à la sortie du film en salles, reconnaissance de son importance dans la vie publique et dans nos vies de spectateurs ; le succès populaire et juvénile (plus de 700 000 entrées) d’un film long et laborieux y compris le tournage —autant de signes que le cinéma peut donner vie à l’éthique et rendre à la philosophie son rôle, pour citer Cavell encore, d’«éducation des adultes» par un amour de la vérité toujours révolutionnaire.»

*Sandra Laugier est professeure de philosophie à l’université Paris-I Panthéon- Sorbonne. Cette chronique est assurée en alternance par Sandra Laugier, Michaël Fœssel, Beatriz Preciado et Frédéric Worms.

Tristan Garcia. Qu’est-ce qu’être intense?

Article publié le : vendredi 8 novembre 2013. Rédigé par : Liliane

Tristan Garcia: beau paragraphe de conclusion de son article intitulé «Qu’est-ce qu’être intense?», à propos de l’exposition Pierre Huyghe au Centre Pompidou, édité dans le catalogue de l’exposition Pierre Huyghe, Centre Pompidou, 2013

«L’esprit contemporain est celui qui ne sait plus ce qu’il sent, et qui ne sent plus que ce qui varie. L’œuvre de Pierre Huyghe est l’hôte de cet esprit contemporain nébuleux, par les images, par les dispositifs d’expositions, par les célébrations, par la sexualité, par les corps animaux et humains, qui demande: qui suis-je vraiment? et auquel l’écho de sa propre voix répond: neutralisé tu n’es rien; tu n’es qu’intensité.»
pdfle texte en pdf

Jean-Max C., des Inrocks, dans son article sur l’expo, se contente de tricoter la suite de statements favoris actuels de l’artiste, inspirés du concept garcien d’être intense :
http://www.lesinrocks.com/2013/11/12/arts-scenes/arts/pierre-huyghe-au-centre-pompidou-jintensifie-ce-11443006/

93 bis. No comment

Article publié le : mardi 5 novembre 2013. Rédigé par : Liliane

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Mathieu Lindon: une vie pornographique

Article publié le : mardi 5 novembre 2013. Rédigé par : Liliane


Lu! Bien, le dernier livre de mon auteur préféré. Portraits d’époque:  la vie d’un jeune maître de conférence ordinaire et d’un artiste contemporain positivement carriériste, avec drogue puis hors drogue à partir du deuxième tiers du roman.
Une figure possible d’une «esthétique de l’existence» selon Foucault [dite en décembre 1981] : « « ce qui m’étonne, c’est que dans notre société l’art n’ait plus de rapport qu’avec les objets, et non avec les individus ou avec la vie […] Mais la vie de tout individu ne pourrait-elle pas être une œuvre d’art? Pourquoi un tableau ou une maison sont-ils de œuvres d’art mais non pas notre vie ». Il n’avait en tête que l’esthétique de l’existence, que les cent livres qu’il aurait construit avec la matière de l’Herméneutique du sujet. Mais à l’été suivant, la mort est venue [1984].» cité dans Libération, 19 avril 2001. Duchamp l’a faite sienne cette esthétique de l’existence, le catalogue Marcel Duchamp: Work and Life/Ephemerides on and About Marcel Duchamp and Rrose Selavy 1887-1968, rend compte de cet esprit. Autre piste, la confrontation Foucault-Wittgenstein ([Form des Lebens ] la forme de vie) http://www.romanistik.info/pdf-1/joerg-volbers.pdf

Qu’est-ce qu’on désire ?

Article publié le : mardi 5 novembre 2013. Rédigé par : Liliane

«Michel Foucault: Vous allez trouver que je suis détestable et vous aurez raison, je suis détestable, Œdipe, je ne le connais pas. Quand vous dites qu’Œdipe, c’est le désir, ce n’est pas le désir, je réponds: si vous voulez. Qui est Œdipe? Qu’est-ce que c’est que ça?

H. Pelegrino: Une structure fondamentale de l’existence humaine.

M. Foucault: Alors je vous réponds en termes deleuziens –et je suis entièrement deleuzien– que ce n’est absolument pas une structure fondamentale de l’existence humaine, mais un certain type de contrainte*, une certaine relation de pouvoir que la société, la famille, le pouvoir politique, etc., établissent sur les individus.

H. Pelegrino: La famille est une usine d’inceste.

M. Foucault: Prenons les choses d’une autre façon: l’idée que ce qu’on désire en premier, fondamentalement et essentiellement, ce qui devient le corrélatif du premier objet de désir, c’est la mère. C’est à ce moment que s’instaure la discussion. Deleuze vous dira, et je suis de nouveau d’accord avec lui: pourquoi désirerait-on sa mère? Ce n’est déjà pas si amusant d’avoir une mère… Qu’est-qu’on désire ? Bien, on désire des choses, des histoires, des contes, Napoléon, Jeanne d’Arc, tout. Toutes les choses sont objets de désir.

