Christian Bernard. Le souvenir sera digital ou ne sera pas !

Article paru dans La Tribune de Genève, 
Le Mamco planifie la numérisation de ses expositions
Les musées à l’ère digitale. Digitaliser les œuvres d’art soulève des questions éthiques et juridiques autant que techniques, débattues avec Christian Bernard, fondateur du Musée d’art moderne et contemporain de Genève, par Pascale Zimmermann

[…] Aussi formidables que soient les opportunités fournies par la numérisation des œuvres d’art, celle-ci soulève différentes questions éthiques, juridiques et techniques. Les spécialistes se concertent, les colloques se multiplient: Cloud Collections, organisé par l’Institut suisse pour l’étude de l’art (SIK- ISEA), s’est tenu à la mi-mars à l’Université de Genève. A la fin d’avril, c’était le tour de MuseumNext, à Genève également. L’assemblée annuelle du Comité international pour les musées et collections des beaux-arts, prévue à Lausanne du 27 au 31 mai, portera elle aussi sur le thème «Les musées de beaux- arts à l’ère du numérique».

Quels sont les enjeux de cette révolution numérique pour les institutions genevoises? Nous avons choisi de prendre l’exemple du Mamco. Le Musée d’art moderne et contemporain, qui célèbre en 2015 ses 20 ans d’existence à la rue des Bains, se trouve directement et de façon toute pragmatique confronté à la thématique. Décorticage de ce cas d’école avec Christian Bernard, directeur, fondateur et esprit des lieux.

Que faut-il numériser?

Tout ce qui un jour a été exposé au Mamco a été fixé sur la pellicule, par le même photographe, depuis vingt ans. Salle par salle, mur par mur, angle par angle. «Lorsque nous avons commencé à documenter notre travail, nous l’avons fait en argentique, avec des diapositives essentiellement, raconte Christian Bernard. Les ektachromes, de qualité certes bien supérieure, étaient trop onéreux; nous n’en avons que quelques centaines. Lors du passage au numérique, le stock argentique est resté dans des casiers pendant des années. Puis nous avons tout numérisé, 7000 images! Aujourd’hui, 90% de l’archive est digitalisée.»

Livres papier ou contenus Web?

Dès le départ, le Mamco a décidé de ne pas éditer de catalogue sur papier de ses expositions. «C’est un parti pris. Je pense depuis toujours que rien ne remplace une visite au musée. Les œuvres ont une matérialité spécifique, un format, une épaisseur, une variabilité à la lumière, parfois une odeur», milite le fondateur. Un musée possède lui aussi son parfum: le Mamco sent l’huile de machine. Le bâtiment de la rue des Bains abritait à sa construction, en 1958, la Société genevoise d’instruments de physique (SIP). Le musée a donc sciemment ciblé son activité éditoriale sur les monographies et les écrits d’artistes, les essais et les traités sur l’art. Aucune trace des expositions elles-mêmes n’a été consignée sur papier. Le souvenir sera digital ou ne sera pas!

Comment financer le travail?

La numérisation de l’archive du Mamco a été effectuée grâce au soutien d’une fondation privée qui exige de garder l’anonymat. Christian Bernard: «Ce travail a coûté autour de 120 000 francs. Ne restent à digitaliser que les ektachromes – quelques centaines de clichés à 40 francs pièce – pour lesquels nous devons encore trouver des fonds.» Puis le Mamco aura besoin de 200 000 francs supplémentaires, soit un poste pendant deux ans plus les frais afférents, pour réaliser un vrai projet muséal en ligne.

Quel musée en ligne créer?

«Il est important que la mémoire du musée soit basculée sur notre site progressivement. Ce sera long et compliqué, car je veux le faire de façon légèrement complexe: prendre par exemple le même mur, pendant vingt ans, et montrer ce qui y a été exposé au fil du temps, annonce le directeur. Cela suppose beaucoup de travail et de la subtilité de la part des programmeurs: plusieurs entrées, plusieurs arborescences.» Lorsque le Mamco sera mis en ligne, il sera possible d’effectuer une recherche par date, exposition, artiste, salle ou mur. Tout sera corrélé à un plan du musée, il y aura des explications, des légendes pour chaque œuvre, pour chaque installation. Une exposition possède une construction qui fait sens: telle œuvre n’est pas en face de telle autre par hasard. Pour ne pas trahir le travail du curateur, le musée en ligne devra rendre compte de cette «architecture» particulière. Christian Bernard y tient beaucoup: «Je m’occuperai du suivi de ce projet, même après mon départ à la retraite (je programme des expositions jusqu’au printemps 2016), car je me sens coresponsable de la mémoire du Mamco. J’espère commencer ce travail en 2016 et escompte en avoir pour trois ou quatre ans.»

Quels sont les problèmes techniques?

