http://www.humboldtbooks.com/en/book/palermo-atlas-english-ed

http://oma.eu/projects/manifesta-12-palermo-atlas

À propos de Palermo Atlas. Leoluca Orlando. Mayor of Palermo, Forward pp.5-6. Extraits

«The great work that went in Palermo Atlas offers the city extremely valuable analyses and reflections, providing the tools to connect the threads of its past and recent historique to future prospects for development. This urban research is a careful and passionate study of the complexity of Palermo, of its inhabitants and of the historical and contemporary connections between the city, the Mediterranean and Europe.

Palermo Atlas testifies to the desire of the City administration and of Manifesta to permeate the 2018 biennal with the cultural richness of our city and its customs of hospitality and of a peaceful coexistence.

[…]
Palermo is the European city that has changed the most, in terms of culture, in the past forty years. Other cities, such as Berlin, Moscow, Warsaw and Prague, have changed as a result of constitutional change and international events. Palermo has changed and continues to change without the constitutional or state system of Italy having changed. It is a cultural change, of technical innovation and life style.

What was once the capital of the suffocating mafia is today, thanks to an ethical revolt fuelled by civil courage, the Capital of Culture. We are working for Palermo to become not only Capital of Culture but capital of cultures, from all over the world, thanks to all those who have chosen to live here. 

In the day-to-day and domestic life of our city, differences are seen as richness and opportunity. Here —and this is an irreversible choice— there are no migrants; who arrives In Palermo becomes a Palermitan. Palermo is increasingly a role model, in which culture is the defining element that relates people to each other. Coexistence is part of the normal routine, no longer and not only a special project. The only race we recognize here is the human race. 

I am a person  (io sono persona) is the slogan of the proposal drafted with the Charter of Palermo to make freedom of movement an inviolable human right.

What is culture? Culture is the coexistence of diversity. In this view, Palermo acts like a lighthouse in the Mediterranean. A beacon of respect for the human rights of everyone. This is rooted and stratified in hospitality. 

What is beauty? Beauty is the harmony of ethics and aesthetics. Palermo capital of cultures, capital of beauties.

With Palermo Atlas, Manifesta has penetrated the stratification and syncretism of Palermo’s cultures, and touched the soul of the city.»

http://m12.manifesta.org/manifesta-12-rivela-il-suo-progetto-curatoriale/?lang=it

In Le Monde

En Italie, Palerme veut « s’organiser pour résister » à la politique anti-migrants

Dans le chef-lieu de Sicile, léché par les eaux turquoise de la mer Tyrrhénienne, tout le monde aime à rappeler qu’en grec ancien, Palerme signifie « le refuge idéal ».

Par CHARLOTTE CHABAS Palerme, envoyée spéciale

Temps de lecture : 6 min

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Le marché du quartier de Ballaro, où habitent de nombreux migrants, à Palerme (Sicile), le 6 juin.VALENTINO BELLINI POUR LE MONDE

 

On a tambouriné à la porte, au milieu de la nuit. Derrière le judas, Daniela Alario, 66 ans, qui accueille bénévolement deux fois par semaine trois jeunes Nigérianes pour des cours d’italien, a vu se dessiner le visage du nouveau ministre de l’intérieur italien, Matteo Salvini, « les yeux injectés de sang, en colère ». Soudain, cette ancienne institutrice à la retraite s’est réveillée en sursaut dans son lit, encore hantée par son cauchemar. « Il vient nous chercher, il veut nous anéantir », a-t-elle crié à son mari assoupi, qui l’a rassurée dans un demi-sommeil : « Aucun risque, nous sommes à Palerme. »

Dans le chef-lieu de Sicile, léché par les eaux turquoise de la mer Tyrrhénienne, tout le monde aime à rappeler qu’en grec ancien, Palerme signifie « le refuge idéal ». Un héritage dont s’est encore enorgueilli, lundi 11 juin, le maire de la ville, Leoluca Orlando, en offrant d’accueillir l’Aquarius, navire humanitaire de sauvetage en mer avec 629 migrants à son bord, malgré le refus formel du nouveau gouvernement. « Nous avons toujours reçu les navires en détresse et ceux qui sauvent des vies en mer, ce n’est pas aujourd’hui que nous allons arrêter, même sous un gouvernement d’extrême droite », a rappelé le premier édile de la cité, réélu pour un quatrième mandat avec 72 % des voix sur le slogan :

« A Palerme, tout le monde est palermitain. »

« Une ville ne peut pas faire sécession »

Après trois mois d’une crise politique nationale qui s’est résolue par une coalition entre l’inclassable parti antisystème Mouvement 5 étoiles (M5S) et le parti d’extrême droite de la Ligue, c’est peu dire que la ville sicilienne d’un million d’habitants détonne.

