Fresque restaurée venue de la Maison du bracelet d’or (30-35 après J.-C.) à Pompéi (Italie) présente dans l’exposition

En écho, nous rajoutons cette fresque romaine de «La Maison de Livie à la Prima Porta (fin du 1er siècle), qui propose le trompe-l’œil d’un jardin, avec des haies et des arbustes sur un fond de ciel bleu.» Et un lien vers les Tang > http://lantb.net/figure/?p=1130

Citation du bel article de Florence Evin, « Du vert sous la verrière du Grand Palais » :

« L’exposition  » Jardins «  ne propose pas une promenade odorante entre des parterres fleuris. Elle met en scène un conservatoire éphémère, plongé dans la pénombre en raison de la fragilité des documents, où œuvres d’art et science dialoguent dans un parcours conçu pour surprendre le visiteur, l’éblouir ou le terrifier. Jusqu’à le perdre dans un labyrinthe où il va de merveille en merveille, découvrant comment l’homme a su préserver le plus simple comme le plus complexe des spécimens de la nature pour l’étudier, le contempler, voire l’imiter, afin de se l’approprier. La première salle nous invite au cheminement, cette phrase d’Aragon en tête :  » Tout le bizarre de l’homme, et ce qu’il y a en lui de -vagabond, et d’égaré, sans doute pourrait-il tenir dans ces deux syllabes : jardin. «  Ces mots surplombent une fresque restaurée venue de la Maison du bracelet d’or (30-35 après J.-C.) à Pompéi (Italie). Avec ses masques de théâtre suspendus comme des plantes vertes, sa fontaine dont on croit entendre la musique et les Ménades allongées pour un culte dionysiaque dans un fouillis de palmes, on se dit que le poète n’est pas loin. A côté figure un petit dessin d’Albrecht Dürer (1471-1528), La Madone des animaux, prêté par l’Albertina de Vienne, et un bouquet de violettes si parfait qu’on se penche pour en humer le parfum. Leur fait face l’immense composition de Giuseppe Penone,  » frottage  » de feuilles d’automne, dont les stries occupent tout l’espace, baptisé Vert de la forêt avec chemise, pour la délicate combinaison d’un autre temps accrochée au tableau comme elle le serait à un arbre, alors que la belle se rafraîchit à la rivière. Parcours dense en sensationsD’entrée, tout est là de la démarche du commissaire Laurent Le Bon (président du Musée Picasso). Sa manière si particulière de mélanger les arts et les époques, comme il l’a fait, en 2010, pour l’exposition inaugurale du Centre Pompidou Metz, dont il était directeur. Au Grand Palais, ses jardins jettent des passerelles entre artifice et réalité, dans un dialogue qui va de la Renaissance à nos jours, exception faite de Pompéi. Le parcours est scandé de phrases-clés. « Pour faire un jardin, il faut un morceau de terre et l’éternité », a écrit Gilles Clément. Ce propos est illustré par l’installation Terre Loire, de Koichi Kurita. Le Japonais a suivi le fleuve, de sa source à la mer, pour prélever sur ses berges 400 poignées de terre. Humus tamisé et disposé, dans la chronologie de son déplacement, en autant de petits carrés sur du papier de riz. Après la terre, le ciel, la course des nuages : deux études de John Constable (vers 1821) venues de New Haven (Etats-Unis) ; et un film de 1929, La Croissance des végétaux, de la collection Albert Kahn, font la transition avec l’approche scientifique du propos. L’authentique et l’artifice. Viennent les raretés