Grande traversée : Moi, Sigmund Freud

Grande traversée : Moi, Sigmund Freud par Christine Lecerf

https://www.franceculture.fr/emissions/moi-sigmund-freud

épisode 5

« Depuis 1891, Freud a emménagé au 19 de la Berggasse à Vienne. Les visiteurs sont nombreux. Parmi eux, des hommes, souvent de futurs disciples. Mais surtout des femmes, patientes et futures analystes, desquelles Freud apprend beaucoup et qui vont parfois même enrichir ses propres travaux. »

Skorecki et Daney. Trafic de Tati

TATI selon Serge DANEY et Louis SKORECKI, à propos de TRAFIC, mars 2002

Autour de la projection de TRAFIC, “film très européen” (1971), pur joyau du design 70

Premier extrait:

Chronique journalière de Louis SKORECKI, Libération, jeudi 21 février 2002
TRAFIC: TATI a passé sa vie à tituber autour de deux ou trois idées… TATI, c’est OZU en plus rigolo. Marguerite DURAS s’y connaissait en cinéma. Elle aimait TATI et OZU, sans chercher à quel point ces deux-là sont frères. A eux deux, ils effacent le monde. Ils sont seuls. Ils se tiennent la main dans le caniveau de la vie, ils rêvent pareil.
Dans TRAFIcC, il rêve à quoi TATI? IL RÊVE QUE LE MONDE EST UNE AUTOROUTE ET LA VIE, UNE VOITURE. S’il voulait raconter une vie d’homme, par exemple, il prendrait une route et une voiture. La voiture serait l’homme, la route serait le monde. Quand la voiture tomberait en panne, cela voudrait dire que l’homme est malade. Pas bête, comme idée, se dit TATI, en 1970. Et si je faisais ça? Il fait ça. C’est à mourir d’émotion, à trembler de rire. Ca s’appelle comment déjà cette fantaisie cinématographique sur la vie d’une voiture dans le monde des routes qui n’en finissent pas? Ce rêve de film, c’est TRAFIC, un truc de Jacques TATI, un chef-d’oeuvre.
Ca se raconte comment, un truc comme ça? Pour faire simple, disons que c’est un film d’adulte pour enfants.. ceux qui n’ont besoin que d’une télé, même une petite, pour découvrir le cinéma. Les variations mathématiques en Cinémascope de TRAFIC, ils savent les voir à la télévision. … les enfants savent que cinéma et télé, c’est pareil. Que c’est avec le coeur qu’on se marre des aventures de M. Hulot et de sa petite voiture enrhumée dans le grand monde tout froid, pas avec les yeux. Les yeux servent juste à recadrer les affects, à vérifier que le cadre est bien fait, que la mise en scène géométrise le monde comme il faut. C’est avec son corps spasmodique d’enfant qu’on vibre au cinéma d’Hitchcock, d’Ozu, de Tati. Pas besoin de palaces cinématographiques pour ça.

Deuxième extrait:

Eloge de Tati de Serge Daney, in La Rampe, Cahier critique 1970-1982, petite bibliothèque des cahiers du cinéma, Paris 1996
pp.132-137
… Si l’on met en perspective les six films réalisés par Tati depuis Jour de Fête (1948), on s’aperçoit qu’ILS DESSINENT UNE LIGNE DE FUITE QUI EST CELLE DE TOUT LE CINEMA FRANCAIS DE L’APRES GUERRE. Peut-être parce que s’il est permis à un comique moins qu’à quiconque de se désolidariser de son temps, même et surtout pour le critiquer, c’est chez Tati que l’on perçoit le mieux, de film en film, l’oscillation caractéristique du cinéma français:
ENTRE POPULISME ET ART MODERNE..

Tati n’est pas le témoin exemplaire et désolé du recul du cinéma français et de la dégradation du métier, IL PREND LE CINEMA DANS L’ETAT TECHNOLOGIQUE Où IL LE TROUVE. … En fait, LE GRAND SUJET DES FILMS DE TATI, C’EST CE QU’ON APPELLE AUJOURD’HUI LES MEDIAS.

