Jean Birnbaum. La gauche face au djihadisme: les yeux grands fermés

Article publié le : mercredi 4 mars 2015. Rédigé par : Liliane

Le Monde du jour
«En 1978, le philosophe Michel Foucault arrive en Iran pour y effectuer un reportage sur la révolution islamique. Envoyé par le quotidien italien Corriere della sera, il va à la rencontre des insurgés et leur pose des questions. Bien sûr, cet intellectuel de gauche ne manque pas de s’intéresser aux causes économiques du soulèvement. Il commence par détailler les inégalités de classe et de statut qui rongent la société iranienne. Mais son ouverture d’esprit et sa disponibilité à l’événement le rendent sensible à un autre enjeu : « la religion, avec l’emprise formidable qu’elle a sur les gens ». Après avoir interviewé des étudiants et des ouvriers, il dresse le constat suivant : si les facteurs sociaux sont importants pour expliquer la contestation, seule l’espérance messianique a vraiment pu mettre le feu aux poudres. D’ailleurs, les militants se réclamant du communisme ou des droits de l’homme se trouvent peu à peu balayés par ceux qui en appellent à la charia.

Une vulgate marxisante

A l’évidence, « le problème de l’islam comme force politique est un problème essentiel pour notre époque et pour les années à venir », prévenait Foucault. Telle est la leçon de ce reportage signé par un philosophe qui a pu observer de près, et avec une certaine bienveillance, la puissance politique de l’espérance religieuse.Cette leçon, délivrée par l’un des grands intellectuels de gauche, la gauche française l’a aujourd’hui oubliée. Les femmes et les hommes qui peuplent ses groupes militants, ses cercles de réflexion ou ses cabinets ministériels en sont revenus à une conception rudimentaire de la religion : quand ils s’y intéressent, c’est pour la rabattre immédiatement sur autre chose qu’elle-même. A leurs yeux, la religion n’est qu’un symptôme du malaise social, une illusion qui occulte la réalité des conflits économiques. Leur idée de la croyance religieuse relève ainsi d’une vulgate marxisante qui tourne le dos à Foucault et qui ne rend pas non plus justice à Marx, dont la pensée sur le sujet est bien plus riche.Incapable de prendre la religion au sérieux, comment la gauche comprendrait-elle ce qui se passe actuellement, non seulement le regain de la quête spirituelle mais surtout le retour de flamme d’un fanatisme qui en est la perversion violente ? Elle qui fut si fière, naguère, de sa tradition internationaliste, comment pourrait-elle admettre que le djihadisme constitue désormais la seule et unique cause pour laquelle des milliers de jeunes Européens sont prêts à aller mourir loin de chez eux ? Elle qui a toujours identifié les insurgés aux damnés de la Terre, comment pourrait-elle accepter que, parmi ces jeunes, beaucoup sont tout autre chose que des laissés-pour-compte ?Mohamed Belhoucine, jeune homme charismatique lié à Amedy Coulibaly et qui a organisé la fuite de sa compagne vers la Syrie, est diplômé de l’Ecole des mines d’Albi. Quant à « Jihadi John », l’étudiant qui égorge les otages de l’Etat islamique, il a le parfait accent british des bourgeois londoniens. Deux exemples récents, parmi tant d’autres, qui rappellent que ces terroristes sans patrie ni frontières sont souvent des enfants de « bonne famille », échappant au cliché du gamin des cités devenu loup solitaire.

