Goethe. Vérité et poésie

«Tout l’agrément de la vie est fondé sur le retour régulier des objets extérieurs. L’alternance du jour et de la nuit, des saisons, des fleurs et des fruits, et de tout ce qui vient à nous, par périodes fixes, dont nous pouvons et devons jouir, voilà les vrais ressorts de la vie terrestre. Plus nous sommes ouverts à ces plaisirs, et plus nous nous sentons heureux; mais si la diversité de ces phénomènes s’agite sous nos yeux sans que nous y participions, si nous ne sommes pas réceptifs à ces douces tentations, alors survient le plus grand mal, la plus grave maladie: l’on considère la vie comme un poids nauséeux.»

Dave Gahan, G comme Golf

Dans ce clip, on aperçoit Dave Gahan, presque subliminalement, au volant de la Golf 7, sur fond sonore de SA chanson People are people, après cinq plans de conductrices différentes en intro repoussoir, dans ou près de mêmes Golf et qui écoutent et chantonnent LA même sublime  chanson. Dans l’article de Renaud Roubaudi,  Next de Libé 9822, on lit à ce propos, page 121: «Pour l’arrivée de la Golf 7, une campagne internationale relayée par les réseaux sociaux, pose la question à tous: s’il ne devait rester qu’un seul souvenir, un seul film, une seule musique, un seul amour, une seule voiture, ce serait la Golf qui pèse près d’une vente sur quatre au sein de la marque.»

Retrouvé!

Ce site très magnifique, http://www.greatdixter.co.uk., retrouvé à partir du post de Jean-Louis à propos des clématites blanches, Duchess of Edimburgh (George Jackman, England, 1874), 2012, http://jlggb.net/blog3/?p=3849 vers le post à propos des mêmes clématites, 2010, http://jlggb.net/blog2/?p=3020
Y aller pour la Great Dixter Plant Fair, Saturday 6th & Sunday 7th October 2012, 11am-4pm http://www.greatdixter.co.uk/events/great-dixter-plant-fair/


La greatbarn

Cultiver des légumes dans les bidonvilles pour nourrir l’Afrique

in Le Monde du 4 septembre 2012, par Sophie Landrin

Aux portes de Nairobi, à Kibera, l’un des plus grands bidonvilles d’Afrique avec plus d’un million d’habitants, de petits jardins potagers ont poussé hors sol, abrités dans des sacs résistants. Les familles les plus pauvres y cultivent des choux ou des épinards, légumes à très forte capacité nutritive, notamment pour leur apport en fer.

Ces jardinières en sac, imaginées par l’association caritative Solidarités International, sont économes en eau grâce à un mélange de pierre et de terre. Elles ont nourri, depuis 2007, 225 000 personnes dans quatre bidonvilles de la capitale kényane.

« La densité urbaine est tellement forte avec la multiplication des petites masures de 9 m2, qu’il ne reste à Kibera pas le moindre lopin de terre. Pour se nourrir, les habitants étaient obligés d’acheter leur nourriture au marché et subissaient de plein fouet la flambée des prix alimentaires. Beaucoup étaient sous-nourris », explique Peggy Pascal, responsable de ce programme.

L’ingénieure agronome s’est inspirée d’expériences menées en Afghanistan et au Soudan. Des pépinières ont été installées dans le bidonville, gérées par les habitants pour produire des plants et alimenter les sacs. Les maraîchers informels se procurent en revanche eux-mêmes la terre et les pierres. 80 % de la production sert à nourrir la famille, le reste est vendu et permet de se procurer d’autres produits. « Les gens se sont très vite appropriés cette technique. Beaucoup sont d’anciens ruraux. Quand ils n’ont pas de sac, ils cultivent dans des pots, des pneus », poursuit Peggy Pascal.

PLUS DE 50% DES CITADINS AFRICAINS  VIVENT DANS UN BIDONVILLE

Agriculture et urbanisation ne sont pas antinomiques. Dans un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), intitulé Des villes plus vertes, publié à l’occasion du Forum mondial urbain organisé par les Nations unis à Naples jusqu’au 7 septembre, les experts en font la clef de voûte du développement des villes, surtout en Afrique où l’urbanisation est la plus rapide du monde.

D’ici à 2030, la population urbaine en Afrique subsaharienne aura doublé pour atteindre 600 millions d’habitants. Déjà plus de la moitié des citadins africains vivent dans un bidonville. Leur nombre a doublé entre 1990 et 2010. 43 % des citadins du continent subsistent avec moins d’un dollar par jour.