Pas au sens restrictif des ‘grands moyens d’information’, mais au sens où l’entendait MacLuhan: ‘des EXTENSIONS spécialisées des facultés mentales ou psychiques de l’homme’, des PROLONGEMENTS de son corps, tout ou partie…. Les médias, c’est aussi le feu d’artifice tiré trop tôt et par erreur à la fin de VACANCES DE MONSIEUR HULOT et qui transformait Hulot en épouvantail lumineux…PARADE où chacun devient le sillage lumineux d’une couleur dans un paysage électronique. Et les médias, c’était aussi dans MON ONCLE ce parti pris très étonnant pour l’époque de ne pas faire rire le spectateur aux dépens des programmes de la TELEVISION achetée par le couple ‘moderne’, mais de réduire cette TELEVISION AU SPECTACLE ABSTRAIT, PRESQUE EXPERIMENTAL, DES SAUTES D’INTENSITE DE LA LUMIERE BLAFARDE IRRADIANT LE JARDIN RIDICULE.

L’essentiel et qu’il y ait à tout moment et pour n’importe qui (dans une sorte de démocratisation-généralisation du comique qui est le grand pari des derniers Tati, et sans doute la reconnaissance que nous sommes tous devenus comiques)
UN POSSIBLE DEVENIR_MEDIA. Du portier de PLAYTIME qui, la vitre brisée, DEVIENT LA PORTE toute entière à la bonne terrorisée à l’idée de passer sous le rayon électronique qui ouvre la porte du garage où ses patrons se sont bêtement enfermés (MON ONCLE), il y a pour le corps humain la possibilité (menaçante ou comique) de devenir à son tour une LIMITE, UN SEUIL (ET NON PLUS, COMME DANS LE BURLESQUE,UNE PROFONDEUR SCATOLOGIQUE). ART MODERNE,S’IL EN FUT.

… Tati ne condamne pas le MONDE MODERNE… ON PEUT MÊME DIRE, SANS TROP DE PARADOXE, QU’IL NE S’INTERESSE QU’A UNE CHOSE : COMMENT LE MONDE SE MODERNISE. Et s’il y a une logique dans ses films, des chemins de campagne de JOUR DE FÊTE aux autoroutes de TRAFIC, c’est celle qui continue à mener les hommes irréversiblement de la campagne vers les villes.

Il montre… que ce DEVENIR_MEDIA DU CORPS HUMAIN, çA MARCHE TRES BIEN DANS LA MESURE Où çA NE FONCTIONNE PAS. Pas catastrophe burlesque chez Tati,… mais plutôt une fatalité de réussite qui évoque KEATON. Tout ce qui est entrepris, prévu, programmé, marche et, si comique il y a, c’est justement le fait que ça marche… dans PLAYTIME, toutes ses entreprises sont couronnées de succès: Hulot finit par rencontrer l’homme au sparadrap sur le nez avec qui il a rendez-vous, il répare le lampadaire, se réconcilie avec le fabricant de portes silencieuses…l’ouverture du Royal Garden est un succès. Rien ne rate VRAIMENT dans PLAYTIME, bien que rien ne marche.

… Nous sommes tellement habitués par le cinéma à rire de l’échec, à jouir de la dérision, que nous finissons par croire que, devant PLAYTIME aussi,nous rions contre quelque chose, alors qu’il n’en est rien. Car chez TATI, il n’y a pas de CHUTE. les gags sont toujours amputés de leur chute, du moment de l’éclat de rire. Ou bien, c’est le contraire: il y a bien une chute mais nous n’avons pas vu le gag se mettre en place: nous sommes dans un monde où moins ça marche plus ça marche, donc dans un monde où une chute n’aurait plus l’effet de démystification et d’éveil qu’elle a là où l’échec est encore pensable. De même l’autre sens du mot ‘CHUTE’.Nous avons affaire à des corps qui ne sont pas rendus comiques par le fait qu’ils peuvent tomber. C’est le côté non humaniste du cinéma de Tati…

TOMBER N’EST QU’UN MOUVEMENT DU CORPS PARMI D’AUTRES. Ce qui est pour TATI, source de comique, c’est que ça [l’espèce humaine] tienne debout et que ça marche, que ça puisse marcher. A une dialectique du haut vers le bas, de ce qui s’érige et de ce qui s’écroule (tradition carnavalesque, situation que Bunuel a illustrée: de la caméra à hauteur d’insectes à Simon du désert agrippé à sa colonne), TATI substitue un autre comique où c’est le fait de se tenir debout qui est drôle et LE FAIT DE VACILLER (la démarche de Hulot) qui est humain.

