Mois : novembre 2018
Jankélévitch. L’immédiat
Stefano Boeri. Urban Forestry. Green Manifesto
https://www.stefanoboeriarchitetti.net/en/urban-forestry
We, designers of the first Vertical Forest in Milan, invite
architects, urban planners, botanists, agronomists, forestry corps, tree growers, geographers, ethologists, landscape scientists, technicians, researchers and experts in green care and urban forestry, real estate developers, administrators and representatives of local institutions and civil society, members and representatives of international organisations, funding agencies, universities and research institutes, and NGOs,
to consider that:
– by 2030, 60% of the global population is projected to live in urban areas.
– cities consume 75% of the world’s natural resources and account for more than 70% of global CO2 emissions.
– cumulative emissions of CO2, together with methane and other greenhouse gases, largely determine global mean surface warming of the planet, causing ice melting, biodiversity loss and rising sea levels.
and to consider also that:
– forests and trees – which are at risk of continuous erosion all over the world – absorb nearly 40% of fossil fuel emissions largely produced by our cities every year.
– leaves and roots of a mature tree absorb CO2 through photosynthesis and help reduce the pollutants (responsible for a high percentage of respiratory diseases and premature deaths) present in the air.
– if a single tree can bring great benefits to the city and its inhabitants, an urban forest can be an extraordinary help to improve the quality of health and life in a city.
we believe that:
– cities, which are largely responsible for climate change problems, have the opportunity to become an integral part of their own solution , by increasing the number of forests and trees that can “fight the enemy” on its own ground (the city), using CO2 as fertiliser.
– increasing forests and trees in world’s cities can help absorb CO2, drastically reduce pollution, energy consumption and the “urban heat island” effect, increasing biodiversity of living species and making cities safer, more pleasant, healthier and attractive.
– a global action on urban forestry will help to prevent global temperature from rising above 2° C, the maximum acceptable treeshold defined by the COP 21 agreement in Paris (2015).
therefore:
we have the duty to launch a global campaign on urban forestry in order to multiply the presence of forests and trees in our cities.
Such a campaign should start with these major actions:
– protect and increase permeable and green surfaces in the city,
– create new parks and gardens,
– transform city roofs into lawns and vegetable gardens,
– transform perimeter walls and urban barriers into green façades,
– transform urban voids and courtyards into green oasis,
– promote community gardens and implement urban agriculture,
– use tree roots to decontaminate polluted soils,
– create a network of green corridors (tree-lined avenues, street trees…) to connect parks, forests, and green buildings,
– multiply the number of green buildings and vertical forests,
– create new orbital forests and woodlands all around our cities.
thus:
– if we want to reverse climate change,
– if we want to favour the survival of living species,
– if we want our cities to be greener, healthier and more pleasant places,
urban forestry should be a priority in the international agenda of governments and local and international institutions.
The next months will be crucial to pledge your support, and collect your experiences and urban forestry projects, in preparation for the first World Forum on Urban Forests, promoted by FAO (Food and Agriculture Organization) with Municipality of Mantova, SISEF (Società Italiana di Selvicoltura ed Ecologia Forestale), Politecnico di Milano, which will be held from 28 November 2018 to 1 December 2018 in Mantova, Italy.
join us. it’s time to act
share this call, suggestions and best practices with us at:
bestpractice@wfuf2018.com and
urbanforestry@stefanoboeriarchitetti.net
Paul B. Preciado. Voyager
« Voyager, c’est comme prendre une drogue : le sens de ce que l’on est, le contenu ainsi que la forme de la subjectivité se trouvent déplacés par l’intensité des sensations. Le voyage n’est pas une pratique de mouvement géographique, c’est un déplacement subjectif, émotionnel, généalogique, historique. Voyager, c’est être plongé dans les profondeurs de l’expérience collective, entrer sous la peau de la Terre, traverser l’épaisseur de l’histoire, comprendre que votre vie est accidentelle, que vous êtes peut-être ceci mais que vous pouvez aussi bien être tout autre chose. A un moment donné du voyage, il se peut que ce soit bientôt, ou que ça arrive plus tard, tout ce qui vous constitue en tant qu’individu s’évanouit : le personnage avec lequel vous pensez vous identifier est emporté par une avalanche de signes, de gestes, d’images… comme une petite digue céderait devant la poussée d’une rivière qui déborde. Et c’est justement lorsque le moi est entraîné par la force de l’histoire que le voyage commence. C’est peut-être pour cette raison que les chamans et les toxicos coïncident pour nommer voyage à la fois l’expérience rituelle consistant à mélanger la chimie humaine et l’âme de la plante, et la pratique plus banale et plus urbaine consistant à prendre un trip.En voyageant, comme après l’ingestion d’un acide ou d’ayahuasca, l’essence énergétique de la vie en perpétuelle mutation se présente à l’esprit comme une image sensible.
Après avoir âprement lutté avec la bureaucratie taïwanaise pour obtenir un visa express, nous sommes enfin arrivés à Taipei. Nous venons y présenter le projet de l’artiste Shu Lea Cheang, qui a vécu plus de trente ans entre l’Europe et les Etats-Unis, pour la prochaine Biennale de Venise. Shu Lea Cheang aurait pu se contenter de caser un projet préfabriqué sur le stand vénitien, mais elle a pris très au sérieux le lieu où le travail sera exposé : le palace de Prigioni, la vieille prison de Venise. Son projet examine les raisons qui amènent différents régimes politiques à considérer certaines pratiques sexuelles ou du genre comme déviantes ou criminelles.
Nous nous préparons à voyager jusqu’à la prison de Chiayi dans laquelle un homme est accusé d’avoir transmis le virus d’immunodéficience humaine (VIH) à ses partenaires sexuels. En dépit de la loi de 1990 sur la non-discrimination, être séropositif à Taiwan, comme aux Etats-Unis ou au Japon, est un état intermédiaire entre la maladie et le crime : chaque personne séropositive est tenue de déclarer son statut sérologique aux autorités qui, sous prétexte de protéger la santé publique, le transforment en l’objet d’une vigilance gouvernementale accrue.
Nous traversons le pays pour arriver à la prison de Chiayi. Mais avant d’atteindre notre but, je suis entré dans cet état de conscience altéré que nous appelons voyage. Mon moi brûle comme le papier d’une cigarette se consumant sous le soleil de l’île Formosa. En sortant de Taipei, les villes taïwanaises de Taichung, Nantou en passant par Puli, forment un long Strip sans fin, une route sur laquelle s’accrochent les détritus du capitalisme tels des copeaux de fer collés à un fil magnétique : des maisons construites en béton et en tôle deviennent des restaurants improvisés (et permanents) dans lesquels une femme, presque toujours seule, cuisine derrière une charrette équipée de feux de gaz. De chaque côté de la route-ville, des centaines d’ateliers de fabrication, des marchandises qui seront consommées dans le monde entier, occupent tout l’horizon.