historiques, disposées dans une enfilade de cabinets de curiosités, pour affirmer, comme Michel Foucault :  » Le jardin, c’est la plus petite parcelle du monde, et puis c’est la totalité du monde. «  Marc Jeanson, responsable de l’Herbier du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), commissaire associé de l’exposition avec Colline Zellal, a apporté ses trésors. Il a choisi les plus belles planches provenant du  « moussier » de Jean-Jacques Rousseau (1769-1770), de celui des poilus, ou celles des pèlerins de Jérusalem. Il y a ajouté des vélins, délicats parchemins de veau peints à la gouache par Nicolas Robert, les fleurs en majesté avec leurs spécificités botaniques. Ainsi cohabitent l’authentique et l’artifice : les grandes cires, citrons et courges, prêtées par le Musée d’histoire naturelle de Florence (Italie) et le MNHN, les fleurs en verre de Léopold et Rudolf -Blaschka, des trésors de l’université Harvard (Etats-Unis). Il y a là encore un bouquet en porcelaine de Sèvres, des couronnes funéraires en perles venues du MuCem à Marseille, ou une fragile composition florale en papier mâché, face aux subtiles photographies d’algues d’Anna Atkins, auteure d’une traduction anglaise de L’Histoire des mollusques, de Jean-Baptiste de Lamarck, dont elle a exécuté les gravures. Ce florilège est enrichi par les tirages noir et blanc des arabesques épurées de cucurbitacées signées Karl Blossfeldt, en 1928, l’un des pionniers à Berlin du mouvement de la Nouvelle Objectivité en photographie. Lequel situe les fondements de l’art dans les formes produites par le vivant. Tandis que les plaques au gélatinobromure d’August Sander (vers 1930), comme l’étrange Essai sur une physionomie des plantes, figurant une empreinte de feuillage imprimée au naturel, tel un négatif, tirage anonyme en noir daté de 1786, montrent la diversité des démarches. Après avoir interrogé le monde végétal, l’homme l’organise à sa main. Les grands plans méticuleux d’André Le Nôtre le disent sans détour, imaginant, à Versailles, les parterres de broderies pour Louis XIV, et dans la France entière à la demande de la cour du Roi-Soleil. Puis, le jardinier intervient, avec une panoplie d’outils détonnants. Enfin, l’exposition déroule un tapis de verdure picturale avec un très large panorama de la production des artistes, au fil des décennies. Ils sont tous là, une centaine au total, de Bruegel à Robert, Monet, Bonnard, Morisot, Caillebotte, Klimt, Richter, Cézanne, Redon, Dubuffet, Magritte, Giacometti ou encore Picasso. « Cela fait trente ans que je m’intéresse au jardin, une oeuvre vivante et contradictoire avec l’espace muséal, dit Laurent Le Bon. Si on pouvait contredire cette contradiction… J’ai voulu me tenir là, entre l’intérieur et l’extérieur.  » Pari gagné, avec brio. Tous azimuts, les expériences fascinent et passionnent.  » Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu’il vous faut « , assurait Cicéron. L’homme interroge sans fin les mystères de la nature. Cette quête résonne dans l’oeuvre omniprésente des artistes contemporains qui jalonnent le parcours. Jusqu’à cette fleur postnucléaire, Symbiose (1972), de Tetsumi Kudo qui glace les sangs. Que restera-t-il de cette folle course de l’homme ? Deux minuscules pyramides de pollen de fleur de châtaignier, répond, en 2015, Wolfgang Laib.
Florence Evin