Argentiques ou numériques, les clichés n’ont pas tous la même qualité ni un formatage ou un étiage identiques, même s’ils ont été tirés par un seul photographe. Certains ont vieilli. «Au Mamco, les sols sont roses. Sur certains tirages, c’est du rose clair, sur d’autres du rouge foncé. Il convient d’équilibrer les couleurs pour rendre les clichés comparables, si l’on veut rendre compte d’une certaine cohérence», résume le fondateur de l’institution. Les œuvres sont prises évidemment sous plusieurs angles, les sculptures surtout; les installations compliquent bien sûr encore davantage le travail du photographe.

Et l’artiste dans tout ça?

On peut tout prendre en photo, c’est un fait. Mais que doit-on capturer? Uniquement ce que l’artiste voulait montrer? La question est aiguë en ce qui concerne le Google Art Project – la numérisation par le géant technologique américain de toutes les œuvres d’art dans le monde, ou presque. Lors du colloque Cloud Collections, Cédric Manara, conseil en droit d’auteur chez Google à Paris, relevait l’extraordinaire exploit technique que constitue la numérisation du plafond de l’Opéra Garnier, peint par Marc Chagall en 1964 et digitalisé par le biais du procédé du gigapixel: «C’était extrêmement délicat, car sous le Palais Garnier passe le métro. Je vous laisse imaginer les vibrations! Aujourd’hui le gigapixel permet d’apercevoir des choses que vu d’en bas, il est impossible de déceler, comme la signature de l’artiste et la date à laquelle la fresque a été peinte.» Dubitatif, Christian Bernard pondère ce bel enthousiasme: «Quand le lieu prescrit le point de vue, il n’y a aucune raison de considérer qu’il y a plus à voir pour le spectateur que ce que l’artiste voulait montrer.» Un plafond peint se regarde d’en bas, point.

Quel atout pour l’histoire de l’art?

Tout voir de l’œuvre qu’il étudie est en revanche crucial pour le chercheur en histoire de l’art. La précision des images numériques est à ses yeux un don du ciel, et le gigapixel mis au point par Google un vrai miracle. «Mais il ne faut jamais perdre de vue que ce que l’on regarde là est une manipulation de la réalité. Il arrive à Google de composer un mur de 8 m2 avec une œuvre mesurant 2 m2…» relève notre interlocuteur.

A qui reviennent les droits?

Au Mamco, chacun est libre de photographier ce que bon lui semble. Seuls trépied et flash sont prohibés, afin d’éviter un usage professionnel des clichés. «Je suis très low law, précise son directeur. Nous ne vendons pas nos photos quand il s’agit de collègues, de curateurs, etc. Les artistes et les collectionneurs sont les récipiendaires des photos que nous prenons. Je leur en envoie un jeu, mais les clichés restent notre propriété.» Si quelqu’un souhaite les publier, dans le cadre d’une thèse ou d’un livre, il faut alors en demander l’autorisation à l’artiste ou au collectionneur, qui en conservent les droits. Cela dit, une large diffusion contribue au rayonnement d’une œuvre, de son créateur ou à la mise en valeur d’une collection. Artistes et collectionneurs ont en général tout intérêt à céder leurs droits pour publication. Le directeur ajoute: «Lorsque le catalogue raisonné de notre archive sera sur le Net, tout sera en libre accès. C’est un principe moral: nous sommes un service public. Nous n’effectuons aucune valorisation commerciale, nous ne faisons pas d’argent avec ces photos. Au contraire, cela nous coûte quelque chose. Si l’accès au site était payant, ce serait différent, il faudrait partager les gains.»

Quel sens donner à la numérisation?

Pour Christian Bernard, rien ne remplace l’expérience sensorielle: «C’est en situation d’exposition que l’œuvre visuelle peut déployer son amplitude plastique et sémantique. L’espace entre les œuvres, leur style d’accrochage et d’éclairage, leurs enchaînements et articulations, toute la grammaire de l’exposition produit une conversation polyphonique où chaque œuvre individuelle s’éclaire et s’enrichit des échos calculés et rencontres imprévues du dispositif de l’exposition.» Il convient donc de mettre en ligne non seulement l’œuvre mais aussi l’exposition, la patte du musée, le point de vue du curateur. «Toute représentation photographique n’est qu’une forme partielle de la chose. Et ce n’est pas l’art qu’on numérise. On digitalise des images, pas les œuvres, on numérise leurs reproductions. Mais nous vivons dans un monde où l’empire de l’image est si grand qu’on omet de dire que la représentation n’est qu’une des apparences de l’objet.»

A quoi prendre garde?

