Articles par Liliane

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« Il existe un tableau de Klee qui s’intitule «Angelus Novus». Il représente un ange qui semble sur le point de s’éloigner de quelque chose qu’il fixe du regard. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte ses ailes déployées. C’est à cela que doit ressembler l’Ange de l’Histoire. Son visage est tourné vers le passé. Là où nous apparaît une chaîne d’événements, il ne voit, lui, qu’une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les précipite à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler ce qui a été démembré. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si violemment que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse irrésistiblement vers l’avenir auquel il tourne le dos, tandis que le monceau de ruines devant lui s’élève jusqu’au ciel. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès. »

Walter Benjamin. Sur le concept d’histoire, IX , 1940. Gallimard, Folio/Essais, 2000,  p. 434.

Relu dans : https://www.franceculture.fr/emissions/les-regardeurs/angelus-novus-1920-de-paul-klee-1879-1940

Trouvé dans cette page web du site dédié à Picabia — fait par le Comité Picabia, 26 rue Danielle Casanova – 75002 Paris
l’explication de Voilà la fille née sans mère, aquarelle, gouache argentée, encre de Chine, mine graphite sur carton, 75 x 50 cm, vue dans l’exposition au centre Pompidou, Marcel Duchamp, la peinture même, (+ http://slash-paris.com/evenements/marcel-duchamp-la-peinture-meme) :

«Alors, la machine infernale explose : 1914, la Première Guerre Mondiale. Grâce à des relations de sa famille, Picabia militaire part en mission à Cuba en Mai 1915, mission qu’il abandonne lors d’une escale à New York. Il reprend contact avec ses amis de la Galerie 291, Stieglitz et Marius de Zayas, avec Marcel Duchamp et avec le salon de Walter Arensberg, grand ami des arts. Dans un article du New York Tribune d’octobre 1915, intitulé “Les artistes francais stimulent l’art américain”, Picabia écrit :
« La machine est devenue plus qu’un simple instrument de la vie humaine. Elle est réellement une part de la vie humaine. Je me suis approprié de la mécanique du monde moderne et je l’ai introduite dans mon atelier… » Plus loin il affirme vouloir travailler jusqu’à ce qu’il atteigne “le sommet du symbolisme mécanique”. Dans la revue 291 (issue de la Galerie 291), il publie une série de “portraits-objets” comme celle d’Alfred Stieglitz représenté en appareil photographique, le portrait d’une Jeune fille américaine vu comme une bougie de moteur (l’allumeuse) et le dessin Fille née sans mère (quintessence de la machine, créée par l’homme à son image).:

et aussi in
https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/crbjez/rgz6Xn6 >Extrait du catalogue Collection art graphique – La collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, sous la direction de Agnès de la Beaumelle, Paris, Centre Pompidou, 2008.
Texte d’Arnauld Pierre:
«« Il n’est pas donné à tout le monde d’aller à Barcelone », dit une des locutions qui parcourt le Portrait de Marie Laurencin, [figure aussi dans l’expo Duchamp], sous l’aspect d’une chaîne de transmission animant les rouages d’une hélice. Barcelone est alors l’un des lieux d’exil des artistes et intellectuels réfractaires à la guerre et à l’engagement patriotique, dont profitent Marie Laurencin et son mari allemand (d’où l’inscription «à l’ombre d’un boche»), mais aussi Albert Gleizes et son épouse Juliette Roche. Picabia s’y réfugie, entre deux séjours new-yorkais, de l’été 1916 au début de l’année suivante. Il y fait paraître les premiers numéros de la revue 391, organe d’un dadaïsme dont il ignore encore le nom bien qu’il en pratique l’esprit.
En guise de portrait de la séduisante amie de Guillaume Apollinaire, une hélice de refroidissement d’automobile (copiée d’un manuel de mécanique paru en 1915) : Picabia a déjà réalisé, à New York en 1915, des portraits de ses proches en « équivalent-machine (Alfred Stielglitz en appareil photographique, Marius De Zayas sous la forme d’un circuit électrique d’automobile, Paul Haviland étant une lampe de voyage et Agnes Ernst-Meyer une bougie de moteur) ; puis, à Barcelone encore, Juliette Gleizes en manomètre ; lui-même ne s’est pas oublié, en se représentant sous les traits d’un schéma de klaxon. Ces encres précises ou ces aquarelles légères se veulent effectivement sans profondeur ni intériorité, froides comme des schémas scientifiques : Picabia dénie la dimension subjective du genre du portrait en organisant la substitution du psychologique par le mécanique. Le « symbolisme de la machine », auquel il dit s’être converti, est une version désenchantée du « symbolisme psychologique »de l’orphisme. Il ne donne plus accès qu’à l’âme moderne et à ses mouvements réifiés, sclérosés en mécanique répétitive ; l’érotisme lui-même – celui qui pourrait être attaché à l’évocation de la figure féminine, d’une séduction aussi « ventilée » ou volage que celle de Marie Laurencin – n’est plus qu’affaire de rouage et de moteur.
C’est également à New York que Picabia forge le mythe de la « fille née sans mère », la machine, ainsi définie dans un texte contemporain de Paul Haviland paru dans 291 : « L’homme a fait la machine à son image. […] La machine est sa “fille née sans mère”. C’est pourquoi il l’aime. Il l’a faite supérieure à lui-même. C’est pourquoi il l’admire. […] Après avoir fait la machine à son image, son idéal humain est devenu machinomorphique. » La « fille née sans mère » s’insère ainsi dans la lignée de l’ancien mythe romantique de l’engendrement sans organe, où l’on croise l’« Ève future » de Villiers de l’Isle-Adam et d’autres images littéraires ou visuelles, nourries du parallèle entre la physiologie humaine et les organes de la machine – à l’instar de la Broyeuse de chocolatde Marcel Duchamp (1914), qui semble préfigurer la structure mécanique de Voilà la fille née sans mère. Chez Picabia comme chez Duchamp, ces figurations mécanomorphiques sont la plupart du temps sexualisées, et déportent la psychologie amoureuse du côté d’un désabusement cynique et anti-sentimental dont Guillaume Apollinaire, en une claire allusion aux machines de Picabia, fera l’un des traits caractéristiques de ce qu’il nomme l’esprit nouveau : « Des machines, filles de l’homme et qui n’ont pas de mère, vivent une vie dont les sentiments et les passions sont absents. »
En novembre 1922, Picabia expose à la galerie Dalmau de Barcelone une série paradoxale de plus de quarante aquarelles, mêlant sur les murs, par dérision à l’égard de tout système formel, certaines œuvres clairement figuratives (des portraits kitsch d’Espagnoles) à d’autres (les plus nombreuses) qui sont presque abstraites ou géométriques, à effets optiques et encore mécanomorphiques, telle que Pompe. Comme toutes celles-ci, la grande aquarelle offre le schéma, simplifié à l’extrême, d’un moteur de pompe pneumatique « copillé » d’une reproduction photographique tirée du magazine populaire La Science et la Vie. Surfaces sèchement délimitées et remplies en aplats lisses, formes tracées au compas et à la règle définissent un langage visuel fait de précision et d’indifférente neutralité. En l’adoptant, Picabia montre qu’il ne s’agit pas seulement, pour le peintre revenu des mythes de l’art comme épanchement de la subjectivité créatrice, de peindre des machines, mais aussi, en faisant des images avec d’autres images, de peindre comme une machine.»
Références bibliographiques :

Francis Picabia. Collections du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, D. Ottinger (dir.), Paris, Centre Pompidou, 2003.
Francis Picabia. Galerie Dalmau. 1922, cat. exp., Paris, Centre Pompidou, 1996.
A. Pierre, Francis Picabia. La peinture sans aura, Paris, Gallimard, 2002.

