Andrea Zittel. The role and potential of flat fields

Andrea Zittel
The Flat Field Works
13 June–27 September 2015

Middelheim Museum
Hortiflora and Braem Pavilion
Middelheimlaan 61
2020 Antwerp
Belgium

http://www.middelheimmuseum.be/Museum_Middelheim_EN/MiddelheimEN/MiddelheimEN-Exhibitions/MiddelheimEN-Exhibitions-Andrea-Zittel-The-Flat-Field-Works.html

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Andrea Zittel, Flat Field Works (Middelheim Variant #2) (detail), 2015. Installation view, Middelheim Museum, Antwerp. Courtesy of the artist, Sadie Coles HQ, London and Andrea Rosen Gallery, New York. Photo: Simon Vogel.

Annonce sur e-flux :

« New installation at Hortiflora
Zittel’s work often traverses the boundaries between art and architecture. In the Hortiflora area at the Middelheim Museum, Zittel’s newest work consists of an installation that examines the roles and potential of flat « panels » or « fields »—in reference to the horizontal and vertical panels that comprise the most basic elements of our domestic and urban environments.

Zittel believes that our surrounding realities are made up of panels that exist both as literal and in a psychological field of reality: « The Dynamic Essay about a Panel »—a visual presentation in exhibition pavilion the House—explains how we attribute meaning and use to these surfaces depending on their position or orientation in space. Panels can be rigid or flexible; they can provide shelter or divide rooms; and they can delineate certain areas.

Horizontal panels naturally function as platforms for actions and behaviour—these are the sites where life happens (floors, tables, benches, fields, streets). She terms these sites « energetic accumulators. » Vertical panels privilege the eye and are the carriers of messages and ideologies (walls, screens, paintings, billboards). Zittel calls these « ideological resonators. » Sometimes, panels traverse both dimensions and become three-dimensional (e.g., cloth draped over an object or on the body). She now more frequently exchanges the word panel with the terms « field » or « plane, » as these words suggest both physical and psychological dimensions.

Ultimately, however, Zittel’s interest lies less in the architecture or structures themselves than in how they are experienced both physically and psychologically. In a culture where we are increasingly being fed an endless stream of stimuli that we are never able to fully process or utilize, she hopes that these platforms, boundaries and divisions will create moments of pause—a heightened attention to the sometimes-fleeing nature of the realities that we construct around ourselves. Rather than being functional in a « literal » sense, these structures reflect on issues of space, context, and the physicality of how we experience things in the world. The artist quietly undermines our assumptions.

Works in the Braem Pavilion

The works installed in the Braem Pavilion represent a selection of pieces executed over the last several years. Similar to the Flat Field works, these also explore the format of a rectilinear « panel. » Handwoven textiles, carpets, steel, and sculptural works point to the distinctions that we make between art (a conceptual object) and design (a functional object); painting (two-dimensional) and sculpture (three-dimensional); and representation (illusion) and reality (the actual object). The artist’s aim is not to dismiss these various categories and value systems, but rather to expose them and understand the psychological reasons inherent to the need of people to confer personal and social relevance on objects. »

Sylvie Brosseau. Hachiue, les plantes en pot


Sylvie Brosseau. «Hachiue, les plantes en pot», Vocabulaire de la spatialité japonaise, sous la direction de Philippe Bonnin, Nishida Masatsugu, Inaga Shigemi. CNRS, 2014. Extraits, pp. 154-157

Les habitants des villes japonaises ont créé avec de nombreux phénomènes naturels de multiples liens qui forment une véritable culture urbaine de la nature. À la nature organisée des jardins et parcs publics, s’ajoute la nature diffuse des nombreux jardinets privés et des plantes en pots, omniprésente, devant les maisons, les boutiques ou au pied des immeubles.

Cette pratique jardinière, issue d’un riche arrière-plan culturel, s’inscrit dans des formes urbaines et architecturales spécifiques et résulte de l’effort spectaculaire de l’horticulture à l’époque d’Edo. La forme urbaine est celle de la ruelle, roji. L’habitat populaire s’est organisé le long de ces ruelles étroites en cœur d’îlots, tout particulièrement à Edo. Aujourd’hui, même si leur tracé est différent, subsistent ruelles et rues étroites où se serrent de petites maisons. La forme architecturale qui prédomine est celle de la maison entourée d’un jardin clos. Lorsque la parcelle se réduit, le jardin se rétrécit lui aussi, puis le niwasaki (clôture du jardin de devant) disparaît.