Dès qu’on parle numérisation des collections, un discours bien huilé s’invite dans le débat: grâce à la digitalisation, l’art mondial est à tout le monde. Fini les frontières géographiques, sociales, financières ou culturelles. Liberté, égalité, gratuité… Autre poncif, les curieux ferrés sur Internet vont prendre en rangs serrés le chemin des «vrais» musées. Christian Bernard donne son avis: «Je ne crois pas une seconde que la numérisation va nous amener un public nouveau. Une mutation anthropologique est en train de s’opérer. Un de ses enjeux essentiels? Ne pas accepter de perdre en son nom le rapport direct au monde. Aujourd’hui, dans un musée, tout le monde se balade avec sa tablette ou son smartphone pour prendre des clichés des œuvres. En photographiant, on ne regarde plus l’objet qu’à travers un appareil. Mais dans la mode du selfie, on est encore un cran plus loin: c’est l’objectif qui nous prend en photo que nous regardons. Si les musées font la course aux images, ils y perdront leur âme. Leur âme, ce sont les choses.»

Le Mamco ne diffuse jamais qu’une seule photo de ses expositions, à titre d’indication. S’il multipliait les images sur son site, le risque serait grand de donner aux gens l’impression d’avoir déjà vu l’accrochage. Pourquoi alors se déplacer? Christian Bernard: «Les musées vont devenir des réserves indiennes, des conservatoires d’authenticité sensible. C’est ce qui, à terme, justifiera leur existence.» (TDG)

Aby Warburg ou la tentation du regard 1/.

« Parfois, il me semble que j’essaie, comme psycho-historien, de déceler la schizophrénie du monde occidental à partir de ses images, et comme dans un réflexe autobiographique : d’un côté la nymphe extatique (maniaque) et de l’autre le douloureux Dieu fluvial (dépressif), comme les pôles entre lesquels l’homme sensible, donnant fidèlement forme à ses impressions, cherche son propre style dans l’acte créateur. L’antique jeu de contraste entre vie active et vie contemplative. »
Aby Warburg, Miroirs de faille, à Rome, avec Giordano Bruno et Édouard Manet, 1928-1929, presses du réel, 2011, p. 109.

Warburg
Cette citation sert d’exergue au livre de Marie-Anne Lescourret, Aby Warburg ou la tentation du regard, Hazan, 2013

Roland Barthes. Vivre ensemble, la distance critique

Extrait de la dernière séance du cours «Comment vivre ensemble». http://www.ubu.com/sound/barthes.html

Nous savons qu’en éthologie, dans les groupes animaux les plus serrés, les plus individualisés, les animaux qui vivent en ban ou en vol, les espèces apparemment les plus grégaires règlent cependant la distance interindividuelle, et cette distance réglée entre les individus qui vivent pourtant très serrés les uns contre les autres, cette  distance, ça s’appelle la distance critique. Et bien je pense que le problème le plus important du vivre ensemble, ce serait de trouver et de régler la distance critique, la distance au-delà ou en de ça de laquelle il se produit une crise. Il ne faut jamais oublier l’étymologie, et le mot critique doit être attaché au mot crise. La critique littéraire, par exemple, on aurait toujours intérêt à penser qu’elle vise à mettre en crise, ceci est une parenthèse.
 Ce problème de la distance critique est d’autant plus aigu aujourd’hui que dans notre monde industrialisé, ce qui coûte cher, c’est-à-dire le bien absolu, c’est la place, c’est ça qui coûte cher : avoir de la place, dans les maisons, dans les appartements, dans les trains, dans les avions, dans les séminaires, le bien véritablement luxueux, c’est d’avoir autour de soi de la place, c’est ça qui coûte le plus cher, c’est avoir autour de soi quelques uns mais pas beaucoup,  c’est là le  problème typique de l’idiorythmie*.
[*«Régime de certains monastères du Mont-Athos qui, à la différence des communautés cénobitiques, permettent à leurs moines de s’organiser individuellement » (Foi t. 1 1968)]
Si on imaginait une sorte de règle télémique*, calquée sur la règle monastique, cela pourrait donner ceci.
[*Proxémique et télémique. La télémique s’oppose à ce qui a été si longtemps notre dimension privilégiée, sinon unique, qu’Edward Hall appelle à juste titre la proxémique, soit l’aménagement de nos faits et gestes et de nos comportements culturels dans l’espace proche, celui que nous constituons autour de nos corps, autour de nos proches, – famille, ethnie, langue. Partant de la régulation de la distance chez les animaux, l’auteur éclaire de façon convaincante ce qu’il en est de nos espaces visuel, auditif, olfactif, tactile, thermique, que nous organisons en fonction d’une dynamique subtile, presque toujours implicite, pour ne pas dire secrète, en distance intime, en distance personnelle, en distance sociale, en distance publique selon les circonstances, selon les personnes en présence, leurs places et leurs intérêts respectifs, compte tenu de la variété des cultures qui organisent nos significations.
 En revanche les moyens techniques mis en œuvre aujourd’hui, tels le train, l’automobile, l’avion, les fusées, les navettes spatiales, constituent le phénomène télémique qui affecte de plus en plus l’ensemble des individus et des entreprises, entraînant à la fois des changements de nos comportements et de notre environnement. A noter que les moyens télémiques évoluent toujours plus en réseaux : réseaux routiers, réseaux ferroviaires, réseaux aériens, réseaux informatiques dont INTERNET préfigure le superréseau planétaire. René Berger, 5.12.1998] http://college-de-vevey.vd.ch/auteur/cybergraines.htm