Misérables en quête de célébrité

Comment la gauche, qui tient pour rien les représentations religieuses, comprendrait-elle la haine sanglante de ces hommes vis-à-vis des chrétiens, leur obsession meurtrière à l’égard des juifs ? Elle qui renvoie l’élan de la foi à un folklore dépassé, comment pourrait-elle admettre qu’une armée d’informaticiens, de geeks et de hackeurs se mobilise pour faire triompher des mœurs vieilles de plusieurs siècles ? Elle qui peine à saisir le rapport qu’un croyant peut entretenir avec les textes, comment pourrait-elle concevoir la rage avec laquelle les hommes de Daech détruisent les livres « impies » et les œuvres d’art « sataniques », au nom de ce qu’ils proclament être la religion vraie, celle qu’il faut porter au pouvoir ?Partout où il y a de la religion, la gauche ne voit pas trace de politique. Dès qu’il est question de politique, elle évacue la religion. Bref, elle n’envisage plus la possibilité de cette puissance qui domina si longtemps l’Occident lui-même, et que Michel Foucault nommait une politique spirituelle.Comme l’affirmait jadis l’historien René Rémond, les droites sont en majorité d’anciennes gauches qui ont progressivement glissé sur la scène idéologique. Voilà sans doute pourquoi cet aveuglement concerne une large partie de notre champ politique. Ainsi s’expliquerait la multiplication des voix, de toutes tendances, qui martèlent que l’Etat islamique n’a « rien à voir » avec la religion, et que ses combattants sont moins des fanatiques que des misérables en quête de célébrité, de pauvres hères ayant abusé du jeu vidéo, des paumés ayant trop surfé sur Internet.

Une polarisation du sacré et du profanne

Evidemment, il n’est pas question de nier que le djihadisme ait des causes économiques et sociales. Mais à ignorer sans cesse sa dimension proprement religieuse, on se condamne à l’impuissance. Les fous de Dieu le répètent : ce qui est en jeu, dans leur esprit, c’est une certaine polarisation du sacré et du profane, un partage du bien et du mal. Et ce qui devrait intriguer tous ceux que cette violence frappe, c’est moins ses racines sociales que sa remarquable autonomie par rapport à elles.Foucault en était bien conscient. Confronté à une situation certes différente, mais qui posait déjà la question du discours religieux et de sa puissance politique, il affirmait que quiconque réduisait la religion à une chimère passait à côté de la révolution islamique. Il notait d’ailleurs qu’une telle myopie faisait rire à Téhéran : « Vous savez la phrase qui fait ces temps-ci le plus ricaner les Iraniens ? Celle qui leur paraît la plus sotte, la plus plate, la plus occidentale ? La religion, opium du peuple. » Quinze jours plus tard, il utilisait de nouveau ce lexique de la moquerie, mais cette fois pour souligner l’aveuglement des Français à l’égard des événements iraniens : « Quel sens, pour les hommes qui l’habitent, à rechercher au prix même de leur vie cette chose dont nous avons, nous autres, oublié la possibilité depuis la Renaissance et les grandes crises du christianisme : une spiritualité politique. J’entends déjà des Français qui rient, mais je sais qu’ils ont tort. »Pas de quoi rire. Voilà donc la leçon de Michel Foucault, celle que nous ferions bien d’entendre aujourd’hui : il arrive que la religion devienne force autonome, qu’elle se fasse puissance symbolique, matérielle, politique. Si nous nous moquons de cette force, alors nous nous condamnons à passer du rire aux larmes.»

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/03/03/la-gauche-face-au-djihadisme-les-yeux-grands-fermes_4586400_3232.html#psKXHpQkEYEmL50Z.99

Haroon Mirza

Article publié le : dimanche 1 mars 2015. Rédigé par : Liliane

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http://www.hauskonstruktiv.ch/en/presse/medientexte-detail/article/zurich-art-prize-2014.html

Lien > http://jlggb.net/blog4/?p=2097

Max au Mexique par Skype

Article publié le : jeudi 19 février 2015. Rédigé par : Liliane

maxskype
Isaline

La Dent du chat dans une mer de nuages

Article publié le : mercredi 18 février 2015. Rédigé par : Liliane

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Philippine, caddie au Golf d’Aix-les-Bains

Article publié le : mercredi 18 février 2015. Rédigé par : Liliane

golfPhily3

Barthes. Comment vivre ensemble. 1977

Article publié le : mardi 10 février 2015. Rédigé par : Liliane

cours au collège de France
http://rhuthmos.eu/spip.php?article1394
Guillaume Patin, Editor / Curator

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http://www.ubu.com/sound/barthes.html

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http://recherchestravaux.revues.org/107

Lacan. Les non-dupes errent. 1973

Article publié le : mardi 10 février 2015. Rédigé par : Liliane

14. Séminaire XXI (1973-1974) « Les non-dupes errent » (13 novembre 1973)
First session.
The title of this Séminaire is a pun on the title of his Séminaire in 1963 (« Les Noms-du-Père ») which was stopped after a single session because Lacan had been banned from the IPA.
In this session, Lacan explains the title and displays his borromean knot as the way to knot the 3 category registers of human reality : Real, Symbolic, Imaginary.

