La Nature n’est plus ce qu’elle était. Domaine de régularité indépendant des actions humaines, ensemble des êtres dépourvus de langage, espaces refuges échappant à l’anthropisation, toutes ces acceptions qui donnaient à la nature sa troublante unité ont été remises en cause. On sait à présent que, si les « lois de la nature » sont universelles, l’idée de nature ne l’est guère ; on sait que bien des animaux partagent avec les humains des facultés longtemps vues comme l’apanage de ces derniers ; on sait aussi que tous les écosystèmes de la planète, même les plus isolés, ont été bouleversés par l’action humaine ; on sait encore que les avancées du génie génétique brouillent la distinction entre le naturel et l’artificiel ; on sait enfin que le réchauffement global et son effet sur le système de la Terre font de l’humanité comme une nouvelle force naturelle.
C’est à examiner dans une perspective interdisciplinaire les questions soulevées par ces déplacements de la frontière entre déterminations naturelles et déterminations humaines que ce colloque de rentrée du Collège de France sera consacré.
On replacera dans la longue durée l’émergence de la notion singulière de nature, le rôle qu’elle a joué dans la formation de la conscience européenne, dans le développement des sciences, dans la mise en place d’une ontologie sociale et d’une théorie de la nature humaine longtemps exceptionnelles au regard du reste de l’humanité. On pourra alors s’interroger sur les recompositions anthropologiques, juridiques, philosophiques et épistémologiques, que l’effritement des limites de la nature rend possibles, comme sur la persistance de certaines discontinuités fondamentales entre humains et non–humains. On questionnera enfin les nouvelles techniques de production et de réparation de la vie afin de mieux comprendre ce qu’elles bouleversent dans les façons d’appréhender les définitions de l’humain, les mécanismes du vivant et les règles de son appropriation. Nombre de ces questions sont de nature politique. C’est pourquoi le colloque s’ouvrira par une table ronde réunissant des praticiens qui font rentrer la nature en politiques, contraints qu’ils sont de prendre en compte le fait que des manières inédites d’habiter la Terre sont devenues indispensables.
Hors champs de Laure Adler avec François Roustang, hypnothérapeute. 9 janvier 2012. http://www.franceculture.fr/emission-hors-champs-francois-roustang-2012-01-09 [Ceci est une retranscription partielle des seuls propos de FR, pour mémoire. FR s’est débarrassé de toute croyance religieuse par la psychanalyse, et par elle, il est arrivé à l’hypnose. Tout est dit sur FR in http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Roustang. Il y a quelques vidéos sur dailymotion. L’hypnose semble un peu périlleuse mais paradoxalement innovante au regard de la pratique psychiatrique ordinaire.]
François Roustan:
[Confession à la chrétienne et analyse psychanalytique]: «Dans les deux cas, il y a dialogue mais dans la confession, on s’accuse de fautes qu’on a faites, en psychanalyse, on dit tout et n’importe quoi, c’est ça qui peut être efficace —Foucault s’est trompé en les comparant— quand on est à confesse, on trie les choses et on choisit ce qu’on a envie de dire; en psychanalyse, on ne choisit pas, on parle comme on déparle sans aucune retenue, ça n’a rien à voir et les effets ne sont pas les mêmes non plus. On ne s’adresse pas à une puissance supérieure en psychanalyse, alors qu’en confession, on ne s’adresse pas au prêtre, on s’adresse à Dieu. En psychanalyse, espérons qu’on ne s’adresse pas à soi-même. On parle à la cantonade. On ne sait pas ce que l’on dit, on ne sait pas à qui l’on parle. Si c’était un moi, alors là on tournerait en rond. Si c’était un ‘il’ qui parle, alors là il y aurait une possibilité de délivrance. On parle n’importe qui et en un sens, on ne parle pas. Le secret de la psychanalyse, c’est de parler un langage que personne ne comprend, on déparle. Déparler en français, ça veut dire parler sans interruption mais on peut en donner un autre sens, déparler, ça veut dire défaire le langage de tout sens, pour moi, c’est ça qui est fondamental en psychanalyse, c’est qu’on ne sait plus ce que l’on dit et que le langage n’a pas de sens. C’est dans cette ligne-là que j’ai pratiqué l’hypnose. On ne cherche pas un sens. L’erreur de base, c’est de vouloir comprendre alors qu’il ne s’agit pas du tout de comprendre, il s’agit d’emporter le langage de telle sorte qu’il fasse apparaître autre chose que lui-même. C’est ça qui est fondamental. […]
Ce n’est pas tellement la parole qui a marqué un tournant dans ma vie, ça a été au cours de l’analyse, une explosion de vitalité. C’est ça pour moi, l’analyse, au bout de 2 ans d’analyse [avec Serge Leclaire], j’ai fait le tour et j’ai changé de vie. […] Tout ce qui est décision d’être psychanalyste, ou la forme que l’on peut adopter comme psychanalyste, cela relève de l’individu lui-même. C’est une affirmation. Aujourd’hui, j’affirme que je suis un homme libre. C’est le point le plus important. Quand je décide quelque chose, je décide quelque chose, quitte, l’instant d’après, à me poser des questions sur cette décision que j’ai prise. Je n’ai pas arrêté, comme psychanalyste, à me poser des questions sur ce que je faisais et sur l’efficacité de mon travail. C’est pour ça que j’ai bifurqué après un certain nombre d’années. On peut à la fois affirmer: ‘Je suis là, voilà ce que je fais et je le fais entièrement et en même temps dans l’instant d’après et même dans cet instant-là, dire: ‘est-ce que je me trompe’. ‘Un psychanalyste ne s’autorise que de lui-même’ disait Lacan [rappelle LA) et là je suis en accord avec ça et Lacan a eu tout cet aspect-là de libérer le psychanalyste de toute soumission quelconque, y compris à sa doctrine ou à sa théorie.
