REMEMBER NATURE : L’écriture plastique naturelle sur Soba Choko en porcelaine bleu et blanc. Work in progress

 REMEMBER NATURE : L’écriture  plastique naturelle sur Soba Choko, en porcelaine bleu et blanc, work in progress, comme une manière élégante de le faire. Nos deux référents-artistes théoriciens dans cette histoire : GUSTAV METZGER et YE XIN et leurs deux pièces princeps de notre propre recherche : REMEMBER NATURE de METZGER, citée ci-après, et LA CONSCIENCE DE L’ÉCRIRE DANS LE LANGAGE PICTURAL : DE LA TRADITION CHINOISE À L’ESPRIT CONTEMPORAIN OCCIDENTAL, thèse de 3e cycle de YE XIN, développée plus loin dans le cours de notre propre texte.

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Envoi : Gustav Metzger, Remember Nature, 4 novembre 2015, post it, empruntant le titre d’une vidéo où l’on voit l’artiste lancer cet appel que nous reprenons ici pour replacer notre étude de l’écriture plastique naturelle  sur gobelets de porcelaine bleu et blanc, dans cette thématique de la nature à l’heure de l’anthropocène, où des espèces animales et végétales disparaissent sous le coup des activités humaines.
« Bonjour, je suis Gustav Metzger. Je vous demande de participer à cet appel mondial pour une journée d’action pour se souvenir de la nature, le 4 novembre 2015. Nous faisons appel au monde de l’art dans toutes ses disciplines afin de prendre position contre l’effacement continu des espèces. C’est notre chance et notre devoir d’être actif dans ce contrat. Il n’y a pas d’autre choix que de suivre le chemin de l’éthique relié à l’esthétique. Nous vivons dans une société étouffant sous les déchets. Notre tâche est de rappeler aux gens la richesse et la complexité de la nature et de faire tout notre possible pour la protéger, et, ce faisant, d’investir de nouveaux territoires qui sont intrinsèquement créatifs et bénéfiques pour notre monde. Nous vous invitons à répondre de manière créative à cet appel et à encourager les autres à y participer. L’objectif étant de créer un mouvement de masse à travers les arts face à l’extinction. Je vous remercie.»

Paris, rue Boucher, derrière le magasin Uniclo, au voisinage immédiat d’une porte empruntée par les employés du grand magasin Uniqlo, sur la Rue de Rivoli. Objet antithétique de nos sobachoko : Les gobelets en carton colorés, décorés, jetables… paradigme de l’hypertrophie de la culture du consommation à laquelle notre gobelet de porcelaine de terre argileuse de kaolin est confronté…

Valence 2024, sur terre. « A travers la région sinistrée, une cinquantaine de terrains permettent de rassembler les épaves des quelque 120 000 voitures détruites. La boue séchée a recouvert les jardins. Les commerces ont pratiquement tous disparu, seuls subsistent deux bars et un restaurant. «C’est simple, dit Nuria, tous les rez-de-chaussée sont détruits. 460 commerces et 2 100 logements. Réduits en bouillie, engloutis, avec au mieux des pans de murs ou leur squelette de poutres en acier.» Comme son atelier de céramique, en poussière, les quatre fours, soit au moins 50 000 euros envolés. «J’ai vu l’œuvre de ma vie partir dans un torrent de boue.» Terre contre terre…

Paris… Étienne Boissier, Le Parc, acrylique sur toile, 2024, comme un sentiment de la nature collectif, restreint à un état de contemplation simple mais ouvrant le monde des impressions sensibles*, comme cela se pratique dans les espaces policés des parcs des grandes métropoles. Cette peinture y participe, en discrétisant avec bonheur ses éléments, par l’art de la touche du pinceau.

* « Le monde des impressions ou des qualités sensibles, le vaste territoire de la mémoire involontaire ouvert au déchiffrement à la fois universel et individuel. » Deleuze, Proust et les signes