« Le discours anti-immigration est le dénominateur commun de ce gouvernement, alors Palerme et son esprit d’ouverture risquent d’être vite dans le viseur », analyse Fausto Melluso, responsable de l’association d’entraide ARCI. « Une ville ne peut pas faire sécession d’une politique nationale », s’inquiète le militant, qui rappelle que le pays a déjà opté ces dernières années pour « une ligne très répressive concernant les migrants ». « Ça risque d’empirer encore », craint celui qui en veut à l’Union européenne d’avoir« abandonné l’Italie face à cette crise humanitaire ».

SUR LE MÊME SUJETMigrants rejetés par l’Italie et Malte : « Il est déplorable que des vies humaines soient prises en otages »

Dans le modeste local de l’association, en face de la petite église del Gesù, huit hommes sont assis sur les canapés bruns défraîchis. Ils sont arrivés quelques jours auparavant dans le port sicilien à bord du Numancia, un navire de la marine espagnole ayant sauvé ce jour-là 592 naufragés. Ces Tunisiens, Sénégalais, Maliens et Gambiens ont encore les yeux révulsés par l’épuisement. Aucun ne parle italien. Amadou N., Sénégalais de 28 ans, fait l’interprète. « Tout sauf la Libye, plus jamais, c’était l’enfer », lui chuchote l’un des derniers arrivés.

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Le marché du quartier de Ballaro, à Palerme (Sicile), le 6 juin. VALENTINO BELLINI POUR LE MONDE

« Je n’ai pas l’impression de faire tache »

Il y a trois ans, Amadou N. a débarqué lui aussi par la mer, la « roulette russe des gens comme nous », dit le Sénégalais avec un rire nerveux. Lui se souvient d’avoir été surpris de « l’élan de bonté naturelle des Siciliens ». Quelques mois plus tard, le jeune homme remontait pourtant l’Italie pour gagner l’Allemagne, puis les Pays-Bas. Si l’Italie est, avec la Grèce, en première ligne pour les arrivées, le pays n’est que le onzième en termes d’accueil, avec 2,4 réfugiés pour mille habitants en moyenne.

Amadou N. a pourtant fini par revenir dans ce qui est devenu « un point de repère » dans sa vie. Dans ce quartier unique de Ballaro, en plein centre-ville, se côtoient en paix riches propriétaires, vendeurs du marché, migrants et touristes. « Ici, quand je marche dans la rue, je n’ai pas l’impression de faire tache », dit le jeune homme en balayant d’un geste les bâtiments ocre qui l’encadrent. Sur les quelque 10 000 habitants du quartier, plus de 3 000 seraient étrangers.

Le Sénégalais, qui travaille trois jours par semaine comme agent de sécurité, a déposé une demande d’asile. Il a déjà fait appel d’un premier rejet, et craint pour l’avenir. Il n’en peut plus d’avoir « toujours (son) destin dans les mains des autres ». « J’ai l’impression que c’est l’histoire de ma vie, de tomber au mauvais moment. »

SUR LE MÊME SUJETMatteo Salvini en Sicile pour affirmer sa politique anti-immigration

A Molti Volti, un restaurant multiculturel où siègent une dizaine d’associations qui travaillent avec les migrants, « on sent l’inquiétude grandir », raconte Claudio Arestivo, responsable du lieu. La semaine dernière, trois jeunes Maliens sont venus lui demander s’ils devaient « préparer leur valise ». La veille, Matteo Salvini, à peine entré en fonction, était venu en Sicile pour marteler que « le bon temps pour les clandestins est fini », rappelant sa volonté « d’expulser 500 000 étrangers d’Italie ».

Un chiffre « complètement fantaisiste », souligne Claudio Arestivo, qui rappelle que cela impliquerait « des accords avec les pays d’origine qui coûteraient une fortune à l’Italie ». Mais c’est une « provocation de plus », déplore le militant, qui craint que « cela libère la parole raciste ». « Il va falloir encore mieux s’organiser pour résister », anticipe-t-il.

