Luc Bronner. Conversation. Banlieues et médias: une incompréhension mutuelle

Luc Bronner, journaliste au Monde, «en charge» des banlieues. A la question posée:
«Votre travail semble souvent s’apparenter à un travail d’ethnographe. Comment faites-vous pour vous faire accepter dans ces quartiers ? Comment parvenez-vous à créer des liens avec ces populations ?»
Luc Bronner : «Le facteur temps est essentiel. J’ai la chance, en travaillant au Monde, de pouvoir consacrer un plein-temps à mon travail dans les quartiers, donc de pouvoir intervenir dans les phases de crise, évidemment, mais aussi dans les périodes calmes, celles où on peut créer des contacts, celles où on peut raconter les banlieues dans leur complexité.? Sur Tremblay en France, par exemple, je suis le quartier populaire de cette ville de Seine-Saint-Denis depuis près d’un an, pour essayer de comprendre son évolution. Je crois que c’est une des pistes pour améliorer les relations entre les médias et les quartiers : éviter les traitements en dents de scie – extrêmes en période de crise, quasiment inexistants le reste du temps – et montrer qu’on s’intéresse à ces territoires sur le long terme. Au fond, ce qui me frappe, ce n’est pas tant le fait qu’il y ait des violences urbaines que le silence de ces quartiers. On connaît en France un niveau élevé de ségrégation sociale et ethnique sans que les habitants protestent réellement. Ou alors par l’abstention. Pour moi, le taux extrêmement élevé de l’abstention aux élections régionales aurait dû être considéré comme un événement plus grave que les émeutes de 2005, parce que plus massif, touchant des centaines de milliers d’adultes, et pas seulement quelques milliers d’émeutiers.»
Télécharger le texte du chat, accessible sur le monde.fr


Ecole du blog avec Luc Bronner
envoyé par Bondy_Blog. – L’info internationale vidéo.
Ecole Du blog. Samedi 13 février 2010, Luc Bronner expose sa façon de travailler.

Trop fort Jean-Jacques.

Jean-Jacques Rousseau. Ebauches des Rêveries du promeneur solitaire. «Vingt sept cartes à jouer, sur lesquelles Rousseau avait pris des notes, furent trouvées après sa mort, dans ses papiers, par le marquis de Girardin qui les envoya ou les remit à Du Peyrou. Elles sont conservées à la Bibliothèque de Neuchâtel. Ces notes sont écrites à l’encre ou au crayon, ou au crayon repassé à l’encre; elles sont parfois d’un déchiffrement malaisé, les traits de crayon étant devenus de plus en plus pâles; on peut supposer qu’elles ont été prises par Rousseau au cours de ses promenades.» Leurs textes figurent dans le Tome 1 de la Pléiade des écrits autobiographiques de Jean-Jacques Rousseau.


Carte 24. p. 1171 (recto et verso)

«Qu’on est puissant, qu’on est fort quand on n’espére plus rien des hommes. Je ris de la folle ineptie des méchans quand je songe que trente ans de soins, de travaux, de soucis, de peines ne leur ont servi qu’à me mettre pleinement au dessus d’eux.»

Ego scriptor (le blog comme autographie)

Lu dans En marge des nuits, J.-P. Pontalis. Gallimard. 2010.
pp.69 – 70.

«28. Ego scriptor»
[…]
«Leiris premier temps: dans L’Âge d’homme, il observe, il décrit son corps, son moi comme un objet, il fait la recension de ses mythes personnels, il se comporte comme l’ethnologue qu’il est face à une population étrangère. Deuxième temps: avec la série des Biffures, Fourbis, il laisse parler le «je», il avance pas à pas, d’association en association, emprunte un chemin puis un autre, il bifurque, il se rêve, il s’écrit.
Et les Cahiers de Valéry: […] il laisse venir les pensées qui jaillissent comme des fusées et, vite, il les inscrit  avant qu’elles ne disparaissent. Ce sont des pensées étranges, obscures mêmes à ses yeux. D’où viennent-elles? De la nuit, et alors, à l’aube, dans le silence tout autour, dans l’impatience, il note, pas question de différer. Le temps viendra bien assez tôt où il faudra se soumettre à l’ordre des discours, communiquer, se rendre intelligible.
Entre la nuit et le jour Ego scriptor. Je écrit. Je parle quand, se croyant absent de sa parole, il parle enfin pour de vrai.
J’y tiens tant à cette différence entre écrire sur soi et s’écrire que j’ai avancé, ici et là, le terme d’autographie. L’autographie n’est pas un genre littéraire comme le journal intime, les Mémoires, l’autobiographie, l’autoportrait. A mes yeux elle est à la fois la source et la finalité de l’acte d’écrire.»

