Samedi 22 août 2009. Chien drôle.

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Samedi 22 août 2009. Paris 11e. Etienne et ce chien drôle.

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The above cartoon by Peter Steiner has been reproduced
from page 61 of July 5, 1993 issue of The New Yorker, (Vol.69 (LXIX) no. 20)
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YonaFriedman

«J’ai entendu parler de nombreux livres écrits à propos du dressage des chiens, de leurs rapports avec leurs maîtres et de la façon dont nous devons nous comporter avec eux.
Je n’ai pas lu ces livres (je suis très myope). Mais je sais, par expérience, combien il est délicat de dresser son maître.
C’est pourquoi j’ai pensé qu’un livre d’éducation réservé à nos maîtres serait de la plus grande utilité.
Vous avez un chien est un manuel de vie pour tous ceux et toutes celles qui ont vécu, vivent ou vivront avec des animaux … ou d’autres êtres vivants.»
Balkis Berger-Dobermann

Samedi 25 juillet 2009. Zürich. Lénine, Tzara et Green Attitude.

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Zürich, Spiegelgasse, n° 17, la maison où résida Lénine de 1916 au 27 mars 1917.

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Contre-champ de la maison de Lénine: une Green Attitude de grande ville à la londonienne.

Plus bas dans la rue, au 1 Spiegelgasse*, il y a la Galerie et le Cabaret Voltaire, ouvert le 5 février 1916 par Hugo Ball. «C’est dans ce creuset iconoclaste**, que le mouvement dada prit naissance au mois de juillet 1916: «un mot fut né, on ne sait comment DADA DADA on jura amitié sur la nouvelle transmutation, qui ne signifie rien, et fut la plus formidable protestation, la plus intense affirmation armée du salut liberté juron masse combat vitesse prière tranquillité guérilla privée négation et chocolat du désespéré.» (in «Chronique zurichoise 1915-1919», rédigée par Tristan Tzara pour l’anthologie de Richard Huelsenbeck, Dada Almanach parue à Berlin en 1920.
Dominique Noguez dans son roman Lénine Dada édité chez Laffont en 1989, et réédité en 2007, livre une vision absurde et dadaïste du bolchévisme.
Lien: Cabaret Voltaire aujourd’hui

*
«En 1916, la quasi-totalité de l’Europe est impliquée dans la Première Guerre mondiale. La Suisse, qui jouit d’une situation privilégiée due à sa neutralité, devient alors le refuge pour une multitude d’expatriés et d’insoumis. Parmi eux, l’Allemand Hugo Ball, poète en mal de liberté, hante les rues de Zurich pour trouver un lieu où des gens qui comme lui, ont fui l’horreur des combats, pourraient se réunir, un lieu « ouvert à toutes les dissidences ». Au début du mois de février, son souhait paraît exaucé puisqu’il fonde, au n°1 de la Spiegelgasse, le cabaret Voltaire. Il s’agit d’un local désaffecté, quelque chose qui ressemble à une ancienne auberge, avec une petite scène un peu délabrée et un bar. La Spiegelgasse, quant à elle, est une rue sombre où le gris des pavés le dispute à celui des façades. Au demeurant, pas de quoi faire courir les foules, mais qu’importe, le projet de Ball et sa compagne, la danseuse Emma Hennings, consiste juste à rassembler quelques amis pour « débattre, rire et danser » jusqu’au bout de la nuit.
A cette époque-là, Zurich ne manque pas de candidats à la fête, et le cabaret Voltaire, après avoir été décoré par le peintre Marcel Janco, accueillera Tristan Tzara, Hugo Ball, Richard Huelsenbeck, Hans Arp, Sophie Taeuber-Arp, Chrisian Schad ou Hans Richter, pour ne citer qu’eux. Et c’est ainsi que les nuits zurichoises s’embraseront au rythme de soirées organisées par un petit groupe d’irréductibles noctambules. A l’instar de Ball, tous restaient persuadés qu’en ces temps difficiles, quelques jeunes gens pouvaient encore « non seulement jouir de leur indépendance, mais aussi la prouver », ce qui fut fait au-delà de toute espérance. Ce « Centre de divertissement artistique », selon la formule du communiqué envoyé à la presse le 2 février 1916, fit en effet preuve d’un éclectisme et d’une inventivité hors du commun. Outre des lectures publiques de poèmes abstraits ou simultanés, les soirées russes ou françaises, les percussions africaines, les expositions de tableaux futuristes ou expressionnistes, les parades en costumes « cubistes », on vit également des danseuses avec des masques inspirés « des arts primitifs ».