Dans le règle de Saint Benoît, qui est une règle cénobitique,  l’abbé doit donner en propre à chaque moine des objets. Une fois que le moine est intégré dans le couvent, l’abbé lui donne en propre, des objets : un vêtement, une tunique, des souliers, des bas, une ceinture, un couteau, une aiguille, un poinçon pour écrire… et des tablettes. Il s’agit ici d’un don d’objet,  qui à l’époque se fait selon le besoin vital. Tous ces objets représentent le minimum nécessaire et significatif. Car à cette époque, ce qui coûte, donc qui fait un objet de don déclaré, ce qui coûte, ce sont les objets fabriqués. Il ne faut pas oublier cette règle très simple d’économie historique. L’objet fabriqué a été pendant des siècles le véritable étalon de la richesse. Au 18e siècle, la fabrication des miroirs, c’est ce qui coûtait le plus de journées de travail de l’ ouvrier. L’objet fabriqué, c’est ce qui pouvait vraiment faire l’objet d’un don essentiel. 
Or, aujourd’hui, dans la société dite de consommation, l’objet fabriqué ne peut plus avoir ce caractère d’étalon parce que ces objets sont trop faciles à acquérir ou à donner et trop bon marché. Ils ont trop peu de valeur pour constituer un don consacrant. On n’imagine pas un abbé de monastère donnant solennellement comme objet au moine au moment de son initiation, un stylo bille, un cahier, un couteau…

Ce qui coûte aujourd’hui ce ne sont  pas les objets fabriqués, c’est la place. Ce qu’on peut donner de plus précieux à quelqu’un, c’est de lui donner de la place. Dans une règle utopique, le don essentiel ce serait le don de place, qui assure la distance critique
.

Cette distance critique entre les membres de la petite communauté idiorythmique, c’est une distance qui est dotée d’une valeur au sens fort du terme. Cette valeur ne doit pas être prise  dans la perspective mesquine d’un simple quant à soi. La distance critique n’essaie pas seulement de préserver un petit quant à soi dans le vivre ensemble. Je rappelle que Nietzsche fait de la distance entre les êtres une valeur forte, une valeur rare. Et je le cite dans une formulation qui aujourd’hui sonne d’une façon excessive et provocante mais par là même très réveillante. Je le cite : « l’abîme entre homme et homme, entre une classe et une autre, la multiplicité des types, la volonté d’être soi, de se distinguer ce que j’appelle le pathos des distances est le propre de toutes les époques fortes.»

La tension utopique qui gît dans le fantasme  idiorythmique vient de ceci. Ce qui est désiré dans l’utopie idiorythmique c’est une distance qui ne casse pas l’affect, c’est cette quadrature du cercle, une distance qui ne brise pas ou qui n’uniformise pas l’affect et l’expression «pathos des distances» me paraît une très belle expression dans la mesure où elle fonctionne un peu comme quelque chose de presque impossible à réaliser, une  distance pénétrée, irriguée de tendresse, un pathos où entrerait à la fois de l’eros et de la sophia.
Peut-être en son genre, avec les distinctions d’époque et d’idéologie, comme ce que visait Platon, sous le nom de sofronystère, c’est un mot construit comme phalanstère ou ascétère. On pourrait imaginer un sophronystère où on marierait eros et sophia.

On rejoindrait ici cette valeur que j’essaie peu à peu de définir sous le nom de délicatesse, mot quelque peu provocant dans le monde actuel. Vivre ensemble selon la délicatesse voudrait dire vivre vis à vis des autres à la fois dans la distance et dans les égards, ce serait accomplir ou réaliser une absence de poids dans la relation et cependant une chaleur vive de cette relation et le principe de délicatesse ce serait de ne pas manier l’autre, de ne pas manier les autres, de ne pas manipuler, de renoncer activement aux images des uns et des autres, et d’éviter tout ce qui peut alimenter l’imaginaire de la relation, tout ce qui peut alléger ou annuler ou périmer l’imaginaire d’une relation c’est proprement utopique puisque c’est l’image même du souverain bien. Une relation d’amour sans image, ce serait une relation parfaite et en quelque sorte éternelle. Voila pour l’utopie.

