Jean Rouch. Anthropologue visuel


Jean Rouch rédigeant sa thèse.

« Faire des films, pour Rouch, c’était, comme le jeu, une forme fondamentale de la vie. En farouche partisan de l’œuvre humaine sur le mode du « comme si », il aurait pu faire siennes quelques réflexions de Paul Ricœur (1983 : 93) » : « Si nous continuons de traduire mimesis par imitation, il faut entendre tout le contraire du décalque d’un réel préexistant et parler d’imitation créatrice. Et si nous traduisons mimesis par représentation, il ne faut pas entendre par ce mot quelque redoublement de présence, comme on pourrait encore l’attendre de la mimesis platonicienne, mais la coupure qui ouvre l’espace de la fiction. L’artisan de mots ne produit pas des choses, mais seulement des quasi-choses, il invente du comme-si*. » in Jean-Paul Colleyn, « Jean Rouch à portée des yeux », http://etudesafricaines.revues.org/12552?lang=en


Article sur le Niger, dans le Libé du jour

Liens > Biobibliographie de Jean Rouch; Carmen Diop,  Jean Rouch, l’anthropologie autrement
* quid du comme de Michel Deguy ?

Olivier

Titulaire face à Crystal Palace, Olivier Giroud a ouvert le score d’un geste splendide. S’il voulait convaincre Arsène Wenger qu’il avait fait le bon choix en le titularisant face à Crystal Palace, Olivier Giroud ne s’y serait pas pris autrement. Le Français d’Arsenal a en effet ouvert le score à la 17e minute de façon spectaculaire. Ce but sera sans aucun doute l’un des buts de la saison en Premier League et même en Europe. A l’image d’Henrikh Mkhitaryan quelques jours plus tôt avec Manchester United, l’attaquant français a inscrit une volée en aile de pigeon sur un centre d’Alexis Sanchez. Mais au-delà du geste technique exceptionnel, ce qui rend le but encore plus spécial est la magnifique contre-attaque qui l’a précédé. Arsenal est passé de sa propre surface de réparation au but adverse en 14 secondes avec six joueurs différents impliqués, souvent en une touche de balle, dont Giroud lui-même, auteur d’une déviation en talonnade dans son camp avant de se lancer dans un appel de balle de 60 mètres.

Pascale Marthine Tayou. Flâneurs de Montreuil, 2010

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Pascale Marthine Tayou. Flâneurs de Montreuil, 2010. Résine peinte. Découverts ce jour dans l’atrium Paul Rivet du Musée de l’homme, Paris. Le cartel dit : « Ces statues en résine peinte ont été conçues à l’origine pour un projet d’art urbain, dans le cadre de la construction de la ligne de tramway passant à Montreuil*. Sept d’entre elles ont été placées dans le parcours permanent du musée. Elles font écho aux statues dites « colons » dont la production en Afrique couvre toute la période coloniale et post-coloniale. L’un de leurs attraits est d’offrir une image, à mi-chemin de l’humour et du stéréotype, de l’Africain habillé à l’occidentale. Pourtant ces images n’ont rien d’extraordinaire en soi. Les Flâneurs de Montreuil, dont la taille est plus grande que nature, représentent un peu Monsieur Tout-le-Monde, si ce n’est l’élégance ostentatoire des couleurs vives des vêtements. La variété des vêtements va de pair avec la diversité des visages, reconnaissables chacun à des traits et à des détails particuliers. Les Flâneurs de Montreuil possèdent une individualité  propre, une personnalité. C’est ce qui permet à l’artiste de repenser et de renouveler la tradition des statues-colons décoratives et anonymes, produites en abondance pour satisfaire le regard de l’Occidental. » « My religion, if I have one, is that all cultures should break themselves down to continually produce new ones, new civilisations, new approaches. We are living creatures, and therefore, in a constant state of mutations. »  Pascale Marthine Tayou Continuer la lecture de Pascale Marthine Tayou. Flâneurs de Montreuil, 2010

