Ego scriptor (le blog comme autographie)

Lu dans En marge des nuits, J.-P. Pontalis. Gallimard. 2010.
pp.69 – 70.

«28. Ego scriptor»
[…]
«Leiris premier temps: dans L’Âge d’homme, il observe, il décrit son corps, son moi comme un objet, il fait la recension de ses mythes personnels, il se comporte comme l’ethnologue qu’il est face à une population étrangère. Deuxième temps: avec la série des Biffures, Fourbis, il laisse parler le «je», il avance pas à pas, d’association en association, emprunte un chemin puis un autre, il bifurque, il se rêve, il s’écrit.
Et les Cahiers de Valéry: […] il laisse venir les pensées qui jaillissent comme des fusées et, vite, il les inscrit  avant qu’elles ne disparaissent. Ce sont des pensées étranges, obscures mêmes à ses yeux. D’où viennent-elles? De la nuit, et alors, à l’aube, dans le silence tout autour, dans l’impatience, il note, pas question de différer. Le temps viendra bien assez tôt où il faudra se soumettre à l’ordre des discours, communiquer, se rendre intelligible.
Entre la nuit et le jour Ego scriptor. Je écrit. Je parle quand, se croyant absent de sa parole, il parle enfin pour de vrai.
J’y tiens tant à cette différence entre écrire sur soi et s’écrire que j’ai avancé, ici et là, le terme d’autographie. L’autographie n’est pas un genre littéraire comme le journal intime, les Mémoires, l’autobiographie, l’autoportrait. A mes yeux elle est à la fois la source et la finalité de l’acte d’écrire.»