Lacan. Les non-dupes errent. 1973

14. Séminaire XXI (1973-1974) « Les non-dupes errent » (13 novembre 1973)
First session.
The title of this Séminaire is a pun on the title of his Séminaire in 1963 (« Les Noms-du-Père ») which was stopped after a single session because Lacan had been banned from the IPA.
In this session, Lacan explains the title and displays his borromean knot as the way to knot the 3 category registers of human reality : Real, Symbolic, Imaginary.

14e document audio sur les 17 mis en ligne sur ubuweb http://www.ubu.com/sound/lacan.html

Notes
«From 1953 to 1980, the Séminaire of the french psychoanalyst Jacques Lacan (1901-1981) is the laboratory, the work-in-progress for his « Return to Freud » project. A return to the real meaning of Freud’s discovery, including the recent contributions made by linguistics (Saussure, Jakobson) and structural anthropology (Lévi-Strauss), and then through formal logic and topology.

Lacan’s Séminaire was a singular place and moment, almost weekly, every year from november to june. Without any connection with university, it was public and open to everyone. In the beginning, Lacan reads through again and comments on the works of Freud for a limited audience made of psychiatrists and psychoanalysts in training. Later, as Lacan’s thought goes more and more original and as his exuberant personnality – His Style – makes him known beyond the strictly psychoanalytical circles, the Séminaire becomes a kind of place in vogue where you sometimes wanted to be seen. You could see lacanian analysts, some patients of these analysts, students, artists or intellectuals (for example, Philippe Sollers is known for frequenting the Séminaire in the 70’s). At this time, Lacan often complains about the growing size of his audience.

Initially started at the Hôpital Sainte-Anne (Paris, 1953-1963), the Séminaire continues at the Ecole Nationale Supérieure (Paris, 1964-1969) with the help of Louis Althusser and Claude Lévi-Strauss when Lacan is banned from the International Psychoanalytic Association in 1963 (his Séminaire becomes unwelcome at Sainte-Anne). Finally, the last Séminaires take place in the Faculté de Droit Panthéon (Paris, 1969-1980).

Every year, during the first session, Lacan announces a title, a theme. The early Séminaires are mostly centered on commenting the main classical psychoanalysis concepts (the Ego, the transference, the indentification, etc.). Later, themes and titles became more strictly lacanian (sometimes based on homophonies and puns) as the concepts and their models (logic or topologic) become really specific and personal.

Very few sessions were previously written up by Lacan, so a stenographer had to transcribe the whole sessions. However, at the present time, only 12 Séminaires out of 27 have been published. The composition of a text from the stenographies (or even from the audio material) has always seemed to come up against the fundamentally oral nature of Lacan’s teaching and his totally improvising style. The first official publications of the Séminaire started in the early 70’s, but in such a slowly rate that many unofficial versions of unpublished Séminaires have immediatly spread into the psychoanalysts circles.

The first known private audio recordings of the Séminaire seems to date from 1969. Curiously, despite Lacan’s famous verve or grandiloquence and his matchless improvising oral style, none of the 500 sessions has been cleanly and officially recorded (neither audio nor video).»

Guillaume Patin, Editor / Curator

Barbara Cassin. L’urgence est l’apprentissage du jugement, de la critique

Publié dans Libération, « Événement », p. 9

«A partir de maintenant, je pense qu’il y a deux points à travailler. L’éducation en prison. Et l’apprentissage de la critique du Net et des réseaux sociaux. Quand on parle avec des jeunes, on voit qu’il est de plus en plus difficile de savoir où est le réel, dans le Net, dans les jeux vidéo… il y a un rapport complexe à la fiction.

Je suis persuadée que Coulibaly, jusqu’au bout, ne savait pas vraiment où était le réel. L’éducation devrait être un apprentissage du jugement, du distinguo, de la critique, du goût.

Il y a une faille monumentale dans le système éducatif. On fait beaucoup de la maternelle au lycée mais, à un moment, c’est bloqué. C’est insupportable parce qu’on dit « la République vous appartient »… tu parles ! On arrive à peu près à amener une bonne partie de chaque génération jusqu’au bac. Et ensuite, ils sont lâchés, les portes se ferment et elles se ferment de manière inégale. Si la tradition familiale n’est pas là, l’ascenseur social ne fonctionne pas. Quand Coulibaly a commencé à déconner, ça a été fini pour lui. Quant aux frères Kouachi, ils ont à un moment été élevés dans une institution très respectable dans le Limousin, on ne peut pas dire qu’on n’ait rien fait pour eux, mais il y a un moment où ça s’est arrêté. Ils ont fait de la prison, ont découvert l’islam radical*. Les autres portes étaient fermées.