Deleuze / Proust. Rappel : Les trois mondes de signes

« Si le temps perdu de La recherche est le temps qu’on perd, comme dans l’expression ‘perdre son temps’, selon Deleuze, c’est dans ce temps-même que s’inscrit enveloppés l’un dans l’autre le récit de formation d’un jeune homme et l’apprentissage d’un homme de lettres. Comme dans tout roman de formation, un apprentissage des différents ‘mondes de signes’, tourné vers le futur, la mémoire n’intervenant que pour corriger et dépasser des illusions successives. Tout jeune (homme ou femme), est un « égyptologue » occupé à déchiffrer des mondes de signes spécifiques ‘qui s’organisent en cercles et se recoupent en certains points’. S’il n’y a plus rien à déchiffrer, on sombre dans l’ennui. » Les trois mondes de signes sont nommés et analysés par Deleuze, ce qui a fait dire à certain auteur que le Proust et les signes (1) de Deleuze est le meilleur traité sur les signes. Ce sont donc, rapidement: « • le monde de la mondanité (monde de l’expérience corporelle et conversationnelle urbaine): « il n’y a pas de milieu qui émette, concentre autant de signes qui tiennent lieu d’action et de pensée, dans des espaces aussi réduits, à une vitesse aussi grande, et dont l’effet sur nous s’exprime dans une sorte d’exaltation nerveuse », monde nécessaire, le plus formateur pour l’apprentissage des signes. Ceci décrit assez bien la conversation névrotique par SMS de Maureen dans Personal Shopper. • « le cercle de l’amour, lieu télépathique des regards et de gestes intimes échangés, ouvrant sur une pluralité de mondes inconnus concentrés en chaque individu et donc indéfiniment indéchiffrables et donc éminemment attirants, mais dont le narrateur n’en est jamais qu’un objet indéfiniment. » • le monde des impressions ou des qualités sensibles, le vaste territoire de la mémoire involontaire ouvert au déchiffrement à la fois universel et individuel, démocratique et rassurant (madeleine, clochers, arbres, pavés, aubépines), agréable mais usé jusqu’à la corde et qui ouvre paradoxalement sur l’art, la peinture. Les termes de mondes, de roman d’apprentissage font irrémédiablement penser au jeu-vidéo interactifs. C’est une voie que je n’emprunte pas ici. Cf > http://www.ciren.org/ciren/colloques/061200/terrier/terrier.html

François Roustang. La figure même de l’hypnothérapeute

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Philosophe et théologien, François Roustang est décédé dans la nuit du 22 au 23 novembre, à l’âge de 93 ans. Dans Le Monde | 28.11.2016 à 18h50 | Bel hommage par Elisabeth Roudinesco : […] Né le 23 avril 1923, il entre, à l’âge de 20 ans, dans la Compagnie de Jésus tout en poursuivant des études de philosophie et de théologie. A partir de 1956, il fait partie de la revue Christus, dont il devient le directeur en 1964. En même temps, il se tourne vers la psychanalyse et devient, avec ses amis Louis Beirnaert et Michel de Certeau, membre de l’Ecole freudienne de Paris (EFP), fondée par Jacques Lacan. C’est alors qu’il commence une première cure avec Serge Leclaire. En 1966, il fait paraître un article intitulé « Le troisième homme ». Il y démontre que le concile Vatican II a favorisé l’émergence de chrétiens qui ne pratiquent pas et ne se reconnaissent plus dans les valeurs de la foi et des sacrements. L’article aura un retentissement important dans les milieux catholiques. Cette prise de position iconoclaste est la conséquence directe des transformations opérées par la cure sur les opinions de l’auteur, qui a lui-même perdu la foi. La Congrégation ne s’y trompe pas et démet Roustang de ses fonctions. Quelque temps plus tard, il rompt avec l’Eglise, quitte l’habit, se marie et devient psychanalyste en vouant à Freud et à Lacan une admiration sans bornes.
Trouble-fête. Mais, après avoir vécu son passage à la pratique psychanalytique comme une véritable libération, il constate avec fureur et amertume que l’EFP s’est transformée en une Eglise avec ses idolâtres et ses rituels convenus. Rien ne le révolte plus que les relations de servitude entre un maître et ses élèves. Et, pour tenter de comprendre pourquoi une doctrine aussi critique que la psychanalyse a pu se transformer en une nouvelle religion, il s’oriente vers une mise en cause radicale de ce qu’il avait tant aimé. De fait, il participe à un vaste mouvement de contestation qui traverse, à cette époque, tous les courants français de la psychanalyse. Emmené par René Major et soutenu par Jacques Derrida, ce mouvement, incarné par les cahiers Confrontation, se déploie joyeusement sur la scène psychanalytique parisienne. En 1976, Roustang publie un ouvrage qui deviendra le manifeste le plus flamboyant de cette nouvelle orientation antidogmatique : Un destin si funeste (Editions de Minuit). S’appuyant sur une lecture critique des relations de Freud avec certains de ses disciples (Carl Gustav Jung, Georg Groddeck, Sandor Ferenczi), il accuse la doctrine psychanalytique d’être l’arme d’une folie destinée à rendre l’autre fou. Et, du coup, il fait de la cure par la parole l’instrument d’une sorte de viol subjectif qui, sous couvert de renoncement à l’hypnose, ne fait que reconstruire la dialectique aliénante du maître et de l’élève. Fabuleux thérapeute. Magnifiquement écrit et d’une violence salvatrice, le livre obtient un succès considérable en renouvelant en partie la critique proposée quatre ans auparavant par Gilles Deleuze et Félix Guattari dans L’Anti-Œdipe (Editions de Minuit, 1972). En réalité, Roustang continue à rejeter une ancienne foi pour une nouvelle. Cependant, sous couvert de révolte permanente, il demeure un fabuleux thérapeute. Ayant abandonné la cure freudienne pour se tourner vers l’hypnothérapie, il reste le trouble-fête du milieu psychanalytique en refusant, à juste titre, les cures interminables qui ne servent, selon lui, qu’à enfermer le patient dans un repli narcissique. Depuis les années 1990, il n’a cessé de valoriser les thérapies brèves. Dans son dernier opus (Jamais contre, d’abord. La présence d’un corps, Odile Jacob, 2015), où sont réunis trois de ses ouvrages majeurs, il explique que la meilleure manière de transformer sa vie, c’est d’effectuer un « retour au présent », de s’asseoir confortablement dans un canapé pour y trouver un nouvel espace existentiel, de cesser de se lamenter sur son passé et, enfin, de ne rien faire d’autre que d’accepter sa souffrance pour mieux l’évacuer par un cheminement intérieur et un éveil au monde. Et ça marche ! Roustang fait preuve ici, une nouvelle fois, de son talent exceptionnel et d’un humour tendre et féroce. Tel est le testament de ce Socrate rebelle, grand guérisseur des maladies de l’âme. » François Roustang en 6 dates. 23 avril 1923 Naissance. 1943 Entre dans la Compagnie de Jésus. 1964 Directeur de la revue « Christus ». 1966 Exclu de la Compagnie de Jésus. 1976 « Un destin si funeste ». 2016. Mort.