Il est possible d’apprécier à Taiwan le processus d’urbanisation capitaliste du monde comme s’il s’agissait d’un laboratoire à pleine échelle. Il est difficile de continuer à appeler «maison» les constructions en béton précaire qui jalonnent la route, car la fonction traditionnelle de refuge semble céder la place aux deux fonctions centrales du technocapitalisme baroque : la vente d’objets et la connexion au réseau numérique. La maison est principalement un bureau commercial ou un terminal d’insertion du courant électrique qui permet de brancher un téléviseur ou un téléphone mobile, de connecter un routeur et d’activer un ordinateur. Dans leur fonction de bureau commercial, les porches de chaque habitation servent de support à une multitude d’objets : des poupées manga, des chats qui sourient en fermant les yeux et hochent la tête, de faux colliers en jade, des verres, des bouteilles, des couverts, des montres, des chapeaux, tous fabriqués avec le même plastique qui brûle dans les dépotoirs. En tant que borne électrique, le design et la décoration intérieure de la maison ne sont plus importants : l’habitant vit en réalité dans l’univers virtuel auquel la maison, en tant que prise globale, le connecte.
Alors que la fonction commerciale enracine le corps vivant dans une masse de matière contaminante, la fonction numérique dématérialise le corps, le faisant passer du règne cancérogène du plastique à l’univers lumineux de l’écran. Peu à peu, les deux fonctions se juxtaposent et se confondent jusqu’à être absorbées par la métafonction du capitalisme mondial : la consommation. Sur l’écran, l’esthétique des multiples fenêtres rappelle la superposition de personnages des temples polythéistes auxquels les Taiwanais vont demander chance, santé, argent ou paix pour leurs ancêtres.
En arrivant à Yuchi, brusquement, sur le Strip, une petite porte en bois s’ouvre sur un chemin de terre bordé de hauts bambous. Alors le lac apparaît, immense et majestueux et, derrière lui, les quatre montagnes sacrées. La montagne Shuishe me parle et me demande : qui sont tes ancêtres ? De qui es-tu l’ancêtre ? Demain nous entrerons dans la prison de Chiayi et le lac et la montagne resteront dehors. »
Hulot
Taxe carbone : « Il manque un accompagnement social », affirme Nicolas Hulot. Pierre Le Hir. Le Monde.fr
Interrogé sur France 2, l’ancien ministre de la transition écologique a passé en revue la crise des « gilets jaunes » et l’avenir du nucléaire.
En pleine crise des « gilets jaunes » qui contestent la taxe carbone, l’ex-ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot, est sorti de son silence, jeudi 22 novembre, sur le plateau de « L’Emission politique » de France 2. « A titre personnel, je vais bien, a-t-il déclaré. Mais pour aller bien, il faut ne pas regarder la réalité en face.
Questionné sur son départ, il a confirmé qu’il ne savait pas, jusqu’au dernier moment, qu’il allait démissionner. « C’est sorti tout seul. A partir du moment où je restais, je cautionnais l’impression qu’on était à la hauteur des enjeux », a-t-il expliqué. Il ne regrette toutefois pas sa décision, d’autant plus « qu’elle a été comprise », estime-t-il. « On n’avait pas le même diagnostic [avec Emmanuel Macron] à propos du réchauffement climatique », a-t-il dit.
A propos des « gilets jaunes » et de la taxe carbone, qu’il a défendue et assume, Nicolas Hulot juge qu’il a manqué « un accompagnement social digne de ce nom ». Il a aussi dénoncé, sur France 2, une fiscalité inéquitable. Selon lui, la crise des « gilets jaunes » était « évitable » : « Je me suis battu, et notamment les semaines qui ont précédé mon départ, pour qu’on change complètement d’échelle dans l’accompagnement social de la transition énergétique et écologique, avec des propositions concrètes. Je n’ai pas été entendu », a-t-il confié.
« J’aurais préféré ne pas avoir eu raison sur le risque d’emballement que l’on connaît », a-t-il ajouté, déplorant notamment le refus du gouvernement d’allouer 10 % des crédits générés par l’augmentation de la taxe carbone à cet accompagnement et une baisse des aides pour rénover les bâtiments et les « passoires » thermiques.
« La fin du monde »
Assurant avoir une « cruelle conscience »des « problèmes de fin de mois » de certains Français, il a appelé l’exécutif à saisir la proposition de la CFDT d’organiser les états généraux de la transition écologique. « Ce sont les plus faibles, les plus vulnérables qui se paient les conséquences du réchauffement climatique », a appuyé l’ancien ministre, évoquant les inondations à répétition ou la pollution par les algues sargasses, et regrettant cette « confrontation » entre l’écologie et le social.
Auteur du plan Climat lancé en juillet 2017, afin d’accélérer la mise en œuvre de l’accord de Paris de décembre 2015, Nicolas Hulot a défendu l’urgence de s’occuper, outre de la colère populaire, d’un « sujet qui s’appelle, ni plus ni moins, la fin du monde ».
A défaut d’avoir pu peser sur les derniers arbitrages de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) que le chef de l’Etat doit présenter mardi 27 novembre, M. Hulot a défini, comme un testament, la feuille de route qui devrait selon lui être suivie. Avec un discours très ferme sur le nucléaire, qu’il avait qualifié, lors de l’annonce de sa démission du gouvernement, le 28 août, de « folie inutile économiquement, techniquement, dans laquelle on s’entête ».
S’il « assume » l’abandon de l’échéance de 2025, inscrite dans la loi de transition énergétique, pour réduire la part de l’électricité d’origine nucléaire à 50 % (contre près de 75 % aujourd’hui), il estime qu’il faut « un calendrier » et « un échéancier » de fermetures de réacteurs, mais aussi qu’il faut donner le nom des installations qui seront mises à l’arrêt.
Mille milliards d’euros
Alors que certains scénarios étudiés par l’exécutif ne prévoient aucune fermeture sur la période couverte par la PPE, c’est-à-dire d’ici à 2028, il prône au contraire l’arrêt de six réacteurs avant cette date, en plus des deux tranches de la centrale alsacienne de Fessenheim, dont la déconnexion du réseau est déjà acquise. « Si on attend les dernières années [pour arrêter des réacteurs], je vous fiche mon billet que ça ne se fera pas », a-t-il prophétisé. Il se dit aussi hostile à toute programmation de construction de nouveaux EPR : « Relancer les EPR maintenant, c’est condamner le développement des énergies renouvelables », prévient-il, en appelant à « mettre le paquet sur l’efficacité énergétique et la réduction de la consommation ». Et de mettre sur la table une proposition, déjà formulée par certains : « Injecter 1 000 milliards d’euros dans la transition énergétique au niveau européen ».
M. Hulot, qui n’a pas toujours été un farouche antinucléaire, affiche aujourd’hui « de grandes réserves » vis-à-vis de cette énergie, en raison des risques qu’elle présente mais aussi des déchets qu’elle génère. « Des déchets qu’on va mettre à Bure[le site meusien retenu pour l’enfouissement des résidus les plus radioactifs] parce qu’on ne sait pas où les mettre », pointe-t-il, ajoutant : « Si on fait trois ou quatre EPR, ça veut dire qu’on va faire trois ou quatre Bure ? Eh bien bon courage ! »
Face à une agricultrice céréalière du Tarn, l’ex-ministre a dû cette fois défendre son bilan, en justifiant la décision du gouvernement de sortir du glyphosate d’ici trois ans. Il a mis en avant les exigences de santé et d’environnement, mais aussi d’accompagnement des agriculteurs dans cette transition. Une façon, selon lui, de « concilier le court terme et le long terme », de ne pas opposer « les fins de mois difficiles des Français » et « la fin du monde, en tout cas d’un monde pacifique » annoncée par « la crise écologique ».
