Apprendre à écouter les pierres (page 163)
Mis à part l’examen des objets et des langues, en ce qui concerne l’aspect humain du milieu dit naturel, il nous paraît urgent de s’occuper de la relation que l’homme entretient avec le monde minéral, «la nature inerte». Nature inerte qui s’oppose non seulement au monde vivant des plantes et des animaux mais aussi au monde animé des eaux, des volcans, des astres, des météores… Ce monde minéral n’apparaît inerte que dans notre civilisation; il est ordinairement considéré par les autres sociétés comme un monde qui fut animé ou qui pourrait l’être. Pour les anciens Chinois, la terre n’est autre que le corps du géant P’on-Kou, pour la Bible, c’est le limon qui est l’origine de l’homme etc.
L’ethnominéralogie ne se limite pas à l’énumération des substances minérales utilisées par l’homme et des manipulations qu’il leur fait subir, mais de tout ce que l’on pense, tout (p 164) ce qui se dit à ce sujet et de toutes les conséquences que cela à sur la vie sociale. Selon les civilisations ce sont les hommes ou les femmes qui s’occupent de la poterie; pour les métaux, par contre ce sont toujours les hommes, formant souvent une caste particulière, etc. L’ethnominéralogie c’est donc tout type de relation avec la matière et ce que cela entraîne dans la vie des sociétés.
C’est une chose de sens commun que de dire qu’à la surface de la terre les minéraux sont limités. Utiliser l’uranium pour faire marcher des machines à vapeur, pour produire de l’électricité (faire tourner les turbines) apparaît parfaitement archaïque au regard de l’uranium qui dégage directement de l’énergie (radiation). Tout cela provient du manque de connaissance générale des ingénieurs, incapables d’avoir une vision d’ensemble des choses.