Le sentiment de la nature revisité. Marcantonio Raimondi, Le Jugement de Pâris. Autre attitude inclusive de l’être humain dans la nature. Dans un essai « Le Déjeuner sur l’herbe de Manet, fonction préfiguratrice des divinités élémentaires païennes pour l’évolution du sentiment moderne de la nature » (1929), Aby Warburg repère le modèle émancipateur de cette relation harmonieuse immanente être humain-nature, dans une gravure de la renaissance elle-même, issue d’un modèle grec, de Raimondi « le jugement de Paris » : on voit un groupe de 3 personnages affalés au sol, décontractés, deux semi-dieux-fleuves « qui incarnait dans la mythologie païenne la force naturelle telle qu’elle s’exerce dans les eaux calmes ou courante » et une nymphe. « Les trois divinités naturelles, […] n’ont «rien à se dire». « Elles se dressent d’elles-mêmes, tels des roseaux dans les eaux calmes, et la question de l’origine et de la destination s’est résolue à travers elles dans le processus de figuration. Jetés tous ensemble sur la rive, sans que rien n’indique qu’ils aient été portés l’un vers l’autre, les trois corps prennent place avec désinvolture dans l’espace luxuriant qui s’étend autour d’eux », indifférents indifférente à Jupiter en dieu de l’éclair, trônant au-dessus d’eux.

Manet, Le Déjeuner sur l’herbe, 1862. Les figures comparables à celle de la gravure de Raimondi appartiennent au monde l’art, mais la scène est appropriable par tout un chacun. Le titre de l’œuvre le dit simplement. [On devine un gobelet dans les plis du tissu bleu]… Aby Warburg clôt le texte : « Quoi qu’il en soit, le désir de nature, cet éternel supplément de l’homme pris dans les rets solides de la communauté sociale exige la satisfaction de son droit originel. Manet avait lu son Rousseau. »