Jared Diamond. Quatre dangers menacent l’existence
Entretien
Jared Diamond : « Quatre dangers menacent l’existence » Par Frédéric Joignot
Utilisation de l’arme nucléaire, changement climatique, épuisement des ressources naturelles, conséquences des inégalités sociales… Jared Diamond, biologiste et géographe américain, répond aux grandes interrogations de notre temps.
Q. :
A la veille de la COP24, treize ans après la publication de son ouvrage consacré à l’effondrement des sociétés, nous avons demandé au biologiste et géographe américain Jared Diamond de nous parler du futur de l’humanité.
JD :
Quels sont aujourd’hui les dangers les plus importants et les plus fondamentaux qui menacent le niveau de vie et l’existence des êtres humains ? Certains redoutent une collision avec un astéroïde, une éventualité dont la probabilité est très faible mais qui causerait d’énormes dégâts. D’autres s’inquiètent de l’émergence de nouvelles maladies ou du fondamentalisme islamique, deux fléaux qui ont des probabilités élevées de survenir, mais qui ne sont pas susceptibles de causer l’extinction de l’humanité. Il existe à mes yeux quatre dangers qui ont de fortes probabilités de causer de gros préjudices…
Le premier élément de ma liste est le risque d’utilisation d’armes nucléaires. J’ai vécu les premières décennies de mon existence dans l’appréhension que les Etats-Unis et l’Union soviétique ne se lancent dans un conflit où chaque pays utiliserait délibérément son arsenal atomique. Ce danger semble s’être éloigné, mais il reste présent sous différentes formes.
La Russie et les Etats-Unis pourraient encore, au terme d’un enchaînement malencontreux, être entraînés malgré eux dans un conflit nucléaire, à la suite par exemple d’une interprétation erronée, par un signal de détection, d’un tir de missile balistique intercontinental (ICBM), qui s’avérerait une fausse alerte. On connaît au moins trois cas de ce genre – deux côté américain, un côté russe – dans lesquels on a frôlé la catastrophe à l’époque de l’Union soviétique, des moments où notre président ou le dirigeant russe ont eu dix minutes pour décider si le tir d’ICBM annoncé était réel ou non. Les Etats-Unis et la Corée du Nord pourraient aussi déclencher par erreur un échange de tirs nucléaires à la suite d’escalades imprudentes. Ou l’Inde ou le Pakistan pourraient chacun se convaincre que, grâce à une attaque surprise, ils seraient capables de détruire les capacités de tir de l’adversaire.
Enfin, il se peut que des terroristes dérobent ou se fassent remettre une bombe par un pays nucléarisé (le plus probablement par la Corée du Nord ou le Pakistan), comme ils ont déjà tenté de le faire à l’époque des attentats contre les tours du World Trade Center, à New York. Ils pourraient aussi « se contenter » de faire exploser une bombe sale – une bombe conventionnelle à base de dynamite à laquelle on ajoute un isotope à vie longue comme le césium 137. Ils ont démontré leur capacité à faire exploser des bombes à base de dynamite à Paris, à Madrid et dans d’autres villes européennes. Le césium 137 est aisément disponible dans les hôpitaux en raison de ses usages médicaux. Bref, il existe à mes yeux une forte probabilité que l’une de ces utilisations d’armes nucléaires soit mise en œuvre quelque part dans le monde au cours des dix ans qui viennent.
C’est le deuxième danger fondamental, la modification du climat en raison des activités humaines. La conséquence la plus débattue de ce phénomène est l’élévation des températures sur la plus grande partie de la surface de la terre, un réchauffement global compliqué par une poussée des extrêmes climatiques – multiplication des tempêtes et des inondations, aggravation des pics de chaleur et des pics de froid, sécheresses prolongées. Mais aussi par la baisse de la production alimentaire, la propagation d’insectes porteurs de maladies tropicales dans les zones tempérées, la fonte des glaciers et des calottes glaciaires, et par voie de conséquence une élévation du niveau des mers. Amplifiée par les tempêtes et les inondations, cette hausse du niveau des océans pourrait rendre inhabitables les Pays-Bas, le Bangladesh et de nombreuses autres îles et régions côtières peu élevées et densément peuplées. La forte hausse de notre production de CO2 a une autre conséquence : une fois dissous dans les océans, ce CO2 augmente leur acidité, provoque la mort des récifs de corail qui protègent les côtes tropicales des tempêtes et des tsunamis et sont des zones vitales pour la reproduction des poissons.
Le long décalage dans le temps qui préside au changement climatique constitue une complication supplémentaire. Même si tous les hommes cessaient de respirer aujourd’hui, la température mondiale continuerait de s’élever pendant plusieurs décennies en raison de la lenteur avec laquelle le CO2 stocké dans les océans se disperse dans l’atmosphère. Une autre complication réside dans ce que l’on appelle les « amplificateurs non linéaires », à savoir la fonte du permafrost arctique, lequel libérera le CO2, ce qui entraînera une accélération de la fonte, qui à son tour relâchera plus de CO2, etc.
JD :
Certains optimistes naïfs espèrent une solution technologique à ces dangers grâce, par exemple, à l’injection de particules dans le CO2 ou à l’extraction du CO2 de l’atmosphère afin de rafraîchir la surface de la Terre. Pour l’heure, il n’existe malheureusement aucune approche de géo-ingénierie qui ait été testée et considérée comme viable. Tout procédé de géo-ingénierie exigerait au préalable des tests grandeur nature dans l’atmosphère, ce qui comporterait le risque de détruire expérimentalement la Terre avant que nous obtenions l’effet désiré. C’est pourquoi la plupart des scientifiques et des économistes considèrent la géo-ingénierie comme potentiellement mortelle et devant être instamment interdite.
Cela signifie-t-il pour autant que le changement climatique est imparable et que nos enfants connaîtront fatalement un monde dans lequel il ne vaudra pas la peine de vivre ? Bien sûr que non. Le changement climatique actuel étant essentiellement dû aux activités humaines, il « suffirait » pour l’enrayer de réduire ces activités. Ce qui veut dire consommer moins d’énergie, moins recourir aux énergies fossiles et tirer une plus grande part de notre énergie de sources renouvelables telles que l’éolien, le solaire et le nucléaire…
La compétition internationale autour des ressources naturelles, ressources dont tous les pays ont besoin mais que notre planète ne recèle qu’en quantité limitée, constitue pour moi le troisième grand danger auquel le monde est confronté. Beaucoup de nos ressources sont « renouvelables », autrement dit elles se reproduisent elles-mêmes indéfiniment : c’est vrai par exemple des arbres et des poissons, à condition qu’on les exploite à un rythme moindre que leur rythme de reproduction. La terre végétale et l’eau sont elles aussi renouvelables, même si elles ne se perpétuent pas par reproduction biologique ; en revanche, minéraux et fossiles sont des ressources non renouvelables.