[…] Je participe à des formations de thérapeute, récemment je leur ai dit: ‘Il y a une qualité que doit avoir un thérapeute, c’est d’acquérir une sensibilité, pas une sentimentalité, mais une sensorialité, c’est le mot de Keats ‘Délivrez-nous des idées, donnez-nous des sensations’. Si la formation consistait à apprendre à percevoir, apprendre à soupçonner, apprendre à sentir, ce serait suffisant, parce que c’est à travers ça que l’on peut aider quelqu’un même parfois lui dévoiler là où il en est, parce que très souvent, la personne croit qu’elle vit telle et telle chose, alors qu’elle est en train de vivre toute autre chose et c’est au thérapeute d’éveiller en elle une autre forme de sensorialité.
[Savoir attendre: pour que la vie change, titre d’un livre de FR.]
Ce qui est fondamental, c’est que nous vivons sur deux registres différents, un registre où nous sommes conscients de ce que nous faisons et où nous agissons dans notre vie, dans la société, par rapport aux autres. Et puis un autre domaine où nous sommes amenés à percevoir une multitude de choses que la plupart du temps nous ne percevons pas. C’est en vivant à travers ces deux registres ou en apprenant à vivre sur cet autre registre qu’une vie peut se transformer. J’ai envie de dire que ce sont les créateurs, les vrais peintres, les vrais musiciens, les vrais sculpteurs, ce sont eux qui comprennent d’entrée de jeu comment on peut vivre sur deux niveaux différents, et comment la vie peut être transformée dès lors qu’on se laisse aller à soupçonner et à sentir les choses les plus subtiles qui sont autour de nous et en nous. La personne qui vient me voir se sent disponible pour un changement. Elle sait que la solution est là. Installez-vous dans ce lieu où vous avez trouvé la solution. Le thérapeute fait remarquer à quelqu’un qu’il sent lui-même sa force vitale, mais il ne prend pas la place de l’autre.
[…] Je suis venu à l’hypnose par l’intermédiaire de la psychanalyse. Je suis venu à l’hypnose parce que j’ai découvert le transfert, la dimension certainement hypnotique du transfert, dont on ne sort pas facilement et puis dans la cure même. J’ai écrit un article ‘Suggestion au long cours’, dans la Nouvelle Revue de psychanalyse. […] Puis je me suis initié avec Milton Erickson aux Etats-Unis. […]
[Psychanalyste versus hypnothérapeute]
Je pense que l’anamnèse, —que quelqu’un raconte son histoire—, ça n’a aucun intérêt, aucune efficacité, que le langage peut être mis de côté et que tout l’effort, si on se met à parler dans une psychothérapie, c’est, à un moment, pour se taire. C’est ça qui est efficace, parce que pour moi, ça se résume de façon très très simple à une chose: ‘Vous voulez guérir / Oubliez que vous êtes un humain / Devenez un animal’.
« L’arbre de Monlési », 15 août 2007, de 17h à 18h. La route s’élargit pour que les voitures — ou les tracteurs — puissent se croiser.