 

imagerie
http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=8&menu=

Vu à Berlin, janvier 2009

chairevent01
George Brecht, Chair Events, (realisiert durch René Block in Sydney 1990). 1969
Sammlung René Block, Leihgabe im Neuen Museum in Nürnberg

«Anyone with one of my scores for a chair-or ladder event can find, or realize, such an event privately. No problem. If such an event is realized in public, it should be titled and/or announced as « A George Brecht ‘Chair Event’, realized by (name of the person who realized it). » If you feel you require ‘authorization’ for the event, then send me two color photos of the work, 20×25 cm, I will then send one photo back to you, with, on the back, my signed ‘authorisation’.» George Brecht an René Block

chairevent02

Entretien avec George Maciunas, Larry Miller, 24 mars 1978
«Si on tire une expérience artistique de la composition de Brecht, allumant et éteignant la lumière tous les soirs ou tous les matins, tout le monde est [artiste], tu vois? […] Si on peut retirer une expérience de la vie quotidienne, des ready-made quotidiens, si on peut remplacer l’expérience artistique par cela, alors on élimine complètement le besoin d’artistes. Tout ce que j’ajouterais et je dirais, eh bien, c’est qu’il serait encore mieux d’obtenir une expérience artistique d’une chaise de Charles Eames, disons. Ainsi on a une bonne chaise sur laquelle on peut s’asseoir, plus une expérience artistique quand on s’assoit. On fait d’une pierre deux coups et on n’a toujours pas besoin d’artistes, mais on a besoin de quelqu’un comme Charles Eames, ah, ah.»

https://art21.org/2021/10/20/five-new-films-for-fall-2021/p

« The Edge of LegibilityKameelah Janan Rasheed

October 20, 2021

One of five new films from Art21’s fall 2021 programming

logo·​phile | \ ˈlȯ-gə-ˌfī(-ə)l : a lover of words. A self-described “learner,” immersed in books since childhood, text-based artist Kameelah Janan Rasheed is uniquely fascinated with the written word and its power to both define and destabilize how we understand the world. Rasheed photocopies pages from books and printed materials, cuts out words and sentences, and re-arranges them in poetic, provocative, or even confusing combinations. The resulting sprawling wall collages, billboards, films and public installations encourage viewers to do the work of understanding. “It’s really an invitation,” says Rasheed, “Come think with me.” This short documentary film explores the artist’s expansive ideas and miniaturist process in her book-filled, Brooklyn home studio; the film’s exclusively close up style mirrors Rasheed’s own preoccupation with fragments, slowly building up a portrait over time.

From her studio, Rasheed sorts through stacks of childhood drawings and family photographs while recounting her father’s conversion to Islam in the early 1980s. His method of note taking, excerpting, and annotating inspired Rasheed’s own artistic practice. “I was thinking of this idea of talking back to a text,” says the artist, “Each time we read something, we’re annotating on the page or in our heads and creating a new text. It’s this act of collaboration between the reader and the writer.” At work on a new piece, Rasheed searches her books for specific shapes and styles of lettering, rather than particular words. She pieces together these fragments into longer phrases and sentences, intuitively creating combinations that code or complicate that which could be said plainly. Rather than jumping to understanding, viewers are invited to move more slowly and engage with works over and over again to create layers of meaning. For Rasheed, this approach also presents a powerful possibility for how we can publicly move through the world and create a kind of self-protection. “I think a lot about what it actually means to make myself legible,” says the artist. “How you present yourself to the world that’s legible and appealing to people, versus I’m not gonna make myself known until I’m ready.” »

New York Close Up

Ella Bergmann-Michel, Wo wohnen alte Leute? 1931

Vu dans l’exposition Allemagne années 20, Centre Pompidou. La projection de l’extrait du film s’insère dans la 5e partie de l’exposition titrée Les choses : « Le regard scrutateur des artistes de la Nouvelle Objectivité les amène à prendre comme modèles les objets. En raison de sa technique soi-disant objective, la photographie , [ici le cinéma] paraît adaptée au rendu précis des choses dans leur matérialité, […], la tension entre ces  plantes inertes  et l’environnement dépouillé et géométrisé [de cette espèce d’ehpad]. […] Ces plantes sont photographiées véritablement comme des objets. On ne s’intéresse pas aux plantes en tant qu’êtres vivants ; […] Ce sont des natures mortes. »

2.
Ella Bergmann-Michel Wahlkampf1932 (Letze Wahl) Election 1932 (The Last Election)

« Documentaire sur les élections de 1932 fatales à la République de Weimar »
Ella Bergmann-Michel’s last of five documentary films, a fragment.
« There were shots of election posters, of lively street discussions, of types of members of each party. The Frankfurt streets and alleys were documented, already adorned with the swastika flags and hammer and sickle as well as with the well-known flag with the three arrows. Then I had to stop filming for political reasons. It was January 1933. »
Live aural counterpoint: williwaw (donkeyscratch.com), recorded at The Old Hairdressers, 10 April 2016, playing yet another version of The Elephant’s Porteur.