Or, même quand un pays est autosuffisant pour une ressource essentielle, il affronte des soucis de gestion, que ce soit de ses forêts ou de ses réserves halieutiques. De surcroît, de nombreuses ressources posent des problèmes de gestion à l’échelle internationale car elles échappent aux frontières nationales : c’est le cas des poissons, des minéraux dissous dans les eaux marines ou gisant au fond des océans, ou de l’eau congelée dans les calottes polaires. Par ailleurs, les ressources nationales d’un pays peuvent devenir l’objet d’une compétition internationale lorsqu’un autre pays achète ou s’empare de ces ressources, comme quand les pays industrialisés achètent du bois à des pays non industrialisés riches en forêts, ou que des pays densément peuplés comme la Chine louent ou achètent des terres agricoles à des pays peu peuplés.
Les ressources mobiles ou migratoires posent aussi des problèmes à l’échelon transnational car les poissons peuvent se déplacer ou l’eau d’une rivière s’écouler d’un pays à l’autre, les animaux et oiseaux migrateurs se déplacer d’un pays à l’autre, etc. Ce sont là des exemples d’êtres mobiles utiles, mais il y a aussi des choses mobiles nuisibles telles que les polluants ou le plastique, qui posent des difficultés quand ils sont produits dans un pays puis transportés dans un autre.
Idéalement, dans notre monde moderne globalisé, nous devrions pratiquer une gestion durable des ressources au niveau planétaire. En réalité, la plupart des ressources sont gérées de manière non soutenable et sans coordination internationale ; les pays puissants s’emparent des ressources en fonction de leurs intérêts à court terme, sans aucun égard pour les conséquences mondiales à long terme. Le Japon est particulièrement réputé pour s’emparer de produits forestiers et halieutiques dans le monde entier, tandis que l’Union européenne, la Chine et d’autres pays exploitent eux aussi de manière déraisonnable les ressources en bois et en poisson.
La gestion des ressources est également un problème à court terme, car la compétition internationale pour l’accès aux ressources a déjà provoqué des conflits dans le passé et menace d’en déclencher d’autres aujourd’hui. La seconde guerre mondiale dans le Pacifique a été provoquée par la tentative japonaise de s’emparer du pétrole des Indes orientales néerlandaises et d’autres ressources présentes dans différents pays asiatiques. La guerre du Pacifique de 1879-1883 a été menée par le Chili contre le Pérou et la Bolivie pour la possession des riches gisements de cuivre et de nitrate du désert d’Atacama. Parmi les menaces imminentes qui pèsent aujourd’hui sur la paix, on peut citer la rivalité entre les pays d’Asie orientale pour le contrôle de l’eau issue de la fonte des neiges de l’Himalaya, ainsi que la compétition internationale autour des combustibles fossiles. En d’autres termes, la gestion des ressources crée des menaces mondiales sur deux échelles de temps : des risques imminents de conflit armé, et des risques à plus long terme d’épuisement mondial des ressources.
C’est à mes yeux le dernier grand danger : les conséquences des inégalités dans le monde. Les pays riches, comme les pays d’Europe occidentale, les Etats-Unis et le Japon bénéficient d’un revenu moyen par tête, d’un taux de consommation et d’un niveau de vie plusieurs centaines de fois supérieurs à ceux des pays pauvres, c’est-à-dire la plupart des pays africains et certains pays d’Asie et d’Amérique latine. Il y a encore quelques décennies, nous autres citoyens des pays riches pouvions nous dire que c’était une chose triste et regrettable pour ces gens, mais cela ne nous posait aucun problème puisque ces masses de pauvres ne pouvaient pas nous faire de tort.
Or, aujourd’hui, avec la mondialisation, les citoyens des pays pauvres causent du tort aux habitants des pays riches. Parfois de manière non intentionnelle : on peut citer la propagation de maladies redoutables apportées par des voyageurs venus de pays pauvres où ces maladies sont endémiques et les structures de santé publique peu développées. Le choléra, la fièvre Ebola, la grippe et surtout le sida en sont quelques exemples… Parfois de manière intentionnelle : certains citoyens du Sud expriment leur colère face aux pays riches par leur tolérance ou leur soutien au terrorisme… Enfin, des millions de ressortissants de pays pauvres ne veulent plus attendre que leur gouvernement leur procure un niveau de vie décent. Ils cherchent donc à émigrer, de façon légale ou non. Cette immigration bénéficie aux pays d’accueil, mais le fait que les gens arrivent désormais en grand nombre pose aussi des problèmes…
Beaucoup de membres aisés de l’élite américaine ne contribuent en rien à apporter une solution aux problèmes du monde. En vérité, ils s’efforcent d’abord de préserver leur propre avenir, par exemple en acquérant une résidence secondaire en Nouvelle-Zélande, ou en achetant aux Etats-Unis un appartement aménagé dans un bunker souterrain d’un ancien site de lancement de missiles. Mais de telles initiatives sont futiles dans la mesure où ces riches ne pourront pas continuer indéfiniment à jouir d’un niveau de vie élevé en Nouvelle-Zélande ou dans un bunker si les sociétés riches ailleurs dans le monde s’effondrent. On connaît la blague amère qui demande : « Quand les élites seront-elles motivées pour résoudre les problèmes du monde ? » La réponse : « Quand elles-mêmes se sentiront en insécurité ! »
De prime abord, quand on songe aux quatre grands dangers que je viens d’énumérer et au vaste nombre de gens qui aggravent ces dangers ou ne font rien pour les régler, il est facile de se laisser aller au pessimisme… Mais je suis raisonnablement optimiste quant à nos chances d’y trouver une solution.
JD :
Le fait que des accords bilatéraux, régionaux et mondiaux ont jusqu’ici réussi à résoudre plusieurs problèmes difficiles me donne de l’espoir. Même Israël et le Liban, animés l’un envers l’autre de la haine la plus profonde, ont conclu un accord bilatéral permettant aux autorités aériennes des deux pays de se signaler mutuellement les bandes d’oiseaux migrateurs qui, au printemps, s’envolent vers le Liban à partir d’Israël et, en automne, redescendent du Liban vers Israël. Les collisions avec ces formations d’oiseaux sont les causes les plus fréquentes de crash d’avions dans ces deux pays. Parmi les accords régionaux qui sont des succès, on peut citer ceux conclus par les Etats de l’actuelle l’Union européenne depuis une soixantaine d’années ; ou les efforts déployés pour éliminer la peste bovine, éradiquer le ver de Guinée et l’onchocercose dans de vastes régions d’Afrique et d’Asie.
Au niveau mondial, des accords ont permis de vaincre la variole ; le protocole signé à Montréal en 1987, de protéger la couche d’ozone ; la convention internationale de 1978, de réduire la pollution des océans en instaurant de nouvelles normes pour les navires pétroliers ; la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, signée en 1994, de cartographier les zones économiques nationales exclusives et les eaux internationales partagées. Si nous avons été capables de conclure des accords pour réglementer ces questions extrêmement complexes, il n’y a aucune raison pour que nous ne soyons pas capables de résoudre d’autres problèmes difficiles. La seule chose qui manque encore est l’indispensable volonté politique.