A des gens qui viennent me voir je dis :
‘Est-ce que vous souhaitez vraiment aller mieux, vous transformer, eh bien oubliez vos pensées, oubliez que vous avez un vouloir à votre disposition, et tout simplement installez-vous dans votre statut d’organisme vivant’. ‘La guérison n’est pas un but, elle vient par surcroît’, disait Lacan. Elle vient dans la mesure où précisément je change complètement de visée, je ne cherche pas à guérir, je cherche à me mettre dans la position d’un organisme vivant qui se laisse influencer par son environnement. Et pour ça, je dois oublier même d’une certaine façon que je suis là, je dois me laisser être là comme une souche ou comme une pierre, comme un rocher. Si je peux faire ça, oublier que je suis un humain, alors fatalement, je vais trouver une solution. […] Vous participez, vous êtes un morceau d’univers, vous êtes vivant, ça suffit. Si vous vous installez là-dedans, vous êtes libre, comme un organisme vivant est libre. Il n’y a pas de soumission. Je me soumets à quelque chose en moi que j’ignore. Quand quelqu’un a peur de l’hypnose, c’est un bon signe, parce qu’il est proche de faire le saut. Ce n’est pas une aliénation. Je suis là comme un être vivant et c’est ça qui est ma liberté. Je ratifie cette position que j’ai dans le monde et dans ma vie […] A un moment il y a soumission quand je dis à quelqu’un, cet homme qui est venu me voir: ‘vous aviez senti que vous étiez libre, il y a eu un lieu en vous où vous êtes un homme libre et vous n’êtes plus dans le ressentiment. De fait, je fais acte d’autorité en lui disant: ‘Arrêtez-vous-là, prenez le temps qu’il faut pour être tout entier l’homme qui est en paix avec lui-même et qui n’a plus besoin de cette femme [dont il s’était séparé].
[A la question de LA: comment faites-vous pour rester si jeune?]: http://lantb.net/figure/?p=2772
‘Être là où je suis et n’avoir plus aucune illusion sur moi-même’.
Trouvé dans le livre de François Roustang, La Fin de la plainte: la conduite automobile, ou «quand le corps pense», ou quand «la secondarité structurelle de la parole et de la pensée se prouve encore par les impératifs de l’action». pp. 136-137
«Une jeune fille vient d’apprendre à conduire. Elle dit l’angoisse qu’elle ressent à la perspective de n’avoir plus bientôt à détailler ses gestes et de devoir se laisser aller aux automatismes. Comment va-t-elle réussir à ne plus savoir ce qu’elle fait? Et pourtant il est clair que la perte de la conscience de ce qu’elle fait va seule lui permettre d’être vigilante à l’égard de sa route, des obstacles éventuels, des autres véhicules. Bref l’attention à ce qui se passe alentour est conditionnée par l’aisance inconsciente du corps à manier le véhicule. Et même cette attention portée sur l’extérieur aura tout intérêt à se faire oublier, le corps pouvant en intégrer toutes les données sans que la conscience ait à s’en mêler. Pour agir, le corps doit faire taire la parole et l’explication consciente. Mais cela ne signifie pas que l’esprit a disparu. Il est devenu corps vivant, car le corps est esprit et c’est pour cela qu’il pense à bon escient.»
Article d’Andrée-Marie Dussault, Locarno, publié dans Le Temps.
« Au sud des Alpes, 600 espèces venues d’Asie, d’Amérique ou d’Australie se sont intégrées à l’écosystème. Un enrichissement positif, plaident des experts. Avec son livre Inheritors of the Earth (Les héritiers de la Terre), le biologiste britannique Chris D. Thomas jette un pavé dans la mare. L’éminent professeur de l’Université de York fait valoir que, contrairement au discours communément admis selon lequel l’humain a irrévocablement endommagé la nature, celle-ci réagit et s’adapte admirablement. Chris D. Thomas prétend ainsi que l’idée selon laquelle les espèces étrangères déséquilibrent les écosystèmes où elles migrent est infondée, pour une grande majorité d’entre elles. Et il prend en exemple la région couvrant le Tessin et l’Italie autour des lacs Majeur, de Lugano, de Côme et de Garde, qui jouit d’un climat subtropical avec des hivers ensoleillés et relativement secs.
Responsable d’un bureau de conseil en environnement, Gabriele Carraro nous guide dans une de ces forêts, grande comme dix terrains de football, à quelques rues de la Piazza Grande de Locarno. Ingénieur forestier, il observe la flore locale depuis trente ans et partage les vues de Chris D. Thomas. Ici, au moins 60% de la biomasse vient d’ailleurs. Depuis les années 70, l’écosystème dans son entier s’est renouvelé et enrichi en intégrant les espèces nouvellement arrivées.
Palmiers et mimosas
Sur à peine quelques mètres carrés, un camphrier de l’Himalaya, un mimosa d’Australie, un laurier du Japon, des palmiers de Chine cohabitent avec un châtaignier et un tilleul locaux. Au milieu de ce puissant melting-pot végétal, le merle a fait son nid et le blaireau a creusé son trou. Mais attention, ce biotope n’a pas toujours été aussi riche.
L’importation de plantes étrangères au Tessin remonte au XVIIIe siècle avec l’aristocratie, explique Gabriele Carraro. «Les nobles, comme la baronne russe des îles de Brissago, se procuraient des plantes exotiques, non pas pour leurs fruits, mais pour leur vertu ornementale, comme symbole de statut social.»
Au début du XXe siècle, les premières familles bourgeoises les imitent. Après la Deuxième Guerre mondiale, les espèces étrangères intègrent le circuit commercial.
