Le One Planet Summit

De nouveaux engagements pour protéger la biodiversité

Laurence Caramel et  Perrine Mouterde in Le Monde

« Le One Planet Summit, organisé par la France, est le premier rendez-vous d’une année cruciale pour la protection de la nature. Impulser un élan politique mondial pour que 2021 soit bien la « super année de la biodiversité » que 2020 n’a pas pu être. Telle est l’ambition du One Planet Summit organisé par la France, dans un format mi-virtuel mi-présentiel. Alors qu’une nouvelle feuille de route pour protéger le vivant doit être adoptée à la fin de l’année en Chine, lors de la 15e Conférence des parties (COP) de la Convention de l’ONU sur la diversité biologique, une trentaine de décideurs (la chancelière allemande, Angela Merkel, le premier ministre britannique, Boris Johnson, le premier vice-premier ministre chinois, Han Zheng, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen…) devaient énoncer de nouveaux engagements, lundi 11 janvier.

Protection des écosystèmes, agroécologie, financements et liens entre déforestation, espèces et santé : quatre des sujets-clés des négociations visant à élaborer le nouveau cadre mondial pour la prochaine décennie sont à l’agenda de ce One Planet Summit – une initiative lancée en 2017 par le président français, Emmanuel Macron, en partenariat avec l’ONU et la Banque mondiale. « Ce rendez-vous est important en termes de mobilisation politique avant le congrès mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature [prévu en septembre à Marseille] et la COP15, explique Sébastien Moncorps, le directeur du comité français de l’UICN. Pour obtenir un accord ambitieux fin 2021, il faut créer des coalitions d’acteurs pour entraîner les pays dans une dynamique positive. »

L’une de ces alliances, la Coalition de la haute ambition pour la nature, œuvre à faire adopter lors de la COP l’objectif de protéger un tiers de la surface de la Terre d’ici à 2030. Le président français, à l’origine de cette coalition avec le Costa Rica, devait annoncer de l’Elysée que cinquante Etats soutiennent désormais cette ambition, contre une vingtaine il y a un an.

C’est aussi le chiffre de 30 % qui a été retenu par Emmanuel Macron pour lancer une nouvelle initiative portant sur les financements. La France devait s’engager à consacrer 30 % de sa finance climat bilatérale à des investissements également bénéfiques à la biodiversité d’ici à 2030, notamment par le biais des solutions fondées sur la nature – des actions qui s’appuient sur les écosystèmes pour lutter contre le changement climatique. Paris entend notamment appeler les autres parties à rejoindre cette coalition lors de la COP26 pour le climat prévue en novembre à Glasgow (Ecosse), et insiste sur l’importance des synergies entre climat et biodiversité.

« Pour atteindre les objectifs climatiques, il faut agir à la fois pour une décarbonation massive de l’économie, mais aussi renforcer la protection des écosystèmes,explique Aleksandar Rankovic, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales. Maintenant que de plus en plus de dirigeants prennent au sérieux ces questions, ils se rendent compte qu’il faut des solutions systémiques aux problèmes du climat, de la biodiversité, de la santé ou de l’agriculture. L’approche en silo conduit à des impasses. » Trois mois après le premier sommet des Nations unies sur la biodiversité, le fait de consacrer cette 4e édition du One Planet Summit à cette thématique témoigne aussi d’une volonté croissante de hisser la préservation de la biodiversité au rang des priorités mondiales, au même titre que la lutte contre le dérèglement climatique.

Ce rendez-vous est aussi l’occasion de remettre en selle le projet de Grande Muraille verte, cet ambitieux programme de restauration écologique au service de la lutte contre la pauvreté. Lancée il y a quinze ans, cette initiative panafricaine, qui regroupe onze pays de la bande sahélienne, est le plus souvent restée à l’état de slogan en dehors du Sénégal, de la Mauritanie ou de l’Ethiopie. Selon le premier rapport d’évaluation publié en septembre 2020, qui soulignait un manque de portage politique et un pilotage défaillant, seulement 4 millions d’hectares ont été aménagés sur les 100 millions visés d’ici à 2030. Malgré ce bilan, Paris a convaincu les autres bailleurs internationaux et bilatéraux de réaffirmer leur soutien. « Je ne connais pas d’autre projet qui permette de créer 10 millions d’emplois en aidant ces pays à s’adapter au changement climatique et à améliorer leur sécurité alimentaire », a coutume de répéter Monique Barbut, envoyée spéciale du chef de l’Etat pour la biodiversité.

« Il faut être proactif »

Une enveloppe de quelque 10 milliards d’euros sur cinq ans devait ainsi être annoncée avec, aux côtés de la Banque mondiale et de l’Union européenne, l’arrivée du Fonds vert pour le climat parmi les principaux contributeurs. Un secrétariat chargé du suivi de l’initiative sera créé auprès de la Convention des Nations unies de lutte contre la désertification pour s’assurer que, cette fois-ci, les promesses seront bien tenues.

En écho à la situation sanitaire mondiale, une nouvelle initiative de recherche-action pour la prévention de nouvelles pandémies devait également être lancée. Un programme destiné à devenir le bras armé du Haut Conseil « Une seule santé », un groupe d’experts internationaux lancé en novembre 2020. Près de 350 millions d’euros devraient être consacrés à ce projet, auquel participent les instituts de recherche français et qui doit permettre d’améliorer les réseaux de surveillance épidémiologique ou de former des personnels capables d’identifier les émergences de zoonoses. « Le rapport de la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité a souligné le consensus scientifique sur les liens entre pandémies et érosion de la biodiversité, précise Benjamin Roche, biologiste à l’Institut de recherche pour le développement. Il faut être proactif et voir comment on peut prévenir ces pandémies. »

Sur le plan national, le Fonds mondial pour la nature (WWF) espérait que l’accueil de ce sommet « soit l’occasion pour le président français de trouver un nouvel élan pour la nature ». « A l’heure actuelle, la France continue par exemple d’importer du soja brésilien sans garantie, contribuant à la déforestation, qui elle-même alimente les risques de propagation des zoonoses », a rappelé sa directrice générale, Véronique Andrieux, en appelant à l’adoption d’une législation européenne contraignante sur la déforestation importée. Des organisations de la société civile s’inquiètent de leur côté des « faiblesses » du projet de stratégie nationale des aires protégées, critiqué pour son manque d’objectifs qualitatifs et de moyens. Prévu à l’automne 2020, ce document n’a finalement pas été publié avant le sommet. »