Je me représente l’état actuel du monde comme une course hippique. Cette course se déroule entre un cheval de destruction et un cheval d’espoir et de saines politiques. Mais notre course mondiale n’est pas une course ordinaire, dans laquelle les deux concurrents courent à une vitesse constante pendant toute la durée de l’épreuve. Il s’agit plutôt d’une course à l’accélération exponentielle où les deux chevaux courent de plus en plus vite. Dans quelques décennies au maximum, nous verrons clairement lequel a gagné…
(Traduit par Gilles Berton.)
Marie-Anne Lescourret. Aby Warburg ou la tentation du regard
page 8
Quelle reconnaissance ce fils de famille qui n’était même pas universitaire, fondateur certes d’une bibliothèque privée— mais comme il y en avait tant en Allemagne à l’époque—pouvait-il bien attendre, et de qui, et pourquoi?
[…] En France, Aby Warburg semble effectivement un personnage méconnu, secret, davantage une légende pour initiés qu’une référence dans le prestigieux domaine de l’histoire de l’art. D’autant que sa «réception» par ses collègues en ce champ relève de l’ignorance au sens «positif» du terme : «les disciples de Focillon ont manifesté une allergie certaine à l’aspect fondamentalement problématique et, pour tout dire, philosophique de la pensée warburgienne. Focillon lui-même aura pu écrire un livre entier dont le titre portait le mot ‘survivance’ sans jamais reconnaître —sans savoir?— qu’un tel concept avait été d’abord, pour l’histoire de l’art, élaboré, travaillé, ciselé par Warburg dans une oeuvre tout entière dévolue à la survivance, au Nachleben de l’Antiquité. Á la suite de Focillon, André Chastel aura pu décrire les mouvements bachiques de l’art florentin et les nymphes de Botticelli sans jamais évoquer une autre notion, si fondamentale chez Warburg, qu’est le Pathosformel, la formule du pathétique par laquelle l’érudit allemand […] avait entièrement repensé, à partir de Botticelli, des nymphes et du dyonisiaque, la question du geste et du mouvement dans l’art de la Renaissance», souligne Georges Didi-Huberman, lequel aura su où puiser son inspiration profonde. Rares sont ceux, qui, franchissant la barrière linguistique et spéculative, ont reconnu, exposé, appliqué la «méthode» de Warburg.
Á ce jour dans le monde, le commentaire warburgien compte plus de trois mille cinq cents titres. L’oeuvre commence d’apparaître dans son immensité, rassemblée dans un bâtiment de l’université de Londres, l’institut Warburg […] des carnets de moleskine noire par centaines, aux pages couvertes d’une écriture fluidifiée par le gothique allemand avec ses multiples jambages […]
Mais relevons qu’hormis Émile Mâle, son contemporain exact (1862-1954), tous les historiens d’art évoqués par leurs titres sont des obligés de Warburg, des chercheurs qui lui doivent l’impulsion et le matériau, voire la réputation : qu’ils aient étudié dans sa bibliothèque, tel Saxl, Bing, Panofsky et Tolnay qu’ils y aient prononcé des conférences, comme Schlosser, Panofsky et bien d’autres encore et non des moindres au regard de l’histoire de l’art française, tels Robert Klein et Jean Seznec. Cependant la reconnaissance mondiale de Warburg d’aujourd’hui, le caractère quasi mythique de son institut, haut lieu de la recherche internationale sur la Renaissance et l’histoire de l’art, dépositaires également des archives d’Ernst Gombrich et de Frances Yates, sont des événements posthumes. Destinés à devenir des figures tutélaires des humanités occidentales, les étudiants de Warburg, les utilisateurs tel Cassirer de sa bibliothèque, dont lui-même se disait simplement le cicérone, n’étaient de son vivant qu’au début de leur propre carrière, laquelle pour nombre d’entre eux allait connaître l’interruption du nazisme. Warburg ne peut donc se parer de leur gloire, et il a d’excellentes raisons de douter de ses réalisations, surtout au regard de ses ambitions —de ses visions— intellectuelles, cette refondation de l’histoire de l’art en histoire culturelle de la schizophrénie européenne. Mais comment y parvenir à partir de quelques articles difficilement publiés? Cette abondance de note et remarques en tout genre ne trahit-elle pas justement l’inaptitude à la synthèse, l’enlisement dans le style gluant de «la soupe à l’anguille»— ainsi que Warburg désignait sa manière de rédiger?
[L’inquiétude de Warburg] est aussi profondément celle de l’homme pour qui rien dans l’univers ne va de soi, pour qui toute chose demande à être comprise et expliquée : un peu à la façon du Léonard des Carnets, de Goethe —grande référence warburgienne, de même que Rilke —avec lequel il partage la fascination faustienne pour l’univers et le désir d’en percer les mystères, et surtout la difficile conquête de la raison sur la passion (à la différence du rationnalisme cartésien inné-. C’est elle encore, cette inquiétude, qui fait de lui plus qu’un regard, un «sismographe» —tel qu’il se dépeint dans un courrier à son frère Paul, et le redit plus tard à son fils Max-Adolph—, soit un instrumen hypersensible qui perçoit, comme dira Cassirer dans son éloge funèbre [«Son regard ne reposai pas en particulier sur les oeuvres d’art, mais il sentait et voyait derrière les oeuvres les grandes énergies configurantes. Et pour lui, ces énergies n’étaient rien d’autre que les formes éternelles de l’expression de l’être de l’homme, de la passion et de la destinée humaine»], «les grandes énergies existentielles, derrière la forme, sous la composition, du macro et du microcosme, au travers de la civilisation et de l’oeuvre d’art. Non que Warburg succombe à l’étonnement métaphysique devant l’être, selon la fameuse question leibnizienne «pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?». Inquiet, angoissé «paroxystique» depuis l’enfance, doué, dira encore son frère pour la prescience des catastrophes, Warburg ne s’arrête pas aux séductions de l’apparence : non pas au nom d’une éthique de la connaissance qui chercherait l’immuable vérité derrière la réalité corruptible, mais parce qu’il sait, d’expérience intime, les douloureuses prémices de la forme. Du début à la fin de sa réflexion, il se reconnaît et se retrouve dans Lessing et dans Burckhardt : dans celui qui soulève la question de l’expression de la passion dans l’art, et dans celui qui crève le mythe d’une Renaissance italienne exclusivement ficinienne, pour en faire l’époque des condottieri sanguinaires et des festivités païennes. Le Laocoon et la Civilisation de la Renaissance sont pour Warburg des lectures de jeunesse, mais un an avant sa mort, il consacre encore un séminaire à l’historien bâlois et projette de placer le futur congrès d’esthétique (annoncé pour 1930 à Hambourg) sous l’égide de l’auteur de la Dramaturgie hambourgeoise, ce qui témoigne de son attachement à sa ville natale. Il laissera ainsi de côté toute approche «parnassienne», idéaliste, de l’art pour au contraire l’associer à la vie, étudier sa place dans la société, souligner sa fonction de document anthropologique, témoin de l’histoire des hommes et de leur culture.
