Jim Shaw. The Hidden World, Didactic Art Collection

au Chalet Society : http://chaletsociety.org/category/now/the-hidden-world

Exposition terrible, au sens donné à cet adjectif pour qualifier un genre artistique de paysage, au 18e siècle, mais il s’agit ici de divers paysages médiatiques et didactiques très bas de gamme—divers matériels de propagande de sectes américaines très peu recommandables—, d’ouvrages et de revues scientifiques et de sciences humaines de basse vulgarisation. Échappant au massacre esthétique général, un porte-folios remarquable, collector, How to Look at Art, 1946 d’Ad Reinhardt*, ces deux tee-shirts, un fascicule de Schultz avec un Charlie Brown ado, et le fanzine de l’expo.

jesus
child
peanuts
happyChristmas
Page du fanzine, avec un texte de saison: «May the joy of the Christmas season, be with you all through the Year, Destroy All Monsters.»

*http://www.collectionof.net/journal/2011/05/16/stand-and-deliver/

Ad-Reinhardt-cartoon

«In the 1940s Ad Reinhardt published a series of caustic comics commenting on the New York art world. His broadsides appeared in outlets such as PM, Art News, and Transformations. For this exhibition Robert Snowden and Scott Ponik bring together a selection of these comics in a single table size print. The retrospective was first shown at The Chrysler Series in New York, and will go from here to Kunstverein Amsterdam.  Robert Snowden is a writer and curator who lives in New York. Scott Ponik is a graphic designer in Portland, Oregon. They are currently working on the first issue of their newsletter, The Dumb Waiter.»
http://www.aaa.si.edu/collections/ad-reinhardt-papers-5659
http://www.art-agenda.com/reviews/ad-reinhardt/
http://www.ica.org.uk/whats-on/ad-reinhardt-retrospective-comics

Pour poursuivre sur Ad Reinhardt >> l’anti-Duchamp. Dans le dossier pédagogique à propos du Monochrome du centre Pompidou on lit: « Ultimate Painting n°6 [inreproductible!] fait partie de sa dernière série d’œuvres définie comme « une peinture pure, abstraite, non objective, atemporelle, sans espace, sans changement, sans référence à autre chose, désintéressée, un objet conscient de lui-même (rien d’inconscient), idéal, transcendant, oublieux de tout ce qui n’est pas l’art ». Les Ultimate Paintings, « les dernières peintures que l’on peut peindre », sont l’ultime rempart au leitmotiv de l’époque : la mort de la peinture.»

Dans les références du dossier, un extrait de l’article Ad Reinhardt, « L’art en tant que tel », [art-as-art], 1962
Article publié dans Art International, VI, n°10, Lugano, décembre 1962. Traduction Annick Baudoin. Reproduit dans Art en théorie, 1900-1990. Une anthologie par Charles Harrison et Paul Wood, éditions Hazan. Extraits pp. 289 et 290

«La seule chose à dire de la relation entre l’art et la vie, c’est que l’art c’est l’art, et la vie, c’est la vie. [cf. Remy Zaugg, «l’art c’est l’art»]*. Un art « tranche de vie » ne vaut ni plus ni moins qu’une vie « tranche d’art ». L’art n’est pas un « moyen de gagner sa vie », ou une façon de vivre sa vie », et un artiste qui dédie sa vie à son art ou son art à sa vie fait ployer sa vie sous son art et son art sous sa vie. Un art qui est une histoire de vie ou de mort n’est ni vrai ni libre.
La seule menace contre l’art véritable, c’est la tentative sans cesse répétée de le subvertir en l’utilisant à des fins autres ou en l’assujettissant à certaines valeurs. Le vrai combat ne se situe pas entre l’art et le non-art mais entre l’art véritable et l’art frelaté, entre l’art pur et l’art Action-Assemblage, entre l’art abstrait et l’anti-art surréaliste-expressionniste, entre l’art libre et l’art servile. L’art abstrait possède sa propre intégrité et ne doit pas être « intégré » par autrui à autre chose. Tout art abstrait qui se combine, se mélange, s’ajoute, se dilue, s’exploite, se diffuse et se vulgarise perd son essence et prive l’artiste de sa conscience d’artiste. L’art est libre mais non accessible à tous.
[…]
La seule tâche pour un artiste véritable, la seule peinture à faire, c’est la peinture d’une toile d’un format unique —selon un même projet et un seul moyen formel, une même couleur monochrome, une même division linéaire dans chaque direction, une même symétrie, une même texture, un seul mouvement du pinceau à main levée, selon un même rythme, de façon à tout fondre dans la dissolution et l’indivisibilité, à fondre chaque toile dans une uniformité et une non-irrégularité générales. Ni lignes ni motifs, ni formes ni compositions ou ni représentations, ni visions, ni sensations, ni impulsions, ni symboles, ni signes, ni empâtements, ni décorations ni couleurs ni représentations, ni plaisir ni douleur, ni accidents ni ready-made, ni objets ni idées, ni relations, ni attributs, ni qualités— rien qui ne soit l’essence même de l’art.»

*Zaugg, Herzog & de Meuron >>http://lantb.net/uebersicht/?p=4324.

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Et pourquoi pas les Parnassiens et Mallarmé: l’art pour l’art.