CO2. Pas du tout !

Pour Franck, Jean-Louis et Sylvie.


Pub Volkswagen Passat 2009… Avec un faux air d’apôtre à la Emir Kusturica.

Autre attitude sectaire ou figure d’un panthéisme virtuel dédié, entre autres divinités, à celle du design créatif, et paradoxalement pourvoyeuse de CO2 :  la pratique Internet. Dans l’émission Capital sur M6, dimanche 17 janvier 2010, a été présenté un film sur une minable entreprise de design sur internet créée par 4 jeunes trentenaires diplômés d’HEC. On y voit un de leurs  clients-type, internaute de classe moyenne, en famille, à la maison, qui, en ligne, accède au dessin sous logiciel flash interactif d’un modèle de canapé dit «Chesterfield», choisit en cliquant sur deux couleurs du nuancier associé au dessin, la couleur du cuir (brun) et des boutons (caramel), voit donc le modèle se colorier sous ses clics et passe commande pour le recevoir dix ou quinze jours plus tard. Plan suivant. Un des jeunes PDG de l’entreprise et son mentor, rencontré à HEC lors d’une conférence, sont en Chine, dans le sud de Canton, dans l’usine où l’on voit de sympathiques ouvriers un peu goguenards finir de fabriquer le dit canapé à grande vitesse (sous le régime du flux tendu), l’emballer et l’expédier avec ses frères vers les containers des gigantesques cargos qui caboteront jusqu’aux côtes françaises pour le livrer en temps et en heure à la charmante famille française. Du CO2 pour du design «laid». Où sont les années Prisunic, «le beau au prix du laid», «le beau pour tous», de la société Mafia de Maïmé Arnodin et Denise Fayolle?


Catalogue  Prisunic  n°7 – dos. © Studio Prisunic. Le n°1 sort en avril 1968.

Georges Didi-Huberman. Survivances des lucioles.

«Au début des années soixante, à cause de la pollution atmosphérique, et surtout, à la campagne, à cause de la pollution de l’eau (fleuves d’azur et canaux limpides), les lucioles ont commencé à disparaître (sono cominciate a scomparire le luciole). Cela a été un phénomène foudroyant et fulgurant (il fenomeno è stato fulmineo e folgorante). Après quelques années, il n’y avait plus de lucioles. Aujourd’hui, c’est un souvenir quelque peu poignant du passé (sono ora un ricordo, abbastanza straziante, del passato).» Pier Paolo Pasolini. «L’articolo delle lucciole.» Corriere della sera. 1er février 1975.

Georges Didi-Huberman. Survivance des lucioles. Minuit. 2009.
«Nous sommes ‘pauvres en expériences’*? Faisons de cette pauvreté même —de cette demi-obscurité— une expérience.» p. 109

Lucioles110
Belles pages 110 et 111.

Références citées dans le livre.
• *Walter Benjamin. Le conteur – Réflexions sur l’œuvre de Nicolas Leskov. Publié en octobre 1936 dans la revue suisse Orient et Occident (nouvelle série, n° 3), cet article est aujourd’hui réédité dans le volume III de la traduction française des Oeuvres complètes (Gallimard) de Walter Benjamin. Une lecture de bloggueuse.
• Walter Benjamin. Paralipomènes et variantes des théories sur le concept d’histoire: «Organiser le pessimisme signifie… dans l’espace de la conduite politique… découvrir un espace d’images. Mais cet espace des images, ce n’est pas de façon contemplative qu’on peut le mesurer. Cet espace des images (Bildraum) que nous cherchons… est le monde d’une actualité intégrale, et de tous côtés, ouverte (die Welt allseitiger und integraler Aktualität).

Martin Luther King. Free at last. Rectification.

freeAtLast


Rectification, à propos de la peinture de Goblin, Free at last*. C’était une citation issue de la fin du discours de Martin Luther King du 28 août 1963 devant le Lincoln Memorial à Washington durant la marche pour l’emploi et la liberté : « I have a dream ». Free At Last étant le titre d’un gospel.


Free At Last, chanté par Joyful Noise, «a gospel acapella group in the DC Metro area. They sang at a popular restaurant in DC (Bus Boys and Poets) to celebrate MLK Day and the upcoming inauguration.»

*Free At Last, cité dans le post: at last i am free