Richard Avedon / Jacques Derrida. L’animal que donc je suis

 

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Photo Richard Avedon. Exposition Richard Avedon à la BNF  Vieux monde, New Look, la France d’Avedon. [Deux elegant people en terrasse]

Présentation de la 4e de couverture du livre (posthume) de Jacques Derrida L’animal que donc je suis : « Souvent je me demande, moi, pour voir, qui je suis – et qui je suis au moment où, surpris nu, en silence, par le regard d’un animal, par exemple les yeux d’un chat, j’ai du mal, oui, du mal à surmonter une gêne. Pourquoi ce mal ? J’ai du mal à réprimer un mouvement de pudeur. Du mal à faire taire en moi une protestation contre l’indécence. Contre la malséance qu’il peut y avoir à se trouver nu, le sexe exposé, à poil devant un chat qui vous regarde sans bouger, juste pour voir. Malséance de tel animal nu devant l’autre animal, dès lors, on dirait une sorte d’animalséance : l’expérience originale, une et incomparable de cette malséance qu’il y aurait à paraître nu en vérité, devant le regard insistant de l’animal, un regard bienveillant ou sans pitié, étonné ou reconnaissant. Un regard de voyant, de visionnaire ou d’aveugle extra-lucide. C’est comme si j’avais honte, alors, nu devant le chat, mais aussi honte d’avoir honte. Réflexion de la honte, miroir d’une honte honteuse d’elle-même, d’une honte à la fois spéculaire, injustifiable et inavouable. Au centre optique d’une telle réflexion se trouverait la chose – et à mes yeux le foyer de cette expérience incomparable qu’on appelle la nudité. Et dont on croit qu’elle est le propre de l’homme, c’est-à-dire étrangère aux animaux, nus qu’ils sont, pense-t-on alors, sans la moindre conscience de l’être. Honte de quoi et nu devant qui ? Pourquoi se laisser envahir de honte ? Et pourquoi cette honte qui rougit d’avoir honte ? Devant le chat qui me regarde nu, aurais-je honte comme une bête qui n’a plus le sens de sa nudité ? Ou au contraire honte comme un homme qui garde le sens de la nudité ? Qui suis-je alors ? Qui est-ce que je suis ? À qui le demander sinon à l’autre ? Et peut-être au chat lui-même ? ».

Hans-Peter Feldmann. 2016, 2012, 2006, 2001

2016 Énième reprise éthérée et discrètement actualisée de pièces d’un artiste ultra exposé à la galerie des galeries. Le « beau » mur végétalisé de pacotille et de circonstance reconstitué dans la galerie des galeries, —à la différence de sa version 2012, image ci-dessous— entre en résonance, ironiquement et politiquement correctement avec les photos grand format de tranches de pain bio industriel sur un mur voisin à quelque distance : on les aperçoit sur les photos de l’exposition : http://www.galeriedesgaleries.com/frFR/exposition/i-57/hanspeterfeldmann.html

2012 Le même mur végétalisé kitsch versus deux portraits style Puces, sur murs de cimaises et sol-amorce en linoléum, volontairement misérabilistes.