La FAO a étudié trente et un pays africains où des expériences d’agriculture urbaine ont été recensées. L’enjeu est simple : assurer la sécurité alimentaire des plus pauvres. Car l’urbanisation rapide va de pair avec la pauvreté et le chômage, et la malnutrition est plus élevée dans les villes qu’en zone rurale. Les citadins pauvres doivent tout acheter, légumes, fruits, pain, viandes, et sont vulnérables à la hausse des prix. 80 % de leurs revenus sont consacrés à leur subsistance.

Résultat, leur régime est carencé en vitamines et minéraux essentiels, ils se privent de fruits et de légumes, évitent les aliments les plus chers au profit d’aliments industriels bon marché riches en graisse, en sucre, en sel. Ainsi la pauvreté en ville rime avec obésité, diabète, cancer. Chez l’enfant, la carence en vitamines peut entraîner la cécité.

L’HORTICULTURE A DES BIENFAITS ENVIRONNEMENTAUX

Selon la FAO, dans les pays en développement, la consommation quotidienne de fruits et légumes est inférieure de moitié aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. Les femmes pauvres sont les plus vulnérables : elles allaitent deux à trois mois de moins que les femmes rurales.

Lundi 3 septembre, les Nations unies ont appelé à intégrer l’horticulture dans la planification urbaine, à prendre en charge la question de l’eau et à former les maraîchers informels pour limiter l’usage des pesticides, abondamment utilisés pour doper les rendements.

L’agriculture et l’horticulture urbaines et périurbaines, c’est-à-dire à moins de trente kilomètres des centres-ville, sont aussi un facteur de création d’emplois. Dans le bidonville de Kibera, à Nairobi, les jardinières en sac ont généré le métier de vendeur de terre. Elles favorisent le lien social. « Des anciens gangs se sont reconvertis dans la fabrication de sacs, raconte Peggy Pascal. Des mères de famille ont réussi à cultiver jusqu’à cinquante jardinières, se créant une vraie source de revenus. »

CONSTITUTION DE « DÉSERTS ALIMENTAIRES » DANS LES PAYS RICHES

Enfin, l’horticulture a des bienfaits environnementaux. Au Caire, par exemple, les potagers et jardins sur les toits présentent une température inférieure de 7 ºC aux toits non végétalisés. Ailleurs, les cultures ont empêché l’érosion des sols et les coulées de boue.

Vitale pour les pays en voie de développement, l’agriculture urbaine est aussi préconisée dans les villes du Nord, notamment sur le plan de la santé et de la lutte contre l’obésité. « Sur le fond, le problème est le même : accéder à une bonne alimentation, variée, riche en fruits et légumes, privilégier les circuits courts, réduire les transports et l’impact carbone », explique Julien Custot, responsable du programme « Des aliments pour les villes » à la FAO.

L’urbanisation des pays riches s’est traduite par la constitution de « déserts alimentaires », qui voit des quartiers entiers privés de produits frais abordables. En Ile-de-France, selon une étude du conseil économique, social et environnemental régional, 1 600 hectares de terres agricoles disparaissent en moyenne chaque année depuis trente ans, en raison de l’étalement urbain. En dix ans, près d’une ferme sur cinq a fermé.


La prairie très verte, terrasse du café de la Halle de la Villette. La possibilité de culture urbaine du pommier, du haricot…

De la traçabilité des roses

Equateur : les roses du mal.
Dans des serres, près de Quito, des femmes exposées aux pesticides travaillent sans aucune protection. Les médecins dénoncent la multiplication de maladies chroniques. Dans l’indifférence générale. Par SOPHIE TARDY-JOUBERT

Elles se faufilent dans les serres, au milieu de rangées de roses plus grandes qu’elles, taillent, enlèvent les feuilles malades. D’autres, en réserve, retaillent, mesurent, étiquettent, classent. Ici, en Equateur, au beau milieu de la cordillère des Andes, les ouvrières de la rose travaillent à la chaîne. Une organisation rodée, visant un seul et même but : satisfaire les demandes en fleurs de tous les pays. Des espèces de deux mètres de haut pour la Russie, des boutons plus fermés pour les Européens, des couleurs acidulées pour les Etats-Unis : à chaque destination ses caprices. L’Equateur est le premier exportateur mondial de roses. L’année dernière, il en a vendu 118 millions de kilos à l’étranger. Et 20 % de cette production part chaque jour par avion vers l’Union européenne.

A deux heures de route au nord de Quito, à 2 700 mètres d’altitude, 85% de la population travaille dans les plantations. Autour de la ville de Cayambe, dans la province de Pinchincha, des vallées verdoyantes, autrefois consacrées à l’élevage et à la culture de produits alimentaires, se couvrent peu à peu de plastiques blancs. Représentant près de 10% des exportations non pétrolières du pays, la floriculture est l’une des principales activités économiques de l’Equateur, après le commerce de la banane et celui des crevettes. Et, dans la sierra, les roseraies sont de loin les premiers pourvoyeurs d’emplois.