Le jardin de devant est remplacé par des plantations au ras de la façade ou par des plantes en pots. Si la façade ne permet pas d’installer de pots, ils sont disposés sur le trottoir, aux pieds des arbres d’alignement et entre les arbres. Les plantes en pots reconstituent un niwasaki et forment un écran, voire une séparation entre la chaussée et les façades. Elles créent un entre-deux, protègent l’intimité dans des situations de promiscuité et forment une transition entre l’espace public, la rue et l’espace privé, la maison. Cette limite, parfois réduite et symbolique, relève à la fois de la sphère publique et de la sphère privée.

Les plantes en pot contribuent à conserver le caractère multifonctionnel de la rue qui, au Japon, n’est pas un espace entièrement dévolu à l’automobile. De nombreux usages individuels coexistent, dont la pratique du jardinage. L’espace public de la rue demeure un territoire commun partagé.

Les habitants, aussi bien propriétaires que locataires, donnent comme raisons majeures à la culture de plantes en pots leur désir de sentir le changement des saisons shiki, leur goût pour le soin des plantes, leur souhait d’embellir leur environnement en le rendant vivant. Des raisons plus utilitaristes sont aussi avancées comme empêcher d’entrer, de garer des vélos, voire de ralentir le trafic par le rétrécissement de la chaussée. Le bien-être et l’agrément privés participent au confort et à la sécurité de l’espace public.

Les jardiniers soulignent un point important pour eux : leurs plantations ne sont pas coûteuses, les pots comme les plantes sont achetés au supermarché, reçues ou bien ramenées de voyages ou d’excursions. Elles ne doivent pas être un sujet d’inquiétude. Les bonsai, précieux par leur âge et leur pot de terre cuite, sont donc rares, mais pas absents. En général, ces jardins informels tiennent plutôt du bricolage, du recyclage (de boîtes en polystyrène, d’objets divers), du mélange de frugalité et d’exubérance. L’évolution se fait par ajouts successifs de pots en plastique. Cet élément de base est modulaire, flexible, facilement déplaçable car léger, dans un ensemble permanent mais réversible. Cet agencement organique évolue suivant les circonstances, à l’image de la ville qui se transforme de la même façon. L’effet accumulatif est accentué par la variété des plantes recherchée pour leur spécificité saisonnière, permettant ainsi de mieux goûter le passage des saisons.

Ces dispositifs semblent des amoncellements improvisés mais de véritables pratiques de jardinage s’y déroulent. Leur entretien est minutieux, aucune fleur fanée ou feuille morte ne traîne, ce qui nécessite un investissement en temps important. Ce sont donc plutôt des personnes âgées disposant de temps libre, aussi bien hommes que femmes, qui pratiquent cette forme de loisir bon marché.

Tout le monde ne cultive pas des plantes. Les plantations ne sont pas continues mais forment des séquences, des «archipels d’oasis» selon l’expression de Michel Butor. Si les résidents sont  nombreux à s’investir, la rue devient une véritable allée de jardin, et l’émulation entre riverains est visible dans le paysage. Les rues les plus plantées se situent dans les quartiers modestes où une population âgée habite dans de petits logements desservis par des ruelles. Cependant, une transmission des pratiques et des goûts s’effectuent aussi dans d’autres types de quartiers.

Ces jardins de rue sont des espaces d’expression spontanée et personnelle, plus ou moins élaborée, par micro appropriation d’un espace public urbain, par ailleurs géré et planifié. Les plantations reflètent les goûts, les souvenirs personnels, l’ingéniosité des jardiniers. Elles traduisent aussi l’état d’esprit régnant dans une communauté de voisinage. Elles sont un miroir des liens de confiance entre les habitants et de leur degré d’investissement dans leur espace de vie. La présence des plantes exprime clairement l’attachement des résidents à leur quartier.

