Fujiko Shiraga. Atsuko Tanaka… Gutai (3/4)

Extraits du texte d’Alfred Pacquement, sur le groupe Gutai et dont le titre reprend la formule de Tapié «Gutai. L’extraordinaire intuition». Publié dans le catalogue de l’exposition Japon des avant-gardes, 11 décembre 1986 – 2 mars 1987. Pacquement pointe les artistes les plus intéressants:

«Le groupe Zéro (SHIRAGA Kazuo, Fujiko Shiraga, MURAKAMI Saburo, KANAYAMA Akira, TANAKA Atsuko) rejoint Gutai [créé en 1954] peu après sa fondation en 1955. Les créations les plus audacieuses et les plus spectaculaires émanent presque toujours de l’un de ces  noms auxquels il convient d’ajouter MOTONAGA Sadamasa venu lui aussi peu après la fondation. En outre, seuls SHIRAGA et TANAKA (et dans une moindre mesure MOTONAGA) sauront réaliser, au-delà de Gutai, une véritable œuvre de peintre, dans la continuité de leurs actions du milieu des années 50.»

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Biennale de Venise 2009. La salle Gutai © inferno.

Des pièces créées pour les expositions en plein air :

à droite, au sol, Shozo SHIMAMOTO, Please Walk on there, 1956. Wood, paint, springs, and nails, two parts, each approximately 361×48,5x50cm. «A visitor walking the lengh of the work experiences a « composition » of firm and springy wooden slats.

Au centre en suspension, Sadamasa MOTONAGA, œuvre:eau, 1956.

Au-dessous, Saburo MURAKAMI, Work (Box), 1956, Wooden box and clock, 80x80x80cm, Museum of contemporean art, Tokyo. «A clock inside the structure ticks and chimes at unpredictable intervals».

Á gauche, Saburo MURAKAMI, Work (six holes), 1955. Kraft paper and wood frames.«At the exhibition opening, Murakami dramatically burst through three paper screens. The torn results were left on view as both a remnant of the action and a composition in their own right.

Sur le mur du fond, Atsuko TANAKA, Sakuhin (Work), 1955, silk cloth and fan, 300 x 300 cm, Düsseldorf, ZERO Foundation.

Pacquement, dans son texte, instaure une typologie rapide qui justifie pleinement le terme d’«intuition» de ces artistes, les montrant en phase avec les courants émergents conceptuel et minimaliste américains, ou l’art néo-concret brésilien, ou encore précédant nettement l’art cinétique participatif européen (GRAV dix ans plus tard), voire le nouveau réalisme à la française, mais en plus enlevé et plus élégant —les pièces de la salle Gutai de la biennale de Venise le montrent—:

«Parmi tous les projets réalisés de Gutai, on peut, sans aller jusqu’à l’inventaire, les classer par genre et les rattacher à des catégories plastiques» :

1.
[…] «Gutai explore de nouveaux matériaux, sans cesse à l’affût des résultats inédits qu’ils vont provoquer. […] Gutai innove radicalement lorsqu’il se détourne de l’espace pictural et emploie […] des liquides colorés (MOTONAGA), le son ou la lumière électrique. TANAKA Atsuko, cette très jeune femme, benjamine du groupe et vite considérée comme l’une des artistes les plus douées, exploite de manière magistrale ces techniques nouvelles. Dès la première exposition, en octobre 1955, elle dispose une série de sonnettes qui se déclenchent les unes à la suite des autres. Peu après, elle emploie des ampoules électriques qui clignotent sur des mannequins installés dans la nature ou qui composent une sorte de costume de lumière qu’elle revêt elle-même. Actes plastiques d’une grande audace, faisant preuve d’une relation au matériau tout à fait nouvelle, d’une quête parallèle d’espace et de temps, ces œuvres de TANAKA préfigurent une recherche picturale très originale, où le réseau électrique et la lumière sont remplacés par des lignes et des cercles colorés, avec une froideur dénuée de toute gestualité, bien en retrait de l’esprit informel.»


Vídeo presentación de la exposición « Atsuko Tanaka – El arte de conectar » en el Espai d’art contemporani de Castellón (EACC). 7 octobre-31 décembre 2011.