Comme la plupart des femmes de la région, Isabel y est entrée à peine sortie de l’adolescence. A 40 ans, cette mère de famille est fatiguée. Elle tousse, est souvent malade, montre ses mains abîmées par les épines de roses. «La vieillesse commence à me prendre», s’inquiète-t-elle après une journée de travail, avachie dans un fauteuil défoncé. «Ces dernières années, le salaire moyen a un peu augmenté pour atteindre 295 dollars mensuels [240 euros, ndlr], mais la charge de travail aussi. On doit assurer un rendement minimum : tailler 300 tiges par heure lorsque l’on travaille dans les serres, ou préparer 30 paquets prêts à l’export si l’on travaille dans l’après-récolte. On n’a pas une minute pour souffler. Je me demande comment je vais faire pour atteindre l’âge de la retraite, qui est désormais de 65 ans !»

«Je dois aller chez le médecin tous les mois»

Quelques maisons plus loin, Gladys s’inquiète elle aussi. Agée de 39 ans, cette mère célibataire menue au look adolescent dit avoir de plus en plus de problèmes de santé. «Depuis trois ans, je me sens mal, j’ai de l’arthrite et ma gorge me brûle. Je dois aller chez le médecin tous les mois. Je ne peux pratiquement plus travailler, mais il faut bien continuer. J’ai trois enfants à charge, dont deux qui font des études.» «Un jour, assure-t-elle, j’essaierai de quitter la plantation pour trouver un autre travail.»

Isabel et Gladys sont loin d’être des cas isolés. Dans la sierra, tous les travailleurs des roses se plaignent. Maux de tête, de gorge, douleurs musculaires, problèmes rénaux : les pathologies qu’ils évoquent sont multiples. Jaime Breilh, médecin et recteur de l’université de Quito, a été l’un des premiers à mener une étude sur la floriculture équatorienne. Ses conclusions sont alarmantes. «Six travailleurs sur dix ont des problèmes de santé. Le pire est que certains n’en sont même pas conscients», assure ce quinquagénaire.

Soucieux de ne pas nuire à l’image de son pays, ce dernier souligne toutefois que les travailleurs des roses sont plutôt mieux traités en Equateur qu’ailleurs. Le pays, dirigé par Rafael Correa, président socialiste proche du Vénézuélien Hugo Chávez, leur garantit en effet un certain nombre de droits sociaux. «Ici au moins, ils sont affiliés à la Sécurité sociale et, hors période de Saint-Valentin ou de fête des Mères, ils ne travaillent pas plus de quarante heures par semaine», explique Jaime Breilh. L’usage des pesticides, en revanche, l’inquiète beaucoup. Les roseraies utiliseraient une trentaine de produits chimiques différents, chacun ayant ses effets propres. «C’est une toxicité chronique mais dissimulée. A long terme, l’exposition a, selon les produits, des effets sur les poumons, la moelle osseuse, le foie, les reins. Cela peut aussi provoquer des cancers et des maladies congénitales, comme la trisomie», explique-t-il. Médecin également, Raúl Harari a mené sa propre enquête en examinant les travailleurs. Et n’hésite plus à parler de «pandémie silencieuse». «Le problème, c’est que ce n’est pas un accident du travail visible. Les effets sont pernicieux et se développent sur le long terme», dit-il.

«Jusqu’à ses 3 ans, elle ne marchait pas»

Susanna habite avec ses six enfants dans une maison au sol de terre battue, en haut d’une vallée. Pendant qu’elle travaille dans la plantation, la grand-mère, une indigène vêtue d’un chemisier brodé et d’une jupe plissée, garde les enfants. Emily, la dernière de la fratrie, ne la quitte pas une seconde. «Jusqu’à ses 3 ans, elle ne marchait pas, elle ne pleurait pas. On voyait bien que quelque chose n’allait pas. On a fini par comprendre qu’elle avait une maladie, qu’elle ne se développerait pas comme les autres. Elle reste avec moi toute la journée et m’accompagne pour donner à manger aux animaux», explique la vieille dame avec tendresse.

De retour de la plantation, la maman, une jeune femme timide, poursuit dans un murmure : «Emily est née avec un problème au cerveau et un problème de cœur. On ne sait pas très bien pourquoi. Un médecin m’a dit que c’est parce que je me faisais trop de soucis lorsque j’étais enceinte, un autre affirme que c’est lié à mon travail dans la serre. Je ne sais pas quoi penser, mais c’est possible, vu tout ce qu’ils utilisent comme insecticides là-bas.»