Acacia diabolisé
C’est dans les années 60 qu’est signalée, pour la première fois, la présence régulière dans la forêt de plantes exogènes, sorties des jardins par les oiseaux disséminant les graines des nouveaux fruits exotiques. C’est ainsi que le Tessin est devenu l’eldorado botanique de la Suisse, attirant touristes et scientifiques de tout le pays. Non seulement les espèces étrangères étaient alors acceptées, mais elles étaient valorisées.
On ne s’interroge pas sur l’intérêt que ces espèces présentent. Pour obtenir du financement, la recherche doit travailler sur les ennuis qu’elles engendrent. Gabriele Carraro, conseiller en environnement
Aujourd’hui, elles sont diabolisées, estime Gabriele Carraro. Il cite l’exemple de l’acacia, arrivé d’Amérique du Nord il y a quelques siècles. «Il fixe le terrain, contribue à reconstruire le sol dégradé, son bois s’utilise de cent différentes façons et il donne aux apiculteurs leur miel le plus riche. Il a plafonné et entamé son déclin au Tessin, et demeure malgré tout sur la liste noire de la Confédération, sans preuves des méfaits qu’il est censé causer.» Du dogmatisme, selon lui.
Cohabitation irréversible
Dans cette région de l’Insubria, sur 2400 espèces, quelque 600 sont exotiques. Moins d’une dizaine posent problème. «Et les autres? On ne s’interroge pas sur leur intérêt. Pour obtenir du financement, la recherche doit travailler sur les ennuis qu’elles engendrent. Il ne s’agit pas seulement d’une question scientifique, mais culturelle», considère le Tessinois.
Plutôt que de lutter contre les espèces étrangères, il faudrait plutôt se consacrer à harmoniser l’écosystème, avance-t-il, la cohabitation étant irréversible, d’autant plus avec la mobilité croissante des biens et des personnes, et le réchauffement de la planète.
Plus il y a diversité, plus la forêt est robuste et meilleures sont ses chances de répondre au changement climatique. Pour s’adapter aux températures croissantes, les plantes migrent vers le haut. Du coup, des niches écologiques restent vacantes plus bas. Mieux équipées pour y survivre, les plantes exotiques les investissent. Ici, à cause de la réduction du nombre de jours de gel par année, les espèces à feuilles persistantes – qui ne perdent pas leurs feuilles en hiver – ont presque doublé depuis 1950.
Cerfs en excès
Les espèces indigènes s’adaptent aux plantes d’ailleurs, et vice versa. «L’écosystème intègre tous ses constituants, de façon inédite, formant une mosaïque intriquée, un réseau formidable», s’émerveille l’ingénieur. En cas d’adversité – parasites, incendies, tempêtes… –, divers arbustes, arbres et herbes prennent le relais les uns des autres.
Non seulement une proportion minime de ces espèces constitue un danger, mais les plantes exogènes sont positives. Par exemple, on a trop de cerfs ici. Comme le chèvrefeuille japonais leur plaît, ils exercent moins de pression sur les plantes indigènes qu’ils privilégiaient auparavant. En outre, les espèces exotiques protègent contre l’érosion et les pluies. Les abeilles les adorent. Elles font vivre la forêt même en hiver. D’ailleurs, fait nouveau, des feuilles mortes tombent toute l’année. «Chez nous, le bois «mort» – une composante très importante de la forêt qui manque dans la plupart des régions en Suisse – abonde», indique Gabriele Carraro.
Les opportunités que présentent ces nouvelles espèces restent inexploitées, soutient-il. En Indonésie, une huile est extraite des fruits de la palme et ses fibres sont tressées en objets. La médecine chinoise prélève un venin du kuzu. Le bois du camphrier, sans qu’il y ait même besoin de le traiter, est utilisé pour construire les bateaux au Japon. Même d’un point de vue récréatif – 30% du PIB du canton provient du tourisme –, les plantes exotiques sont importantes. «Un paysage tessinois sans palmiers et camélias chinois est simplement inimaginable.» »
«On ne peut pas simplement tuer ces espèces» Interview de Chris D. Thomas, dont les thèses favorables aux plantes invasives dérangent la communauté scientifique
Le Temps: Chez vos collègues, quelles sont les réactions à votre livre?
Chris D. Thomas: On le trouve intéressant, stimulant et provocateur. Certains ne sont pas prêts à discuter des intérêts que représentent les espèces étrangères, les considérant par définition comme une nuisance. En revanche, plusieurs apprécient l’idée selon laquelle de nouvelles approches doivent être adoptées pour les appréhender. On ne peut pas simplement tuer ces espèces. Dans les milieux scientifiques et en général, la vision prédominante est très pessimiste, on pense en termes de déclin biologique et de pertes d’espèces autochtones, en négligeant souvent de reconnaître les bénéfices que suscitent les exogènes.
