1920. Kafka s’en explique dans ses « conversations » avec Gustav Janouch.[…] « Chacun vit derrière des barreaux qu’il transporte avec lui. Voilà pourquoi tant de livres parlent aujourd’hui d’animaux. Cela exprime la nostalgie d’une vie libre, naturelle. Mais la vie naturelle, pour les hommes, c’est la vie d’homme. Seulement on ne le voit pas. On ne veut pas le voir. L’existence humaine est trop pénible, c’est pourquoi on veut s’en débarrasser, au moins par l’imagination. »
Quelques deux siècles et demi plus tôt, La Fontaine ne disait pas autre chose dans sa préface à ses Fables choisies mises en vers, si ce n’est qu’il y ajoutait une moralité dont Kafka nous dispense. « […] Les propriétés des animaux et leurs divers caractères y sont exprimés; par conséquent les nôtres aussi, puisque nous sommes l’abrégé de ce qu’il y a de bon et de mauvais dans les créatures irraisonnables. […] »
Jean-Pierre Verdet in Préface à Le Terrier, p. 11, folio bilingue.