14e document audio sur les 17 mis en ligne sur ubuweb http://www.ubu.com/sound/lacan.html

Notes
«From 1953 to 1980, the Séminaire of the french psychoanalyst Jacques Lacan (1901-1981) is the laboratory, the work-in-progress for his « Return to Freud » project. A return to the real meaning of Freud’s discovery, including the recent contributions made by linguistics (Saussure, Jakobson) and structural anthropology (Lévi-Strauss), and then through formal logic and topology.

Lacan’s Séminaire was a singular place and moment, almost weekly, every year from november to june. Without any connection with university, it was public and open to everyone. In the beginning, Lacan reads through again and comments on the works of Freud for a limited audience made of psychiatrists and psychoanalysts in training. Later, as Lacan’s thought goes more and more original and as his exuberant personnality – His Style – makes him known beyond the strictly psychoanalytical circles, the Séminaire becomes a kind of place in vogue where you sometimes wanted to be seen. You could see lacanian analysts, some patients of these analysts, students, artists or intellectuals (for example, Philippe Sollers is known for frequenting the Séminaire in the 70’s). At this time, Lacan often complains about the growing size of his audience.

Initially started at the Hôpital Sainte-Anne (Paris, 1953-1963), the Séminaire continues at the Ecole Nationale Supérieure (Paris, 1964-1969) with the help of Louis Althusser and Claude Lévi-Strauss when Lacan is banned from the International Psychoanalytic Association in 1963 (his Séminaire becomes unwelcome at Sainte-Anne). Finally, the last Séminaires take place in the Faculté de Droit Panthéon (Paris, 1969-1980).

Every year, during the first session, Lacan announces a title, a theme. The early Séminaires are mostly centered on commenting the main classical psychoanalysis concepts (the Ego, the transference, the indentification, etc.). Later, themes and titles became more strictly lacanian (sometimes based on homophonies and puns) as the concepts and their models (logic or topologic) become really specific and personal.

Very few sessions were previously written up by Lacan, so a stenographer had to transcribe the whole sessions. However, at the present time, only 12 Séminaires out of 27 have been published. The composition of a text from the stenographies (or even from the audio material) has always seemed to come up against the fundamentally oral nature of Lacan’s teaching and his totally improvising style. The first official publications of the Séminaire started in the early 70’s, but in such a slowly rate that many unofficial versions of unpublished Séminaires have immediatly spread into the psychoanalysts circles.

The first known private audio recordings of the Séminaire seems to date from 1969. Curiously, despite Lacan’s famous verve or grandiloquence and his matchless improvising oral style, none of the 500 sessions has been cleanly and officially recorded (neither audio nor video).»

Guillaume Patin, Editor / Curator

Grand Paris. L’économie circulaire

Article publié le : mercredi 4 février 2015. Rédigé par : Liliane

La maire de la capitale va annoncer des «états généraux de l’économie circulaire» en mars. PAR CORALIE SCHAUB. Libération du jour

A Paris, l’économie va tourner un peu plus rond. La municipalité veut convertir tous les acteurs au modèle «circulaire» : un écosystème où rien ne se perd et tout se transforme. Ou comment rompre avec la logique linéaire actuelle – extraire, transformer, consommer, jeter – qui produit une montagne de déchets et épuise les ressources naturelles.

L’économie circulaire (lire Libération du 7 octobre 2013) devient une priorité pour la ville : c’est ce que martèlera la maire de la capitale, Anne Hidalgo, lors du prochain Conseil de Paris, le 9 février. «Nous allons systématiser cette approche, en faire une ligne politique. L’idée étant de faire en sorte que les villes cessent d’être un problème mais soient aussi le lieu des solutions, explique Antoinette Guhl, adjointe à la maire en charge de l’économie sociale et solidaire, de l’économie circulaire et de l’innovation sociale. C’est une première en France et même dans le monde. Car des villes comme San Francisco ou Milan, très en pointe en matière de réduction des déchets, n’ont pas encore mis en œuvre une politique globale d’économie circulaire, qui va bien au-delà de ce seul sujet.»