Les plantes en pot manifestent une forme de confiance et de générosité, car elles apportent un bénéfice et un bien-être à tous. Elles créent des relations de voisinage en offrant des occasions d’échanges verbaux, de plantes, d’objets. La présence même des plantes est une forme d’échange non verbal entre un jardinier et un nombre de destinataires potentiels infini, voisins et passants.

Ces espaces intermédiaires entre privé et public intègrent certaines règles implicites comme le contrôle du débordement ou le respect. Jardiner dans la rue rend conciliant, apprend à accepter un état imparfait des choses, car certains passants sont peu sensibles aux fleurs ou inattentifs. Des mégots sont parfois jetés, des cyclistes renversent des plantes, les enfants cueillent les fleurs en bouton. De plus, une végétation spontanée, que les résidents organisent plus ou moins, jaillit de ces plantations, s’installent dans les interstices entre les maisons, les pots vides ou non. Ces pratiques jardinières jouent entre l’intentionnel et le non intentionnel. Tout n’est pas réglé, défini, une grande part d’aléatoire demeure, bien plus que dans un jardin clos. Ces jardins informels révèlent qu’il existe un jeu entre le planifié et le non planifié, les règles communes et les agissements personnels, ce qui est acceptable par les uns et les autres.

Les jardins de rue créent une temporalité propre à la rue. Ils rendent sensibles les variations saisonnières, intérêt primordial des habitants et des Japonais en général, ainsi que de nombreux petits changements apportés par les jardiniers. Ils entraînent un ensemble de micro-événements qui complexifie la temporalité de la rue.

Jusqu’à présent, les pouvoirs publics ont ignoré ces plantations de rue qui contribuent pourtant à l’identité de celles-ci et, à plus large échelle, des villes japonaises. Il n’existe pas de cadre officiel ni pour interdire, ni pour encourager les plantations en pot. Finalement, cette neutralité bienveillante laisse un jeu possible, c’est à dire un «espace aménagé pour donner aisance à un mécanisme et permettre son fonctionnement.»

 Ces plantations font tout simplement partie de la vie quotidienne, les pots sont des éléments ordinaires du paysage commun. Cependant, quelques arrondissements de Tokyo commencent à montrer des signes de reconnaissance et d’intérêt : culturels et touristiques à Sumida-ku, climatique à Taito-ku. Un changement d’attitude est perceptible à travers de nombreuses publications : recueils de photographies qui diffusent un autre regard, celui des artistes japonais ou étrangers, articles dans des magazines ou des journaux, travaux des chercheurs montrant un intérêt renouvelé sur l’histoire des formes et pratiques urbaines comme l’horticulture urbaine ou les sociabilités, guides touristiques qui proposent des itinéraires, projets d’architectes.

Cet intérêt général alimente la demande sociale pour machizukuri, urbanisme participatif à l’échelle micro-locale, opposé à toshikeikaku, urbanisme dans le sens de procédure administrative, objet de rejet. Le week-end, il est devenu prisé d’aller se promener dans les quartiers où demeurent des ruelles tranquilles, éventuellement répertoriées dans les guides. Ces rues, propices à la promenade, sont appréciées pour leur paysage et leur ambiance. De plus, ce paysage reflète un mode de vie enviable désignée sous le nom global de slow life, suröraifu, apparu dans le sillage du mouvement slow food. L’intérêt pour la forme (le paysage les fleurs dans la rue) ouvre une réflexion aussi sur le fond (le mode de vie qui produit ce paysage) qu’énonce l’expression hikarakuyo : «les fleurs se dispersent, tombent les feuilles» (Tout est destiné à disparaître). La conscience du caractère fragile, éphémère de toute chose reste présente, exprimée dans un microcosme. C’est une vision du monde qui transparaît.

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Dimanche 29 septembre 2013, 10h50. Kyoto, Karasuma Dori, sur le trajet de l’hôtel Ante Room vers la gare. © J.-L. Boissier

 

Alfred Spira. La pollution diminue mais elle change de nature

Alfred Spira : «La pollution diminue mais elle change de nature» favereau
Alfred Spira interviewé par Éric Favereau. Libération du jour

Alfred Spira, épidémiologiste qui a longtemps étudié les effets des émissions de particules sur la santé, estime que la surmortalité ne peut pas être attribuée à un seul facteur.

