Dan Graham. Works for Magazine Pages. 1966

My position (extrait) in BlocNotes*, Programmations, n°15, été 1998, pp.20-21
« J’ai appris qu’une œuvre d’art ne pouvait atteindre ce statut que par la critique et la reproduction dans les magazines. Il semblait que pour être définie comme ayant de la valeur -c’est-à-dire en tant qu’art- une œuvre n’avait à répondre qu’à certains critères : être exposée dans une galerie, être le sujet de critiques et être reproduite dans une revue d’art.
Ainsi, traces écrites et photographiques d’une installation qui n’existait plus, accompagnée d’une quantité d’informations, devenaient le fondement de la célébrité de l’œuvre et, en grande partie, de sa valeur économique.
D’une part, l’objet d’art peut être considéré comme indissociable de l’institution qu’est la galerie ou le musée. Mais d’autre part, on peut l’envisager comme ayant une forme d’indépendance puisque l’objet d’art appartient au cadre culturel général dont le magazine fait partie. Les magazines sont spécialisés et en cela, reflètent diverses catégories sociales et économiques. Tout magazine, même généraliste, s’adresse à un certain marché, vise un public précis dans un domaine précis. Toutes les revues d’art s’adressent à des gens qui évoluent en professionnels dans le monde de l’art d’une manière ou d’une autre. En outre, la revue d’art est financée par les publicités qui, à une ou deux exceptions près, proviennent des galeries qui présentent des expositions. Il s’en suit que, d’une certaine manière, on doit s’occuper des annonceurs puisque leurs expositions doivent faire l’objet d’articles à l’intérieur du magazine. Si bien que l’on garantit ainsi une certaine valeur à ces expositions et à ces œuvres qui peuvent être mises sur le marché en tant qu’art. Le fait est que les ventes ont effectivement lieu et rapportent suffisamment d’argent à la galerie pour donner lieu à plus de publicité dans les revues d’art et alimenter le marché de l’art.
En dernière analyse, les revues d’art dépendent financièrement des galeries d’art de même que l’œuvre exposée dans une galerie dépend de sa reproduction photographique** qui déterminera sa valeur dans les médias. Les magazines créent un lieu, sont un cadre de référence à l’extérieur et à l’intérieur. Les magazines se spécialisent et, en cela, reflètent certaines catégories sociales ou économiques, par exemple, le monde spécialisé de l’art que les artistes nomment « le monde de l’art ». Tout magazine, même généraliste, s’adresse à un certain marché, vise un public précis dans un domaine précis. Sports illustrated s’adresse aux amateurs de sport. L’American Légion s’adresse aux membres de la Légion Américaine. Toutes les revues d’art s’adressent à des gens qui, soit sur le plan professionnel soit en tant qu’institution, évoluent dans le monde de l’art: artistes, marchands, collectionneurs, amateurs, écrivains et rédacteurs, tous y ont un intérêt professionnel. Et la revue vit de la publicité. » 1966


 

Dan Graham, Fun House for Skulptur Projekte, Münster, 1997 et New Design for Showing Videos, 1995, Documenta 1997. © transports-design
post http://www.ednm.fr/leurslumieres/?page_id=2423

* http://www.archivesdelacritiquedart.org/uploads/isadg_complement/fichier/23/Blocnotes.pdf

** Hors magazine (mais possible sur internet), Dan Graham ajoute la vidéo de ses œuvres qu’il fait lui-même et que nous fîmes aussi (ci-dessus):
« Mon travail est très spécifique au site —il s’agit des conditions d’éclairement. La galerie d’art ne peut pas restituer la lumière extérieure. Alors pour modifier cette impression, j’ai consacré beaucoup d’efforts à réaliser et à éditer des bandes-vidéos, qui sont la seule manière de filmer l’œuvre en situation réelle ». «Social spaces», Frieze n°147, mai 2012