Hu Fang. Wittgenstein House

Récit étrange par Hu Fan, curator, galeriste pékinois, écrivain et critique d’art, d’un vernissage d’exposition réel ou imaginé, dans la Maison Wittgenstein à Vienne, devenu Institut culturel de la Bulgarie :

«After being in Vienna for over two months, I paid a visit to the Wittgenstein House.

At the side of the street, I saw the familiar shape of the building I had seen numerous times in photographs. Its narrow windows were particularly eye-catching, and its outlines seemed alarmingly clean as it stood in the twilight.

I approached the building and noticed a huge and noisy crowd already at the entrance. They were huddled around the front lobby, their hands clutching champagne glasses as they greeted and chattered incessantly with one another. Against the vertical iron grills of the door and windows, the whole scene looked a little like it was set in the common area of a prison. I opened the door and my ears were assaulted by the buzzing conversations; I deliberately let my touch linger on the legendary solid and unyielding stainless steel doorknobs, and felt its cold calmness.

Suite > http://e-flux.com/journal/view/216

Pendant ce temps, Ai Weiwei > http://jlggb.net/blog2/?p=4770

Une puissance psychotrope de l’art

«Du côté de Sarkis, fraternellement, vous pouvez situer Parmiggiani et on dirait que c’est l’aile de ceux qui croient explicitement, —pour reprendre l’opposition d’Aragon—, «ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas». Je ne parle pas de croyance au ciel en l’occurrence, encore que le ciel n’engage pas trop. Mais en tout cas ceux qui sont du côté d’une certaine croyance en une transcendance de l’activité artistique ou une puissance, allez disons, psychotrope de l’art.» Christian Bernard. 2011, à propos de la rétrospective Sarkis au Mamco, à Genève.

Hôtel Sarkis, Cycle L’éternel détour, séquence printemps 2011, du 16 février 2011 au 8 mai 2011. http://www.mamco.ch/expositions.html


Sarkis, L’Atelier depuis 19380, Mamco, Genève. http://www.mamco.ch/collections/sarkis.html

La démocratie

Lu dans le Monde des livres, du vendredi 11 mars 2011, l’article de Jean-Louis Jeannelle, à propos du livre de Stanley Cavell, Philosophie des salles obscures, Flammarion. Citation:
«Quel intérêt y aurait-il à philosopher si l’exercice de la pensée n’était le «compagnon invisible des vies ordinaires»? Et ces vies ordinaires, nul art n’en offre de meilleur témoignage que le cinéma. Qu’on en juge d’après Madame porte la culotte (1949), de George Cukor: une femme tire sur son mari qui la trompait; Amanda, brillante avocate, décide de prendre sa défense afin de démontrer à son procureur de mari, chargé de l’affaire, que le droit des femmes prime sur l’application stricte de la loi. Voici le couple idéal des Bronner au bord du divorce, à la «une» des journaux.

«Dans une démocratie, le bonheur est une émotion politique, tout comme la dépression»,

note Stanley Cavell. Il suffit qu’un fais divers s’immisce dans un bonheur conjugal et le dialogue des genres sexués connaît brusquement quelques couacs. A la faveur de cette dispute étalée au grand jour, le point de contact entre privé et public est mis à nu: il tient à la notion de consentement, dont dépend la légitimité d’un couple comme celle de la démocratie, engagés l’un comme l’autre dans un perpétuel processus de réforme.

Hövding airbag helmet for bicyclists

‘hövding’, produced by swedish design company hövding sverige ab, is an airbag system for bicyclists, designed as a fashionable but practical alternative to helmets. a hood-shaped, nylon airbag is encased within a neck collar and is automatically inflated in the event of a crash by a sensor system. washable fabric shells that fit over the collar create a range of looks for the device, designed to seamlessly incorporate into one’s daily outfits

Compiled footage of ‘hövding’ test runs.

