in Libération du jour, David Graeber: «La bureaucratie permet au capitalisme de s’enrichir sans fin». Extrait
Q. : Le changement climatique ne va-t-il pas nous forcer à changer de modèle ?
David Graeber* : Je suis très inquiet à ce sujet parce que les institutions politiques ne sont plus capables de générer des politiques. Le chercheur Bruno Latour me disait l’autre jour que seuls les militaires américains et chinois avaient la capacité d’intervenir contre le réchauffement climatique à un niveau global. Des idées circulent dans les laboratoires de recherche. Ironiquement, la façon la plus efficace d’intervenir contre le changement climatique à une échelle massive, ça serait de planter des arbres, ça serait facile à faire et sans bureaucratie !
* Pilier du mouvement Occupy Wall Street, l’anthropologue et économiste américain accuse le capitalisme de faire pire que le socialisme en matière de réglementations et de paperasse. Une «bureaucratisation du monde» au profit des plus puissants, qui a des répercussions jusque sur les plans technologique et climatique.
Et Francis Hallé :
« Toute machine, avec une entrée d’énergie, produit des déchets. Les thermodynamiciens, les physiciens l’ont démontré. Mais où passent les excréments des arbres ? On a dit que c’était peut-être l’oxygène, ou les feuilles mortes. Or il semblerait que ce soit le tronc, et plus précisément la lignine, qui constitue l’essentiel du bois. Il s’agit d’un produit très toxique que l’arbre dépose sur des cellules qui sont en train de mourir et qui vont se transformer en vaisseaux – ceux-là mêmes qui vont permettre la montée de l’eau dans le tronc. On peut donc dire que l’arbre repose sur la colonne de ses excréments : cette lignine qui donne aux plantes leur caractère érigé, qui leur permet de lutter contre la pesanteur et de s’élever au-dessus des végétations concurrentes. C’est très astucieux. Et c’est bien dans le style des plantes de tirer parti de façon positive de quelque chose de négatif. On dit souvent que l’arbre vient du sol. Mais en réalité, il est né d’un stock de polluants, puisqu’il est constitué à 40 % de molécules à base de carbone (le reste est de l’eau). L’arbre a cherché le carbone dans l’air, l’a épuré et transformé en bois. Alors, couper un arbre, c’est comme détruire une usine d’épuration. »
Le radeau des cimes
Et aussi:
« Tout le monde le sait, descendre au jardin ne résout pas les problèmes de la vie quotidienne, mais les relativise et les rend plus supportables. Sigmund Freud a eu ce regret tardif : “J’ai perdu mon temps ; la seule chose importante dans la vie, c’est le jardinage”. » Francis Hallé, Aux origines des plantes[4], fiche Wikipedia
et aussi:
Francis Hallé pourrait faire sienne la devise de Patrick Geddes[réf. nécessaire], By Leaves We Live, cet autre grand défenseur de la biodiversité qui fonda entre autres le Collège des Écossais[5] à Montpellier :
« Combien de gens réfléchissent vraiment à ce qu’est une feuille ? Pourtant, la feuille est à la fois le produit et le phénomène le plus important de la vie : nous vivons dans un monde vert, où les animaux sont en proportion moindre et peu nombreux, et où tout dépend des feuilles[6]. » Fiche Wikipedia
et les notes afférentes:
4 Francis Hallé (dir.), Aux origines des plantes : Avant-propos, pourquoi les plantes nous font-elles tant de bien ?, Fayard, 2008 (ISBN 978-2-213-64546-9), p. 15.
5 Cf. site Métagraphies, Le Collège des Écossais, d’Édimbourg à Montpellier en passant par Bombay, l’héritage vivant et symbolique de l’œuvre de toute une vie.
6 Cf. (en) Learning Zone, National Library of Scotland, site web de la Bibliothèque nationale d’Écosse : « How many people think twice about a leaf? Yet the leaf is the chief product and phenomenon of Life: this is a green world, with animals comparatively few and small, and all dependent upon the leaves. »