Orangenesser (KON-GO KON-GO) [Mangeur d’orange (KON-GO KON-GO)], linogravure à partir de deux plaques, 1981


Fermer le ciel, Linocut 21x21cm…


d’après un dessin préparatoire d’Étienne…


d’après une photo de presse.

Guerre en Ukraine : Zelensky craint « l’apocalypse » en Europe si le monde « ne parvient pas à stopper » Poutine
Le président ukrainien appelle les alliés de son pays à « fermer le ciel » ou à livrer à Kiev des avions de combat. Il se redit prêt à des négociations sans conditions avec Moscou
Par Rémy Ourdan (Kiev, envoyé spécial) Article réservé aux abonnés

Volodymyr Zelensky, en conférence de presse à la résidence présidentielle du palais Mariinsky, à Kiev, le 3 mars 2022. LAURENT VAN DER STOCKT POUR « LE MONDE »

Volodymyr Zelensky, ces jours-ci l’homme le plus menacé de la planète, sourit. « La vie est comme elle est. Je suis vivant et le sentiment d’être important pour d’autres, c’est bien. Le moral est bon, l’équipe travaille, personne n’est parti. » Le dirigeant ukrainien, dont la chute ou l’assassinat est un des objectifs de guerre de Moscou, reconnaît être « un être humain comme un autre, qui a envie de vivre ». « Je pense tout le temps à la vie de nos soldats. Je pense aux membres de ma famille. En revanche, en tant que président, je n’ai pas le droit d’avoir peur pour moi-même. »

M. Zelensky est « président de guerre » depuis une semaine lorsqu’il rencontre pour la première fois, jeudi 3 mars, un groupe de journalistes internationaux, dont Le Monde, pour une conférence de presse restreinte. Son équipe a aménagé une salle anonyme et « bunkerisée » dans une aile du palais Mariinskyi, la présidence ukrainienne, dans le centre-ville de Kiev. Comme lorsqu’il diffuse chaque jour des messages vidéo à l’attention de ses compatriotes, M. Zelensky tient à mettre en scène un chef d’Etat au travail dans son lieu habituel, ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il y travaille ou y vive en permanence.

Alors que Moscou intensifie son offensive militaire contre l’Ukraine en dépit d’une réprobation mondiale et d’appels incessants à un cessez-le-feu, et que Kiev craint un encerclement imminent, M. Zelensky veut faire passer quelques messages. On dirait que ce président, traqué et par ailleurs exténué, qui dit avoir une quinzaine de conversations par jour avec des chefs d’Etat ou de gouvernement, lance ses dernières bouteilles à la mer avant ce qu’il pense être « l’apocalypse ».

« Fermez le ciel ! »

Le premier message, très concret, concerne l’écrasante supériorité aérienne de la Russie dans cette guerre. Même si l’Ukraine ralentit tant bien que mal certaines offensives terrestres et se prépare à des actions de guérilla dans les villes, il sait que son pays n’a aucune chance de survivre face à l’aviation russe. Il évoque donc l’éventualité d’une « no-fly zone », une zone d’exclusion aérienne. Les alliés de l’Ukraine ont déjà exclu cette hypothèse car, en Europe, seule l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) pourrait mettre en œuvre une telle mesure, comme l’Alliance atlantique l’avait fait dans le ciel d’ex-Yougoslavie dans les années 1990. Or il est, cette fois, hors de question d’engager directement l’OTAN dans un conflit avec la Russie, puissance nucléaire hostile.