Colors (1) that fly

«Nous affirmerons maintenant, bien que la chose puisse paraître quelque peu étrange, que l’œil ne voit aucune forme, le clair, l’obscur et la couleur constituant ensemble ce qui pour l’organe distingue un objet de l’autre, et les parties de l’objet entre elles. Ainsi édifions-nous avec ces trois éléments le monde visible et rendons du même coup la peinture possible, laquelle est capable de produire sur la toile un monde visible beaucoup plus parfait que le monde réel.
L’œil doit son existence à la lumière. A partir d’organes animaux secondaires et indifférents, la lumière produit pour elle un organe qui lui soit semblable, et ainsi l’œil se forme par la lumière et pour la lumière, afin que la lumière intérieure vienne répondre à la lumière intérieure.
[…] la couleur serait un phénomène élémentaire naturel pour le sens visuel, se manifestant comme tous les autres par séparation et contraste, par mélange et réunion, par intensification et neutralisation, par communication et répartition et ainsi de suite, et qui peut être envisagé et compris de la meilleure façon à l’aide de ces formules naturelles et générales.»
J.W. Gœthe, Traité des couleurs, Triades, pp. 80 et 81.

«A prime cultural use of colors is in flags, and here, as in the stongest signals in nature, hues almost always vibrant and bold. The flag of Islam —green plus red, white and black— assertively combines associations of courage and blood (red), tolerance (white) and victory (for Islamics, black). The use of green with black signifies pan-Arabism, and all the flags of the Arab nations employ this four-color scheme. In Africa, the color schemes chosen by nations that achieved independence in the 1950s and 1960s are predominently green, red and yellow: green for fertile lands, red for blood lost in revolution and yellow for the sun and natural ressources.»
Designer’s Guide to Color
, Chronicle Books, p. 124


La polychromie isaline + réf. noble: peinture murale fin du Ier siècle av. J.-C.


BOB MARLEY & THE WAILERS, Survival (Original 1979 UK Island label 10-track vinyl LP, including Ambush In The Night and Wake Up And Live.

Avoir le ramoneur dans le soleil


Pauvre jeune ramoneur et sa marmotte souriante dans le soleil de janvier, rue Isaline, photo prise à  J.-L. B ©


Marcel Duchamp, Avoir l’apprenti dans le soleil, 1912* & carte postale.

*89
Avoir l’apprenti dans le soleil
janvier 1912 (Rouen)
Encre de Chine et crayon sur papier à musique 27,3 x 17,2
Signé en bas à gauche au crayon: Marcel Duchamp, 1914.
Légendé en bas au milieu à l’encre : —avoir l’apprenti dans le soleil
cat.: L, 109, S 207, Ph. 96.
Hist.: Coll. Louise et Walter Arensberg. New York (probablement acquis vers 1921).
Coll. Louise et Walter Arensberg, Philadelphia Museum of Art.

«Légende d’un dessin représentant un cycliste étique montant une côte réduite à une ligne», peut-être la plus enigmatique des 16 notes contenues dans la Boîte de 1914. «C’était l’époque où j’espérais atteindre une dissociation complète entre l’écrit et le dessiné pour amplifier la portée des deux (aussi loin que possible du titre descriptif, en fait suppression du concept « titre »).» (Lettre inédite à S. Stauffer, 19 août 1959).
Peut-être aussi un souvenir lointain des Spéculations d’Alfred Jarry: «De la passion considérée comme une course de côte.»

Marc-Alain Ouaknin. La phénoménologie du livre…


même si Dieu  n’existe pas, dit-il…

en résonance

William Henry Fox Talbot, Scène dans une bibliothèque (Planche VIII de l’ouvrage The Pencil of Nature, 1844).