**
C’est dans ce creuset iconoclaste, que le mouvement dada prit naissance au mois de juillet 1916. Fruit d’une révolte provoquée par un profond dégoût  de l’ordre occidental —cet ordre qui venait de précipité l’Europe dans un conflit d’une violence et d’une ampleur sans précédent—, dada était avant tout l’expression d’un nihilisme radical, celui d’une jeunesse désabusée dont l’objectif, à force de régression délibérée, s’incarnait dans l’espoir de reconquérir une forme de pureté originelle. Ce credo eut un retentissement international, puisque dada connut un développement fécond à New York, Paris et Berlin dans les années 20, mais aussi dans les années 60 lorsqu’il inspira notamment le mouvement Fluxus et Robert Raushenberg… Le cabaret Voltaire ferma ses portes en juillet 1916, après seulement six mois d’existence; cependant, ce qui s’y joua devait marquer à jamais l’art occidental du 20e siècle. » Franck Montel in Numéro

Jeudi 23 juillet 2009. Sils Maria. La géolocalisation des concepts.

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La pension de famille (devenue Musée) à Sils où Nietzsche séjourne sept étés, à partir de 1881 jusqu’en 1888.

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Lecture des Lettres choisies de Nietzsche, au bord du lac de Sils ou de la difficulté d’appréhender trois concepts-clés de Nietzsche.

Genèse géolocalisée des trois concepts associés, —la «volonté de puissance», l’«éternel retour», «la conversion des valeurs»—, à travers la chronologie et les notes de Marc de Launay, associées aux Lettres de Nietzsche écrites à Sils, et à Gênes.

p. 339.
«Durant l’automne 1880, Nietzsche note les premières ébauches de sa théorie des instincts: la « volonté de puissance ».»

p. 386.
Note 3 de la lettre 55 — A Heinrich Köselitz (p. 189)
«la première esquisse de l’idée d’éternel retour date du début août « à Sils-Maria, 6 000 pieds au-dessus de la mer et bien plus haut encore au-dessus des affaires humaines! […] Dans l’œuvre publiée, on en trouvera une expression dans l’avant-dernier aphorisme de la première édition du Gai Savoir (1882), § 341.»

p. 193.
Lettre 59 — A Heinrich Köselitz, Sils-Maria, le 14 août 1881
«Le soleil d’août brille sur nos têtes, l’année s’écoule, tout devient plus calme et paisible sur les montagnes et dans les forêts. Des idées ont surgi à mon horizon, telles que je n’en avais jamais eu de pareilles —mais je ne veux rien en dire et m’en tenir moi-même à un calme inébranlable.» (1)
Note 1, p. 386-387.
«Nietzsche vient de parvenir à l’apogée de sa pensée philosophique: le couplage de la « volonté de puissance » et de l' »éternel retour » qui en est la conséquence logique. Dans Humain, trop humain, § 136, il exigeait déjà que la « science » (c’est-à-dire une psychologie doublée d’une critique historique des mobiles) soit une « imitation de la nature »; mais il n’avait pas encore élaboré sa propre conception de la « nature ». Désormais, la « nature » est ce que nous percevons des manifestations de la dynamique des instincts, et cette dynamique, commandée par la « loi » du plus grand épanchement (la « décharge ») et limitée par le postulat d’une quantité immuablement fixe d’énergie, débouche nécessairement sur la répétition de configurations pulsionnelles, sinon en tout point identiques, du moins similaires et comparables. D’autre part, cette répétition se fonde sur la présence, en toute configuration, d’une part d’énergie qui ne trouve pas à s’épancher et qui va entraîner une relance de la dynamique des pulsions: l’éternel retour est d’abord logiquement déduit de la volonté de puissance avant de se muer peu à peu en une conception du temps, puis pour finir, de l’histoire (la succession des « conversions de valeurs »). Nietzsche n’a jamais parlé à quiconque ouvertement de l’éternel retour, à l’exception d’une seule personne Lou Salomé.»