Faites-vous un parallèle entre ce paradigme lié aux espèces étrangères et la vision politique dominante concernant les migrants? Chris D. Thomas: Je pense que, dans les deux cas, l’origine de l’attitude est la même: la peur qu’a l’humain de l’inconnu, de ce qui est nouveau. Souvent, la première réaction face à ce que nous ne connaissons pas est la crainte. Ce n’est qu’a posteriori que nous en comprenons les aspects positifs. Cela dit, je ne crois pas que les personnes qui ont tendance à ne pas aimer les plantes exotiques soient les mêmes que celles qui sont racistes ou contre les immigrants.
Quel impact souhaitez-vous avoir avec votre livre? Chris D. Thomas: La planète continuera à changer, nous devons accepter qu’il faille s’adapter plutôt que de regretter le passé et vouloir retourner en arrière, ce qui est de toute façon impossible. Le travail de conservation est très important. Je crois qu’il est tout aussi fondamental de réfléchir à la façon dont on peut accroître la biodiversité. Je voudrais promouvoir le débat sur cet aspect. »
Inheritors of the Earth: How Nature is Thriving in an Age of Extinction, Chris D. Thomas, Allen Lane, Penguin Books, 2017.
Cet article est publié dans The Conversation, dans le cadre de la Fête de la Science 2017, qui se tient du 7 au 15 octobre, et dont The Conversation France est partenaire. Les auteurs de l’article sont : Brandon Stordeur, Ingénieur d’études, programme de recherche régional Climibio, laboratoire TVES Lille, Université de Lille 1 – Université de Lille; Alessandro Fisogni, Post-doc sur les interactions plantes-pollinisateurs en milieu antropisé, laboratoire EEP, Université de Lille 1 – Université de Lille; Marion Brun, Docteure en aménagement de l’espace-urbanisme, ingénieur de recherche sur le projet de Climibio, laboratoire TVES, Université de Lille 1 – Université de Lille; Natasha De Manincor, Doctorante Interaction interspécifiques, écologie évolutive et reproduction, laboratoire EEP, Université de Lille 1 – Université de Lille.
La nature en ville : faites circuler la biodiversité
« En 2014, 54 % de la population mondiale vivait en milieu urbain ; en 2050, ce nombre devrait atteindre plus de 60 %. Cette concentration humaine est strictement liée à une expansion des réseaux d’infrastructures et des surfaces urbanisées, au détriment des milieux naturels et des espèces qui y vivent.
Parallèlement, les milieux urbains peuvent constituer des refuges pour de nombreuses espèces animales et végétales suite à la destruction des espaces naturels et à l’expansion des milieux agricoles intensifs, peu favorables à leurs besoins. Une gestion judicieuse des espaces verts est donc fondamentale pour favoriser et préserver la biodiversité en ville.Les principaux effets négatifs de l’urbanisation pour les espèces sauvages concernent la fragmentation et la modification des habitats naturels. En milieu urbain, le changement de nature du sol est l’un des facteurs influençant le plus les processus écologiques. En particulier, la proportion entre espaces imperméabilisés et espaces verts, ainsi que l’aménagement de ces espaces verts, jouent un rôle essentiel pour favoriser la biodiversité urbaine et ses dynamiques.
Créer des continuités écologiques
Définiecomme « la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes », la biodiversité est en partie assurée par le libre déplacement des espèces, leur permettant de se nourrir, se reproduire et assurant un brassage génétique nécessaire au maintien de cette diversité.
Même si l’urbanisation ne concerne que 3% de la surface du globe,elle constitue la principale cause d’érosion de cette biodiversité ; en créant des interruptions dans le déplacement des espèces, les villes représentent pour elles un obstacle majeur.
De multiples espaces de nature en ville existent pourtant ; ils se matérialisent par des éléments de nature maîtrisée (parcs ou les jardins) ou non (les zones délaissées ou les bords de voies de transport). Ils jouent un rôle essentiel pour les habitants en améliorant sensiblement leur cadre de vie et pour les espèces qui y trouvent de quoi se réfugier et répondre à leurs besoins vitaux. Tous les espaces urbains concourent donc globalement à la conservation de la biodiversité.
L’un des enjeux en écologie et en aménagement du territoire concerne le renforcement des continuités écologiques (ou corridors) pour favoriser le déplacement des espèces et assurer ainsi leur préservation.
Ces corridors se composent de tous éléments de nature qui peuvent servir de support aux espèces. Pour pallier à l’érosion de la biodiversité, les politiques de préservation de la nature et d’aménagement du territoire se sont progressivement articulées ensemble. La trame verte et bleue en est un bon exemple.
Institutionnalisée en 2009 et 2010 par les lois Grenelle, cette trame permet aux villes d’identifier, d’organiser et de planifier leur réseau de continuités écologiques.Les schémas des trames identifient différents « cœurs de nature » (réservoirs) ainsi que les interruptions sur un territoire. L’objectif est de repérer les interruptions du réseau de continuités écologiques pour cibler des zones « prioritaires » sur lesquelles il convient d’intervenir pour renforcer ou maintenir le réseau.