L’oeuvre d’art ne se satisfait pas d’une appréciation fondée sur la perfection visuelle de sa confection. Elle requiert un regard qui outrepasse les seules catégories formelles (chères à Wölfflin par exemple) et traque notamment les détails— lesquels seront toujours, pour Warburg, plus accusateurs qu’infimes. Elle est l’objet d’une contemplation et d’une écoute soucieuses des émotions qu’elle exprime et de celles qu’elle suscite, d’une considération «intéressée», c’est-à-dire réceptive aux énergies qui l’animent, en résonance avec celles du spectateur. La forme pour Warburg n’est pas un idéal immuable, mais l’indice d’une mutation, de cette «énergie migratoire des motifs, du commerce et des échanges artistiques» qu’il évoque dans sa conférence sur Mantegna. Elle est le support d’une expérience, d’un pâtir. Déjà, lorsqu’il revendiquait le caractère spéculatif de la peinture, Delacroix parlait de la relation au spectateur comme d’un échange d’âme à âme, s’opposant ainsi à ceux qui n’admettent la peinture qu’à la condition d’y «voir quelque chose». Toutefois, lorsqu’il défend l’approche intériorisée de l’art, Warburg n’embrasse nullement l’attitude romantique de la sentimentalité exaltée, du coeur à coeur. Certes, il a revendiqué devant Gertrud Bing le caractère autobiographique de son parcours intellectuel, mais pour autant que ce dernier possède une pertinence anthropologique.
pages 290-297
Bilo
En décembre 1905, Aby avait écrit à Lamprecht : «tout à fait entre nous, si je pouvais réaliser mes vœux, nous pourrions commencer par fonder une petite corporation philosophique de science de la nature, qui s’attacherait d’abord à chercher et à observer. Mais il s’agit déjà d’un vaste domaine». Vingt ans après, il est en mesure d’accomplir ce souhait dans sa double dimension architecturale et spirituelle.
L’instrument
Aby rentre à Hambourg au moment où les affaires familiales sont florissantes. La reconnaissance de Max est à son zénith. La banque Warburg est la première banque allemande. Depuis 1923, Stresemann est chancelier, à la tête des sociaux-démocrates dont Max s’est rapproché. En 1925, avec son associé Melchior, Max prend la tête de la délégation allemande pour la négociation des réparations imposées à son pays en tant que fauteur de la guerre de 1914-1918. En raison de la rigidité de l’attitude française —Poincaré et Clémenceau s’en tiennent à la devise «L’Allemagne paiera», tandis que les États-Unis se montrent plus conciliants— il revient de Versailles exténué par quatre mois de discussions dont les conclusions lui semblent inacceptables pour son pays, sans cependant qu’il en envisage le ferment dévastateur. Les dispositions admises sont effectivement très défavorables à l’Allemagne, de sorte que Max est attaqué dans la presse par un publiciste nommé Theodor Fritsch. Ce dernier l’accuse d’avoir favorisé les Juifs, dont il serait «le roi caché», et cela en éduquant chaque année cinq cents Juifs de l’Est, dont il ferait d’abord ses employés avant de les introduire dans la diplomatie où ils serviraient donc des visées antiallemandes. Le procès qu’intente Max contre l’auteur de ces calomnies s’achève fin octobre 1926 : Fritsch écope de quatre mois de prison, sentence suivie d’un appel. En 1927, les débats ne sont pas encore clos. Cela n’altère nullement le patriotisme de Max et Aby, la confiance qu’ils accordent à l’Allemagne et à ses dirigeants. D’autant que, selon le souvenir de Stefan Sweig, entre 1923 et 1929 (année de la crise économique ainsi que de la mort d’Aby), «le monde semblait vouloir se reconstruire. Paris, Vienne, Berlin, New York, les villes des vainqueurs comme des vaincus se faisaient plus belles que jamais, l’avion rendait les communications plus rapides. […] On pouvait se remettre au travail, se recueillir, penser aux choses de l’esprit. On pouvait même de nouveau rêver et espérer une Europe unie. Pendant ces dix années —un instant à l’échelle de l’histoire universelle— il sembla qu’une vie normale allait enfin être accordée à notre génération éprouvée». Les frères Warburg jouent un rôle important dans ce retour à la tranquillité. Max, notamment, en tant qu’instigateur de la création du «Rentenmark», gagé sur l’économie allemande, ce «miracle» grâce auquel «un coup de cloche, un milliard de marks frauduleusement enflés fut échangé contre un seul mark nouveau», la norme étant établie. La signature en 1924 du plan Dawes, soutenu par les Américains (inspirés par Paul et Félix) et les Anglais contre l’intransigeance française, allège le paiement des réparations et permet à l’Allemagne un redressement économique qui la sauve d’une inflation ressentie, davantage encore que la guerre et la défaite, comme humiliante. On en est bien, comme le rapporte Zweig, à une période d’espoir, scandée par ces fameuses conférences suisses, au bord du lac Majeur (à Locarno), lesquelles le 10 décembre 1926 valent à Briand et Stresemann le prix Nobel de la paix. Paradoxalement, ceux qui souffriront le plus financièrement —toutes proportions gardées—, durant cette période, sont les frères américains, dont les dollars perdent au change. Max n’en entraîne pas moins ses puînés dans un grand projet : la construction d’un bâtiment qui, au regard des rayonnages envahissants de la maison d’Aby, méritera véritablement l’appellation de bibliothèque, de bibliothèque Warburg. Max fait valoir à Paul et Félix que si Aby était demeuré à la tête des affaires familiales, ils auraient déjà dû le renflouer par trois fois : il leur suffira de mettre une seule fois la main à la poche pour cette entreprise, coûteuse certes, mais prestigieuse (et qui finalement correspond tout à fait aux mécénats d’envergure dont les deux «Américains» sont coutumiers). Ils se mettent d’accord pour un investissement de 188 000 marks, quitte, en bout de cours, à multiplier ce montant par quatre. Max récupère un ascenseur venu de l’ancien établissement familial. Le jour de l’inauguration, il salue une banque dédiée aux buts non plus terrestres mais cosmiques. C’est à l’intention des donateurs qu’est créé en janvier 1926 le Tagebuch, le journal de la KBW, afin qu’ils en suivent les activités au jour le jour : visites, acquisitions, administration, conférences… Il sert aussi de «forum» aux bibliothécaires qui exposent leurs idées et discutent celles des autres. Quant à Aby, il en fait la confidence en 1925 à Ludwig Binswanger, il se réjouit d’avoir recouvré totalement la direction de la bibliothèque.