« Si vous n’avez pas la force de fermer le ciel, alors donnez-moi des avions !, s’exclame M. Zelensky. Si vous ne le faites pas maintenant, alors dites-nous combien d’Ukrainiens ont besoin d’être tués, combien de mains, de jambes, de têtes ont besoin de s’envoler pour que vous nous entendiez ! Dites-moi, et j’attendrai ce moment… » Il précise qu’il ne souhaite « pas du tout » que l’OTAN entre en guerre contre la Russie, mais qu’il estime que l’Alliance dirigée par les Etats-Unis « a le pouvoir d’empêcher des guerres » par sa force de dissuasion. « Fermez le ciel ! répète-t-il. Le ciel nous tue !  »

L’autre message du président Zelensky est que cette guerre ne concerne pas seulement l’Ukraine mais l’Europe entière, voire l’humanité. « Si nous disparaissons, que Dieu nous protège, ensuite ce sera la Géorgie, la Moldavie, les pays baltes, la Pologne… Ils iront jusqu’au mur de Berlin, croyez-moi », dit-il, évoquant sa conviction que le président russe, Vladimir Poutine, aurait pour objectif de recréer la sphère d’influence passée de l’Union soviétique.

Au-delà de la menace politique et militaire qui pèserait sur l’Europe, M. Zelensky estime que l’Ukraine, qui fait selon lui face à « des actes de génocide et de nazisme », est engagée dans un combat de « défense de la civilisation » face à une menace qui concerne « le monde entier ». « C’est la fin du monde, la fin de ce monde-ci, si nous ne parvenons à stopper » ce qu’il décrit par ailleurs comme « le Mal ».

Prêt à des négociations sans conditions

Rappelant qu’il ne souhaite que « la paix en Ukraine », le président Zelensky se dit prêt à des négociations à tout moment et sans conditions avec le chef de l’Etat russe. « Ce n’est pas que je veux parler à Poutine, mais je dois parler à Poutine. Le monde doit parler à Poutine. Il n’y a pas d’autre moyen d’arrêter cette guerre. Il faut parler sans conditions, sans rancœur, comme des hommes. »

A un autre moment de la conversation, il s’emporte contre la Russie. « Bon Dieu, que voulez-vous de nous ? Quittez notre terre ! » Puis évoque l’hypothèse d’une rencontre avec M. Poutine. « Si tu ne veux pas quitter notre terre, assieds-toi avec moi et parle. Mais pas à trente mètres comme avec Macron ou Scholz. Nous sommes des voisins, parle-moi ! Je suis un gars normal, je ne mords pas ! De quoi as-tu peur ? ! »

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La conférence de presse sous haute sécurité de Volodymyr Zelensky, donnée à plusieurs médias internationaux, dont « Le Monde », au palais Mariinsky, à Kiev, le 3 mars 2022. LAURENT VAN DER STOCKT POUR « LE MONDE »

Même si la situation de l’Ukraine paraît désespérée face à l’attaque russe, M. Zelensky affirme encore croire aux vertus de la diplomatie, notamment en référence aux deux rencontres ayant eu lieu entre des émissaires des deux pays à la frontière biélorusse. « Chaque parole est plus importante qu’un tir », pense-t-il.

Evoquant ses conversations avec les dirigeants étrangers, le président ukrainien se dit heureux qu’avec beaucoup d’entre eux, il n’ait plus besoin « des conneries du protocole diplomatique », répétant que « des gens meurent, là », et qu’il serait indécent de perdre du temps pendant que l’Ukraine sombre. « On est en contact. Avec WhatsApp on s’appelle, on se parle, on s’envoie des messages. »

S’il dit « regretter » de ne pas avoir eu d’échanges personnels plus nourris avec le président américain avant la guerre, il évoque « un dialogue désormais très bon » avec Joe Biden. Il rend surtout hommage aux dirigeants européens. On sait qu’il maintient un dialogue permanent avec le président français, Emmanuel Macron, ou le premier ministre britannique, Boris Johnson. Il évoque avec émotion « les appels quotidiens » du premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, qui dirige le pays voisin qui reçoit le plus de réfugiés ukrainiens et qui ne cesse de lui proposer l’aide de la Pologne à différents niveaux.

