- C’est au couvent de la Tourette que s’est tenu le colloque : La poétique de Michel Deguy – Poésie, philosophie, écologie.
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Avec Michel Deguy et Jean-Luc Nancy, des philosophes et des littéraires y explorèrent la manière deguyenne d’habiter éthiquement et poétiquement (« poéthiquement ») le monde. On n’a pas vraiment parlé de ce qu’était l’écologie radicale. Son dernier livre était là, La vie subite : page 34, le poème Écologique reprend le topos écologique qu’est le poème de Rimbaud «— Elle est perdue… / — Quoi ? — La terre. / C’est la mer mêlée avec le soleil / Comment la retrouver ? / — Quoi ? / — La terre. / C’est l’immensité / où le fini se jette à l’embouchure de l’infini »… Il y fut aussi énoncé le terme «déterrestration»* qui nous a fait regretter la «déterritorialisation», réchauffement climatique oblige.
La toute dernière minute de l’intervention de Jean-Luc Nancy : La parousie-Michel Deguy.
De la difficulté de définir la parousie :«Y a-t-il une révélation possible, une parousie, sans perte ni reste, de ce qui est à penser? Ou bien ne faut-il pas, pour qu’une « présentation » en général, une « apparition » puisse avoir lieu, que ce qui doit se « présenter » ne se présente pas lui-même, n’apparaisse pas comme lui-même (c’est-à-dire, en toute rigueur, ne se présente pas), mais se différencie, s’aliène, s’extériorise, s’extasie, se donne (à « voir » et à penser, à théoriser) et, se donnant, se perde? La nécessité de la manifestation n’entraîne-t-elle pas la nécessité de la perte?» Philippe Lacoue-Labarthe.
2. Le Couvent de la Tourette, Eveux-sur-l’Arbresles, près de Lyon est l’une des dernières réalisations de Le Corbusier avec Xenakis. Les toits végétalisés « à tous les étages » offrent libre cours à la biodiversité, et les frères dominicains qui occupent le couvent ne jardinent pas. «La toiture du couvent lui-même, comme celle de l’église, est recouverte d’une mince couche de terre laissée à l’initiative du vent, des oiseaux, et autres transporteurs de graines assurant une protection étanche et isotherme. Les toitures de la petite maison du lac Léman, et l’immeuble 24 rue Nungesser et Coli à Paris, et de diverses constructions aux Indes sont ainsi faites.» Une sorte de «reterrestration»* minimale architecturale.*


*«Michel Leiris écrivit : « le but assigné à la poésie / : restituer au moyen des mots certains états intenses, concrètement éprouvés. » Pas pour moi —même si cette définition est assumée par un grand nombre d’écrivains du XXIe siècle— et par des linguistes éminents, tel Benveniste, tentant de circonscrire théoriquement un « langage poétique » spécifique en rapport avec la subjectivité émotive. Je vais dans l’autre direction : il s’agit de faire écouter-voir, à beaucoup, « la beauté du monde » qu’il y a; et plus rigoureusement, l’attachement à la relation du monde et de la terre en langage des langues, dans ce temps de mutation que la déterrestration et l’extraterrestration accaparent. Faire un tour de Babel, dans son état inquiétant.» p.147, Michel Deguy, La vie subite, « Poétique », Galilée, 2016