Si j’avais des recommandations à faire, ce serait de travailler la pluralité des langues. Il faut proposer un apprentissage précoce des langues. Il faudrait que les élèves aient au moins vu une ligne d’arabe, ou de chinois, au tableau de la classe, et je pense que ça n’est pas le cas.

Je travaille sur la traduction, sur la différence des langues. Le prochain ouvrage collectif que je veux faire est d’ailleurs un dictionnaire sur les intraduisibles des trois monothéismes. Je sais que le travail sur la diversité des langues permet d’appréhender une diversité qui n’est pas une diversité clôturée, mais d’emblée en communication. Ce qu’on appelle la traduction, c’est le passage d’une langue à l’autre, c’est mettre des ponts entre les singularités. Il faut aussi s’appuyer sur les bilingues. Quand il y a plusieurs langues, on passe de l’une à l’autre, il y a des points d’achoppements, on les travaille, c’est ça qui est intéressant. Et c’est en réfléchissant là-dessus qu’on trouve les analogies qui permettent de communiquer. Il n’y a pas seulement un universel, mais des singularités – non pas communautaires et closes, mais en interaction.

Qu’est-ce que l’école peut proposer à un adolescent qui cherche du sens ? Il faut lui apprendre à lire les textes, à les interpréter, comparer, réfléchir, juger. Lire des textes en différentes langues aussi. Nous sommes face à deux dangers symétriques. D’un côté, les communautarismes isolés, des entités closes. De l’autre, un universel non complexe, comme celui des droits de l’homme. C’est entre ces deux dangers qu’il faut éduquer le jugement.

Il ne s’agit pas de faire de l’instruction civique, c’est généralement très ennuyeux. Il faut lire des textes, apprendre la critique, l’éducation au goût, en s’appuyant sur ce qui intéresse les élèves. On peut faire des choses magnifiques en partant de Star Wars.

Y a-t-il des modèles à proposer aux adolescents ? Je ne sais pas. Avant, les romans d’éducation passaient par le voyage, la comparaison, l’immersion dans d’autres mondes. Et il y avait les grandes figures, les hommes illustres. Moi, je ne proposerais pas des personnages comme modèles, mais des phrases. Comme la première phrase, de la Métaphysique d’Aristote : « Tous les hommes désirent naturellement savoir. » Pour moi, les modèles, ce sont des phrases qui donnent à réfléchir.»

Recueilli par Natalie Levisalles

* les paroles de Daniel Cohn-Bendit, cofondateur d’EE-LV :
Libération, 8 janvier recueillies Par MATTHIEU ECOIFFIER

«Avec Wolinski, Cabu, c’est l’une des dernières formes de l’esprit de Mai 68 qui a été assassinée. L’attentat semble perpétré par des personnes appartenant à des réseaux islamistes. Il y a un islamofascisme, ça existe. Ces personnes sont des fascistes, il ne faut pas tourner autour du pot. Comme il y a eu un fascisme venu de la civilisation occidentale, il y a un fascisme venu de la civilisation de l’islam. Ce n’est pas l’islam, mais ceux qui commettent ces attentats s’y réfèrent, comme le fascisme nazi se référait à l’Europe chrétienne, à une certaine idée de l’Occident. On a toujours dit : « Le fascisme ne passera pas. »

«C’est dur, mais il faut être aussi rationnel que possible, ne pas tout mélanger. Ce qui est attaqué, c’est le droit à la critique radicale de toutes les religions. Charlie, c’est la radicalité anticléricale, c’est pour ça qu’ils ont été tués. Ce qu’on veut défendre, c’est le droit à cette radicalité.

«Ce n’est pas parce qu’il y a un islamofascisme qu’on ne doit pas discuter de comment on interprète le bouquin de Zemmour ou de pourquoi il y a une telle ruée médiatique sur celui de Houellebecq. Il faut qu’on soit radicalement clairs et qu’on soutienne à fond la pensée libertaire de Charlie. L’héritage de Cabu, c’est que, dans les moments difficiles, il ne faut pas s’arrêter de penser.»

L’imprimerie à l’école, cœur de la pédagogie Freinet

« Freinet, est un matérialiste. Il ne dit pas, faites ceci, faites cela, mais mettez l’imprimerie dans votre classe et vous verrez ce qu’il advient. »

Dans le département Arts plastiques, créé au sein du Centre universitaire expérimental de Vincennes, s’instaure dans les années 70 un courant artistique «de terrain» qu’on peut qualifier rétrospectivement d’«activiste», représentant une des modalités de l’art contextuel contemporain, avec deux médiums do it yourself de création-édition-diffusion d’images et de texte-image: la linogravure —sur une ligne Freinet de «l’imprimerie à l’école»— et la sérigraphie, —médium d’agit-prop en mai 68, pratiqué selon une nouvelle forme d’«imprimerie à l’école», celle de l’atelier populaire des Beaux-arts de Paris et de l’Ecole supérieure des arts décoratifs, rue d’Ulm.