 

Rosalind Nashashibi

Conférence aux Beaux Arts de Paris, amphithéâtre du mûrier, mercredi 28 Novembre, 18h, Rosalind Nashashibi proposé par Caro Sposo

«Réunissant son film le plus récent, Vivian’s Garden (2017), l’un des plus beaux moments de la dernière Documenta et un film plus ancien intitulé Carlo’s Vision (2011), ce programme consacré à Rosalind Nashashibi témoigne de sa capacité à saisir ce qui fait l’essence et l’émotion des relations humaines. Dans le premier, nous pénétrons dans l’intimité de l’artiste Vivian Suter et de sa mère Elisabeth Wild, deux émigrées européennes installées au Guatemala : une exploration du matriarcat et du post-colonial par le biais d’un touchant huis-clos familial. Inspiré d’un roman inachevé de Pier Paolo Pasolini, le second film entremêle documentaire et fiction, sites réels et fantasmes pour livrer un portrait subjectif de Rome.
Née en 1973 à Croydon (Grande-Bretagne), Rosalind Nashashibi vit à Londres. Peintre et cinéaste, elle élabore, depuis le milieu des années 1990, une œuvre centrée sur l’observation et la mise en scène des relations humaines et de la vie quotidienne, sources d’affects ambigus. En 2017, elle participe à la Documenta 14 et est nommée au Turner Prize. Elle a représenté l’Écosse à la 52e Biennale de Venise. Elle collabore régulièrement avec l’artiste Lucy Skaer. Séance précédée d’une présentation par le collectif Caro Sposo.»

https://www.documenta14.de/en/artists/13540/rosalind-nashashibi-and-nashashibi-skaer

vu à Documenta 2017 :

Uriel Orlow. Affinités des sols.

Aux Laboratoires d’Aubervilliers

http://leslaboratoires.org/article/rencontres-publiques-de-presentation-de-la-recherche/affinites-des-sols-soils-affinities

Micropolitiques des plantes

Rencontre aux Laboratoires d’Aubervilliers suivie d’un repas
Samedi 19 mai 2018, à 14h

Avec Serge Volper (auteur d’Une histoire des plantes coloniales), Françoise Vergès (politologue), Bouba Touré (écrivain, photographe et co-fondateur de la Coopérative de Samandiki Coura), Raphaël Grisey (artiste), Shela Sheikh (théoricienne en études postcoloniales), Ros Gray (théoricienne de l’art) et Uriel Orlow (artiste) [Artiste Manifesta 12].

Cette seconde rencontre organisée aux Laboratoires d’Aubervilliers questionnera les agencements structurelles et les processus subjectifs produits par les déplacement des plantes en mettant en perspectives les contextes coloniaux et post-coloniaux de ses déplacements.

À travers le prisme de la pensée économique des plantes l’internationalisation des cultures engendre une division social et économique des sols et du travail.

Serge Volper auteur d’Une histoire des plantes coloniales et responsable de la bibliothèque d’agronomie tropicale nous parlera des l’agriculture coloniale française, tandis que Françoise Vergès, politologue, proposera de se placer du point vu de la banane pour nous parler des conflits géo-politiques et économiques mondiaux. Bouba Touré écrivain, photographe et co-fondateur de la Coopérative de Somankidi Coura, et Raphaël Grisey, artiste, nous raconteront quant à eux l’histoire de la création de la coopératives fondée en 1977 au Mali tandis que Bouba Touré était travailleur migrant en France. Ils présenteront les archives autour de l’histoire de la coopérative. Enfin, Shela Sheikh et Ros Gray présenteront la dernière édition de la revue Third Text sur les histoires et les conflits des sols.

Henri Matisse. Conversation du 18 mars

Matisse, élève de Gustave Moreau, ne faisait que des natures mortes : « J’ai cru que je ne ferais jamais de figures, puis j’ai mis des figures dans mes natures mortes… Mes figures vivent pour les mêmes raisons qui faisaient vivre mes natures mortes… un ensemble amoureux, un sentiment dans mes objets qui en faisait la qualité… » (Conversation du 18 mars).