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Dans les cuisines du restaurant multiculturel Moltivolti, à Palerme (Sicile), le 7 juin. VALENTINO BELLINI POUR LE MONDE

La menace d’un « hotspot »

Un bras de fer est déjà en cours à Palerme. Depuis 2016, le gouvernement italien veut y faire construire, dans la lignée des directives européennes, un « hotspot », « un centre de premier accueil et d’identification » d’une capacité de 400 places. Un projet à 7,2 millions d’euros qui prendrait place dans le quartier du Fondo San Gabriele, qui souffre déjà d’une extrême précarité.

Le 24 mai, en pleine nomination du nouveau gouvernement, le conseil municipal a voté à l’unanimité contre le projet, estimant notamment qu’une « structure fermée, caractérisée par un contrôle policier très fort, ne serait pas l’instrument adapté pour accueillir et aider les migrants ». Une décision locale qui n’est toutefois pas bloquante, et dont le gouvernement pourrait faire fi dans les prochains mois.

« L’immigration n’est plus évoquée comme un problème humanitaire mais seulement sécuritaire », analyse le juriste Fulvio Vassallo, figure de la défense des demandeurs d’asile. Lui déplore une société qui s’est « déshumanisée », s’habituant « à voir les humains mourir en mer et souffrir sur terre », au motif que « certains instrumentalisent la guerre entre les pauvretés ».

57 % de chômage chez les jeunes

En Sicile, la situation économique ne cesse de se détériorer. Chez les moins de 25 ans, le chômage a explosé, atteignant les 57 %. Lors des législatives du 4 mars, le parti anti-élites du M5S a fait le plein, dépassant les 50 % dans Palerme. Une « vague de colère irraisonnée » qui inquiète Pasquale d’Andrea, responsable de l’enfance et de l’adolescence dans la commune, qui doit assurer la prise en charge d’un millier de migrants mineurs.

Bénévole depuis quarante ans, le Palermitain déplore que la politique « soit devenue une course à celui qui aura la vision la plus court-termiste ». Lui pense à l’avenir, à cette démographie italienne qui n’en finit plus de chuter, à ces migrants « qui sont une richesse pour un pays qui a besoin de jeunes gens actifs ». « Défendre la monoculture, c’est le raisonnement d’une société mourante », plaide-t-il encore.

SUR LE MÊME SUJETEn Italie, l’arrivée au pouvoir de la Ligue et du M5S, un défi mortifère pour l’Europe

A 29 ans, Eileen a rencontré son petit frère, Abdou, il y a deux ans, au centre d’addictologie où travaille sa mère médecin. Le jeune Gambien de 16 ans y avait été orienté pour des problèmes psychologiques, après des mois de captivité dans une prison libyenne. Au fil des mois, cette famille palermitaine « s’est prise d’amour pour ce garçon sensible et généreux », au point de lancer un « affiliato », une forme d’adoption simplifiée.

D’ici quelques mois, il faudra prolonger ce statut, maintenant qu’Abdou est devenu majeur. « Vu comme tout s’obscurcit, on vit dans la peur que cela échoue », raconte Eileen, qui promet de « se battre comme une lionne pour ne pas voir sa famille éclater ». Et la jeune femme de mettre en garde : « Ici, la peur n’est pas dans notre ADN ».

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Peinture en mémoire du migrant tué en Calabre, Soumayla Sacko, dans le centre-ville de Palerme (Sicile), le 7 juin. VALENTINO BELLINI POUR LE MONDE

Par CHARLOTTE CHABAS Palerme, envoyée spéciale

Publié Hier à 05h25 Lire la suite »

In La Tache

« Ainsi, d’abord, dans Pastorale américaine, l’un des plus beaux romans de Philip Roth, le personnage central est un juif calme, aux antipodes de Roth lui-même. Et puis il y a La Tache, ce livre inouï dont le héros est Coleman Silk, un Noir qui se fait passer pour juif afin de n’être pas défini par sa couleur et de pouvoir exister comme individu, et qui est rattrapé par l’antiracisme débile [porté par une petite prof française surdiplômée, immature, faussement brillante et carriériste, et ceci combiné au moralisme ambiant issu de l’affaire Lewinsky] sévissant sur les campus américains… » Alain Finckelkrault