La linogravure, composante image indissociable du «texte libre» imprimé

La technique Freinet, du nom de son fondateur, Célestin Freinet, instituteur de classe primaire dans les villages d’Alpes Maritimes de Bar-sur-Loup (1920-1928), puis de Vence (1928-1940, 1945-1966), est une « méthode nouvelle d’éducation populaire basée sur l’expression libre par l’imprimerie à l’école » (1924): « Il s’agit [dit Freinet] de laisser les enfants émettre leurs propres hypothèses, faire leurs propres découvertes, [par la promenade de  type anthropologie participative], éventuellement constater et admettre leurs échecs mais aussi parvenir à de belles réussites dont ils peuvent se sentir les vrais auteurs » par l’effet même de «la transcription majestueuse [du texte libre] en caractère imprimé, son illustration [linogravure] et sa diffusion [revue d’école]».

page2 (1) cochon2 (2)
L’image gravée sur linoléum (1) est associée à une composition typographique sur une même page (2), de format livret,

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pour être imprimée sur la petite presse typographique Lino. Les pages imprimées, éditées en nombre composent des revues d’écoles qui sont diffusées et échangées dans le réseau d’écoles Freinet.
Le  film L’École buissonnière de Jean Le Chanois, 1949, est une fiction documentaire de l’aventure pédagogique de Célestin Freinet,  https://www.youtube.com/watch?v=PhXA9Hg18lU.
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Un cadre philosophique possible: le « devenir enfant »

Pour ré-examiner le cœur de la pédagogie ou technique Freinet —«l’imprimerie à l’école»— qui s’adressait à de jeunes élèves de classe unique à la campagne, et que nous-même jeunes profs à Vincennes pratiquions sous forme de re-enactment en 1974, avec les étudiants, il semble opportun de lui rendre un cadre philosophique seventies: le concept guattaro-deleuzien du devenir-enfant (développé dans Mille plateaux, paru en 1980).

Liane Mozère, sociologue guattarienne, dans son article «Devenir-enfant», http://leportique.revues.org/1375, place ce concept, titre de son article, sur l’axe de l’éducation des jeunes enfants,—ce qui lui donne un cachet assez Freinet— en ouverture du narrative qui constitue son article, c’est-à-dire l’histoire de sa vie intellectuelle et sensible sur cinquante ans:

« Devenir appartient donc aussi bien au passé qu’à l’avenir. Le devenir, et le devenir-enfant en particulier, n’est ni imitation, ni identification. Devenir-enfant est un enfant qui coexiste en nous, maintenu en vie par cette coexistence et qui est à tout jamais séparé et étranger à l’enfant ‘tari’. […] [Car], la triangulation œdipienne trans­forme en effet l’enfant des adultes, des pédagogues, des psycho­logues et des spécialistes de l’enfance en un être ‘tari qui fait d’autant mieux l’enfant qu’aucun flux d’enfance n’émane plus de lui’ [Mille plateaux]. […] Il s’agit au con­traire, d’une part, de mettre au jour et en résonance le dehors que constituent les mondes que les jeunes enfants ne cessent de par­courir, et de l’autre, d’appréhender, de manière fine, la manière dont leur désir se déploie.»

Le devenir-enfant est intimement lié au concept de bloc-enfance.

René Schérer, —philosophe, participant avec Deleuze au département de philosophie inclus dans l’Unité de Formation Arts (UFR Arts)—, est cité largement par Liane Mozère pour expliquer ce qu’est le bloc-enfance ou bloc:

«‘Le bloc est l’enfance préservée, résistante, émergeant, comme l’iceberg, de la mer profonde ; l’enfance rayonnante comme un cristal —cristal du temps elle-même— et, contre toute corrosion et menace, faisant bloc’. L’enfance, comme il le dit ailleurs, non ‘comme souvenir, mais en devenir, précisément, dans l’orientation créatrice’. Rappelant avec Thomas de Quincey que pour Levana, la déesse tutélaire latine de l’éducation, il ne s’agit pas de pédagogie ‘avec ses alphabets et les grammaires’… mais de ‘ce vaste système de forces centrales qui est caché dans le sein profond de la vie humaine et qui travaille incessamment les enfants, leur enseignant tour à tour la passion, la lutte, la tentation l’énergie de la résistance’. René Schérer convoque également Goethe écrivant dans l’Élégie à Marienbad: ‘Où que tu sois, sois tout entier comme un enfant/Alors tu seras tout, tu seras invin­cible’». René Schérer, Enfantines*, Anthropos, 2002)

En écho on trouve, cité encore par Liane Mozère un autre philosophe deleuzien, François Zourabichvili:

«On adoptera […] le point de vue théorique de l’enfant, non par enfantillage, mais parce que tel est le bon sens dans lequel il faut considérer la vie humaine… Spinoza conteste d’ailleurs l’idée de l’homme ‘fait’ qui est, à ses yeux une chimère, c’est lui ce faux adulte, cet incorrigible rêveur qui méritera tout au long du Traité théologico-politique l’épithète puerilis, ultime avatar de l’infans adultus». François Zourabichvili, Enfance et royaume. Le conservatisme paradoxal de Spinoza, PUF, 2002.