La pièce Work (Bell), 1955 (refabricated 1993). Bells, electric cords, transimpedance amplifier, and switch, dimensions vary with installation; «Work (Bell) is an interactive sound-art installation that comprises twenty electric alarm bells laid across some forty meters of exhibition space. Visitors were invited to follow the instruction »Please push the button », and thereby switch on a mecanism that activated a sequence of ringings, moving first away and then back toward the visitor over the course of a few minutes. In issue 4 of the Gutai journal, fellow collective members described Tanaka’s acoustic composition of « living sound » as a painting « in which a line is drawn clearly within one’s inner vision ».»

http://www.see-this-sound.at/print/work/890

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Original Version
Atsuko Tanaka installing Work (Bell) at 1st Gutai Art Exhibition, Ohara Kaikan, Tokyo, ca. October 19-28, 1955

2.
«L’action, l’engagement corporel […] lorsque MURAKAMI traverse avec une violence inouïe une succession de vingt et un paravents de papier [photos historiques dans le corps de l’article], l’action devient l’œuvre, même sans en attendre une réussite esthétique. Ce dernier projet de MURAKAMI est sans doute l’œuvre la plus parfaite de Gutai. Il la réalise à plusieurs reprises sous des formes différentes (l’entrée de l’exposition est aussi tendue de papier que crève le premier visiteur). Elle a un aspect emblématique : c’est la mise à mort symbolique de la tradition que semble évoquer cette déchirure irréparable du mur de papier dont on sait qu’il structure au Japon l’espace intérieur; déchirure aussi, selon YOSHIHARA, du cadre conceptuel de l’art qui permet la naissance d’une esthétique nouvelle. Gutai ne recherche pas, par les actions, une provocation qui en ferait sur le plan artistique un épigone de dada. C’est ce que n’a pas su voir TAPIÈ lors de son premier voyage (il parle alors de  » la meilleure tradition de cette nouvelle ère ouverte par TZARA et PICABIA »), alors que YOSHIHARA insistait pour  » ne rien détruire, ni couper les ponts avec la tradition ». Gutai ne définit pas une véritable théorie de l’action, mais celle-ci est avant tout physique et se rattache parfois à la culture japonaise […] [le théâtre No].»

3.
«La réduction des formes et leur répétition […]. On est à nouveau bien loin des partis pris esthétiques de l’abstraction informelle lorsque SHIRAGA Fujiko scie en deux une planche de bois ou quand de simples assiettes sont posées au sol côte à côte par KITANI Shigeki. Faut-il, dès lors qu’il s’agit de compositions picturales réduites à un seul trait de pinceau (SHIRAGA Fujiko, YOSHIDA…) voir une relation avec la calligraphie ? Gutai, à ses débuts, était en contact avec un mouvement de calligraphie d’avant-garde (le groupe « Sumibi ») qui se réclamait de Nanten Bo. De ce dernier, qu’admirait profondément YOSHIHARA, on connaît une calligraphie réduite à un seul trait horizontal, d’ailleurs reproduite un peu plus tard par TAPIÉ en exergue à un ouvrage sur la peinture abstraite au Japon. Beaucoup d’œuvres Gutai, surtout dans les manifestations en plein air, sont des compositions formelles très simplifiées – un cube de plastique, un cylindre par le haut duquel on voit le ciel – et parfois inscrites dans l’espace plutôt que des compositions à prétention d’objet-sculpture. Ainsi les empreintes de pas de KANAYAMA Akira déployées sur 150 m de longueur ou les alignements de piquets conçus par YOSHIDA Toshio.»

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Fujiko Shiraga, Work, 1955, installation view (1st Gutai Open Air Exhibition), Ashiya, 1955. Ashiya City Museum of Art & History

«Le comble du minimalisme et de l’anticipation dans ce domaine est bien sûr atteint par TANAKA, encore elle, qui expose des draps monochromes non tendus sur châssis ainsi que par MURAKAMI avec son cube de verre. Cette dernière œuvre ressemble à s’y méprendre, sur la photographie, à un Larry BELL, partant toutefois d’une idée différente puisqu’après DUCHAMP, il s’agissait d’ « attraper l’air ». De même, les accumulations de bidons de YAMAZAKI Tsuruko se caractérisent à la fois par l’emploi répété d’un matériau industriel, qui sera plus tard cher aux Nouveaux Réalistes, et une coloration à la JUDD.»

Lien > Gutai. Dipingere con il tempo e lo spazio, Museo Cantonale d’Arte, Lugano, 23 oct 2010-20 fév 2011 >http://www.nipponlugano.ch/it/pdf/gutai-info.pdf