In Aragon. Henri Matisse, roman, « Matisse en France, 1942 », page 142

Leo Goldsmith. Souvenirs d’utopie : les modèles de Collages de France de Jean-Luc Godard

“Memories of Utopia: Jean-Luc Godard’s ‘Collages de France’ Models”
MIGUEL ABREU GALLERY, New York — January 14–March 11, 2018

In 2006, French filmmaker and polymath Jean-Luc Godard was commissioned to curate an exhibition at the Centre Pompidou, devising a series of 18 maquettes—nine large, nine small—as a plan for “Collage(s) de France: Archaeology of the Cinema.” The exhibition would link a series of rooms—each with its own title, like “Myth (allegory of cinema),” “The Camera (metaphor),” and “The Real (reverie)”—featuring objects, artworks, and videos. The result would be a kind of funhouse excursion through the director’s major themes and obsessions: cinematic and media images, the patrimonies of Europe, Hollywood, and their cultural and ideological peripheries.
But the exhibition was not to be: after two years of work, Godard abruptly abandoned the project, leaving the museum’s then-director of cultural development, Dominique Païni, to construct an attenuated version in its place: “Travel(s) in Utopia, Jean-Luc Godard 1946–2006, In Search of a Lost Theorem,” in which paintings by Nicolas de Staël and Henri Matisse were exhibited in proximity to excerpts from films by Godard and his idols (like Fritz Lang and Robert Bresson) and collaborators (like his longtime partner Anne-Marie Miéville).
While Godard’s original idea for the show was never realized, his maquettes (all from 2004­­–2006)—eventually deposited in one of the rooms of the exhibition—remain, and these form the basis of “Memories of Utopia.” Intricately, if shabbily, constructed from a bewildering set of materials—foamcore, watercolor, felt pen, wood, glue, plexiglass, motorized mechanisms, lamps, iPods, books, and all kinds of stray junk—these maquettes are perhaps in themselves more satisfying than the exhibition they envisage, offering a playfully diminutive, dollhouse-like treatment of a rather bombastic set of ideas. In this form, Godard’s show at Miguel Abreu, spread across the gallery’s two locations and supplemented with videos, sketches, and reading materials, takes on the pedagogical character hinted at in its punning title (which alludes to the Collège de France), constructing a space of “free research.”
En 2006, le cinéaste et artiste polymorphe français Jean-Luc Godard a été chargé d’organiser une exposition au Centre Pompidou, concevant une série de 18 maquettes —neuf grandes, neuf petites— comme un plan pour Collage (s) de France: Archéologie de la Cinéma. « L’exposition devait relier une série de pièces —chacune avec son propre titre, comme » Mythe (allégorie du cinéma) « , » La Caméra (métaphore) « et » Le Réel (rêverie) « — mettant en vedette des objets, des œuvres, et des vidéos. Le résultat serait une sorte d’excursion de type fun house à travers les principaux thèmes et obsessions du réalisateur: les images cinématographiques et médiatiques, les patrimoines de l’Europe, Hollywood, et leurs périphéries culturelles et idéologiques.
Mais l’exposition ne devait pas avoir lieu : après deux ans de travail, Godard abandonna brusquement le projet, laissant à Dominique Païni, alors directeur du développement culturel du musée, la construction d’une version raccourcie à sa place: «Voyage (s) en Utopie, Jean-Luc Godard 1946-2006, À la recherche d’un théorème perdu», dans laquelle des tableaux de Nicolas de Staël et Henri Matisse étaient exposés à proximité d’extraits de films de Godard et de ses idoles (comme Fritz Lang et Robert Bresson) et collaborateurs (comme son partenaire de longue date Anne-Marie Miéville).
Alors que l’idée originale de Godard pour la manifestation n’a jamais été réalisée, ses maquettes (toutes de 2004 à 2006) —finalement déposées dans l’une des salles de l’exposition— subsistent, et elles forment la base de «Souvenirs d’utopie», construites à partir d’un ensemble déconcertant de matériaux —mousse, aquarelle, feutre, bois, colle, plexiglass, mécanismes motorisés, lampes, iPods, livres et toutes sortes de déchets— ces maquettes sont peut-être plus satisfaisantes que l’exposition prévue, offrant un traitement ludique en petit, comme une maison de poupée d’un ensemble d’idées plutôt grandiloquentes. Sous cette forme, la manifestation de Godard chez Miguel Abreu, réparti sur les deux emplacements de la galerie et complété par des vidéos, des croquis et des supports de lecture, reprend le caractère pédagogique évoqué dans son titre punitif  (qui fait allusion au Collège de France), construisant un espace de « recherche libre ».