Deleuze, en appelle à Nietzche, pour installer la potentialité artistique du concept devenir-enfant dans son Abécédaire, DVD 1, à 2:04:30–> «c’est une autre tâche de devenir enfant par l’écriture, arriver à une enfance du monde, restaurer une enfance du monde, ça, c’est une tâche de la littérature, Nietzche le savait.»

Au fil de son narrative, Liane Mozère dit encore:
«ce parcours [le sien] après tout n’aurait d’intérêt si, cinquante après, ce tropisme, ou ce bloc d’enfance n’avait fonctionné à la manière d’une machine désirante, soudain emballée.»

A Vincennes, nous reprenions à notre compte cette espèce d’énergie créatrice éditoriale propre à la pratique de «l’imprimerie à l’école» de la classe Freinet, orientée contexte social et politique —le dehors— (voir les reproductions des revues Freinet), mais urbain, avec nos ateliers de linogravure et de sérigraphie, dans un geste d’utopie concrète précaire, post soixante huitard et pro-chinois,  amarré à la grève des loyers des résidents des foyers Sonacotra de Montreuil et d’autres banlieues, à des grèves ouvrières, à des mouvements de collégiens d’établissements proches ou moins proches et vers lesquels nous nous déplacions, comme à des mouvements internationaux touchant les pays qualifiés de Tiers-Monde (Afrique, Antilles, Asie) avec les étudiants étrangers du département d’arts (nigérians, guinéens, iraniens, cambodgiens…).


La pédagogie Freinet, cœur possible du mouvement de l’éducation nouvelle au 20e siècle ?

On peut noter qu’un lien non dit existe entre Guattari et Freinet, par l’intermédiaire du frère de Jean Oury, Fernand, pédagogue brièvement «freinétique» et grand ami du Félix époque auberge de jeunesse et praticien de l’éducation populaire ouvrière en banlieue parisienne. François Dosse, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Biographie croisée.

Fernand Deligny est l’autre lien précieux entre Freinet, Guattari-Deleuze et les frères Oury.

La page Wikipédia consacrée à la pédagogie Freinet >http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9dagogie_Freinet, a la qualité d’être rhizomatique. A partir de là, on en a déjà un récit très circonstancié (voir aussi «le temps des instituteurs»).
On peut dériver par liens wikipédiatiques sur les pédagogues novateurs européens et américain au 20e siècle, à l’ère de l’après première guerre, de l’entre-deux guerres et de la seconde guerre puis de l’après-guerre: à partir de la page Freinet, on part vers Adolphe Ferrière, puis vers Genève, foyer de méthodes d’éducation nouvelle. Jean Starobinski fut élève de l’école de Claparède à Genève.

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Ovide Decroly
, Pierre Bovet, Beatrice Ensor, Edouard Claparède, Paul Geheeb et Adolphe Ferrière, lors d’une conférence de la Ligue internationale pour l’éducation nouvelle

De lien en lien des pages wikipédia, on retrouve toute une généalogie de pédagogues, de Rousseau à Pestalozzi à Maria Montessori à John Dewey… Pour nombre de ces pédagogues, le matériel éducatif est concret, très sensoriel, artistique (Fröbel, Montessori). Un tableau récapitulatif succinct de ce que fut l’éducation nouvelle —tableau repris ici d’une page wikipédia— peut être un point de départ  pour une analyse de ses diverses figures.**


Fernand Oury
sort du mouvement Freinet (1961) et déplace la scène pédagogique campagnarde initiale en ville.  Il invente la pédagogie institutionnelle, déclinée en psychothérapie institutionnelle***, prolongée en analyse institutionnelle qui se déploie à la fac de Vincennes en sciences de l’éducation et en sociologie, notamment avec toutes les ruptures que cela occasionnera.

*Enfantines, est le titre de la collection des revues rééditées de l’école Freinet. Une reproduction figure sur ce site à explorer:  «le temps des instituteurs»
** Pour lancer une recherche >http://www.cemea.asso.fr/spip.php?article1106)
*** On note avec amusement (dans la page wikipédia citée sur Fernand Oury), que la psychothérapie institutionnelle de Tosquelles, née dans les années de guerre à Saint-Alban, en Lozère aurait une origine dans la pédagogie de terrain de type Freinet menée par l’instituteur local.