2016 Énième reprise éthérée et discrètement actualisée de pièces d’un artiste ultra exposé à la galerie des galeries. Le « beau » mur végétalisé de pacotille et de circonstance reconstitué dans la galerie des galeries, —à la différence de sa version 2012, image ci-dessous— entre en résonance, ironiquement et politiquement correctement avec les photos grand format de tranches de pain bio industriel sur un mur voisin à quelque distance : on les aperçoit sur les photos de l’exposition : http://www.galeriedesgaleries.com/frFR/exposition/i-57/hanspeterfeldmann.html
2012 Le même mur végétalisé kitsch versus deux portraits style Puces, sur murs de cimaises et sol-amorce en linoléum, volontairement misérabilistes.

Exposition au BAWAG Contemporary Franz Josefs Kai 3, à Vienne
2006 Hans-Peter Feldmann, Liebe-Love, 2006 Verlag der Buchhandlung Walther König, 2006, 22 x 16,5 cm, 128 p., broché, couverture illustrée. Ce livre présente 128 photographies d’amateurs en noir et blanc.

«Quand quelqu’un élabore des choses de son côté, d’une façon très égocentrique, très stupide, très simple, mais en même temps très honnête, très sincère, puis rend ce travail public et que d’autres personnes soudain reconnaissent leurs propres préoccupations dans ces choses faites par un autre, et qu’elles comprennent quelque chose ou ressentent quelque chose, là, et seulement là, il y a art.» Hans-Peter Feldmann, extrait d’un entretien avec Kasper König, Frieze, 91, mai 2005. Mais c’est comme une forme ambigüe d’Autobiographie de tout le monde (Gertrude Stein) qui met mal à l’aise, car le corpus appartient à la période de la guerre 1939-45 en Allemagne… en porte-à-faux voulu et désastreux avec l’esthétique typologique d’August Sander.
https://frieze.com/search/editorial?text_search=Hans%20Peter%20feldmann
http://www.florenceloewy.com/bookstore/hans-peter-feldmann/
2001 Exposition au Centre national de la photographie, à Paris, Entretien avec Michel Guérin, Le Monde.
« De passage à Paris, Hans-Peter Feldmann est allé aux Puces. On comprend pourquoi en allant découvrir son exposition au Centre national de la photographie (CNP), envahi de photos mais aussi de cartes postales, journaux, livres, argenterie, jouets, catalogues, posters, meubles, bibelots, vêtements, chaussures… Depuis trente ans, cet entomologiste de la culture populaire s’approprie des objets souvent « fabriqués » par d’autres, leur donne une valeur ajoutée artistique en les installant au musée, dans le but de créer un monde en écho au nôtre. En toute logique, sa conception de l’image est limitée à sa capacité à reproduire, à l’exact opposé des conventions de l’art. Il la souhaite mécanique, sans qualité, kitsch, empruntée au catalogue publicitaire ou au calendrier des postes, tramée, coloriée. Icône ou lieu commun. Né en 1941, considéré comme un des grands artistes conceptuels, précurseur d’une photo contemporaine brute, ce collectionneur nous a reçus en rythmant ses mots de formules teintées d’humour. « Je pourrais exposer dans un restaurant, mais c’est pour moi plus facile de trouver un musée. » Question : Quel est votre premier souvenir photographique ? H-P F : A huit ans, j’ai consulté les albums de ma famille et j’ai secrètement enlevé toutes les photos me représentant pour les brûler au fond du jardin. Brûler son image est le signe de quelque chose qui ne tourne pas rond. Je ne sais pas quoi. Je sais en revanche que la flamme a touché mes doigts. J’ai plus le souvenir de la douleur que des photos. J’en déduis une conviction. La mémoire des images est plus importante que les images elles-mêmes. Ces dernières ne sont qu’un catalyseur de mémoire. En exposant 24 cartes postales de la tour Eiffel, je dis que j’adore le Paris des années 1950, de Sartre à Yves Klein, une époque où l’Allemagne était encore étouffée par le nazisme. En affichant le Cervin, je dis ma peur des montagnes. On ne doit pas aller dans un site réservé aux dieux. Question : Le Cervin est la montagne parfaite, l’emblème de la belle photo ? H-P F : Photographié d’un certain angle, oui. D’un autre, non. Lorsqu’une personne accroche une belle photo de montagne au salon, elle se ment. C’est une fenêtre pour plonger dans l’imaginaire. Ce n’est pas la réalité mais du papier que l’on peut déchirer ou conserver comme un trésor. Une photo de chat ne va pas vous mordre. Trop de gens se passionnent pour les belles photos. Ça ne m’intéresse pas. Le sentiment d’une belle photo, j’insiste, est conditionné par le souvenir de celui qui la regarde. Quand on voyage, on photographie les monuments. Je leur préfère mes vues depuis ma chambre d’hôtel. C’est une série libre de tout cliché. Question : Vous avez tout de suite travaillé avec la photo ? H-P F : Dans les années 1960, j’étais un peintre isolé en Autriche. Je suis allé à Düsseldorf. J’ai pris un verre avec deux filles dans un bar. Elles m’ont dit d’aller voir une exposition de leurs maris. L’un était Richter, l’autre Polke. J’ai ainsi fréquenté la scène artistique allemande. Mon utilisation de la photo vient du contexte allemand – la guerre et le nazisme -, déterminant pour l’art. L’administration, la police et la justice étaient, encore dans les années 1950, en partie tenues par des gens liés au nazisme. 1968 a bouleversé tout cela. L’artiste devait délaisser la peinture pour marquer son opposition à la société bourgeoise. J’ai alors commencé à découper et à coller des images, prises par moi ou d’autres. Question : Vous avez alors commencé à collectionner des photos ? H-P F : J’ai d’abord rassemblé instinctivement. Du noir et blanc dans un style documentaire, des photos vues dans Life. C’était un loisir, comme on aime suivre une fille dans la rue. Je garde tout dans deux garages, sans hiérarchie. On ne hiérarchise pas les bons et mauvais souvenirs. J’ai compris ensuite que les images peuvent aider à penser le monde. Question : En quoi votre série de photos de victimes du terrorisme en Allemagne aide à comprendre cette période noire de l’Allemagne ? H-P F : Des dizaines de livres rendent compte de cette période avec un point de vue affirmé, jamais factuel. Chaque camp dit sa vérité. Le résultat est qu’on a cru qu’une dizaine de policiers et de terroristes avaient été assassinés. Après trois ans d’enquête, j’ai recensé au moins 150 morts. J’ai publié mon livre en 1997, qui reproduit des portraits ou images de presse de ces victimes, en disant que, quelles que soient les motivations, il n’y a aucune bonne raison de tuer quelqu’un. On m’a reproché de ne pas faire de différence entre terroristes et policiers. Quand vous êtes morts, vous êtes morts. Cela dit, des personnalités éminentes se réfèrent maintenant à ce travail. Question : Vous inscrivez-vous dans le style documentaire cher à Walker Evans ? Feldmann : Walker Evans est si haut dans l’art… Il y a chez lui un système du collectionneur, une façon de dire que le document est une image ouverte. Pour son « reportage » à Cuba, il a photographié dans les magazines ce qu’il n’a pas trouvé dans la rue. Cette liberté représente un saut énorme dans la façon de penser l’art. [on est très très loin de Walker Evans]