 

Dans une tribune au « Monde », des intellectuels et des artistes s’associent aux psychanalystes pour dénoncer le FN qui « enflamme la haine ». Des psychanalystes prennent position publiquement dans le débat électoral de l’élection présidentielle des 23 avril et 7 mai. C’est un choix qui transcende leurs convictions politiques personnelles, dès lors que la démocratie est menacée. Il est question de la sauvegarde de l’Etat de droit comme du choix d’une société ouverte. Ils appellent donc leurs concitoyens à voter avec eux contre Marine Le Pen. C’est, en premier lieu, un appel à voter tout court, un appel à ne pas s’abstenir, à ne pas voter blanc, un appel à faire entendre sa voix, et à voter pour un candidat qui ne soit pas Marine Le Pen. Chaque voix qui ne sera pas en sa faveur comptera pour faire barrage à son élection, compte tenu du fonctionnement de ce scrutin. Ils ne perdent pas de vue les racines historiques du parti de Marine Le Pen, dans la tradition de ce courant contre-révolutionnaire qui naquit jadis de l’hostilité aux Lumières, gloire de la France. Ce courant d’idées a déjà été au pouvoir : ce fut, sous l’Occupation nazie, l’aventure de la collaboration. Qui est tenté par une seconde expérience oublie ou ignore la nature abjecte de la première. L’ordre symbolique remanié. De fait, l’idéologie lepéniste menace les libertés publiques. Dans le contexte européen et mondial de montée du populisme, l’élection de Marine Le Pen provoquerait une déstabilisation dangereuse de la société française, dont on ne peut calculer les conséquences. Les psychanalystes y sont d’autant plus sensibles que l’ordre symbolique est en plein remaniement, bouleversant les traditions, les mœurs, les structures fondamentales de la société comme de la famille. Les dispositifs qui permettaient l’intégration, voire l’assimilation des individus dans une société, toute la puissance syncrétique du politique ont volé en éclats. Le déclin du commun s’accompagne d’une poussée planétaire de ségrégation. La réponse de la psychanalyse est partout et toujours antiségrégative. Elle amène le sujet à prendre ses distances avec les identifications de masse, celles qui poussent toujours les individus à se situer dans un groupe contre un autre : eux et nous. Or, la rhétorique de Marine Le Pen, si dédiabolisée pourtant, au point que le Front national a été comme normalisé par les médias et la classe politique, flatte et excite constamment, sans relâche, la forme sociale la plus pernicieuse de la pulsion de mort, que l’on pourrait appeler la « pulsion ségrégative ». Elle exacerbe les tendances qui portent à l’affrontement du nous contre eux. Un tel programme est fait pour enflammer la haine, susciter des ébauches de guerre civile, et justifier le démantèlement de l’Etat de droit, l’instauration corrélative d’un pouvoir autoritaire et, un jour, la pratique du nettoyage ethnique, conçu comme le seul moyen de rétablir l’identité du peuple. C’est la thèse explicite d’un essayiste comme M. Zemmour, qui ne voit dans l’Etat de droit qu’un gouvernement des juges. Cet idéologue rallie les suffrages de l’extrême droite et, malheureusement, d’une partie de l’électorat qui s’attachait jusqu’ici aux valeurs de la droite républicaine. La main qui vote. L’expérience quotidienne de la pratique de la psychanalyse permet de savoir que la haine est un ressort majeur de notre subjectivité, qu’elle est au cœur de l’expérience humaine. Quand tous les semblants sociaux et politiques vacillent, au moment du vote solitaire dans l’isoloir, à l’abri de tous les regards, y compris celui de la conscience morale, c’est l’inconscient qui prend la main, la main qui vote. Manière de comprendre la sentence de Lacan : « L’inconscient, c’est la politique. » C’est un contresens que de penser qu’une psychanalyse conduit à suivre son inconscient. Une psychanalyse conduit à mettre au jour son inconscient précisément pour désactiver tout ce qui nuit au sujet dans sa vie personnelle et dans sa vie sociale, les tendances les plus sombres, les plus délétères, que l’on découvre en soi comme plus fortes que soi. Curer en lui ces penchants obscurs peut permettre au sujet de s’inscrire dans un lien social authentiquement civilisé. Bref, la psychanalyse, c’est l’exact envers du discours du Front national. C’est pourquoi des psychanalystes aux obédiences les plus variées se sont réunis pour appeler leurs concitoyens à voter avec eux contre les partisans de la haine. Avant même le lancement de cet « Appel des psychanalystes » sur le site Change.org, celui-ci a reçu de nombreux soutiens de psychanalystes à l’étranger, mais aussi de psychologues et de nombreuses personnalités du monde intellectuel et artistique.

Christiane Alberti signe cette tribune au nom d’un collectif à l’initiative de l’« Appel des psychanalystes ». Elle est la présidente de l’Ecole de la cause freudienne (d’obédience lacanienne). Christiane Alberti (psychanalyste et enseignante au département de psychanalyse de l’université Paris-VIII)




William Morris, Woodlands Embroideries. Crédits : William Morris

« Pour la première fois depuis 1974, et la candidature pionnière de René Dumont, aucun candidat ne portera les couleurs de l’écologie politique à la prochaine élection présidentielle, Yannick Jadot et Europe Ecologie Les Verts ayant choisi de faire alliance avec Benoît Hamon et le Parti Socialiste. Paradoxalement, et même si cela demeure encore largement insuffisant au regard des enjeux considérables auxquels la planète et ses habitants doivent faire face, on n’a probablement jamais autant parlé d’écologie lors d’une campagne présidentielle. Comment dès lors expliquer qu’après la question républicaine puis la question sociale, la question écologique ne soit pas parvenue, au fil du temps, à s’imposer comme l’un des clivages forts de l’espace public démocratique, un clivage assez puissant pour contribuer à structurer autrement l’offre politique en faisant advenir un parti écologique puissant comme ce fut le cas pour les républicains contre les monarchistes, puis pour les socialistes contre les conservateurs ? Pour comprendre cette situation de blocage, il faut entreprendre l’histoire minutieuse des oppositions à l’écologisme. C’est précisément ce qu’a fait le philosophe Serge Audier dans un livre-somme La Société écologique et ses ennemis. Sylvain Bourmeau


https://www.franceculture.fr/emissions/la-suite-dans-les-idees/le-lent-avenement-dune-societe-ecologique


