Karl Jaspers. Van Gogh

in Karl Jaspers, Strindberg et Van Gogh, Swedenborg – Hölderlin. Traduit de l’allemand par Hélène Naef précédé de «La folie par excellence» par Maurice Blanchot, collection Arguments, édition de 1970, 244 pages. L’étude, elle, paraît en 1922. Rééditée en 1949, avec une nouvelle introduction par Karl Jaspers: «La philosophie n’a pas un champ d’étude qui lui soit propre, mais les recherches scientifiques concrètes deviennent philosophiques si elles remontent consciemment jusqu’aux limites et aux sources de notre être. […] cette analyse était simplement le moyen de trouver les points de vue où l’on doit se placer pour apercevoir les énigmes véritables et en prendre conscience.» La Deuxième partie du livre, «Comparaison entre Strindberg et d’autres schizophrènes d’un niveau spirituel élevé», comporte le chapitre IV pp.187-219, intitulé «VAN GOGH, exposé biographique et pathologique». Mais on peut lire le dit exposé comme un simple et magnifique essai de théorie de l’art à propos de Van Gogh. C’est «l’originalité, le côté exceptionnel» de l’art de Van Gogh qui est mis à nu. Il reste à faire un travail de reprise du corpus chronologique (impossible semble-t-il) de toute son œuvre au regard de ses lettres qui, elles, établissent sa biographie « à la lettre ». Le parallèle avec Hölderlin est particulièrement séduisant, la qualité de l’un et de l’autre trouvant une belle équivalence. [Les mots en rose signalent les débuts de paragraphe. Les mots en bleu les mots et expressions que nous soulignons.]

«On ne possède pas, pour la maladie de Van Gogh comme pour celle de Hölderlin, une pathologie déjà établie. Je tenterai donc de faire tout d’abord un portrait, une description de la vie de l’homme d’après les documents dont je dispose. (lettres de Van Gogh à son frère Théo).
 La nature de Van Gogh (né en 1853) n’est pas de celles que l’on rencontre couramment. Il a une disposition à s’isoler, il peut passer pour sauvage malgré les aspirations contraires qui lui font rechercher la compagnie et l’amitié. Pour la plupart de ceux qui l’entourent —pas pour tous—, la vie commune avec lui est difficile; il a peu de succès dans ses relations avec autrui. On nous dit que «Van Gogh prêtait à rire par sa manière d’être et de se comporter, car il agissait, pensait, sentait et vivait autrement que les jeunes gens de son âge… Il avait toujours une expression absente, méditative, grave ou mélancolique. Mais lorsqu’il riait, c’était de bon cœur, avec jovialité, et tout son visage s’éclairait». 
Il s’adapte difficilement ou pas du tout; il semble n’avoir aucun but, et pourtant il est animé d’un sentiment qu’il faut bien nommer foi. Quoiqu’il soit demeuré longtemps inoccupé et sans but précis, il reste toujours persuadé d’être porté par le destin. Très religieux dès sa jeunesse, il est jusqu’à la fin soutenu dans toute son activité par une piété consciente qui ne doit rien à l’Église ou aux dogmes. De tout temps, il va au substantiel, à l’essentiel, au sens profond de l’existence; alors qu’il est employé chez le marchand de tableaux Goupil, il ne parvient pas à fournir le travail qu’on attend de lui, parce qu’il place la valeur artistique, la qualité de la marchandise au-dessus des intérêts de la maison; il n’a pas plus de chance comme répétiteur en Angleterre, car il poursuit des objets tout à fait étrangers à ses fonctions. De même, quand il se lance dans la théologie, les études l’éloignent du sens de sa vocation qui est d’apporter l’évangile aux hommes, et il considère «toute l’université, du moins en ce qui concerne la théologie comme une inénarrable école de fausseté et de pharisaïsme.» Finalement, il évangélise les mineurs du Borinage en qualité d’assistant volontaire, mais il tombe dans une déchéance telle qu’un beau jour son père vient le chercher et le ramène à la maison. Il a environ 26 ans. Continuer la lecture de Karl Jaspers. Van Gogh

Karl Jaspers. Strindberg et Van Gogh. Extraits

Collection Arguments, éditions de minuit. L’étude paraît en 1922. Réédition en 1949, introduite par Karl Jaspers :«La philosophie n’a pas un champ d’étude qui lui soit propre, mais les recherches scientifiques concrètes deviennent philosophiques si elles remontent consciemment jusqu’aux limites et aux sources de notre être. […] cette analyse était simplement le moyen de trouver les points de vue où l’on doit se placer pour apercevoir les énigmes véritables et en prendre conscience.» C’est «l’originalité, le côté exceptionnel» du cerveau et de l’art de Van Gogh qui nous intéresse. [Les mots en rose signalent les débuts de paragraphe. Les mots en bleu, les mots et expressions que nous soulignons.]