Le nouveau bâtiment est édifié, en brique rouge, selon les plans d’un architecte local traditionnel, et sur un terrain dont Aby a fait l’acquisition en mai 1911 et qui jouxte sa maison d’habitation, au 116 de la Heiwigstrasse. Foin de Le Corbusier et de Gropius donc, mais un jeune homme, Gerhardt Langmaack, capable d’admettre que ses projets (plus de dix) soient rejetés l’un après l’autre, critiqués et retouchés, jusqu’au treizième, accepté à l’unanimité le 24 mars 1925. Les travaux sont terminés le 1er mai 1926. Le transfert des collections s’effectue à l’automne de la même année. Rien d’extravagant, donc, ni même d’innovateur dans l’aspect de cette bâtisse de cinq étages, dont les (larges) fenêtres du rez-de-chaussée sont surmontées de l’inscription «Kulturwissenschaftliche Bibliothek Warburg». Il s’agit surtout de sortir livres et rayonnages de ce que Warburg appelle une «roulotte de tziganes»; de plus, comme Warburg s’en ouvre à son vieil ami Jimmy Loeb, cela va faciliter sa vie familiale. Au-dessus de la porte d’entrée se lit l’inscription «Mnémosyne». En frontispice, à la devise engagée de Jaurès, [«Quiconque, quel que soit l’ordre dans lequel il se meut, ignore ou méprise les détails, est un débile ou un idiot; car toute chose présuppose toujours la connaissance des détails; on n’agit pas dans l’abstrait, on ne repose pas sur l’abstrait.»] prisée par Saxl, Warburg a préféré une phrase de Goethe, extraite des Maximes et réflexions : «toute idée nous apparaît d’abord comme un hôte étranger»; comme un écho à cette affirmation de sa conférence de «retour» où il envisage tout savoir comme «le but reçu d’une hypothèse intime [qui] tire son énergie de sources qui outrepassent la personne». Grâce à Saxl et Bing, que Warburg remercie, la bibliothèque est déjà «un organe vivant qui ne se contente pas seulement de parler, mais affine également l’ouïe». La reprenant en main, il peut enfin lui apporter la configuration qu’il souhaite selon une finalité nettement déterminée. Le lieu correspond à l’idée : « le centre est le miroir concave de cette bibliothèque, justement, le problème de l’influence de l’Antiquité sur les époques culturelles successives». La KBW est véritablement un «espace de pensée», un Denkraum.
Les salles et sections sont distribuées autour de la fameuse salle en ellipse, ce cercle «imparfait» qui évoque la présence du démonique dans l’harmonie, l’étrangeté, la fécondité dans l’idée, ainsi que Kepler définit la perfection. Physiquement, l’ellipse oppose deux pôles : elle rejoint deux zones, qui peuvent valoir respectivement pour le temps et l’espace. Elle est la figure de cette polarité diversement déclinée depuis que Warburg a découvert Burckhardt, et constitutive de sa pensée. Á ceci près que cette opposition ne bloque rien, comme Cassirer l’a rappelé à Warburg : «ce dernier m’a fait remarquer qu’en effet, Kepler, dans sa correspondance avec Fabricius, a soutenu vigoureusement la thèse que l’ellipse est en soi et pour soi une idée mathématique dont la perfection n’est pas subordonnée à celle du cercle. Mais avec l’entrée en scène de l’ellipse, il est désormais possible de dévoiler l’infinité de l’univers sur un mode conforme aux lois physiques, on peut monter du «monstre à la sphère». Tout autour de la salle, des panneaux de bois sont prêts à accueillir les «expositions» d’images supports des conférences, que Warburg utilise depuis 1905, et pour lesquelles la KBW utilise son fonds propre, tout en recourant si nécessaire à des emprunts extérieurs. Selon Warburg, le meilleur bibliothécaire est celui qui achète ses livres selon ses idées, son besoin, son projet spéculatif. Le plan de la bibliothèque suivra dont le parcours, «l’ordre mental» d’Aby, soit
1. l’image
2. l’orientation
3. la parole
4. l’action.
La première section rassemble tous les livres sur l’art. La deuxième est consacrée aux textes sur l’astrologie, sur les religions et les sciences naturelles. La troisième concerne la littérature, la poésie et la linguistique. La dernière traite d’histoire, de sociologie et de politique, avec une section spécialisée dans la Première Guerre mondiale. Les périodiques se trouvent dans l’espace mansardé qui surplombe la salle centrale, dévolue à l’étude et à la rencontre; comme dans une synagogue. Parce qu’elle induit un parcours pédestre et intellectuel, la KBW donne aux visiteurs l’impression qu’elle a poussé «de l’intérieur». En raison de l’âme, de l’animation spéculative qui parcourent les lieux et les arrachent quotidiennement à l’immobilité, voire à la poussière des rayonnages ordinaires, il est difficile d’établir un catalogue. Néanmoins, Saxl et la nouvelle venue, Gertrud Bing, parviennent à étiqueter les 43 889 livres selon un système de couleurs dont l’énoncé précise les thématiques retenues :
vert : philosophie
vert clair : religions comparées
marron : histoire de l’art
rouge : histoire
violet : culture orientale
bleu clair : linguistique
bleu foncé : anthropologie
noir : archéologie
jaune : sciences naturelles
orange : périodiques
Il arrive que l’on retrouve plusieurs couleurs sur le même livre : rien de borné, rien de définitif donc dans la «méthode» Warburg, comme cela ressort de ce traitement de l’image en continuité et en profondeur, qui le distingue à tout jamais des «historiens de l’art» de son temps et d’après. Il ne s’agit jamais d’avoir le dernier mot, de proférer un énoncé définitif qui couperait court à l’interrogation et à la recherche. Comme les talmudistes, Warburg est un adepte de «l’entretien infini». Bibliothèque de lecture (et non de prêt), la KBW est une «Problembibliothek» : elle pose des questions et ne prétend pas seulement les résoudre. Ainsi, le choix de l’emplacement obéit toujours au principe du «meilleur voisin» : les livres s’interpellent comme dans une intrigue, celle de l’histoire de la pensée dont le KBW serait le théâtre. Aby l’a écrit à Max dès le mois d’avril 1918 : la bibliothèque «représente une approche méthodologique totalement nouvelle de l’histoire intellectuelle». Le drame consiste avant tout à s’orienter non plus seulement dans la réflexion, comme le souhaitait Kant, mais dans le monde et dans l’existence, comme tentaient d’y parvenir les astrologues et autres lecteurs (et facteurs) des figures célestes. Le jeu associatif continue entre les livres comme il a commencé entre les images dans la simultanéité du panneau d’exposition. La parole intervient en troisième lieu dans le dispositif warburgien. En revanche, l’objet du commentaire, ou de la grammaire, le vocabulaire visuel, ne cesse de s’enrichir. Photothèque et cartothèque sont alimentées par des commandes extérieures, ainsi que par des techniques d’imprimerie et de reproduction propres à l’endroit, ce qui permet la comparaison et la composition des formes. Témoin de la conception particulière de l’image selon Warburg, la place croissante accordée au timbre-poste, qui «confère magiquement des ailes à la parole, la détache du porteur et la transmet à un tiers». En août 1927, Warburg en fait l’objet d’une conférence devant cent soixante personnes, en partenariat avec le musée hambourgeois des Arts et Métiers.
Cela souligne une spécificité de la KBW. Une bibliothèque privée est chose courante en Allemagne, on l’a vu. Ce qui en revanche est insolite, dans la bibliothèque Warburg, et qui tient non point tant aux moyens financiers qu’à la ferveur civique de la famille, c’est son intrication avec les autres instances culturelle de Hambourg, les musées et surtout l’université. Depuis qu’ils ont lancé l’idée de sa création dans la deuxième ville d’Allemagne, ni Aby ni Max n’ont baissé les bras. Ce dernier la défend encore en 1913 devant le sénat de Hambourg, au nom de la «nation allemande», ou soulignant sa double vocation «de possibilité d’orientation universelle», outre son «activité scientifique». Cela ressort de l’œuvre d’un Lessing au XVIIIe siècle, de la mission de Bode pour l’Empire : la «culture», «l’art» remplissent pour une nation la fonction d’identifiant et de vitrine. La partie est gagnée en 1919. En 1921, Aby encore souffrant, est élu professeur honoraire. En toute logique, la KBW abritera le département d’histoire de l’art; Aby aura son mot à dire sur le recrutement des professeurs : son institution exceptionnelle lui permettra d’attirer les meilleurs enseignants allemands, le jeune Erwin Panofsky en histoire de l’art, l’immense Ernst Cassirer pour la philosophie.