Serge Audier est maître de conférences en philosophie morale et politique à la Sorbonne (Paris IV)


Gustav Metzger, Mobbile, 2015, Mexico, Fundacion Jumex Arte Contemporano, Photographie Colin Swan. « Une plante verte enfermée dans un cube transparent subit les méfaits des gaz d’échappement. Gustav Metgzer révèle par cette asphyxie accélérée la suffocation du vivant qui se joue à plus grande échelle. »

Par Judicaël Lavrador, de Libération, envoyé spécial à Nice. Titre de l’article «Plein gaz à Nice» [ce qui rappelle un sinistre souvenir >Jean-Luc Nancy. «Un camion est lancé»] «Installé à Londres depuis les années 70, l’artiste activiste s’est fait connaître par son refus de se plier aux exigences du marché de l’art, allant jusqu’à lancer une grève de la création. Sa démarche écologiste et militante fait l’objet d’une rétrospective au Mamac. Après avoir écrit, en 1959, un Manifeste de l’art autodestructif, le seul programme qui à ses yeux était pertinent au regard «du processus de désintégration» dans lequel était engagé «la société industrielle», cramant du CO2 à l’envi, Gustav Metzger passa à l’acte. En plein air, sur la terrasse du quartier brutaliste de Southbank à Londres, la tête protégée d’un masque à gaz, il vaporise d’acide trois bâches en plastique d’un geste leste, d’une main de peintre de l’Apocalypse, muni d’un pinceau toxique —le bras d’une sulfateuse. Projeté au mur du Mamac de Nice (Alpes-Maritimes), le film du happening est elliptique et crachote des images à peine visibles, couvertes d’un noir et blanc de suif. Or, si l’art de Metzger brille ainsi de l’éclat terne du smog qui partout étend sa grisaille poisseuse et marronnasse, bizarrement, ce n’est pas dans une veine funeste, mais avec l’esprit du phénix, pour se relever de ses cendres. Là est le génie du type : il a admis depuis des lustres qu’il fallait changer de palette, de pH, de dosage et surtout de braquet pour réaliser une œuvre qui montre le monde tel qu’il est – et tel qu’il court à sa perte. Il utilise donc l’acide, le CO2 ou le ciment pour que l’art ait un sens et montre la sortie. Disparu des radars. En résumé, cet art-là est activiste. Lire la suite »


http://db-artmag.de/en/78/on-view/its-about-freedom-philip-gustons-late-works-in-the-schirn/
Philip und Musa Guston (1941). © The Estate of Philip Guston


Adja Yunkers, A Human Condition, 1966. Acrylic on canvas, mural at Syracuse University.
Biographie > https://www.guggenheim.org/artwork/artist/adja-yunkers


«Je ne sentis ni le coup, ni la chute, ni rien de ce qui s’ensuivit jusqu’au moment où je revins à moi. Il étoit presque nuit quand je repris connoissance. Je me trouvai entre les bras de trois ou quatre jeunes gens qui me racontérent ce qui venoit de m’arriver. Le Chien danois n’ayant pu retenir son élan s’étoit précipité sur mes deux jambes et me choquant de sa masse et de sa vitesse m’avoit fait tomber la tête en avant : la machoire supérieure portant tout le poids de mon corps avoit frappé sur un pavé très raboteux, et la chute avoit été d’autant plus violente qu’étant à la descente, ma tête avoit donné plus bas que mes pieds. » Paris, 24 octobre 1776 — Paris, 10 mai 1998. Les Rêveries du promeneur solitaire, Deuxième Promenade
http://circonstances.net/moments/?cat=14

Ce photogramme est extrait de « Moments de Jean-Jacques Rousseau », CD Rom, Gallimard, 2000, issu du projet du même nom initié par Jean-Louis Boissier et Liliane Terrier (Paris) à partir de 1994.


Moments de Jean-Jacques Rousseau. Confessions et Rêveries
, CD-ROM, Gallimard, Paris, 2000.

Pour consulter les 80 « moments » contenus dans le CD-ROM, commencer ici > http://circonstances.net/moments/?cat=13
Les séquences vidéo-interactives sonores du CD-ROM sont, dans cette publication en ligne, réduites (pour l’instant) à des copies d’écran ou bien à des copies vidéo.


Jeunes hommes dans la nuit parisienne, Copyright J. Gonzo

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