En France, la pollution de l’atmosphère serait responsable de 42 000 morts prématurées par an, selon des données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Rien qu’à Paris, elle tuerait 3 000 personnes. Des chiffres à prendre avec des pincettes, selon Alfred Spira, épidémiologiste et professeur de santé publique.

É. F. : Faut-il prendre au pied de la lettre tous les chiffres alarmants ?

A. S. : Qu’il y ait des effets conséquents de la pollution de l’air sur la santé est une évidence que nul ne conteste. Le problème est que des études statistiques sont mises en avant sans autre précision. On a ce que l’on appelle, par exemple, les intervalles de confiance. On va avancer que la pollution tue 3 000 personnes à Paris, mais l’intervalle, lui, se situe entre 2 000 et 10 000. Ainsi, quand on évoque 3 000 morts dans la capitale, c’est le nombre de décès supplémentaires attribués à la pollution s’il y avait un lien causal direct. Mais ce surplus de disparitions est multifactoriel et c’est un abus de le lier uniquement à tel ou tel facteur. Et, plutôt que d’évoquer des décès, il est plus exact de parler de morts prématurés et, de ce fait, de diminution de l’espérance de vie. Nous ne sommes pas dans des situations comme le cancer du poumon ou l’hypertension artérielle, avec des liens de causalité massifs.

É. F. : Ne joue-t-on pas sur les mots ?

Les effets sur la santé sont clairs et évidents… Il n’y a aucune polémique sur le sujet. En même temps, on parle beaucoup des conséquences à un moment où l’on a fait des progrès considérables dans le domaine de la pollution atmosphérique : les normes antipollution des véhicules se sont durcies, avec des outils d’évaluation beaucoup plus fins. Paradoxalement, les filtres mis en place vont éliminer les grosses particules, mais pas les plus fines, qui ne sont peut-être pas si anodines qu’on le pense. La pollution évolue : elle diminue, mais elle change aussi de nature.

É. F. : Mais les mesures prises sont-elles efficaces ?

A. S. : Tout le problème est la durée de l’exposition à la pollution. Certes, des réglementations sont décidées par les pouvoirs publics et de nouvelles normes européennes sont édictées, mais il ne faut pas oublier que celles-ci, comme l’interdiction des poids lourds dans les centres-villes ou la limitation de vitesse, n’auront d’effet sur la santé que plusieurs années après leur entrée en vigueur.

É. F. : Certains critiquent le discours de peur alimenté par le nombre de morts liés à la pollution…

A. S. : L’utilisation de l’augmentation des morts dans le but de les mettre en concurrence avec d’autres risques sanitaires n’est pas très sain. Cela provoque de la confusion. Ce rapprochement semble renvoyer à des situations identiques, avec simplement des niveaux d’échelles différents. Ce n’est pas le cas. Récemment, l’actualité nous a confrontés à un cas d’école avec la pollution liée aux feux de cheminées. Certes, celle-ci existe, mais elle demeure marginale en termes sanitaires. Autre exemple avec le tabac : dans la lutte contre le tabagisme, on sait ce qu’il faut faire et cela renvoie principalement à des modifications de comportements individuels.

La lutte contre la pollution, en revanche, ne les concerne que marginalement. Ce sont les politiques publiques qui sont en cause. Evoquer systématiquement la pollution et les décès prématurés engendre un risque de tout mélanger et, au final, de déresponsabilisation individuelle. Encore une fois, si les liens de causalité sont clairs, cohérents, et le danger bien réel, il y a une utilisation malsaine des chiffres. La vraie difficulté tient à ce que les pollutions environnementales ne dépendent pas de l’individu.

Mensch macht Natur

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http://www.landschaftskunst.at/notes/view/round-table-01/en

«Landscapes of the Anthropocene
Humans make Nature

Landscape is very much a hot topic, as a subject for the arts but also for theoretical reflection. At least since Dutch Nobel Prize winning chemist and atmospheric researcher Paul Crutzen and biologist Eugene F. Stoermer suggested “Anthropocene” as a name for the current geological age, the landscape can no longer be seen simply as beautiful. Landscape is far removed now from idyllic vistas or rustic scenery; it has long been a largely artificial system of human-made spaces, a system moreover subject to highly unpredictable changes.