H. Pelegrino: Mais l’autre aussi est objet de désir. La mère est le premier autre. La mère se constitue propriétaire de l’enfant.

M. Foucault: Là, Deleuze vous dira: non, précisément, ce n’est pas la mère qui constitue l’autre, l’autre fondamental et essentiel du désir.

H. Pelegrino: Quel est l’autre fondamental du désir?

M. Foucault: Il n’y a pas d’autre fondamental du désir. Il y a tous les autres. La pensée de Deleuze est profondément pluraliste. Il a fait ses études en même temps que moi et il préparait un mémoire sur Hume. J’en faisais un sur Hegel. J’étais de l’autre côté, car à cette époque j’étais communiste, tandis qu’il était déjà pluraliste. Et je pense que ça l’a toujours aidé. Son thème fondamental: comment peut-on faire une philosophie qui soit non humaniste, non militaire, une philosophie du pluriel, une philosophie de la différence, une philosophie de l’empirique au sens plus ou moins métaphysique du mot. »

*contrainte
, en français dans le texte.

Michel Foucault, Dits et écrits, 1974, pp. 1494-1495

Sherrie Levine. L’art de l’appropriation : l’art de l’après catastrophe

Article publié le : samedi 2 novembre 2013. Rédigé par : Liliane

Texte lumineux de Lionel Alèze, repris de la fiche A4 ramassée au seuil des salles Sherrie Levine du Mamco* à Genève, à propos de cet art de l’appropriation qui, lorsque nous sommes face à lui, nous met spontanément très mal à l’aise:

«Au début des années 80, une nouvelle génération d’artistes (Barbara Kruger, Richard Prince, Haim Steinbach, Cindy Sherman, Jenny Holzer, Richard Pettibone, Allan McCollum) s’impose sur la scène internationale. Les travaux des artistes de cette génération, que Germano Celant qualifiera d' »inexpressionnistes », tiennent lieu d’antidote efficace aux résurgences inspirées venues d’Allemagne (néo-expressionnisme) et d’Italie (trans-avant-garde). Ils entendent ainsi lutter contre la restauration des notions romantiques –génie, artiste-démiurge, originalité– d’une métaphysique jugée désuète. Plusieurs femmes participent à cette aventure: elles revendiquent une place dans une histoire de l’art dominée par les hommes, en dénonçant notamment « le système de l’art comme un dispositif de célébration du désir masculin » (1).
Avec cette nouvelle génération d’artistes, à laquelle appartient Sh. Levine, s’opère un changement de paradigme: l’objet de la critique n’est plus l’institution muséale, comme cela a pu être le cas au cours des années 70 avec les travaux de Buren, Asher, Broodthaers. Désormais, la critique de ces artistes porte sur les discours idéologiques qui visent à envahir et dominer l’ensemble du corps social; il s’agit notamment des discours situés en dehors de l’institution muséale proprement dite, ceux des mass media par exemple.
Dans un tel contexte, c’est avant tout la dimension critique du travail de Sh. Levine qui va être privilégiée. Ainsi, lorsqu’elle reproduit manuellement à l’identique des images achetées sous la forme d’une affiche ou encore sous la forme d’une photographie extraite d’un livre d’art, on retiendra que la reproduction de ces images permet à l’artiste de mettre en évidence leur charge idéologique implicite.
Le travail de Sh. Levine est d’abord interprété, au début des années 80, comme un certificat de décès adressé à l’endroit de l’auteur/artiste. Le développement ultérieur du travail de Sh. Levine nuance ce type d’interprétation, placé pour l’essentiel sous l’influence des textes de Barthes ou de Foucault (2). L’intérêt du travail de Sh. Levine ne s’épuise pas dans cette seule déconstruction. Ce travail n’est pas à interpréter, semble-t-il, comme une nouvelle variation morbide sur la lancinante question de la disparition de l’auteur. Le travail de Sh. Levine laisse plutôt à penser que la notion d’auteur n’est en rien un invariant: elle est d’abord et avant tout une construction historique.