Deshistoires comme celle d’Emily, la sierra en charrie bien d’autres. Tout le monde ici a entendu parler d’une amie, d’une sœur, d’une voisine dont un enfant serait né avec des malformations. Dans les plantations, les mères ont peur. «Cela fait douze ans que j’y travaille, et j’ai continué pendant mes trois grossesses», explique une femme d’une trentaine d’années vêtue de manière traditionnelle – chemisier brodé, chapeau à bords étroits et colliers d’or en rangs serrés. «J’ai tout fait pour me protéger : je changeais souvent de vêtements, je me lavais le corps en rentrant à la maison, je laissais couler un peu de lait avant de donner le sein à mes bébés, raconte-t-elle. Jusqu’à présent, nous nous portons tous bien, mais pour combien de temps ? J’ai peur de finir par tomber malade comme mes camarades.»

«L’urgence ? Défendre la présence des syndicats»

Autour des plantations, l’herbe est surplombée par le glacier du volcan Cayambe, 5 800 mètres d’altitude. De ce paysage digne d’une publicité Milka se dégage par endroits une forte odeur de pesticides. Parmi les employés des roseraies, les femmes – jugées plus dévouées et minutieuses – sont majoritaires. Mais, depuis peu, les hommes intègrent eux aussi les plantations. Vêtus d’une combinaison et d’un masque sur le visage, ils sont, entre autres, chargés de répandre les herbicides. «Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas forcément eux les plus touchés, car ils sont globalement mieux protégés que les autres travailleurs», explique Jaime Breilh. Du personnel administratif aux petites mains qui mettent les fleurs en bouquets, tout le monde est exposé aux pesticides dans les entreprises floricoles. Pour de nombreux employés, l’équipement n’est pas adéquat. «L’entreprise pour laquelle je travaille ne me donne même pas de gants, je dois les acheter moi-même ! Or, il nous en faudrait au moins une paire par jour parce qu’ils se déchirent avec les épines des roses», fulmine Maria, une travailleuse venue de Colombie.

Après la vaporisation des pesticides, la loi impose théoriquement aux floriculteurs de laisser le produit sécher pendant six heures avant que les employés ne regagnent la serre. Une disposition peu respectée. «Dans mon entreprise, ils les répandent alors que nous sommes toujours dans la serre», témoigne Isabel. A l’hôpital de Cayambe, les médecins observent de près les dégâts occasionnés par ces pratiques. «Nous avons à peu près trois cas d’intoxication aux pesticides par semaine, et plus encore pendant les périodes de rush comme la Saint-Valentin. Plus qu’ailleurs, nous recensons des enfants avec des malformations et des retards mentaux», témoignage Carlos Benavidas, médecin urgentiste. Pour Jaime Breilh, il n’y a pas de fatalité. «Certaines entreprises font des efforts, souligne-t-il. Un quart des plantations bénéficient d’ailleurs du label Flower Label Program destiné à valoriser les sociétés qui respectent des critères sociaux et environnementaux. Cela ne veut pas dire qu’elles sont irréprochables, mais elles sont sur la bonne voie. Si, à l’étranger, nos clients sont vigilants et valorisent ce label, cela nous aidera à faire respecter ces standards.»

Ces labels sont pourtant controversés. «Ce n’est qu’une supercherie, du pur marketing ! estime le médecin Raúl Harari. Sur les 400 entreprises floricoles équatoriennes, une seule dispose d’un syndicat. L’urgence, si l’on veut donner des droits aux travailleurs, est de défendre la présence des syndicats, pas celle des labels.» De mère en fille, les femmes de la cordillère des Andes continuent à travailler dans les roseraies. A 50 ans, Esperanza, épuisée par la plantation, marche avec une canne. Ses deux filles de 21 et 26 ans suivent la même voie. «Cela m’attriste de les voir à leur tour donner leur jeunesse aux roses, confie leur mère. Mais que peuvent-elles faire ? Il n’y a pas d’autres emplois ici et nous devons rembourser l’emprunt de notre maison.»

Certains finissent néanmoins par trouver un moyen de sortir des plantations pour travailler dans les commerces en ville ou dans l’agriculture potagère. Et sont progressivement remplacés par des travailleurs venus de la côte pacifique, ou d’autres pays, comme la Colombie. «Il y a du turnover car le travail est dur. Mais nous offrons de meilleures garanties que la plupart des pays producteurs de roses, assure fièrement Ignacio Perez Arteta, président d’Expoflores, le plus grand syndicat de producteurs de roses d’Equateur. Nos fleurs sont les plus belles et les plus grandes du monde !» Et de rappeler que ces roses sont les favorites de Michelle Obama. Celles aussi que le prince Albert de Monaco a choisies pour son mariage.