The idea of pristine, untouched nature simply no longer holds true: humans have irreversibly changed the planet and its ecosystem. They have themselves become a geological factor. Nature is no longer an object to be preserved, but a dynamic interaction between natural and human forces, between movements and formations. This process of nature’s formation has now reached a stage where social and technological processes — rather than biological ones — appear as driving forces on our planet. Society, culture and nature are so tightly intertwined that they can no longer be independently investigated. It would appear that humans are over-taking the previous evolutionary tempo.

Climate change, species extinctions and the pollution of air, water and earth are global phenomena, as is the advanced transformation of the earth’s surface through drilling, tunneling, construction and agricultural cultivation. But in everyday life these changes are experienced on a local basis. Melting glaciers and rising sea levels, storms or floods can be investigated and statistically understood. But how are they actually perceived and interpreted as phenomena? Just as climate influences society, so too do social praxes affect the climate. And how does the anthropocene thesis change our cultural landscape?

Human beings are re-forming the earth to such an incalculable extent that there is no longer a self-regulating “mother” earth on which we can rely. We should no longer be fearful for our survival in nature, but rather for nature itself, since nature is now made by humans: this is the core of Anthopocene theory, according to geoscientist and paleontologist Reinhold Leinfelder.*

Statements > http://www.landschaftskunst.at/notes/cat/statements

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Mettre en scène les territoires ? Paysages, sols, sous-sols

Une proposition intéressante http://www.bruno-latour.fr/fr/node/631

Le programme expérimental en arts politiques (SPEAP) recrute pour 2015-2016

Le programme d’expérimentation en arts et politique s’inspire des notions clefs d’expérimentation, d’enquête et de représentation pour imaginer des dispositifs qui combinent les sciences sociales, les arts et le politique. Il s’agit de travailler au renouvellement des formats qui servent à définir la « chose publique ». SPEAP met en place un espace d’expérimentation en s’inspirant de la philosophie pragmatique, de la sociologie et de l’histoire des sciences, aussi bien que de l’histoire de l’art. L’originalité de la formation est de faire travailler pendant un an les participants en groupe sur des projets concrets relevant d’enjeux réels. SPEAP recrute pour la rentrée prochaine des chercheurs en sciences et en sciences sociales, des artistes, des designers, des activistes et des cadres issus des milieux culturels ou politiques, pour travailler sur la question de la représentation des territoires. Pour être sélectionnés parmi les vingt étudiants de la prochaine promotion, les candidats doivent proposer, dans le médium de leur choix, une réponse à l’exercice suivant :

Mettre en scène les territoires ? Paysages, sols, sous-sols.

DATE LIMITE : 30 MAI 2015

Berlin. Efficient City Farming

http://youtu.be/8NRFmpTGX4E

«La ferme du XXIe siècle sera citadine ou ne sera pas.

C’est en tout cas la vision partagée par Nicolas Leschke et Christian Echternacht. En 2012, ces deux entrepreneurs berlinois se lancent dans le projet un peu fou de construire la plus grande ferme aquaponique à usage commercial au monde. «Cette méthode garantit la culture de végétaux en symbiose avec l’élevage de poisson. C’est pour nous le futur de la production alimentaire», s’enthousiasme Nicolas Leschke, l’un des fondateurs d’ECF (Eco Friendly) Farmsystems. Un pari inédit en passe d’être gagné alors que l’établissement de 1 800 m² doit ouvrir ses portes en février dans le sud de la capitale allemande, entre un axe routier et des grands magasins.

Objectif pour ces deux pionniers: produire chaque année 30 tonnes de poissons et 35 tonnes de légumes. Depuis des mois, un container maritime leur sert de prototype. Une cuve pour l’élevage de poissons en eau douce est installée au rez-de-chaussée. Une fois filtrée, la même eau est réutilisée à l’étage pour la culture de près de 400 variétés de légumes. Un système fermé qui permet d’économiser jusqu’à 95% d’eau par rapport à l’agriculture traditionnelle. Mieux, les sécrétions des poissons servent d’engrais aux légumes. Plus besoin de pesticides ou d’engrais chimiques. «On diminue aussi sensiblement le bilan carbone en supprimant le transport des produits et la chaîne du froid», ajoute Nicolas Leschke.