Ces « cœurs de nature » peuvent être des friches, des parcs urbains ou encore des jardins privés quand les autoroutes ou zones industrielles représentent, quant à elles, des obstacles au déplacement des espèces.
L’exemple des abeilles sauvages
La pollinisation est l’un des processus les plus affectés par l’urbanisation, en particulier celle effectuée par les insectes sauvages, comme les abeilles, les syrphes ou les papillons.
ce service fourni à la Société
En France, parmi près de 1 000 espèces d’abeilles présentes, plusieurs centaines peuvent vivre en ville. L’abeille dite domestique – celle qui fait le miel – ne représente qu’une seule espèce. Les autres sont dites abeilles sauvages et incluent, par exemple, les bourdons. Les abeilles sauvages figurent parmi les plus importants pollinisateurs de plantes à fleurs sauvages mais aussi cultivées. Via ce service fourni à la Société, elles sont fondamentales au maintien de la biodiversité.Mais la réduction d’espaces verts influence directement la survie des insectes pollinisateurs, ce qui affecte négativement les espèces végétales, du fait d’un manque de vecteurs pour le transport du pollen.
Certaines abeilles (Osmia avoseta en Turquie et Iran) utilisent même des pétales de fleurs pour protéger leur larve.
Les abeilles sauvages ont besoin d’espaces pour nidifier et de ressources pour se nourrir. La plantation de certaines espèces de plantes à fleurs, pouvant être butinées par plusieurs espèces d’abeilles sauvages, et une bonne gestion de ces espaces, peuvent assurer leurs déplacements et, en retour, garantir la pollinisation à plusieurs distances (les abeilles pouvant voler sur plusieurs centaines de mètres pour se nourrir, en fonction de leur taille et de la disponibilité des ressources).
La gestion différenciée des espaces verts publics peut, par exemple, jouer un rôle très important pour favoriser la diversité des espèces urbaines : la préservation des prairies fleuries, la conservation du bois mort et la présence de substrats à différentes granulométries (sable, terreau, etc.) sont une ressource pour les espèces ayant des besoins écologiques très variés.
La préservation des pollinisateurs peut également être favorisée par chacun d’entre nous au quotidien, en plantant des plantes à fleurs dans son jardin, sur son balcon ou sur les rebords des fenêtres. Des plantes aromatiques très utilisées par l’homme, comme la menthe, la lavande ou l’origan peuvent être visitées par plusieurs espèces d’abeilles ou de papillons. Pour les amateurs de bricolage, la construction d’hôtels à abeilles peut aussi faciliter l’accueil de certaines espèces dans son propre jardin.
Au-delà de l’enjeu écologique
La nature en ville représente également un enjeu social fort : vue comme source de bien-être, c’est aussi la seule nature présente dans le quotidien de millions de de citadins. La demande sociale pour un cadre de vie agréable et une plus grande place faite à la nature est en constante augmentation.
Au-delà du bien-être qu’elle procure, cette nature urbainerend également de nombreux services dits écosystémiques à l’homme. Ces services se définissent comme les bénéfices, matériels ou non, que les hommes tirent des écosystèmes, comme l’approvisionnement en nourriture ou encore de maintien de la qualité de l’air.Parmi ces nombreux services, on identifie notamment celui de régulation du climat. La présence de végétation en ville peut en effet influencer le climat local et, par exemple, réduire la température en période canicule. Des programmes de recherche, à l’image du projet Climibio, s’y consacrent aujourd’hui. »
«À la veille de la rentrée, Bas Smets joue les prolongations de son été américain.
C’est depuis le désert du Nevada que l’architecte belge spécialiste du paysage répond au téléphone, alors qu’il assiste au festival Burning Man, grand-messe artistique éphémère et déjantée. Sollicité pour réfléchir à une oeuvre de land-art (création extérieure en matériaux naturels) en 2018, Bas Smets observe la créativité des participants sur les terres ultra-arides d’un festival dopé à l’énergie solaire : » Ici, c’est comme un paysage post-apocalyptique et encore une fois, l’on voit bien que c’est de la nécessité que naît l’inventivité des comportements humains « , ajoute-t-il.
C’est aussi ce qu’il veut démontrer à Agora, la biennale d’architecture, d’urbanisme et de design qui se tient du 14 au 24 septembre à Bordeaux. Lancée en 2004, Agora s’étale sur dix jours désormais – au lieu de sept il y a deux ans – et devrait dépasser le seuil des 55 000 visiteurs atteint en 2014 (deux fois plus qu’en 2012). La notoriété et l’énergie de Bas Smets, nouveau commissaire de cette biennale, permettront aux Bordelais d’écouter les architectes Christian de Portzamparc et Marc Barani, le designer Ora Ïto ou le directeur des Rencontres d’Arles Sam Stourdzé.