p. 202.
Lettre 59 — A Heinrich Köselitz, Gênes, le 25 janvier 1882
Note 2, p. 392.
«amor fati, autre expression de l’éternel retour, Le Gai Savoir, § 276.»
Note 6, p. 393.
«L’idée de l’éternel retour, Nietzsche l’expose, pour la première fois, à l’aphorisme 341 du Gai Savoir, l’avant-dernier du dernier livre de l’édition de 1882, en annonçant, à l’aphorisme 342, la « venue » de Zarathoustra —qui est consacré, précisément, à l’exposé du chemin suivi par Nietzsche de la « volonté de puissance » à l’éternel retour et à l’amor fati

p. 314.
Lettre 125 — A Meta von Salis, Sils, le 7 septembre 1888
«[…] le 3 septembre fut un jour remarquable. J’ai écrit, tôt le matin, mon avant-propos à ma Conversion de toutes les valeurs, l’avant-propos le plus fier qui ait sans doute jamais été écrit (1). Après, je suis sorti —et quoi? La plus belle journée que j’ai vue en Engadine— une puissance lumineuse de toutes les couleurs, un bleu sur le lac et dans le ciel, une clarté de l’air, absolument inouï… Ce n’était pas simplement ma propre appréciation… Les montagnes blanches jusqu’en bas —car nous avons eu de vraies journées hivernales— accentuaient en tout cas l’intensité de la lumière. […]
L’après-midi, j’ai fait le tour du lac de Silvaplana: cette journée restera vraisemblablement dans ma mémoire. […]
L’année prochaine, je vais me décider à faire imprimer ma Conversion de toutes les valeurs (5), le livre le plus indépendant qui soit… Non sans hésitation! Le premier livre, par exemple, s’intitule L’Antéchrist
Note 1, p. 440.
[…] «Nietzsche a abandonné le projet en quatre livres de l’ouvrage sur la « volonté de puissance; s’y substitue, désormais, l’autre projet, celui de la « conversion des valeurs », également en quatre livres: L’Antéchrist (critique du christianisme), L’Esprit libre (« critique de la philosophie comme mouvement nihiliste »), L’Immoraliste (« critique de la morale »), et Dionysos (« philosophie de l’éternel retour »).
Note 5, p. 441.
«[…] la « conversion des valeurs » est achevée avec ces deux livres que sont le Crépuscule des idoles et L’Antéchrist; « L’Immoraliste et « Dionysos » ne sont plus nécessaires et leur fonction est assurée par Aurore, Le Gai Savoir, Pour une généalogie de la morale, d’une part, Ainsi parlait Zarathoustra et Par delà bien et mal, d’autre part. Le 26 novembre, Nietzsche écrira à Paul Deussen que sa « conversion des valeurs est achevée avec L’Antéchrist« .»

Mercredi 22 juillet 2009. Vals végétal.

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Un chèvrefeuille à taille humaine, courbé sur la clôture ordinaire d’un jardin peu entretenu d’une maison particulière du village de Vals. Trois séquences:
1.
«Le Jardin de Julie» dans La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau, quatrième partie, lettre 11 (extrait):