Rousseau donc est aussi au plus près du terrain, il l’herborise et quid de cette activité paysagère si ce n’est la confection d’un herbier. À la fin de sa vie, 1778, il en définit la fonction imageante, vitalisante : «Maintenant que je ne peux plus courir ces heureuses contrées je n’ai qu’à ouvrir mon herbier et bientôt il m’y transporte. Les fragments des plantes que j’y ai cueillies suffisent pour me rappeler tout ce magnifique spectacle. Cet herbier est pour moi un journal d’herborisations qui me les fait recommencer avec un nouveau charme et produit l’effet d’un optique qui les peindroit derechef à mes yeux. » Ceci nous ouvre une voie d’accès idéale vers ces sobachoko nombreux dont les motifs bleus dessinés au pinceau, proposent un quasi répertoire de fragments de plante mises à plat sur la surface du tronc de cône et que l’on observe librement, soit en collection alignés sur des étagères ad hoc, soit de manière panoramique en manipulant le gobelet utilisé dans des rituels culinaires quotidiens. Ils produiraient donc cet effet d’optique qui nous peindrait « derechef » des réminiscences de promenades dans la nature, dans des jardins, dans des conditions atmosphériques récurrentes, climatiques (pluie, neige, vent). L’arabesque est le leitmotiv de leurs formes, c’est celui-là même des plantes qui poussent ainsi, tiges, fleurs et feuilles. Leur stylisation peut aller très loin jusqu’à une écriture où les motifs quittent le pictogramme pour devenir des caractères d’une écriture végétale inédite. « le motif est la nature vue dans sa meilleure lumière », disait très justement l’écrivain Yanagi Sôetsu (1889-1961). Rajoutons une ultime référence:  « La conscience de l’écrire dans le langage pictural:  de la tradition chinoise à l’esprit contemporain occidental » concept-clé et titre de la thèse de 3e cycle  de Ye Xin** Une conscience de l’écrire existe dans le langage pictural chinois puisque le peintre trace une image, comme le scribe écrit, d’un seul trait, spontanément, en rythme et en respectant un ensemble de codes définis par la tradition, sorte de grammaire picturale. Ces caractéristiques sont le résultat d’une évolution conjointe de la calligraphie et de la peinture à partir d’un même instrument – le pinceau, d’une même esthétique, et de l’appropriation de ces deux arts par une même élite lettrée. En Occident, un même esprit apparait, dès la fin du XIXe siècle, dans la recherche d’une spontanéité du tracé pictural et d’une beauté du coup de pinceau. Cette tendance se confirme au XXe siècle, avec la recherche de certains peintres comme Matisse – d’une  »écriture plastique ».
Jean-Louis Boissier, Papyrus rudiments, Reconnaissance de signes*2017. Jean-Louis a dévoilé cette approche langagière végétale à la fois intraduisible et parlante dans cette piece. Les papyrus comportent des signes qui relèvent de leurs apparences mais qui renvoient plus fondamentalement à leurs architectures, à leurs croissances, à leurs comportements, à leurs échanges, signes d’articulations relationnelles. L’application #Ubiquité donne à exercer la reconnaissance et la collecte de ce code de façon à révéler les rudiments d’un infra langage graphique. À la lumière de cette révélation, je reviens ici sur la partie «écritures végétales », « arabesques » (Katakusa) et « personnages » de la collection des mille sobachoko.jp. On en vient donc à faire ici un herbier de motifs de plantes sur soba choko, à propos desquelles chacun chacune instaurera son récit personnel d’impressions sensibles, son interprétation cognitive assortie de références littéraires et artistiques. Nous nous contenterons ici de nommer ces plantes et d’en donner une vision botaniste et culturelle. Et de poser la question : De quoi demain sera-t-il fait. D’enfer ou de prés verts?                                                                                                                                     À développer ici : Corpus de sobachoko issu des catégories  écriture végétale arabesque personnage de sobachoko.jp. L’idée est de lâcher les pistes symbolique et religieuse. Retour vers la piste langagière universelle d’orientation dans l’espace, révélée par les choses au sens large dont les plantes. Le dessin du motif tracé au pinceau identifie la plante comme dans un herbier, en l’abstractisant parfois avec la violence des circonstances de la vie de cette plante (traductible en waka en 31 mores, autre forme d’écriture végétale)  comme de l’état d’esprit du dessinateur lui-même, confronté à la nécessité d’un travail répétitif difficile.                 * Ce qui force à penser, c’est le signe. Le signe est l’objet d’une rencontre ; mais c’est précisément la contingence de la rencontre qui garantit la nécessité de ce qu’elle donne à penser. L’acte de penser ne découle pas d’une simple possibilité naturelle. Il est, au contraire, la seule création véritable. La création, c’est la genèse de l’acte de penser dans la pensée elle-même. Or cette genèse implique quelque chose qui fait violence à la pensée, qui l’arrache à sa stupeur naturelle, à ses possibilités seulement abstraites. Penser, c’est toujours interpréter, c’est-à-dire expliquer, développer, traduire un signe. Traduire, déchiffrer, développer sont la forme de la création pure. Il n’y a pas plus de significations explicites que d’idées claires. Il n’y a que des sens impliqués dans des signes ; et si la pensée a le pouvoir d’expliquer le signe, de le développer dans une Idée, c’est parce que l’Idée est déjà là dans le signe, à l’état enveloppé et enroulé, dans l’état obscur de ce qui force à penser. Nous ne cherchons la vérité que dans le temps, contraints et forcés. Le chercheur de vérité, c’est le jaloux qui surprend un signe mensonger sur le visage de l’aimé. C’est l’homme sensible, en tant qu’il rencontre la violence d’une impression. C’est le lecteur, c’est l’auditeur, en tant que l’œuvre d’art émet des signes qui le forcera peut-être à créer, comme l’appel du génie à d’autres génies. Les communications de l’amitié bavarde ne sont rien, face aux interprétations silencieuses d’un amant. La philosophie, avec toute sa méthode et sa bonne volonté, n’est rien face aux pressions secrètes de l’œuvre d’art. Toujours la création, comme la genèse de l’acte de penser, part des signes. L’œuvre d’art naît des signes autant qu’elle les fait naître ; le créateur est comme le jaloux, divin interprète qui surveille les signes auxquels la vérité se trahit. »   Autre rappel  utile à propos des trois mondes de signes définis par Deleuze: «1. le monde de la mondanité (monde de l’expérience corporelle et conversationnelle urbaine), « il n’y a pas de milieu qui émette, concentre autant de signes qui tiennent lieu d’action et de pensée, dans des espaces aussi réduits, à une vitesse aussi grande, et dont l’effet sur nous s’exprime dans une sorte d’exaltation nerveuse », monde nécessaire, le plus formateur pour l’apprentissage des signes.  2. « le cercle de l’amour, lieu télépathique des regards et de gestes intimes échangés, ouvrant sur une pluralité de mondes inconnus concentrés en chaque individu et donc indéfiniment indéchiffrables et donc éminemment attirants, mais dont le narrateur n’en est jamais qu’un objet indéfiniment. » 3. « le monde des impressions ou des qualités sensibles, le vaste territoire de la mémoire involontaire ouvert au déchiffrement à la fois universel et individuel cité plus haut. »                                                           

post scriptum

L’architecture japonaise n’est pas en reste pour nous faire découvrir des motifs végétaux, comme les entrelacs de tiges de bambou et de lianes (le végétal) des fenêtres des murs en pisé (la terre) des pavillons de la villa Katsura retrouvés tracés au pinceau sur les surfaces en porcelaine du sobachoko. Du végétal au géométrique.