Mais Bas Smets veut surtout susciter la réflexion du grand public sur l’évolution constante de nos panoramas métropolitains. » La population mondiale dépasse les 7,5 milliards et la moitié de ses habitants réside en milieu urbain. La perte de la nature est irréversible sans que l’on puisse estimer encore l’impact des changements climatiques. Il est donc temps de questionner nos ambitions en matière de paysages « , explique-t-il.
À l’occasion d’Agora, l’architecte s’est associé à des réalisateurs pour appuyer son idée. Leur but : raconter comment l' » homo urbanus » s’adapte de manière singulière en fonction des latitudes. Ainsi, avec Bêka et Lemoine, réputés pour leurs films dépoussiérant l’architecture, il a observé à la loupe comment les excès climatiques et la géographie engendrent aussitôt des comportements-réponses des habitants, et par conséquent des économies informelles. Ainsi, ce SDF colombien qui, à la recherche d’un pourboire, aide les piétons à franchir les pluies torrentielles qui inondent Bogota en quelques minutes. » Avec l’artiste-vidéaste Christian Barani, nous sommes allés voir comment répondre à la nécessité de contenir les montagnes friables de Hong-kong ou à l’ambition de transformer l’île de Singapour en jardin « , raconte Bas Smets.
Depuis son bureau de Bruxelles, le paysage urbain reste son quotidien. Sur sa carte de visite, il a apposé » architecte du paysage » et non paysagiste, qui est, selon lui, un abus de langage. Une nuance perçue d’emblée comme un acte de modernisation de cette science des espaces verts, toujours dans l’ombre de la grande architecture. En multipliant les collaborations avec des stars comme Frank Gehry ou la firme new-yorkaise REX Architecture, Bas Smets remet la matière verte sous le feu des projecteurs tout en cassant le moule. À 42 ans, il renvoie en effet sa profession à des années-lumière du jardinage en créant ses » paysages augmentés « , intelligents et sophistiqués, destinés à rendre les mégalopoles plus vivables.
Pour les faire émerger, Bas Smets a ses secrets : il scrute les vues aériennes, redessine par-dessus la végétation, compare les cartes, saute en parachute… Ce rapport très physique au paysage, tel un sourcier, l’amène à saisir la logique d’un territoire et à trouver la meilleure voie possible cachée dans la réalité. à Arles, choisi par Maja Hoffmann, directrice de la Fondation Luma, il a fait éclore une » boucle verte » de 10 hectares dans le parc des Ateliers qui entourera bientôt la tour de Frank Gehry. » Le projet accélère les processus naturels qui auraient eu lieu au fil du temps, en conquérant le site industriel abandonné « , explique Bas Smets. Plus récemment, son aménagement de 12 kilomètres d’une autoroute en Belgique a permis la plantation d’un rideau de 5 000 arbres volontairement indigènes. Bientôt, Bas Smets dessinera le futur d’un espace public autour du centre d’art Perelman, à New York, sur le site du World Trade Center. Seul frein à son savoir-faire, les images virtuelles dont l’architecture est si friande en amont d’un projet. » Je n’aime pas ces projections car je ne peux pas garantir le résultat d’un paysage. La nature est cyclique, saisonnière et un nouveau paysage peut prendre du temps à se construire. En matière d’environnement, il ne faut pas oublier que l’on ne maîtrise pas tout « , lance-t-il. Soucieux, à l’inverse, du contrôle de sa propre image, il finit par s’inquiéter avant de raccrocher : » Il vaut mieux ne pas dire que je suis à Burning Man sinon l’on va croire que je ne suis qu’un hippie illuminé! »
Anne-Lise Carlo
Accompagnée de Philippe, Jocelyne et moi, Chantal porte le bouquet de fleurs du jardin de Chevigneu, tout au long de la route longeant notamment les abords de cette ferme au carrefour d’Expilly avant la descente vers le cimetière de Chindrieux où repose Phily.