Des arguments qui semblent avoir déjà convaincu des visiteurs berlinois particulièrement sensibles à l’écologie et attentifs à l’origine des produits qui terminent dans leur assiette.«On sera toujours plus cher que le supermarché discount. Le poisson coûtera par exemple 15 euros au kilo. Mais pour du poisson frais, élevé à Berlin, c’est tout à fait honnête», estime l’entrepreneur. Cette nouvelle révolution agricole répond aussi à l’urgence de la situation écoclimatique. Selon les Nations unies, 17% à 35% des émissions en CO2 sont dues aux activités agricoles qui consomment à elles seules 70% de l’eau douce disponible.Dans le même temps, la population des villes ne cesse d’augmenter. Malgré les contraintes de place, il faut donc produire au plus près du consommateur.

«Même à Londres ou Paris, on peut intégrer de tels systèmes, par exemple sur les toits des bâtiments, en réutilisant la chaleur qu’ils produisent, ou sur les parkings de supermarchés», détaille le gérant d’ECF Farmsystems, ajoutant qu’une surface minimum de 1 000 m² serait nécessaire pour rendre le projet rentable.Déjà récompensée par deux oscars en 2013 lors de la cérémonie internationale des start-up Cleantech Open aux Etats-Unis, l’entreprise berlinoise ambitionne maintenant de diffuser son concept dans le reste de l’Allemagne et dans le monde entier. Des producteurs dans l’alimentaire, des restaurateurs ou des exploitants de centrales solaires originaires de France, de Turquie et même d’Afrique du Sud ont déjà frappé à la porte. Les deux entrepreneurs n’en diront pas plus, ils préfèrent attendre l’ouverture du premier établissement à Berlin. Mais ils le savent déjà, l’agriculture urbaine a de beaux jours devant elle.»

Adrien Godet. «A la ville comme à la ferme» in Libération du 1er décembre 2014.


http://www.ecf-farmsystems.com/en/ecf-containerfarm
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Pari(s) plus modeste…
F(L)oin de la terre, l’agriculture urbaine hors sol dans le 20ème arrondissement de Paris
http://macadam-gardens.fr/blog/potager-hors-sol-paris-20/

L’appel de Manille


Appel de Manille à l’action pour le climat. 1. Nous, chefs d’État de la République des Philippines et de la République française, et personnalités de différents pays déterminés à agir pour le climat, réunis à Manille aujourd’hui, désirons rappeler à la communauté internationale, à l’ensemble des acteurs et à l’opinion publique mondiale qu’il est urgent de lutter contre le changement climatique de manière sérieuse, efficace et équitable. 2. À moins d’un an de la 21ème Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 21) qui se tiendra à Paris en décembre 2015 et dont les résultats concerneront la vie de milliards de personnes, nous appelons la communauté internationale à conclure un accord ambitieux, équitable et universel sur le climat, qui soit conforme aux recommandations scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, afin de préserver notre planète pour permettre aux générations futures d’y vivre. À Manille aujourd’hui, nous espérons que nous écrirons ensemble l’Histoire à Paris en décembre et que nous ne nous contenterons pas de la regarder se dérouler en simples spectateurs. 3. Nous appelons à agir pour le climat. 4. En nous réunissant aux Philippines où la population a subi une série sans précédent d’événements climatiques extrêmes ces dernières années, nous prenons conscience que les pays en développement, qui ont le moins contribué au changement climatique, sont ceux qui souffrent le plus de ses effets. Certes, nous sommes confrontés à des menaces analogues et nous partageons les mêmes faiblesses, mais nous disposons aussi d’atouts et de moyens différents pour relever ces défis. Cependant, nous croyons qu’il est possible de réduire nos vulnérabilités et notre exposition aux aléas du climat. La population philippine a fait preuve d’une extraordinaire résilience à cet égard. 5. Nous appelons à la solidarité et à la justice face au changement climatique. 6. Nous avons besoin d’un accord négocié et accepté par tous et pour tous, qui tienne compte de toutes les différences de situation et fasse converger diverses perspectives pour accélérer l’action collective. Nous avons besoin d’un accord pour réduire les émissions, créer des opportunités économiques et nous doter des moyens de gérer les risques associés qui sont déjà prévisibles dans un avenir proche. 7. Nous appelons à coopérer face au changement climatique. 8. La croissance économique, le développement durable et la lutte contre la pauvreté sont des objectifs qui doivent et peuvent être atteints ensemble. Mais assurer un accès équitable au développement durable pour tous nécessitera de disposer de moyens de mise en oeuvre accrus. 9. Nous appelons à la solidarité financière et technologique. 10. Considérant que nous atteignons le point de non-retour en matière de changement climatique et que nous devons passer des intentions à l’action, nous appelons solennellement : A) tous les États à travailler concrètement et rapidement pour lutter contre le changement climatique, en particulier contre ses impacts, et nous les invitons à présenter leurs contributions prévues déterminées au niveau national, en fonction de leurs situations et capacités nationales respectives ; B) les pays développés et les pays en développement capables et désireux de le faire, à fournir aux pays les plus pauvres et les plus vulnérables des moyens de mise en œuvre adéquats pour les aider à se transformer en territoires résilients et en économies sobres en carbone ; C) tous les acteurs, les États, les collectivités territoriales, les entreprises, le secteur privé, la société civile, les organisations non gouvernementales, les universités et les citoyens à jouer pleinement leur rôle dans la lutte contre le changement climatique et en particulier contre ses effets, et la réduction des risques de catastrophes naturelles liées au climat, par des efforts individuels ou des initiatives en coopération; et, D) chacun à diffuser cet appel et à faire prendre conscience de la nécessité d’agir rapidement et partout, et de parvenir à un accord mondial sur le climat en décembre à Paris.