William Henry Fox Talbot, The Pencil of Nature, 1844 :
«Dans ce petit ouvrage présenté aujourd’hui au public, j’ai entrepris de publier pour la première fois une série de planches -ou d’images- qui relèvent entièrement de ce nouvel art qu’est le dessin photogénique, c’est-à-dire des images où le crayon de l’artiste n’est intervenu en aucune façon.» in «Remarques d’introduction à l’ouvrage».
Chaque planche fait l’objet d’un cartel argumenté de l’auteur. Les 24 planches constituent un catalogue raisonné d’un œuvre photographique — la quintessence triviale même du médium transapparent à celle, triviale mais hiéroglyphiques des choses, nature, gravure, architecture….
Liste des 24 planches:
Pl.1. Vue d’une partie du Queen’s College, Oxford
Pl.2. Paris, vue sur les boulevards
Pl.3. Porcelaines de Chine
Pl.4. Objets en verre
Pl.5. Buste de Patrocle
Pl.6. La Porte ouverte
Pl.7. Feuillage
Pl.8. Scène dans une bibliothèque>
Pl.9. Fac-similé d’un ancien document imprimé
Pl.10. La Meule de foin
Pl.11. Copie d’une lithographie
Pl.12. Le Pont d’Orléans
Pl.13. Le Portail d’entrée de Queen’s College, Oxford
Pl.14. L’échelle
Pl.15. L’Abbaye de lacock à Wiltshire
Pl.16. La Chaire de l’abbaye de Lacock
Pl.17. Buste de Patocle
Pl.18. Portail de Christchurch
Pl.19. La Tour de l’abbaye de Lacock
Pl.20. Dentelle (en tel)
Pl.21. Monument aux martyrs
Pl.22. L’Abbaye de Westminster
Pl.23. Hagar dans le désert (fac-similé en tel d’une gravure)
Pl.24. Corbeille de fruits

Scène dans une bibliothèque [Texte de Fox Talbot]
«Parmi toutes des idées nouvelles que la découverte de la photographie a suggérées, il y a cette curieuse expérience ou hypothèse dont je vais parler. En réalité je ne l’ai jamais moi-même mise en pratique, et, à ma connaissance, personne d’autre ne l’a jamais ni tentée ni même proposée. Pourtant, je pense que c’est là une expérience qui, si elle est correctement conduite, ne peut manquer de réussir. Lorsqu’un rayon de lumière solaire est réfracté par un prisme et projeté sur un écran, il forme sur celui-ci cette merveilleuse bande colorée connue sous le nom de spectre solaire. Les expérimentateurs ont découvert que si l’on projette ce spectre sur une feuille de papier sensibilisé, c’est son extrémité violette qui produit l’effet le plus important; il est alors tout à fait remarquable de constater un effet similaire produit par certains rayons invisibles qui se trouvent au-delà du violet, c’est-à-dire au-delà des limites du spectre et dont l’existence nous est seulement révélée par l’action qu’ils exercent.
Je proposerais donc de séparer ces rayons invisibles des autres en les faisant passer dans une pièce attenant par une ouverture pratiquée dans le mur ou un écran de partition. Cette pièce se remplirait donc de rayons invisibles (nous ne pouvons pas dire qu’elle s’éclairerait) qui seraient diffusés dans toutes les directions par une lentille convexe placée derrière l’ouverture. Si des gens se trouvaient dans cette pièce, ils ne se verraient pas, et pourtant, si l’on pointait un appareil photographique dans la direction de n’importe laquelle de ces personnes, il prendrait son portrait et révélerait ce qu’elle est en train de faire. En effet, pour reprendre une métaphore que nous avons déjà utilisée, l’œil de l’appareil photographique verrait clairement là où l’œil humain ne verrait que ténèbres.
Mais hélas, cette spéculation est sans doute trop sophistiquée pour être employée avec profit dans la construction d’une intrigue ou d’un roman moderne. mais supposez que les secrets de la chambre obscure puissent être révélés par ce curieux témoignage!
La photographie démontrait que la lumière pouvait exercer une action […] suffisante pour produire des changements dans les corps matériels». cité par Rosalind Krauss, Le photographique, Pour une théorie des écarts, Macula, 1990, pp.27>30
Cet constat du caractère «spirite» du médium photo, la photographie Scène dans une bibliothèque le montre. Rosalind Krauss (p.29) pointe que la photographie représenterait les romans à venir, non encore écrits. On se trouve devant l’image comme devant le Card File de Robert Morris, on ne soulèvera pas les fiches de cette sculpture, comme on n’ouvrira pas les romans de la photo de l’étagère à livres. Ici les entrées sont des titres illisibles.
«La photographie des livres [dit R.K.] étant l’incarnation d’une projection spéculative, son rôle est, à un certain niveau, conceptuel. Mais ce rôle est totalement intégré au sujet de l’image en question. En tant que contenant du langage écrit, le livre est le lieu où résident des signes totalement culturels. Opérer avec le langage, c’est avoir la faculté de conceptualiser….»