Sigmund Freud. L’ombilic des rêves

Une série documentaire produite par Christine Lecerf réalisée par Julie Beressi

« Freud pressent que le rêve constitue la “voie royale” vers la connaissance de l’inconscient. Dans une longue correspondance intime et savante avec Wilhelm Fliess, un ami oto-rhino-laryngologiste berlinois, Freud se livre à sa propre analyse. Sans autre appui que sa seule passion pour l’archéologie et sa lecture des poètes, il entreprend une lente descente dans les profondeurs de la psyché. Et ce qu’il découvre est inédit, déroutant, scandaleux : aucun homme n’est maître en sa demeure. Nuit et jour, des forces obscures tapies au fond de lui écrivent ses rêves, animent ses désirs les plus inavouables et conduisent ses peurs les plus irraisonnées. Le père de la psychanalyse a franchi l’Achéron. Mais en homme de sciences, Freud sait que toute découverte a sa part d’ombre, un point obscur qui le relie à l’inconnu. C’est ce qu’il nomme joliment « l’ombilic du rêve ». Fort de cet élan, l’explorateur de l’âme humaine rédige son plus grand livre, L’interprétation des rêves. […] »

« Le livre sur le rêve a tout à coup pris corps pour de bon. Aucun de mes travaux n’aura été aussi complètement mien : c’est mon propre fumier, ma bouture, et une nova species mihi, une nouvelle espèce créée par moi. »
Sigmund Freud

Extraits de l’émission retranscrits

« L’idée est que pour que la psychothérapie freudienne réussisse il faut que l’inconscient qui n’a pas de langage se transforme en langage, car dire que l’inconscient est structuré comme un langage regardons bien le « comme ».  « Comme un langage » ne veut pas dire qu’il y aurait un langage de l’inconscient donc le psychisme est une machine de symbolisation qui transforme du somatique l’inconscient en du pulsionnel muet si j’ose dire en symbolisation langagière. Dire les choses c’est déjà les éclaircir les élucider les comprendre les assumer. Tout ce qui échappe à notre capacité de l’exprimer en langage est une menace pour notre équilibre personnel.

Et donc à partir de cette prémisse fondamentale on peut considérer que le processus qui conduit de l’inconscient à la conscience ou dans la deuxième topique du ça jusqu’au moi, c’est un processus de traduction accompagné d’un processus de sélection qui est appelé censure par Freud, donc le psychisme fonctionne comme un atelier littéraire de production de texte et de langage par le déchiffrement de ce qui est au départ antérieur à tout langage. Cet atelier de symbolisation, on peut aussi l’appeler de cette manière est la clé même de la psychothérapie freudienne à mon avis puisque on peut considérer à ce moment là que la cure freudienne revient à aider le patient á verbaliser ce qui restait en lui d’inommable et d’indicible, parce qu’à partir du moment où l’on énonce où l’on nomme où l’on dit ce qu’auparavant on ne pouvait pas dire on ne voulait pas dire parce qu’on n’avait pas les mots pour le dire ou parce qu’on n’osait pas le dire ou parce qu’on refusait de le dire, c’est cela qui vous rend malade.

Des années plus tard en 1923 Freud va réviser son premier modèle du psychisme pour en élaborer un second qu’on appellera le modèle structurel. Freud dit : nous conservons l’idée d’inconscient au-dessus, d’un préconscient au milieu et d’un inconscient en dessous. Mais il doit exister une manière plus subtile plus précise de décrire le psychisme. Freud propose alors l’idée d’une nouvelle structure, qui n’est plus divisée en différentes couches mais réparties entre plusieurs instances qui jouent leurs parties sur l’échiquier du psychisme.
Selon Freud, ces joueurs sont au nombre de trois et ils portent des noms différents selon les langues. En anglais c’est it, l’ego et le super ego. En français le ça, le moi, le surmoi. [à 31:42 de la fin]

Ces trois acteurs, ces trois personnages principaux du drame du psychisme sont devenus très célèbres. On ne sait pas où ils se situent en termes neuro-anatomiques. Ils fonctionnent comme des métaphores, des moyens métaphoriques utilisés par Freud, le dramaturge de l’esprit, pour nous aider à voir comment fonctionne l’intérieur de la tête de l’homme. Freud nous dit : nous sommes gouvernés par des pulsions très primitives, attraper, tuer, faire l’amour, satisfaire nos désirs, lancer des bombes; il dit que c’est ça le ça. Je trouve d’ailleurs que la traduction française de ce concept freudien est très juste. Parce que tel que je comprends le mot en français, le ça, c’est presque le monstre, le ça la chose. Pour moi qui suis anglophone cela évoque le caractère primitif du psychisme humain. Le ça, cette chose , c’est la partie du psychisme où résident nos pulsions, les plus laides, les plus primitives, les plus infantiles.

Nous avons donc besoin nous dit Freud d’une autre instance, d’un autre acteur pour nous protéger de la dangerosité du ça. Fort heureusement nous possédons ce que nous appelons le surmoi. C’est notre fonction morale, notre sens du bien et du mal. C’est si vous voulez l’ange assis sur notre épaule gauche qui tente de raisonner le diable perché sur notre épaule droite qui lui dit ne tue pas cette personne, c’est mal, ne couche pas avec cette personne sans lui demander la permission, c’est mal. Le surmoi nous protège du ça. Et ces deux agents psychologiques luttent en permanence pour obtenir la suprématie.

Et alors qui gagne cette bataille ? Là il faut faire intervenir le troisième personnage de ce drame intérieur. Le moi, the ego ou le sentiment de soi. Ça a l’air simpliste mais le moi c’est l’enfant de cette relation très compliquée entre le ça et le surmoi. C’est ce qui se passe quand l’ange et le diable décident de mettre leurs forces en commun. Cela donne quelque chose comme le moi qui est le produit, la progéniture si vous voulez, de cette bataille entre ce qui sophistiqué et bon d’un côté et ce qui est primitif et mauvais de l’autre.
Le moi devient en quelque sorte le test final le moyen de tester si nous avons réussi à gérer les assauts primitifs du ça. Et quelles facettes du surmoi nous sommes parvenus à mobiliser pour nous défendre contre ses attaques. »