The Pompidou’s press release for “Travel(s)” applies just as well to Godard’s original designs: “a poetic and philosophical meditation based on a link-up method—a montage of images borrowed from the history of art and the cinema, current events and [Godard’s] films.” Godard’s relation to traditions of collage and montage has dominated the reception of his work since the beginning of his career in the late 1950s. In 1965, no less a figure than Louis Aragon placed him squarely in the same lineage as Georges Braque and Pablo Picasso (and, by extension, yoking cinema with a tradition of painting). It was on the same grounds that he drew the derision of the French avant-garde, notably the Situationists, who saw in Godard’s work a crass banalization of their own more polemical methods. What could be more damning, after all, than the famous “alternate title” of Godard’s 1966 film Masculin Féminin—“The Children of Marx and Coca-Cola”—which reduces collage’s radical juxtapositions to the stultifying onslaught of commercial image-making?
Le communiqué de presse de Pompidou « Voyage (s) » s’applique aussi bien aux créations originales de Godard: « une méditation poétique et philosophique basée sur une méthode de liaison —un montage d’images empruntées à l’histoire de l’art et du cinéma, à l’actualité et aux films de [Godard]. » Le rapport de Godard aux traditions du collage et du montage a dominé la réception de son travail depuis le début de sa carrière à la fin des années 1950. En 1965, pas moins un personnage comme Louis Aragon le place carrément dans la même lignée que Georges Braque et Pablo Picasso (et, par extension, accouplant le cinéma à une tradition de peinture). C’est pour les mêmes raisons qu’il a tourné en  dérision l’avant-garde française, notamment les situationnistes, qui ont vu dans l’œuvre de Godard une grossière banalisation de leurs propres méthodes plus polémiques. Quoi de plus accablant, après tout, que le fameux «titre alternatif» du film Masculin Féminin de Godard  que Les enfants de Marx et Coca-Cola qui réduit les juxtapositions radicales du collage à l’assaut destructeur de l’image commerciale?


Indeed, from his brief late-1960s “Maoist” period onward, Godard seems to have taken this critique to heart, transforming his mode of collage into a more autocritical and instructive procedure—what critic Serge Daney called “Godardian Pedagogy,” the cinema as classroom.(1) Jacques Rancière has noted a similar trajectory: from his early work’s “clash of contraries… between the world of ‘high culture’ and the world of the commodity,” to the more fusion-like approach of his later work. This “fusion of images,” Rancière writes, “attests to… the reality of an autonomous world of images and its community-building power… the unforeseeable encounter of cinematic shots with the paintings of the imaginary Museum, of the images of death camps and literary texts taken against their explicit meaning.”(2)
En effet, à partir de sa brève période «maoïste» de la fin des années 1960, Godard semble avoir pris cette critique à cœur, transformant son mode de collage en une procédure plus autocritique et instructive —ce que Serge Daney appelle «Godardian Pedagogy». (1) Jacques Rancière a noté une trajectoire similaire : du «choc des contraires» de son premier travail … entre le monde de la «haute culture» et le monde de la marchandise », vers une approche plus fusionnelle de son œuvre ultérieure. Cette «fusion des images», écrit Rancière, «témoigne de … la réalité d’un monde autonome d’images et de son pouvoir de construction communautaire … la rencontre imprévisible des prises de vue cinématographiques avec les peintures du musée imaginaire, des images des camps de la mort et de textes littéraires pris contre leur sens explicite. « (2)