« Les Ukrainiens ne se défilent pas »

Interrogé par un documentariste israélien sur ses liens avec Israël, M. Zelensky, qui n’évoque presque jamais publiquement ses racines juives ou le judaïsme, ne manie pas la langue de bois. Disant avoir été « très frappé » par une photographie de religieux juifs priant devant le mur des Lamentations le corps enroulé dans des drapeaux ukrainiens, en signe de solidarité avec son pays, il affirme qu’en dépit de « bonne relations » avec Israël en temps normal, cette semaine d’attaque russe est « le moment qui définit tout », et qu’il doit s’avouer déçu par Israël, qui maintient un dialogue étroit avec Moscou. « Je n’ai pas l’impression, dit-il, que [le premier ministre israélien Naftali Bennett] soit enroulé dans le drapeau ukrainien. »

La discussion dure. Les gardes du corps du président ukrainien commencent à se murmurer les uns aux autres dans leurs oreillettes qu’il serait peut-être temps d’emmener le président. Les journalistes ont été priés de respecter un embargo de dix minutes après la fin de la conférence de presse avant de diffuser dépêches ou tweets, afin de permettre à M. Zelensky de quitter les lieux.

Le « chef de guerre » malgré lui évoque son pays. « Je ne suis fort que grâce à notre armée et à ce peuple extraordinaire », a-t-il dit en arrivant dans la pièce. « Nous avons survécu deux guerres mondiales, trois famines, l’Holocauste, l’explosion de Tchernobyl, l’occupation de la Crimée, la guerre dans l’est du pays… On a essayé de nous détruire à maintes reprises, mais ce ne fut pas le cas, raconte-t-il. Alors si quiconque croit qu’après avoir surmonté tout cela, les Ukrainiens vont être brisés et capituler, c’est qu’il ne connaît pas l’Ukraine et n’a rien compris aux Ukrainiens. » M. Zelensky conclut que « les Ukrainiens ne se défilent pas face aux épreuves et aux défis ».

M. Zelensky finit par partir d’un pas pressé. Les hommes de sa sécurité rapprochée l’emmènent le long d’un couloir sombre, où l’on avance à la lumière de lampes de poche. Dans certains recoins de cette aile de la présidence, des soldats montent des remparts de sacs de sable. Ils se préparent pour une bataille, pour un siège, pour quoi que ce soit qui va frapper Kiev si la guerre ne s’arrête pas. Conseillers du président comme combattants sont calmes. Ils paraissent sereins, en dépit du désastre qui s’abat sur l’Ukraine. »

2022

Adam Szymczyk est un critique d’art et conservateur polonais. Il a été directeur artistique de la documenta 14 à Athènes et Kassel en 2017, et directeur de la Kunsthalle Basel de 2004 à 2014. Il est conférencier invité à l’Akademie der bildenden Künste à Vienne ainsi qu’à la Hochschule für Gestaltung und Buchkunst à Leipzig, en Allemagne.

2018 in Frieze

On aurait pu s’attendre à ce que la mise en scène de la Documenta 14 par Szymczyk à Athènes et à Kassel divise l’opinion, étant donné la promesse du conservateur de remettre en question les idées préconçues sur ce que pourrait être l’exposition majeure. Pourtant, la controverse s’est transformée en crise lorsqu’il est apparu à la fin de l’année dernière que l’organisation avait dépensé plus de 7 millions d’euros, ce qui a conduit la branche de Kassel du parti d’extrême droite allemand AfD à poursuivre Szymczyk et la PDG Annette Kulenkampff pour mauvaise gestion des fonds publics (ils ont été blanchis en août de tout méfait). La politisation de l’exposition a été confirmée en octobre par le retrait du Monument aux étrangers et aux réfugiés d’Olu Oguibe.(2017) de la place centrale de Kassel par le gouvernement local. Szymczyk a peut-être été coupable d’exagération, mais son décentrement radical du quinquennal – des expositions jumelées complétées par de vastes publications et des programmes publics explorant l’indigénité, l’antifascisme, la résistance, l’identité et la marginalité – a provoqué des conversations de plus en plus pressantes. Sans oublier que ses récents déboires révèlent les enjeux accrus des guerres culturelles européennes. Son prochain déménagement est suivi avec intérêt.

lien http://lantb.net/figure/?p=368

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