1.
page 191 [en écho à Édouard Louis, Qui a tué mon père]
Le meurtre du père et de la mère
« Il l’[sa mère] assassinait. On n’a pas besoin de tuer son père. Le monde s’en charge. Le monde va lui faire son affaire, et il l’avait faite en effet à Mr Silk. Celle qu’il faut assassiner, c’est la mère. Et il était en train de s’y employer, lui, l’enfant qu’elle avait aimé comme elle l’avait aimé. Il l’assassinait au nom de son exaltante idée de la liberté! Tout aurait été beaucoup plus facile sans sa mère. Mais il fallait surmonter cette épreuve s’il voulait être l’homme qu’il avait choisi d’être, séparé sans retour de ce qu’il avait reçu en partage à sa naissance, libre, comme tout humain voudrait l’être, de se battre pour sa liberté. Pour arracher à la vie cette destinée de rechange, dont il dicterait les clauses, il lui fallait faire ce qu’il avait à faire. La plupart des gens ont bien envie de se tirer de l’existence de merde qu’ils ont reçue en partage. Seulement ils ne passent pas à l’acte, et c’est ce qui fait qu’ils sont eux, tandis que  lui est lui. Balancer son direct, démolir, et puis fermer la porte à  jamais. On ne peut faire ça à une mère merveilleuse qui vous aime inconditionnellement et vous a rendu heureux; on ne peut pas lui faire ce chagrin et penser qu’on pourra revenir en arrière. C’est tellement affreux qu’il ne reste plus qu’à vivre avec. Quand on a fait une chose pareille, d’une telle violence, on ne peut plus jamais la défaire —or c’est justement ce qu’il veut.»

2. Leurs «relations»
p. 202
«Elle [Monica Lewinsky] parlait à tort et à travers. Elle fait partie de cette culture débile du bla-bla. De cette génération qui est fière de son manque de profondeur. Tout est dans la sincérité du numéro. Sincère mais vide totalement vide. C’est une sincérité qui part dans tous les sens, une sincérité pire que le mensonge, une innocence pire que la corruption. Quelle avidité ça cache, cette sincérité, et ce jargon! Ce langage extraordinaire qu’ils ont, tous, et on dirait qu’ils y croient, quand ils parlent  de leur manque de valeur, alors qu’en disant ça ils estiment au contraire avoir droit à tout. Cette impudence qu’ils baptisent faculté d’amour, l’avidité brutale qu’ils camouflent sous la prétendue «perte de leur estime de soi». Hitler aussi manquait d’estime de soi. C’était son problème. L’arnaque que ces jeunes ont montée! Cette mise en scène de la moindre émotion. Leurs «relations». Ma relation. Il faut que je clarifie ma relation. Dès qu’ils ouvrent la bouche, j’ai envie de grimper aux rideaux.»