Pierre Le Hir. L’homme fait entrer la Terre dans une nouvelle époque géologique

Le Monde, 16 janvier 2015. par Pierre Le Hir

«L’Homme est aujourd’hui la principale force gouvernant l’état, le fonctionnement et l’évolution de la planète. Et cette prise de contrôle a commencé dans les années 1950. Telles sont les deux conclusions, aux implications vertigineuses, d’une étude qui sera publiée lundi 19 janvier dans le journal The Anthropocene Review. Ces résultats seront présentés, en même temps que ceux d’une autre étude, parue jeudi 15 janvier dans la revue Science, sur les « limites planétaires », lors du Forum économique mondial de Davos, du 22 au 25 janvier.
S’il fallait encore nous convaincre que nous sommes entrés dans une nouvelle époque —celle de l’anthropocène—, le travail conduit par Will Steffen, chercheur à l’Université de Stockholm (Suède) et à l’Université nationale australienne, en apporterait la démonstration. «En un peu plus de deux générations, l’humanité est devenue une force géologique à l’échelle de la planète», écrivent les auteurs.
C’est, précisément, la définition de l’anthropocène. Un néologisme, associant les mots grecs «homme» et «récent», forgé par le néerlandais Paul Crutzen, Prix Nobel de chimie en 1995, pour signifier que l’influence des activités anthropiques sur le système terrestre est désormais prépondérante. Et que nous sommes donc sortis de l’holocène, l’époque géologique après la dernière glaciation et qui couvre les dix derniers millénaires.

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GRANDE ACCÉLÉRATION

Ce constat est aujourd’hui très largement partagé par la communauté scientifique. Pour autant, l’entrée dans l’anthropocène n’est pas encore actée par la Commission internationale de stratigraphie et l’Union internationale des sciences géologiques, seules arbitres en la matière. A fortiori, la chronologie de ce basculement n’est toujours pas arrêtée. Certains proposent de le faire commencer autour de 1800, avec la révolution industrielle. D’autres de remonter aux débuts du néolithique, voilà quelque 10 000 ans, lorsque des sociétés de cultivateurs-pasteurs sédentaires se sont substituées aux chasseurs-cueilleurs nomades.