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Exposition au BAWAG Contemporary Franz Josefs Kai 3, à Vienne

2006 Hans-Peter Feldmann, Liebe-Love, 2006  Verlag der Buchhandlung Walther König, 2006, 22 x 16,5 cm, 128 p., broché, couverture illustrée. Ce livre présente 128 photographies d’amateurs en noir et blanc.

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«Quand quelqu’un élabore des choses de son côté, d’une façon très égocentrique, très stupide, très simple, mais en même temps très honnête, très sincère, puis rend ce travail public et que d’autres personnes soudain reconnaissent leurs propres préoccupations dans ces choses faites par un autre, et qu’elles comprennent quelque chose ou ressentent quelque chose, là, et seulement là, il y a art.» Hans-Peter Feldmann, extrait d’un entretien avec Kasper König, Frieze, 91, mai 2005. Mais c’est comme une forme ambigüe d’Autobiographie de tout le monde (Gertrude Stein) qui met mal à l’aise, car le corpus appartient à la période de la guerre 1939-45 en Allemagne… en porte-à-faux voulu et désastreux avec l’esthétique typologique d’August Sander.
https://frieze.com/search/editorial?text_search=Hans%20Peter%20feldmann

http://www.florenceloewy.com/bookstore/hans-peter-feldmann/

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Robert Rauschenberg. Salvage, 1983-1985


« Détails des toiles* peintes et sérigraphiées de Rauschenberg présentées sous l’intitulé général Salvage. Même technique de mélange des médiums que chez Warhol, mais avec une esthétique plus picturale, dans une forme d’association contradictoire et chaotique d’expressionnisme abstrait et de pop art. »© J.G. texte et images.
Très bon texte du communiqué de presse de la Galerie Thaddaeus Ropac qui représente l’artiste : « L’exposition présentera des peintures de la série des Salvage (1983-1985), la dernière à avoir été réalisée sur toile par l’artiste. Composée de toiles peintes et sérigraphiées à partir d’images trouvées dans des magazines ou de photographies prises par Rauschenberg lui-même, la série présente diverses références autobiographiques qui évoquent les sujets et la composition des célèbres Silkscreen Paintings du début des années 1960. Bien qu’utilisant des techniques d’impression commerciale et recyclant l’imagerie issue des médias de masse, celles-ci demeurent expressionnistes, picturales et éclatées dans leur agencement. Rauschenberg aime les jeux de mots et la signification exacte de Salvage demeure ambiguë. D’un point de vue historique, salvage est un terme emprunté au vocabulaire maritime qui désigne l’acte de secourir les rescapés d’un naufrage et, par extension, l’acte de récupérer les biens qui ont pu être sauvés. Le titre de la série, qui joue également sur l’ambivalence phonique avec le mot selvage, désignant un bord de tissu destiné à être coupé puis jeté, rappelle l’importance de l’utilisation d’images et d’objets trouvés dans la pratique de l’artiste depuis ses débuts. Dans ce cas précis, cela pourrait faire référence aux toiles de protection employées par Rauschenberg pour sérigraphier les costumes de Set and Reset (1983), la pièce chorégraphique de Trisha Brown, et qu’il a « sauvées » avant d’entamer ses peintures. Rauschenberg était convaincu que la peinture est indissolublement liée à « l’art et à la vie et que ni l’un ni l’autre ne peuvent être fabriquées », comme il l’a indiqué en 1959 dans une formule restée célèbre. Érigeant cette certitude en principe créatif, il crée des œuvres initiant un dialogue constant avec les spectateurs et le monde environnant, tout comme avec l’histoire de l’art. Mélanger des sérigraphies de photographies prises par lui-même avec l’abstraction gestuelle lui permet alors d’incorporer des éléments de la réalité dans le domaine de la peinture. Considérant le monde comme une immense peinture, son projet central a toujours résidé dans la volonté de trouver la manière la plus astucieuse de recadrer et de regrouper des éléments de l’actualité et des matériaux du monde réel pour les introduire dans son œuvre. Bien qu’elle ne s’articule pas à un thème précis, la série des Salvage compte parmi ses plus grandes réalisations. L’ensemble des peintures présente des motifs récurrents (bicyclettes, voitures, animaux et architectures) qui reflètent le rapport renouvelé de Rauschenberg à la photographie au début des années 1980. À travers son travail photographique, l’artiste développe en effet une relation privilégiée à la mémoire et à l‘archéologie du temps présent. Ses peintures en portent la trace et s’en font l’écho vibrant jusqu’à ce jour. »

* une des toiles dont est extrait un détail

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