« Au début, déclare Sh. Levine on parlait beaucoup de la négation que contenait mon travail, mais maintenant, je trouve plus intéressant d’y voir une réflexion sur la notion de paternité [maternité] de l’œuvre. C’est vrai que la paternité artistique existe, mais je pense que selon les époques nous interprétons les mots différemment. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est la nature dialectique de ces termes ». (3)

Cette remise en question de la notion d’auteur traverse l’histoire de l’art moderne [paradoxe à développer]. L’œuvre de Sh. Levine s’inscrit bien évidemment dans cette tradition. Mais au lieu de rejeter la notion d’auteur, pour conclure, comme tant d’autres avant elle, à sa disparition définitive, elle cherche plutôt à la redéfinir, consciente que cette catégorie s’inscrit dans une histoire, à commencer par celle de ses variations linguistiques et juridiques.
La littérature du 14e siècle a aussi travaillé sur le « second degré ». Son esthétique est aussi celle de la thésaurisation et du réemploi.

« Que signifie, pour les hommes de cette époque, s’interroge Jacqueline Cerquilini Toulet, ce sentiment envahissant qu’ils ont de venir en second, d’être seconds? « . Ce sentiment douloureux, remarque-t-elle, donne une « couleur propre à cette littérature: celle de la mélancolie ». (4)

Les pratiques artistiques de la fin du 20ème siècle, à commencer par celle de la citation, ne sont pas sans similitude avec celles que pratiquaient les poètes du 14e siècle. Il est bien possible que la couleur de l’œuvre de Sh. Levine soit aussi celle de la mélancolie, qu’elle partage avec les œuvres médiévales ce même sentiment, à savoir d’être second et d’évoluer dans un monde devenu vieux.

Que signifient en effet, les titres des œuvres de Sh. Levine? Que signifient ces « After Piet Mondrian », « After Kasimir Malevitch », « After Marcel Duchamp », « After Egon Schiele »? À quel âge d’or ces « après » renvoient-ils, si ce n’est à celui d’une modernité triomphante? Si l’œuvre de Sh. Levine peut être interprétée comme un symptôme, c’est parce qu’elle est avant tout l’expression manifeste du deuil impossible des valeurs de la modernité. D’où sa mélancolie, d’où sa nostalgie à l’endroit d’une histoire de la surenchère, écrite au rythme des ruptures successives orchestrées par des avant-gardes régies selon le principe de la table rase. Sans doute Sh. Levine partage-t-elle avec Adorno l’idée selon laquelle le bonheur promis par l’aventure –celle des avant-gardes historiques du début du 20ème siècle– n’a pas eu lieu. L’art de Sh. Levine est un art de l’après catastrophe, de l’après Auschwitz et Hiroshima diront certains, mais aussi de l’après échec des avant-gardes. L’œuvre de Sh. Levine entérine cet état de fait et prend enfin la juste mesure de cet échec. Elle invite au « deuil perpétuel » des valeurs et des catégories autour desquelles l’histoire des avant-gardes s’est écrite, sans pour autant être à même de les remplacer, incapable de trouver une contrepartie valable à cette perte. En cela, l’œuvre de Sh. Levine s’apparente à la construction d’un monument funéraire dressé à la gloire d’un espoir déçu

* je découvre, après l’avoir recopié sur le bloc-notes de mon iphone, que ce texte est sur le site du mamco donc! Mais recopier est une manière de bien lire. Et on peut gloser entre crochets et hypertextualiser où bon nous semble. Remarque: sensation d’overdose visuelle dans les trois salles du Mamco dédiées à Sherrie Levine, on zappe, effet puces ou cabinet de curiosité, trop à lire…

1. Sherrie Levine, propos recueillis par G. Marzorati, Art News, mai 1986.
2. Roland Barthes, « La mort de l’auteur » (1968) in « Le bruissement de la langue ». Paris, Seuil, 1984, p. 63. [introuvable sur le net] >http://www.roland-barthes.org/index.html
Michel Foucault, « Qu’est-ce qu’un auteur ? » (1969) in « Dits et Écrits ». Tome l, Paris, Gallimard, p. 817.
[Dix variations sur la notion d’auteur (Fabula) http://www.fabula.org/atelier.php?Dix_variations_sur_l%27autorit%26eacute%3B_de_l%27auteur]
3. Sherrie Levine, « L’angoisse de l’influence de plein fouet ». Conversation avec Jeanne Siegel. Cat. Hôtel des Arts, Paris 1992, p. 67.
4. Jaqueline Cerquilini Toulet, « La couleur de la mélancolie », Paris, Hatier, 1993, p. 11.

Emerson. J’embrasse le commun

Article publié le : samedi 2 novembre 2013. Rédigé par : Liliane

«I embrace the common. I explore the familiar, the low. Give me insight into today, you may have the antique and the future.»
«J’embrasse le commun. J’explore le familier, le bas. Donnez-moi l’intuition du présent, vous aurez le passé et le futur.»

Martigny vu par

Article publié le : vendredi 1 novembre 2013. Rédigé par : Liliane

http://bequilles.ch/2013/03/29/martigny-est-elle-la-ville-la-plus-laide-de-suisse-romande/