3. La poterie de Trenton
pp. 196-199
«Par sa mère, Coleman découvrit le dédale de leur histoire familiale; elle remontait au temps de John Fenwick [17e siècle] l’aristocrate, qui avait été à cette région sud-ouest du New Jersey ce que William Penn était à la région de Pennsylvanie où était située Philadelphie —et dont on avait parfois l’impression que tout Gouldtown descendait. Puis Coleman entendit l’histoire répétée, à quelques variantes près, par ses grand-tantes et ses grands-oncles, certains presque centenaires, lorsque dans son enfance, avec Walt, Ernestine et leurs parents, ils se rendaient à Gouldtown pour la réunion familiale annuelle, qui rassemblait près de deux cents personnes venues du sud-ouest du New Jersey, de Philadelphie, d’Atlantic City, et même de Boston, pour manger du maquereau, de la poule au pot, du poulet rôti, des glaces maison, des pêches au sirop, des tartes, des gâteaux —pour manger les plats favoris de la famille, jouer au base-ball, chanter des chansons et passer la journée à égrener des souvenirs et raconter des histoires du temps jadis où les femmes filaient, tricotaient, faisaient bouillir le lard gras, et cuire au four d’énormes miches de pain que les hommes emportaient aux champs, du temps où elles faisaient les habits, allaient puiser de l’eau au puits, administraient des remèdes à base de simples, des infusions pour traiter la rougeole, des sirops de mélasse et d’oignon contre la coqueluche. Des histoires sur les mères de familles qui tenaient une laiterie où elles faisaient de beaux fromages, sur les femmes qui étaient allées à la ville, à Philadelphie, pour devenir gouvernantes, couturières, maîtresses d’école, et sur celles qui étaient restées au foyer, et dont l’hospitalité était remarquables. Des histoires sur les hommes, dans les bois, qui piégeaient et chassaient le gibier pour avoir de la viande l’hiver, les fermiers qui labouraient les champs, qui coupaient le bois de chauffage, et les barres pour les palissades, qui achetaient, vendaient et abattaient le bétail, et sur ceux qui étaient prospères, les négociants, qui vendaient à la tonne le foin salé pour les poteries de Trenton, ce foin qu’on coupe dans les marais salants qu’ils possédaient le long de la baie et sur les rives du fleuve. Des histoires sur les hommes qui avaient quitté les bois, la ferme, le marais, et le marécage à cèdre pour entrer dans l’armée —certains comme Blancs, d’autres comme Noirs —pendant la guerre de Sécession. Des histoires sur les hommes qui avaient pris la mer pour devenir briseurs de blocus, et sur ceux qui étaient partis à Philadelphie se faire croque-morts, imprimeurs, barbiers, électriciens, cigariers, et pasteurs dans l’Église méthodiste épiscopale africaine —l’un d’entre eux s’étant engagé pour aller à Cuba aux côtés de Teddy Roosevelt et des ses Rough Riders—, et l’histoire de quelques autres qui avaient eu des ennuis, et s’étaient enfuis pour ne jamais revenir. Des histoires d’enfants, aussi, des enfants comme eux, souvent pauvrement vêtus, parfois sans manteau ni souliers, qui dormaient les nuits d’hiver dans les pièces glaciales de maisons rudimentaires, et qui, dans la chaleur de l’été, allaient ramasser le foin à la fourche, le charger et le transporter avec les hommes, mais bien éduqués par leurs parents […]
Mais quand on décide de ne pas devenir boxeur ou d’ailleurs spécialiste de lettres classiques, ce n’est pas à cause de l’histoire des esclaves fugitifs de Lawnside, de l’abondance des virtuailles aux réunions de famille à Gouldton, ou des méandres de la généalogie américaine de sa famille —pas davantage que l’on décide de ne pas devenir quoi que ce soit d’autre pour ces mêmes raisons. Dans l’histoire d’une famille, il y a beaucoup d’éléments qui partent en fumée. Lawnside en est un, Gouldtown un autre, la généalogie un troisième, Coleman Silk en fut un quatrième.
Au cours de ces cinquante dernières années et plus, il ne fut pas le premier enfant, du reste, qui ait entendu parler des fenaisons d’herbe salée pour les poteries de Trenton, ou qui ait mangé du maquereau et des pêches au sirop dans les fêtes de Gouldtown, et qui disparaisse ainsi —dans la famille on disait qu’il s’était volatilisé de sorte qu’on avait «perdu toute trace de lui» ou bien encore, variante, qu’il était «perdu pour les siens».
Le culte des ancêtres —tel était le nom que Coleman donnait à cette pratique. Honorer le passé était pour lui une chose, l’idolâtrie des ancêtres en était une autre. Cet emprisonnement, il n’en voulait à aucun prix.»

 

Aux Laboratoires d’Aubervilliers

http://leslaboratoires.org/article/rencontres-publiques-de-presentation-de-la-recherche/affinites-des-sols-soils-affinities

Micropolitiques des plantes

Rencontre aux Laboratoires d’Aubervilliers suivie d’un repas
Samedi 19 mai 2018, à 14h

Avec Serge Volper (auteur d’Une histoire des plantes coloniales), Françoise Vergès (politologue), Bouba Touré (écrivain, photographe et co-fondateur de la Coopérative de Samandiki Coura), Raphaël Grisey (artiste), Shela Sheikh (théoricienne en études postcoloniales), Ros Gray (théoricienne de l’art) et Uriel Orlow (artiste) [Artiste Manifesta 12].

Cette seconde rencontre organisée aux Laboratoires d’Aubervilliers questionnera les agencements structurelles et les processus subjectifs produits par les déplacement des plantes en mettant en perspectives les contextes coloniaux et post-coloniaux de ses déplacements.

À travers le prisme de la pensée économique des plantes l’internationalisation des cultures engendre une division social et économique des sols et du travail.

Serge Volper auteur d’Une histoire des plantes coloniales et responsable de la bibliothèque d’agronomie tropicale nous parlera des l’agriculture coloniale française, tandis que Françoise Vergès, politologue, proposera de se placer du point vu de la banane pour nous parler des conflits géo-politiques et économiques mondiaux. Bouba Touré écrivain, photographe et co-fondateur de la Coopérative de Somankidi Coura, et Raphaël Grisey, artiste, nous raconteront quant à eux l’histoire de la création de la coopératives fondée en 1977 au Mali tandis que Bouba Touré était travailleur migrant en France. Ils présenteront les archives autour de l’histoire de la coopérative. Enfin, Shela Sheikh et Ros Gray présenteront la dernière édition de la revue Third Text sur les histoires et les conflits des sols.