Les invitations que Max a lancé à l’intention de ses éminentes relations politiques, jusqu’à l’ancien chancelier devenu ministre des Affaires étrangères, Stresemann, le 20 décembre 1926, contribuent certes à la réputation de la bibliothèque. Mais outre ces visites prestigieuses, outre ses collections inégalées, c’est aussi en raison de son fonctionnement que la KBW devient une sorte de consécration pour les chercheurs de l’époque. Saxl en a eu l’idée. Et bien qu’il veuille désormais faire les choses à sa façon, Warburg souscrit, appuie et développe. La KBW accueille des étudiants en cours de doctorat ou déjà titulaires, Charles de Tolnay, Frédéric Antal, Raymond Klibanski, futurs grands noms de l’histoire de l’art; elle distribue des bourses de recherche. Il en sortira l’école dite de Hambourg, dont les représentants sont Otto Kurtz, Ernst Kris, Edgar Wind. Celui-ci est accompagné de sa femme, Ruth Benedict, élève de Boas. La bibliothèque est aussi un centre de rencontres et de conférences, à commencer par celles du maître des lieux, souvent en introduction de conférenciers invités, quand sa santé, ses cures, ses vacances et ses voyages le permettent. Mais compte tenu de l’énormité de la charge de travail et des compétences requises, et en tant que bibliothécaire et en raison de la diversité des domaines concernés, Warburg a parfois du mal à trouver des collaborateurs. De plus, leurs qualités respectives les placent dans des rapports de rivalité que Warburg tente d’apaiser, en rappelant à tous qu’il ne s’agit pas ici d’accumuler mais de transmettre.
Cela se fait par l’intermédiare des conférences (fort prisées des orateurs) de la KBW, celles du maître des lieux et celles des invités. Compte tenu du mode particulier d’expression de Warburg, lequel commence effectivement par le regard, et pour lequel la parole ne fait que traduire ce que disent les images, quand il a trouvé son scénario visuel, ses «conférences» proprement dites ne seront que des reconstitutions à partir de ces notes manuscrites qu’il oublie rapidement —littéralement—, à ses yeux, les images parlent d’elles-mêmes. Elles viennent de faire l’objet d’un important ouvrage qui met «en regard» les reproductions et le texte : Bilderreihen und Ausstellungen. (Elles sont au nombre de 13, entre 1925 et 1929, jusqu’au dernier projet interrompu par la mort de Warburg. Elles témoignent de sa propension à remâcher les mêmes sujets : l’astrologie, le langage corporel, la survivance de l’Antiquité… Á moins qu’elles de manifestent la nécessité de «cent fois sur le métier remettre son ouvrage», compte tenu de l’immense portée méthodologique de cette réflexion sur l’Antiquité et l’histoire de l’art.) Témoin des activités éditoriales de la KBW, les premières conférences publiques dont depuis le début l’objet de publications en volumes de Vorträge prisés des orateurs qui y trouvent une réception élargie : il y en aura neuf volumes chez Teubner, de 1923 à 1932, édités par le dévoué Fritz Saxl, qui en était également l’instigateur.
Semblable activité d’exposition et d’édition requiert un équipement adapté. La KDW ne manque ni de projecteurs (épiscopes), ni de moyens de reproduction des images et des textes, en toute cohérence avec l’intérêt de Warburg pour les technologies : celles de l’ancien temps qu’il repère dans les tapisseries médiévales en raison de sa curiosité pour les inventions (machine volante, amphibie) valorisées par la Première guerre mondiale, et celle dont un spécialiste de l’image et de ses migrations ne saurait se passer, la photographie. Émile Mâle en fait dès 1894 la condition de l’accès de l’histoire de l’art à la science. Warburg confirme dans le Tagebuch : «sans photographies dans la maison, le déploiement de la nouvelle méthode serait impossible». Sans photographie, il n’y aurait même pas eu au-dessus de la porte de la salle de lecture, la reproduction en grand format d’une fresque représentant un prisonnier se délivrant lui-même de ses liens.
Il s’entoure de collaborateurs capables de traiter les livres, de les classer, de les ranger, de passer les commandes. Étant entendu que c’est lui qui a la décision finale, notamment dans l’opération de «signature» qui assigne à chaque ouvrage sa place à côté des autres. Il lui faut aussi des savants qui comprennent son approche de l’art et des images. C’est le cas en premier lieu de Fritz Sarl, en qui il a tôt identifié son successeur. Puis la rivalité née entre eux de la «violente autorité» de Warburg éloigne le jeune historien, envoyé faire des recherches en Espagne en 1926. Il sera remplacé par la jeune philosophe qu’il a lui-même fait venir à la BW. Ce sont eux qui ont donné ce surnom de «Bilo» à la bibliothèque, signe de leur affection, de leur réserve aussi envers toute monumentalité.
Françoise Héritier. Matière à penser
Matières à penser – Françoise Héritier (1ère diffusion : 13/02/2017) https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/matieres-a-penser-francoise-heritier-1ere-diffusion-13022017
Bergson. La pensée et le mouvant
Rosalind Nashashibi
Conférence aux Beaux Arts de Paris, amphithéâtre du mûrier, mercredi 28 Novembre, 18h, Rosalind Nashashibi proposé par Caro Sposo
«Réunissant son film le plus récent, Vivian’s Garden (2017), l’un des plus beaux moments de la dernière Documenta et un film plus ancien intitulé Carlo’s Vision (2011), ce programme consacré à Rosalind Nashashibi témoigne de sa capacité à saisir ce qui fait l’essence et l’émotion des relations humaines. Dans le premier, nous pénétrons dans l’intimité de l’artiste Vivian Suter et de sa mère Elisabeth Wild, deux émigrées européennes installées au Guatemala : une exploration du matriarcat et du post-colonial par le biais d’un touchant huis-clos familial. Inspiré d’un roman inachevé de Pier Paolo Pasolini, le second film entremêle documentaire et fiction, sites réels et fantasmes pour livrer un portrait subjectif de Rome.
Née en 1973 à Croydon (Grande-Bretagne), Rosalind Nashashibi vit à Londres. Peintre et cinéaste, elle élabore, depuis le milieu des années 1990, une œuvre centrée sur l’observation et la mise en scène des relations humaines et de la vie quotidienne, sources d’affects ambigus. En 2017, elle participe à la Documenta 14 et est nommée au Turner Prize. Elle a représenté l’Écosse à la 52e Biennale de Venise. Elle collabore régulièrement avec l’artiste Lucy Skaer. Séance précédée d’une présentation par le collectif Caro Sposo.»
https://www.documenta14.de/en/artists/13540/rosalind-nashashibi-and-nashashibi-skaer