In this sense, the aborted exhibition —Godard’s encounter of cinema, painting, atrocity, and literature within an “imaginary museum »— takes up an instructive position alongside his cinematic work. A model for a room entitled Murder (sesame) (theorem) (editing) intersects paintings by Diego Velazquez and Jacques-Louis David, a Gustave Doré engraving, a photograph of the 1956 Hungarian Uprising, images of Eisenstein and Lauren Bacall, enlarged citations from Jean Racine, Emmanuel Levinas, and the Bible, and a copy of Raymond Chandler’s The Long Goodbye (1953). The rough assemblage envisioned here offers precisely the place of playful association and irreverent referentiality that Godard approaches in his films. And yet—crucially—we encounter this spatial montage not in the spectacular environs of either the cinema or the Pompidou, but hovering above it: peering into an imaginary museum, a mock-up never to be executed. It was perhaps Godard’s insight that, rather than subsume the viewer in the spectacle of either an exhibition or a film, these collages and collisions and fusions would be better inspected from above—that is, from his own point of view. The museum is not a classroom.
En ce sens, l’exposition avortée —la rencontre du cinéma, de la peinture, de l’atrocité et de la littérature par Godard dans un «musée imaginaire»— prend une position instructive à côté de son travail cinématographique. Un modèle pour une pièce intitulée Meurtre (sésame) (montage) (édition) croise des peintures de Diego Velazquez et Jacques-Louis David, une gravure de Gustave Doré, une photographie de l’Insurrection hongroise de 1956, des images d’Eisenstein et Lauren Bacall, des citations agrandies de Jean Racine, Emmanuel Levinas, et la Bible, et une copie de The Long Goodbye de Raymond Chandler (1953). L’assemblage grossier envisagé ici offre précisément la place de l’association ludique et de la référentialité irrévérencieuse que Godard aborde dans ses films. Et pourtant —et surtout— nous ne rencontrons ce montage spatial ni dans les environnments spectaculaires du cinéma ou du Pompidou, mais au-dessus: un musée imaginaire, une maquette jamais exécutée. C’était peut-être l’idée de Godard que, plutôt que d’englober le spectateur dans le spectacle d’une exposition ou d’un film, ces collages, collisions et fusions seraient mieux inspectés d’en haut, c’est-à-dire de son propre point de vue. Le musée n’est pas une salle de classe.

(1) Serge Daney, « Le terrorisé (pédagogie godardienne) », Cahiers du cinéma 262-3 (janvier 1976): 32-40.
(2) Jacques Rancière, Malaise dans l’esthétique, trad. Steven Corcoran (Cambridge: Polity Press, 2009), 122.
Leo Goldsmith is a writer, teacher, and curator based in New York. He is currently an adjunct lecturer at the Center for Experimental Humanities at New York University and the Feirstein Graduate School of Cinema at Brooklyn College. He co-edits the film section of The Brooklyn Rail.

Cézanne peint

«Je n’ai pas marqué sèchement les bords extérieurs de ma figure et fait ressortir jusqu’au moindre détail anatomique, car le corps humain ne finit pas par des lignes […]. La nature comporte une suite de rondeurs qui s’enveloppent les unes dans les autres. Rigoureusement parlant, le dessin n’existe pas […] la ligne est le moyen par lequel l’homme se rend compte de l’effet de la lumière sur les objets; mais il n’y a pas de ligne dans la nature, où tout est plein : c’est en modelant qu’on dessine, c’est-à-dire qu’on détache les choses du milieu où elles sont, la distribution du jour donne seule l’apparence aux corps ! […] Peut-être faudrait-il ne pas dessiner d’un seul trait, et vaudrait-il mieux attaquer une figure par le milieu, en s’attachant d’abord aux saillies les plus éclairées, pour passer ensuite aux portions les plus sombres. N’est-ce pas ainsi que procède le soleil, ce divin peintre de l’univers ?» Catalogue Cézanne… http://www.societe-cezanne.fr/

«Like Paul Cézanne, Matisse constructs the landscape so that it functions as a stage. In both works trees are planted at the sides and in the far distance, and their upper boughs are spread apart like curtains, highlighting the figures lounging beneath. And like Cézanne, Matisse unifies the figures and the landscape. Cézanne does this by stiffening and tilting his trunk-like figures [en raidissant et en inclinant ses figures en forme de tronc]. In Matisse’s work, the serpentine arabesques that define the contours of the women are heavily emphasized, and then reiterated in the curvilinear lines of the trees.» https://www.henrimatisse.org/joy-of-life.jsp#prettyPhoto