«Je me mis à parcourir avec extase ce verger ainsi métamorphosé ; et si je ne trouvai point de plantes exotiques et de productions des Indes, je trouvai celles du pays disposées et réunies de manière à produire un effet plus riant et plus agréable. Le gazon verdoyant, mais court et serré, était mêlé de serpolet, de baume, de thym, de marjolaine, et d’autres herbes odorantes. On y voyait briller mille fleurs des champs, parmi lesquelles l’œil en démêlait avec surprise quelques-unes de jardin, qui semblaient croître naturellement avec les autres. Je rencontrais de temps en temps des touffes obscures, impénétrables aux rayons du soleil, comme dans la plus épaisse forêt ; ces touffes étaient formées des arbres du bois le plus flexible, dont on avait fait recourber les branches, pendre en terre, et prendre racine, par un art semblable à ce que font naturellement les mangles en Amérique. Dans les lieux plus découverts je voyais çà et là, sans ordre et sans symétrie, des broussailles de roses, de framboisiers, de groseilles, des fourrés de lilas, de noisetier, de sureau, de seringa, de genêt, de trifolium, qui paraient la terre en lui donnant l’air d’être en friche. Je suivais des allées tortueuses et irrégulières bordées de ces bocages fleuris, et couvertes de mille guirlandes de vigne de Judée, de vigne vierge, de houblon, de liseron, de couleuvrée, de clématite, et d’autres plantes de cette espèce, parmi lesquelles le chèvrefeuille et le jasmin daignaient se confondre. Ces guirlandes semblaient jetées négligemment d’un arbre à l’autre, comme j’en avais remarqué quelquefois dans les forêts, et formaient sur nous des espèces de draperies qui nous garantissaient du soleil, tandis que nous avions sous nos pieds un marcher doux, commode et sec, sur une mousse fine, sans sable, sans herbe, et sans rejetons raboteux. Alors seulement je découvris, non sans surprise, que ces ombrages verts et touffus, qui m’en avaient tant imposé de loin, n’étaient formés que de ces plantes rampantes et parasites, qui, guidées le long des arbres, environnaient leurs têtes du plus épais feuillage, et leurs pieds d’ombre et de fraîcheur. J’observai même qu’au moyen d’une industrie assez simple on avait fait prendre racine sur les troncs des arbres à plusieurs de ces plantes, de sorte qu’elles s’étendaient davantage en faisant moins de chemin. Vous concevez bien que les fruits ne s’en trouvent pas mieux de toutes ces additions ; mais dans ce lieu seul on a sacrifié l’utile à l’agréable, et dans le reste des terres on a pris un tel soin des plants et des arbres, qu’avec ce verger de moins la récolte en fruits ne laisse pas d’être plus forte qu’auparavant. Si vous songez combien au fond d’un bois on est charmé quelquefois de voir un fruit sauvage et même de s’en rafraîchir, vous comprendrez le plaisir qu’on a de trouver dans ce désert artificiel des fruits excellents et mûrs, quoique clairsemés et de mauvaise mine ; ce qui donne encore le plaisir de la recherche et du choix.»

2.
Ce rapport de « personne à personne » avec ce chèvrefeuille très embaumant, là dans la rue, à Vals, renvoie à ce désir d’incorporation d’un parfum, commun à une belle personne et à une belle plante et, au-delà, à ce récit anthropologique symbolique originaire de Françoise Héritier, Une pensée en mouvement (3)  fondé sur le rapport de la personne au végétal et à l’alimentation même. (pp. 77-78)

«Il existait chez les bouddhistes, au Ve siècle ap. JC, une ascèse pour parvenir à l’état de bienheureux. Elle consistait à se priver progressivement de nourriture. Les jeunes enfants étaient privés de nourriture carnée, puis progressivement l’ascèse concernait les légumineuses, puis les « sept céréales », supprimant peu à peu toutes les nourritures végétales.
Après un certain nombre d’années marquées par ces étapes à franchir, l’individu ne se nourrissait plus que d’écorces, de gommes, de résines, de thym, de fleurs qui étaient censées le transformer en une jarre pleine d’encens. Son corps devenait alors un réceptacle d’huile parfumée. L’homme enfin prêt, se destinait à la crémation de son vivant pour devenir bienheureux et sauver le monde.
On construisait dans la montagne un immense bûcher. La foule venait en masse pour contempler ces hommes, généralement âgés d’une trentaine d’années, s’installer dans la position du lotus et exhaler tous les parfums de la terre en brûlant. Seuls les bras, les jambes et la tête étaient censées brûler. On retrouvait le tronc, tel un vase dispensateur de richesses.»

3.
Vals, vue générale

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Vals, les foins faits en famille: un corps à corps jardiniste et productif entre personnes et végétaux.

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Sur l’autre versant, des chalets-granges à foin. Les vaches sont invisibles, elles paissent plus en hauteur…