Gaspillage. La ville de Paris veut aussi privilégier l’écoconception (produits conçus pour que leur cycle de vie ait le minimum d’impact sur l’environnement), l’écologie industrielle (les déchets et surplus d’énergie d’une entreprise deviennent les ressources des autres) ou l’économie de la fonctionnalité (préférer le service rendu par un bien à sa propriété) .

Concrètement, Anne Hidalgo lancera le 11 mars des «états généraux de l’économie circulaire du Grand Paris». Soit un «processus participatif» qui réunira d’avril à juillet des acteurs associatifs, économiques et institutionnels afin de phosphorer sur différents thèmes (lutte contre le gaspillage alimentaire, valorisation des biodéchets, exploitation des énergies de récupération, fiscalité incitative, mobilités douces et circuits courts…). Avant de restituer les conclusions dans un livre blanc présenté en septembre, qui servira de base à un plan d’action mis en œuvre «dès 2016».

L’idée est d’encourager et de généraliser ce qui se fait déjà. Comme Autolib ou Vélib, mais aussi le réemploi, chaque année, de 7 000 tonnes de pavés dans la voirie, l’installation dans la rue de conteneurs à textiles qui seront réemployés ou recyclés, ou la redistribution des invendus des marchés alimentaires…

Cantines. Sans attendre les résultats des états généraux, Anne Hidalgo détaillera son action la semaine prochaine. Ainsi, 150 sites municipaux (cantines, marchés) seront équipés d’une collecte sélective des biodéchets en 2016 ; 8 millions d’euros seront investis pour développer l’agriculture urbaine ; 100 sites supplémentaires par an, immeubles ou équipements publics, seront équipés de composteurs collectifs de déchets organiques (250 le sont déjà depuis fin 2014). Tous les immeubles parisiens seront équipés de bacs blancs pour le verre ; de nouvelles déchetteries et recycleries de proximité seront déployées, etc.

«Sans les Parisiens, les collectivités ne pourront pas agir. Et nous avons besoin des entreprises pour créer de nouvelles filières : il n’existe par exemple pas de filière parisienne de revalorisation du textile collecté, la majorité est aujourd’hui envoyée en Asie», avertit Antoinette Guhl. Si tout le monde s’y met, promet-elle, «l’économie circulaire permettra de créer 50 000 emplois nets locaux et non délocalisables dans le Grand Paris».

Foucault. En gros, les domaines des activités humaines

Article publié le : mardi 27 janvier 2015. Rédigé par : Liliane

«En gros, les domaines des activités humaines peuvent être divisés en ces quatre catégories: —travail ou production économique; —sexualité, famille, c’est-à-dire reproduction de la société; —langage, parole; —activités ludiques, comme jeux et fêtes […]. Dans toutes les sociétés, il y a des personnes qui ont des comportements différents des autres, échappant aux règles communément définies dans ces quatre domaines, bref, ce qu’on appelle des individus marginaux.»
Dits et Ecrits, p.997

Barbara Cassin. L’urgence est l’apprentissage du jugement, de la critique

Article publié le : samedi 17 janvier 2015. Rédigé par : Liliane

Publié dans Libération, « Événement », p. 9

«A partir de maintenant, je pense qu’il y a deux points à travailler. L’éducation en prison. Et l’apprentissage de la critique du Net et des réseaux sociaux. Quand on parle avec des jeunes, on voit qu’il est de plus en plus difficile de savoir où est le réel, dans le Net, dans les jeux vidéo… il y a un rapport complexe à la fiction.

Je suis persuadée que Coulibaly, jusqu’au bout, ne savait pas vraiment où était le réel. L’éducation devrait être un apprentissage du jugement, du distinguo, de la critique, du goût.

Il y a une faille monumentale dans le système éducatif. On fait beaucoup de la maternelle au lycée mais, à un moment, c’est bloqué. C’est insupportable parce qu’on dit « la République vous appartient »… tu parles ! On arrive à peu près à amener une bonne partie de chaque génération jusqu’au bac. Et ensuite, ils sont lâchés, les portes se ferment et elles se ferment de manière inégale. Si la tradition familiale n’est pas là, l’ascenseur social ne fonctionne pas. Quand Coulibaly a commencé à déconner, ça a été fini pour lui. Quant aux frères Kouachi, ils ont à un moment été élevés dans une institution très respectable dans le Limousin, on ne peut pas dire qu’on n’ait rien fait pour eux, mais il y a un moment où ça s’est arrêté. Ils ont fait de la prison, ont découvert l’islam radical*. Les autres portes étaient fermées.