À propos de

Cours de philosophie biologique et cognitiviste. Spinoza et la biologie actuelle, d’Henri Atlan, Odile Jacob, 636 p., 35 €.

1. Entretien

« Proposition :

Le Corps ne peut déterminer l’Esprit à penser, ni l’Esprit déterminer le Corps au mouvement, ni au repos, ni à quelque chose d’autre (si ça existe).

Scolie :

(…) Ce que peut le Corps, personne jusqu’à présent ne l’a déterminé, c’est-à-dire, l’expérience n’a appris à personne jusqu’à présent ce que le Corps peut faire par les seules lois de la nature en tant qu’on la considère seulement comme corporelle, et ce qu’il ne peut faire à moins d’être déterminé par l’Esprit. Car personne jusqu’à présent n’a connu la structure du Corps si précisément qu’il en pût expliquer toutes les fonctions, pour ne rien dire ici du fait que, chez les Bêtes, on observe plus d’une chose qui dépasse de loin la sagacité humaine, et que les somnambules, dans leurs rêves, font un très grand nombre de choses qu’ils n’oseraient faire dans la veille ; ce qui montre assez que le Corps lui-même, par les seules lois de sa nature, peut bien des choses qui font l’admiration de son Esprit. Ensuite, personne ne sait de quelle façon, ou par quels moyens, l’Esprit meut le Corps, ni combien de degrés de mouvement il peut attribuer au Corps, et à quelle vitesse il peut le mouvoir. D’où suit que, quand les hommes disent que telle ou telle action du Corps naît de l’Esprit, qui a un empire sur le Corps, ils ne savent ce qu’ils disent, et ils ne font qu’avouer, en termes spécieux, qu’ils ignorent sans l’admirer la vraie cause de cette action. »
Spinoza, L’Ethique, 1677, Livre III, Proposition II, et SCOLIE, (Point-Essais), trad. Bernard Pautrat, p.207-209

2.

Introduction du livre par Pierre Macherey

https://www.odilejacob.fr/feuilleter.php?ean=9782738143495#dflip-flipbook/1/

3.

Article de Nicolas Weil paru dans Le Monde des livres du 3 mai 2018 :

« Henri Atlan dans le cerveau de Spinoza ».
Le biologiste et philosophe relit l’« Ethique » à la lumière des récents résultats des sciences cognitives.

« Spinoza est à la mode. Celui dont Hegel raillait la « splendeur orientale » et dont Heidegger prononçait à peine le nom est aujourd’hui un totem des nouvelles radicalités, un ultra-contemporain. Cette popularité laisse rêveur, quand on sait que ce penseur amstellodamois (1632-1677) n’a produit qu’une œuvre relativement brève, qui aurait fort bien pu être rangée dans le corpus des « petits cartésiens », malgré d’autres influences (celle de Maïmonide par exemple).
Un coup d’œil à ses traités politiques, loin de révéler en lui un prérévolutionnaire, montre qu’il perpétue l’attitude hautaine des classiques vis-à-vis d’un peuple considéré comme indécrottablement empreint de superstitions, plus à contenir qu’à affranchir, et que, quand il théorise la liberté de penser, il ne la destine qu’à une poignée de philosophes. Ses œuvres principales nous mènent donc loin de Nuit debout et des insurgés qui ont fait de Spinoza un drapeau.
En France, l’école spinoziste est ancienne. Depuis l’excellent commentaire de l’Ethique dû à Martial Guéroult (1891-1976 ; Aubier, 1968-1974), certains tenants de la « pensée critique », Gilles Deleuze au premier chef (Spinoza et le problème de l’expression, Minuit, 1968), se sont penchés sur cette philosophie. La réflexion s’est déplacée, au XXe siècle, vers une interprétation centrée sur la politique. Elle est menée par les anciens élèves de Louis Althusser, marxistes ou postmarxistes, comme Pierre Macherey ou Etienne Balibar.
Le livre que publie ce dernier en est une illustration. Intitulé Spinoza politique. Le transindividuel (PUF, 576 p., 27 €), ce recueil d’articles étudie, entre autres, la « crainte des masses » chez Spinoza, et la gestation de l’idée démocratique par la limitation du pouvoir de l’Etat qu’on peut puiser, selon Balibar, dans ces textes suffisamment énigmatiques pour accueillir toutes sortes de lectures.