«De tous les candidats à une date de démarrage de l’anthropocène, le début de la grande accélération est de loin le plus convaincant du point de vue de la science du système terrestre», tranchent Will Steffen et ses collègues. La «grande accélération» ? Il s’agit d’un autre concept, formalisé au début des années 2000, pour rendre compte de l’impact de plus en plus fort des activités humaines sur le globe. Or, les auteurs montrent que ce processus s’est précipité à partir du milieu du siècle passé.
Ils ont mis en vis-à-vis deux groupes de douze indicateurs. Le premier décrit, de 1750 à 2010, les grandes «tendances socio-économiques» mondiales: population, croissance économique, consommation d’énergie primaire, urbanisation, usage de l’eau, construction de barrages, transports, télécommunications, tourisme international… Le second groupe s’attache, sur la même période, aux «tendances du système terrestre»: émissions de gaz à effet de serre ( CO2, méthane et protoxyde d’azote), ozone stratosphérique, hausse des températures, acidification des océans, pertes de forêts tropicales, érosion de la biodiversité, artificialisation des sols…

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PRESSION DES ACTIVITÉS HUMAINES

Les résultats sont éloquents: pour la plupart de ces indicateurs, la courbe grimpe en flèche à partir des années 1950, ce qui établit une corrélation directe entre la pression des activités humaines —la production et la consommation de biens— et l’état de santé de la planète.
«Il est certainement vrai que les humains ont toujours modifié leur environnement, parfois à grande échelle. Mais ce que nous documentons depuis le milieu du XXe siècle est sans précédent, en rythme comme en amplitude», observent les chercheurs, qui soulignent que ce bouleversement sort des limites de la «variabilité naturelle» des derniers millénaires. «C’est un phénomène nouveau et cela montre que l’humanité a une responsabilité nouvelle, à un niveau global, pour la planète», ajoutent-ils.
Les auteurs vont plus loin, en établissant que cette responsabilité n’est pas également partagée entre les nations. De fait, le concept d’anthropocène s’est parfois vu reprocher de considérer à tort l’humanité comme un bloc homogène. Leur travail échappe à cet écueil, en distinguant chaque fois que possible pays riches —ceux de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)—, pays émergents —Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud— et pays en développement. Il apparaît que «la part du lion» de la consommation de biens reste celle des pays de l’OCDE, qui possédaient en 2010 près des trois quarts de la richesse mondiale (somme des produits intérieurs bruts), alors qu’ils ne totalisaient que 18 % de la population. Cela, même si le poids des nations émergentes va croissant.

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«MARQUEURS» IMPRIMÉS PAR L’HUMANITÉ

«Il s’agit d’une étude de très grande qualité, qui concorde parfaitement avec nos propres résultats», commente Jan Zalasiewicz, professeur de géologie à l’Université de Leicester (Angleterre) et membre du Groupe de travail sur l’anthropocène, un réseau interdisciplinaire de chercheurs œuvrant pour la Commission internationale de stratigraphie. Avec ving-cinq autres scientifiques de douze pays, il vient en effet de publier, dans la revue Quaternary international, une analyse qui retient elle aussi le milieu du siècle passé comme début de la nouvelle époque géologique. Cela, à partir d’une approche stratigraphique fondée sur les «marqueurs» imprimés par l’humanité dans la biosphère.
A ce titre, l’explosion de la première bombe atomique de l’Histoire, le 16 juillet 1945 dans le désert du Nouveau Mexique —quelques semaines avant les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki—, pourrait être considérée comme le point de départ de l’anthropocène, dans la mesure où la dissémination des matières radioactives autour du globe constitue «un signal attribuable sans équivoque aux activités humaines».

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RÉPONSE EN 2050

Entré dans une ère nouvelle, donc, l’Homme est-il condamné à l’emballement d’une «grande accélération» impossible à stopper ou même à ralentir? Tout en constatant que la course en avant s’est poursuivie de plus belle au cours de la décennie 2000-2010, Will Steffen et ses collègues relèvent quelques (rares) signes de ralentissement. La croissance démographique mondiale faiblit. La construction de grands barrages stagne depuis une quinzaine d’années, les possibilités de nouveaux aménagements se raréfiant. Et le «trou» dans la couche d’ozone au-dessus de l’Antarctique est en voie de se résorber, du fait du bannissement des composés chlorés.
Qu’en sera-t-il du futur? «Les cinquante prochaines années apporteront-elles le grand découplage [entre développement économique et impacts sur le système terrestre, par exemple par la promotion des énergies renouvelables] ou le grand effondrement?, questionnent les auteurs au terme de leur étude. Cent ans après l’avènement de la grande accélération, en 2050, nous connaîtrons sûrement la réponse.»

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