Agroalimentaire : les coopératives InVivo veulent acquérir le céréalier Soufflet in Le Monde
Pour le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, « la constitution de cet ensemble serait une chance pour la France et l’agriculture française »
Grand chambardement sur le marché céréalier français. L’union de coopératives agricoles InVivo a annoncé, mercredi 13 janvier, être entrée en négociations exclusives pour reprendre 100 % du capital du groupe céréalier Soufflet. Si l’affaire se conclut, elle donnera naissance à un ensemble pesant près de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont la moitié à l’international, et employant 12 500 salariés. Présent des semences à la distribution avec les enseignes Jardiland et Gamm Vert, en passant par la collecte et le négoce de céréales, la meunerie, la boulangerie industrielle, mais aussi la malterie.
Soufflet, installée à Nogent-sur-Seine (Aube) depuis sa création, en 1900, est une société familiale peu connue du grand public. Pourtant, elle possède des marques emblématiques comme les boutiques Pomme de pin ou Neuhauser. Partant de ses racines meunières, elle s’est développée à l’international dans le négoce de grains, la boulangerie et la malterie, où elle revendique une place dans le Top 3 mondial. En 2020, son chiffre d’affaires a atteint 4,9 milliards d’euros. Fidèle à sa réputation de discrétion, le groupe, qui emploie 6 800 personnes dans 19 pays, ne communique pas le montant de son bénéfice.
Sans héritier direct
De même, Michel Soufflet, président du conseil de surveillance du groupe, et son fils, Jean-Michel Soufflet, président du directoire, ne souhaitent pas divulguer le montant de la transaction. Sans héritier direct pour prendre leur suite dans l’entreprise, ils ont décidé de chercher un repreneur. A l’issue de ce processus, InVivo, entrée en discussions en septembre 2020, s’est imposée. « En nous rapprochant d’InVivo, notre groupe familial trouverait une solution franco-française pour pérenniser son identité, assurer la continuité de ses activités et préserver son ancrage nogentais et sa présence régionale », affirme Jean-Michel Soufflet cité dans le communiqué.
InVivo, dont le directeur général est Thierry Blandinières, s’est en effet engagé à maintenir la marque Soufflet, à garder les cadres dirigeants et à préserver les effectifs. « Pas de plans sociaux », c’est le message qui a été livré aux instances représentatives respectives du personnel informées du projet mercredi.
Si les deux groupes mettent en avant leur complémentarité, il y a tout de même une zone de recouvrement dans le secteur du négoce de grains. Dans le domaine de la logistique céréalière, a contrario, les pièces du puzzle coïncident bien. Quand Soufflet a ses silos dans les ports de La Rochelle et de Rouen, ceux d’InVivo sont implantés à Nantes et Bordeaux.
Avec cette opération, l’union de coopératives négocie un virage stratégique majeur. Lors de son dernier exercice fiscal clos en septembre 2020, exceptionnellement décalé, et donc correspondant à quinze mois d’activité, son chiffre d’affaires est estimé à 5,2 milliards d’euros. Soit un niveau quasi similaire à celui de 2019. Le résultat net, lui, est en fort recul à 10 millions d’euros. Mais InVivo met en avant sa bonne santé financière.
En 2018, elle a cédé sa filiale Neovia, fleuron français de la nutrition animale à l’américain ADM pour près de 1,5 milliard d’euros. Ce qui lui a permis de faire passer ses fonds propres à un montant proche du milliard et de se désendetter. En parallèle, InVivo avait repris l’enseigne Jardiland, soucieux de se développer dans le secteur de la distribution.
L’union de coopératives compte sur sa marge de manœuvre financière pour financer le rachat de Soufflet. Les deux parties espèrent boucler l’opération avant la fin de l’année. Une opération saluée, mercredi, par Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, pour qui « la constitution de cet ensemble serait une chance pour la France et l’agriculture française ». A l’issue, InVivo reprendrait la tête du classement des coopératives françaises. Le premier rang lui ayant été disputé depuis 2018 par Agrial. Connue pour ses salades Florette et son cidre Loïc Raison, le groupe normand avait même dépassé les 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019 après une stratégie d’acquisitions boulimique.