La nature et l’esprit sont d’un bloc

Le nouvel ouvrage du biologiste et philosophe Henri Atlan (né en 1931) a l’avantage de nous en proposer une qui nous éloigne de la politique pour nous plonger au cœur des neurosciences. Elle est d’autant plus inattendue qu’à la différence de ses contemporains Descartes, Robert Boyle, Pascal ou Leibniz, Spinoza a eu un apport à la science de son temps assez mince, voire inexistant.

Mais, pour Henri Atlan, si Spinoza est actuel, il le doit à sa métaphysique, développée dans son livre posthume et majeur, l’Ethique. Le moule des concepts spinozistes s’adapterait adéquatement au développement récent des « neurosciences cognitives ». Car l’idée spinoziste selon laquelle la nature et l’esprit sont d’un bloc, ou d’une substance unique, doit permettre de surmonter les impasses héritées de Descartes, dont le dualisme de la pensée et la matière entre en contradiction avec le processus de naturalisation de l’esprit humain en cours dans la biologie contemporaine.

« Qui se laisse comme “prendre par la main” sur le chemin indiqué » par Spinoza « ne peut donc pas négliger la compréhension claire et distincte de ce que nous apporte l’accumulation de connaissance de phénomènes mentaux avec leurs corrélats corporels », estime Henri Atlan. Et il le prouve par un commentaire souvent technique mais toujours clair, croisant la recherche la plus pointue sur le cerveau avec une analyse fouillée de l’Ethique.
Il s’agit de renvoyer dos à dos une idéologie néomatérialiste, pour laquelle tout se réduit au cerveau ou à l’ADN, et son opposé, un idéalisme irréductible, allergique à toute interprétation mécaniste du vivant, parfois au profit du créationnisme et de l’intelligence design (qui postule la présence d’un dessein divin lové jusque dans les molécules).
Pourquoi Spinoza nous fait-il échapper à cette polarité stérile ? Parce que sa thèse de l’unicité de la « substance » (Dieu ou la nature), d’où procède une infinité d’attributs dont nous ne connaissons que deux, la matière et la pensée, présente les faits mentaux comme deux faces d’une même réalité observée de deux points de vue, psychique ou corporel. Tout divers qu’ils soient, il y a entre eux une « identité synthétique » (expression empruntée à la thermodynamique, qui signifie qu’une même grandeur peut se traduire de façon différente).

Le « nouvel inconscient » cérébral

Contrairement à une opinion bien enracinée, mais qui semble perpétuer le dualisme entre pensée et matière, il n’y a pas chez Spinoza de « parallélisme » ; du reste, l’expression est de Leibniz (1646-1716). Affirmer que l’ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l’ordre et la connexion des choses n’implique pas qu’il s’agisse d’éléments hétérogènes miraculeusement en harmonie : il s’agit bien d’un même objet abordé sous deux perspectives.
De même, le « nouvel inconscient » cérébral porté par les sciences cognitives s’incarne-t-il autant par notre cerveau que par notre système immunitaire. Cette affinité élective du spinozisme avec ces dernières l’érige en tout cas, sur un mode plus convaincant que certains de ses usages politiques, en clé de notre modernité. »

« Tandis que l’animisme déchiffre les signes de l’altérité dans la discontinuité des corps, le naturalisme les reconnaît dans la discontinuité des esprits. Se différencie de moi celui qui, parlant une autre langue, croyant en d’autres valeurs, pensant selon d’autres catégories, percevant selon une autre «vision du monde», n’est plus mon exact semblable tant sont distinctes des miennes les «représentations collectives» auxquelles il adhère et qui conditionnent son action. Une coutume bizarre, une pratique énigmatique ou répugnante s’expliquent alors par le fait que ceux qui s’y adonnent ne peuvent faire autrement que croire (penser, se représenter, imaginer, juger, supposer…) que c’est ainsi qu’il faut procéder si l’on veut atteindre telle ou telle fin. C’est affaire de «mentalités» -un domaine fertile de lhistoire-, et si celles-ci sont réputées connaissables jusqu’à un certain point par les traces qu’elles laissent dans des expressions publiques, il est toutefois impossible de pénétrer leurs ressorts ultimes, car je ne peux me glisser tout à fait dans l’esprit de l’autre, même le plus proche. Pour notre malheur de sujets naturalistes, il n’y a pas d’équivalent spirituel de la métamorphose, seulement ces efforts inaboutis que tentent la poésie, la psychanalyse ou la mystique. On comprend, dans ces conditions, que l’altérité radicale réside du côté de ceux qui sont dépourvus d’esprit ou ne savent pas s’en servir: les sauvages jadis, les malades mentaux aujourd’hui, et surtout l’immense multitude des non-humains, les animaux, les objets, les plantes, les pierres, les nuages, tout ce chaos matériel à l’existence machinale dont l’homme dans sa sagesse s’occupe de déterminer les lois de composition et de fonctionnement. »