29 août 2007. Phily et Jonathan à Chevigneu. Photo jlggb
24 avril 2009. Bouquet de lilas fait par Phily pour Liliane. Photo Liliane
Lois Weinberger Ruderal Society:Excavating a Garden (2017) Installation 100 × 1.3 × 0.22 m. Karlsaue Park. C’est l’une des quatre pièces exposées dans le parc de Kassel, qualifiée d’intrusive. Le terme botanique rudéral qui signifie « qui pousse sur les décombres, les tas d’ordures et généralement aux abords des habitations et sur les voies de circulation (à cause de la richesse de ces lieux en azote) s’applique aussi au sol. Un sol rudéral est un sol »formé sur les décombres, remblais, tas d’ordures ou déblais qui sont l’œuvre de l’homme, constitué par un terreau souvent riche en azote et potasse. Le titre de la pièce est le statement concis et implacable -à la mode conceptuelle d’un Lawrence Weiner anarchiste- de la geste rudérale sociale et commensale de l’homme en prise avec la nature ordinaire des zones périphériques urbaines, voire urbaines – végétalisation négligente de pieds d’arbres, de jardinières de trottoirs ou tentative d’agriculture urbaine improvisée sur butte-, créatrice de jardins inéluctablement sauvages et/ou misérables : « Describing the project as an archaeological process, the artist has excavated a “cut” through the park beside the Oraangerie and then abandoned it to whatever will emerge. At the end of this “gap within urban space,” the action of digging has created a small hill. Over time, the soil exposed will become populated by “spontaneous vegetation,” propagated by the wind, insects, and birds. » « Décrivant le projet comme un processus archéologique, l’artiste a creusé une «coupe» dans le parc à côté de l’Orangerie [y incluant le passage d’une allée caillouteuse], puis l’a abandonné à tout ce qui allait en surgir. Au bout de cette «lacune dans l’espace urbain», l’action de creuser a créé une petite colline. Au fil du temps, le sol exposé sera peuplé par une «végétation spontanée», propagée par le vent, les insectes et les oiseaux. »
« Plants are central to Lois Weinberger’s discourse on the relationship between nature and society. His radical poetics of the “ruderal”—literally, the growth of plants on waste ground—counters the anthropocentric ideal of “primary nature,” acting, as he puts it, “against the aesthetics of the Pure and the True, against the ordering forces.” The drifts of wild vegetation that flourish on postindustrial wastelands and at the urban periphery are materially speaking untamed and therefore more “natural” than society’s tightly controlled zones of contemporary “wilderness.” Ruderals are the ever-present underclass of the plant world, the “multitude” ready to break through the city’s surface at any opportunity, cracking the veneer of human order and stability. With “precise indifference,” Weinberger (born in 1947 in Stams, Austria) creates situations in which these botanic insurgents are left to enact their inexorable cycle of growth and decay, heedless of human society—a “PLACE / WHERE THE LIVING REVEALS ITSELF ABOVE THE ORDERLY” in a continual process of transformation. Twenty years on from his ruderal interventions in the Kulturbahnhof for documenta 10 (which still thrive today, amidst the disused railway tracks of Old Europe), Weinberger’s new outdoor work for Kassel is entitled Ruderal Society. » « Les plantes sont au cœur du discours de Lois Weinberger sur la relation entre la nature et la société. Sa poésie radicale du «rudéral» – littéralement, la croissance des plantes sur les déchets – contrecarre l’idéal anthropocentrique de «nature primaire», agissant, comme il le dit, «contre l’esthétique du pur et du vrai, contre les forces de l’ordre ». Les dérives de la végétation sauvage qui fleurissent sur les friches postindustrielles et dans la périphérie urbaine sont matériellement parlant indomptées et donc plus » naturelles « que les zones étroitement contrôlées par la société de la » nature sauvage « contemporaine. Les Rudérales sont la sous-classe toujours présente du monde végétal, la «multitude» prête à traverser la surface de la ville à toute occasion, en fendant le placage de l’ordre humain et de la stabilité.
Avec «une indifférence précise», Weinberger (né en 1947 à Stams, en Autriche) crée des situations dans lesquelles ces insurgés botaniques sont laissés libres d’édicter leur cycle inexorable de croissance et de désintégration, sans tenir compte de la société humaine – un «LIEU / OÙ LE VIVANT LUI-MÊME SE RÉVÈLE PAR DESSUS L’ORDRE EXISTANT » dans un processus continu de transformation. Vingt ans après ses interventions rudérales dans la Kulturbahnhof pour la documenta 10 (qui prospère encore aujourd’hui, au milieu des chemins de fer désaffectés de la vieille Europe), ce nouveau travail extérieur de Weinberger pour Kassel s’appelle Ruderal Society. » (texte du catalogue)
« La ferme de Crène à Saint-Pierre de Curtille était une exploitation familiale depuis les années 70. Au cours des ans, elle a évoluée, s’est transformée en GAEC : Groupement Agricole d’Exploitations en Commun. 1 associé (André BOURGEOIS-ROMAIN) est d’abord venu rejoindre Marcel DURUPTHY. Ils sont neuf aujourd’hui. Le lait issu d’un troupeau de 150 vaches laitières de race tarentaise est transformé en tomme et gruyère de Savoie par la coopérative de Yenne. »
Manger un chirashi zuschi chez Kunitoraya, 1 rue Villedo, Paris, 1er. Photo faite à ma demande par J.-L. L’assiette a été déposée sur la longue et étroite table à ras du trottoir. On le voit sur la photo. La serveuse est passée par celui-ci pour nous servir. Tous les ingrédients du petit mets sont parfaitement individués.