Si j’avais des recommandations à faire, ce serait de travailler la pluralité des langues. Il faut proposer un apprentissage précoce des langues. Il faudrait que les élèves aient au moins vu une ligne d’arabe, ou de chinois, au tableau de la classe, et je pense que ça n’est pas le cas.

Je travaille sur la traduction, sur la différence des langues. Le prochain ouvrage collectif que je veux faire est d’ailleurs un dictionnaire sur les intraduisibles des trois monothéismes. Je sais que le travail sur la diversité des langues permet d’appréhender une diversité qui n’est pas une diversité clôturée, mais d’emblée en communication. Ce qu’on appelle la traduction, c’est le passage d’une langue à l’autre, c’est mettre des ponts entre les singularités. Il faut aussi s’appuyer sur les bilingues. Quand il y a plusieurs langues, on passe de l’une à l’autre, il y a des points d’achoppements, on les travaille, c’est ça qui est intéressant. Et c’est en réfléchissant là-dessus qu’on trouve les analogies qui permettent de communiquer. Il n’y a pas seulement un universel, mais des singularités – non pas communautaires et closes, mais en interaction.

Qu’est-ce que l’école peut proposer à un adolescent qui cherche du sens ? Il faut lui apprendre à lire les textes, à les interpréter, comparer, réfléchir, juger. Lire des textes en différentes langues aussi. Nous sommes face à deux dangers symétriques. D’un côté, les communautarismes isolés, des entités closes. De l’autre, un universel non complexe, comme celui des droits de l’homme. C’est entre ces deux dangers qu’il faut éduquer le jugement.

Il ne s’agit pas de faire de l’instruction civique, c’est généralement très ennuyeux. Il faut lire des textes, apprendre la critique, l’éducation au goût, en s’appuyant sur ce qui intéresse les élèves. On peut faire des choses magnifiques en partant de Star Wars.

Y a-t-il des modèles à proposer aux adolescents ? Je ne sais pas. Avant, les romans d’éducation passaient par le voyage, la comparaison, l’immersion dans d’autres mondes. Et il y avait les grandes figures, les hommes illustres. Moi, je ne proposerais pas des personnages comme modèles, mais des phrases. Comme la première phrase, de la Métaphysique d’Aristote : « Tous les hommes désirent naturellement savoir. » Pour moi, les modèles, ce sont des phrases qui donnent à réfléchir.»

Recueilli par Natalie Levisalles

* les paroles de Daniel Cohn-Bendit, cofondateur d’EE-LV :
Libération, 8 janvier recueillies Par MATTHIEU ECOIFFIER

«Avec Wolinski, Cabu, c’est l’une des dernières formes de l’esprit de Mai 68 qui a été assassinée. L’attentat semble perpétré par des personnes appartenant à des réseaux islamistes. Il y a un islamofascisme, ça existe. Ces personnes sont des fascistes, il ne faut pas tourner autour du pot. Comme il y a eu un fascisme venu de la civilisation occidentale, il y a un fascisme venu de la civilisation de l’islam. Ce n’est pas l’islam, mais ceux qui commettent ces attentats s’y réfèrent, comme le fascisme nazi se référait à l’Europe chrétienne, à une certaine idée de l’Occident. On a toujours dit : « Le fascisme ne passera pas. »

«C’est dur, mais il faut être aussi rationnel que possible, ne pas tout mélanger. Ce qui est attaqué, c’est le droit à la critique radicale de toutes les religions. Charlie, c’est la radicalité anticléricale, c’est pour ça qu’ils ont été tués. Ce qu’on veut défendre, c’est le droit à cette radicalité.

«Ce n’est pas parce qu’il y a un islamofascisme qu’on ne doit pas discuter de comment on interprète le bouquin de Zemmour ou de pourquoi il y a une telle ruée médiatique sur celui de Houellebecq. Il faut qu’on soit radicalement clairs et qu’on soutienne à fond la pensée libertaire de Charlie. L’héritage de Cabu, c’est que, dans les moments difficiles, il ne faut pas s’arrêter de penser.»