Chapitre 5. pp. 220-229. D’UNE RELATION ENTRE LA SCHIZOPHRÉNIE ET L’ŒUVRE. Avant de rechercher quelle peut être la relation entre la schizophrénie et l’œuvre, il y a lieu de préciser quel sens nous donnons à cette idée très générale de relation. On peut se demander tout simplement si, chez des êtres d’exception, la schizophrénie peut être la cause ou l’une des causes de la création artistique. Le processus pathologique est-il un facteur, dans les profondeurs obscures et énigmatiques des corrélations physiologico-psychologiques, sans que l’œuvre acquière pour autant un caractère d’aliénation? Pourrait-on donc comparer en ce cas ses effets à cette ivresse légère que Bismarck pratiquait les jours où il devait parler en séance au Reichtag? Il avait remarqué qu’une certaine dose d’alcool facilitait son élocution, sans aller jusqu’à lui donner aucune nuance qui pût être attribuée à l’ébriété. Ainsi, la folie (avec une action plus durable et beaucoup plus importante sur la personnalité) serait pour l’œuvre une condition excitante sans être spécifique. En second lieu, on pourrait poser la question suivante: si l’on voit apparaître un changement dans le style d’un artiste avec la schizophrénie, n’y a-t-il pas quelque raison de voir en elle un agent spécifique de la production artistique? Dans ce cas, et puisque des effets semblables se produisent chez d’autres individus dans des conditions différentes, la schizophrénie serait-elle seule en jeu, et ne pourrait-on pas alléguer parfois la paralysie générale, une lésion cérébrale ou l’alcoolisme? Enfin, en troisième lieu, nous demanderons si l’on voit dans l’œuvre elle-même les traces de cette cause spécifique, autrement dit : l’œuvre peut-elle avoir des caractères spécifiquement schizophréniques? Traiter la seconde question, c’est sous-entendre que l’on a répondu affirmativement à la première et, de même, répondre à la troisième suppose la solution positive de la seconde. Ces réponses ne peuvent être qu’empiriques et, actuellement, étant donné le petit nombre de cas examinés, nous ne pourrons nous prononcer que provisoirement. La présente étude ne vise qu’à être une contribution et ne fait qu’entamer la discussion. Traitons nos trois questions à la lumière des faits. Continuer la lecture de Karl Jaspers. Strindberg et Van Gogh. Extraits

Christophe Lemaître. Médaille de bronze au 200 m. J.O. de Rio

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Christophe Lemaître vit et s’entraîne à Aix-les-Bains, en Savoie. «[…] avec ses airs à la DiCaprio, sans l’apparat star : étirements, squats, épaulés-jetés comme les autres. […] Il a l’allure d’un jeune Werther, des mains incroyablement longues et délicates [in Portrait «Sans maître», 4e de couverture de Libération, 27 décembre 2010.]». Il court très vite dans le paysage éthéré du stade olympique, sur sol synthétique à base d’asphalte*, éminemment terrestre, globale et urbaine. S’y oppose la figure du regardeur quasi-immobile de ces jeux du stade à Rio ou du spectateur de la rue, désormais inquiet, attablé aux terrasses de café sur les trottoirs bitumineux des villes-monde. Continuer la lecture de Christophe Lemaître. Médaille de bronze au 200 m. J.O. de Rio

Multiples modes, multiples couches

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Il m’arrive souvent de m’arrêter longtemps devant un arbre dont le fût est minutieusement couvert par des lichens, des mousses, des fougères, des champignons ou encore d’autres plantes qui y vivent. Ces vies, soit cohabitantes, soit parasites, accumulant de nombreuses couches, partagent leur « lieu commun ». Fine ou épaisse, interventionniste ou indépendante, chaque vie vit en même temps dans un même espace-temps. Le micro arbori-univers sur sa peau qui m’interpelle. Photos: « Multiples modes, multiple couches », Juillet 2016, Japon, © Miki Okubo.

Street Art et Land Art, frères d’art contemporain

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En haut : J. Gonzo, La Mafia. 27.06.2016. Graffiti Art, Quartier Belleville, Paris. Hors musée, la filiation du graffiti art est celle des grands fresquistes Orozco, Rivera. L’image de J.G. est aussi en étroite filiation avec le My Hands are My Heart (ci-dessus) de Gabriel Orozco, artiste international tout terrain, descendant d’Orozco, ou encore de Francis Alÿs, artiste de rue à Mexico et dans le monde, de Richard Long, pape du Land Art, qui laisse des traces violentes (haies de pierre dressées) de son passage sur les terrains balisés des randonneurs de haut vol, tout comme le graf fait violence au promeneur urbain. Continuer la lecture de Street Art et Land Art, frères d’art contemporain

Jg. Imprimé balnéaire neo-Tang – neo fifties 1/2

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En haut © J.G., imprimé balnéaire neo-Tang, mai 2016. Au-dessous, fresque murale représentant des femmes du palais dans un jardin, découverte sur le mur de la tombe du prince Li Xuan dans le Mausolée de Qianling, où l’impératrice Wu Zetian a également été enterrée en 706 © https://fr.wikipedia.org/wiki/Dynastie_Tang
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