Philippe Descola, Par-delà nature et culture, « Métaphysique des mœurs » pp. 497-498, folio essais

première présentation sur le site http://m12.manifesta.org/

Manifesta, la Biennale européenne de l’art contemporain nomade, a vu le jour au début des années 1990 en réponse aux changements politiques, économiques et sociaux qui ont suivi la fin de la guerre froide et aux étapes ultérieures de la construction européenne. Depuis lors, Manifesta est devenue une plateforme itinérante axée sur le dialogue entre l’art et la société en Europe. Manifesta est un projet basé sur la communauté: son succès dépend de la collaboration entre les acteurs internationaux et locaux et de l’implication et de l’engagement des communautés locales.

La ville de Palerme a joué un rôle important dans le jury de Manifesta pour sa représentation de deux thèmes importants qui identifient l’Europe contemporaine: la migration et les changements climatiques et la façon dont ces problèmes affectent nos villes. L’histoire multicouche et profondément condensée de Palerme – occupée par presque toutes les civilisations européennes et ayant des liens à long terme avec l’Afrique du Nord et la Méditerranée orientale au cours des 2000 dernières années – a laissé ses traces dans cette société multiculturelle au cœur de la région méditerranéenne.

«Manifesta 12 à Palerme est un grand défi pour repenser à quel point les interventions culturelles peuvent contribuer à redéfinir l’un des carrefours méditerranéens les plus emblématiques de notre histoire dans le cadre d’un processus de transformation à long terme. Manifesta 12 soulèvera des questions telles que: «Qui est propriétaire de la ville de Palerme?» Et «Comment récupérer la ville?» Les problèmes migratoires de la ville symbolisent la situation de crise plus large à laquelle l’Europe est confrontée en ce moment.

Hedwig Fijen, directrice de Manifesta

 

 

 

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« Mes modèles, figures humaines, ne sont jamais des « figurantes » dans un intérieur . Elles sont le thème principal de mon travail. Je dépends absolument de mon modèle que j’observe en liberté, et c’est ensuite que je me décide pour lui fixer la pose qui correspond le plus « à son naturel ». Quand je prends un nouveau modèle, c’est dans son abandon au repos que je devine la pose qui lui convient et dont je me rends esclave. Je garde ces jeunes filles souvent plusieurs années, jusqu’à épuisement d’intérêt. Mes signes plastiques expriment probablement leur état d’âme*(mot que je n’aime pas) auquel je m’intéresse inconsciemment ou bien alors à quoi? Leurs formes ne sont pas toujours parfaites, mais elles sont toujours expressives. L’intérêt émotif qu’elles m’inspirent ne se voit pas spécialement sur la représentation de leur corps, mais souvent par des lignes ou des valeurs spéciales qui sont répandues sur toute la toile ou sur le papier et en forment une orchestration, son architecture. Mais tout le monde ne s’en aperçoit pas. C’est peut être de la volupté sublimée, ce qui n’est peut être pas encore perceptible pour tout le monde. » non datées, notes reprises in Aragon, Henri Matisse, roman I, p. 173

* « Ce qui m’intéresse le plus, ce n’est ni la nature morte, ni le paysage, c’est la figure. C’est elle qui me permet le mieux d’exprimer le sentiment pour ainsi dire religieux que je possède de la vie. Je ne m’attache pas à détailler tous les traits du visage, à les rendre un à un dans leur exactitude anatomique. Si j’ai un modèle italien, dont le premier aspect ne suggère que l’idée d’une existence purement animale, je découvre cependant chez lui des traits essentiels, je pénètre, parmi les lignes de son visage, celles qui traduisent ce caractère de haute gravité qui persiste dans tout être humain. » http://lantb.net/figure/?p=4607

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