« Mes modèles, figures humaines, ne sont jamais des « figurantes » dans un intérieur . Elles sont le thème principal de mon travail. Je dépends absolument de mon modèle que j’observe en liberté, et c’est ensuite que je me décide pour lui fixer la pose qui correspond le plus « à son naturel ». Quand je prends un nouveau modèle, c’est dans son abandon au repos que je devine la pose qui lui convient et dont je me rends esclave. Je garde ces jeunes filles souvent plusieurs années, jusqu’à épuisement d’intérêt. Mes signes plastiques expriment probablement leur état d’âme*(mot que je n’aime pas) auquel je m’intéresse inconsciemment ou bien alors à quoi? Leurs formes ne sont pas toujours parfaites, mais elles sont toujours expressives. L’intérêt émotif qu’elles m’inspirent ne se voit pas spécialement sur la représentation de leur corps, mais souvent par des lignes ou des valeurs spéciales qui sont répandues sur toute la toile ou sur le papier et en forment une orchestration, son architecture. Mais tout le monde ne s’en aperçoit pas. C’est peut être de la volupté sublimée, ce qui n’est peut être pas encore perceptible pour tout le monde. » non datées, notes reprises in Aragon, Henri Matisse, roman I, p. 173
* « Ce qui m’intéresse le plus, ce n’est ni la nature morte, ni le paysage, c’est la figure. C’est elle qui me permet le mieux d’exprimer le sentiment pour ainsi dire religieux que je possède de la vie. Je ne m’attache pas à détailler tous les traits du visage, à les rendre un à un dans leur exactitude anatomique. Si j’ai un modèle italien, dont le premier aspect ne suggère que l’idée d’une existence purement animale, je découvre cependant chez lui des traits essentiels, je pénètre, parmi les lignes de son visage, celles qui traduisent ce caractère de haute gravité qui persiste dans tout être humain. » http://lantb.net/figure/?p=4607