Antoinette Rouvroy. #IdéesNoires#Post-démocratie

Dialogue sur facebook

Antoinette Rouvroy Alors que la statistique (étymologiquement « connaissance de l’état ») qui avait accompagné la naissance de l’Etat moderne se présentait comme un instrument de gouvernement des populations nationales, les big data promettent de substituer à toute « connaissance » de l’Etat des nouvelles « cartographies » (axiologies empiriques), de nouvelles « modélisations » (prototypes »apprenants ») du social échappant aux formes juridico-discursives, aux limites territoriales, aux normes et représentations culturelles, ne distinguant plus a priori ce qui relève du « signal » et ce qui relève du « bruit », émancipées de toute idée régulatrice de « moyenne »: un métabolisme anormatif agile s’adaptant en temps réel aux particularités détectables. Saurons-nous résister, dans l’après-crise qui ne sera jamais que la préparation de la crise suivante, aux sirènes d’une gouvernementalité algorithmique globale (re-globalisation à grande vitesse+capitalisme numérique) et aux fantasmes associés d’une « singularité démocratique » (qui serait plutôt une juxtaposition de particularités concurrentes) en haute ré/dis-solution numérique, en temps réel, substituant à toute forme de réflexivité politique une récursivité algorithmique abolitionniste des conditions spatiales, temporelles, sociales et psychiques d’un « espace public délibératif »?
#IdéesNoires#Post-démocratie

 

Manuel Zacklad Merci pour ce post, en même temps force est de constater que les bons vieux « modèles » économiques, gestionnaires ou aujourd’hui épidémiologiques n’exploitant pas encore l’IA sont déjà capables de produire des désastres absolument considérables, les « décideurs » désorientés et coupés de la vie, les prenant pour « le réel » au lieu de les prendre comme des outils d’aide à la décision éclairant l’interprétation parmi des dizaines d’autres…

 

Antoinette Rouvroy Je dois bien avouer que je n’avais pas en tête, en écrivant mon post, les enjeux des données massives dans la gestion de la crise sanitaire. C’est un vrai gros sujet! Ce qui m’occupe surtout ce sont les algorithmes utilisés pour  » modéliser » ou  » prototyper » les propensions comportements humains dans les différents secteurs ( justice, police, prévention des fraudes, détection anticipative de possibles passages à l’acte terroriste, gestion des ressources humaines, gestion administrative de l’aide sociale,…) où s’envisage l’automatisation des décisions. Ce qui est inquiétant c’est que la perte de confiance ( méritée à de nombreux égards ) envers les institutions politiques risque d’intensifier l’engouement pour l’hypothèse d’une gouvernementalité algorithmique globale… opérée de facto par les GAFAM et consorts…

Francesco d’Errico. La faute des civilisations

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Dans le cadre du colloque de rentrée 2020 du Collège de France « Civilisations : questionner l’identité et la diversité ».
https://www.college-de-france.fr/site/colloque-2020/index.htm

Communication de Francesco d’Errico : « La faute des civilisations »

* ci-dessus deux slides successives à [19:00] du début de la communication, images à charge contre l’archéologue Gustave Kossinna et sa formule autochtoniste emblématique : «Un pot, un peuple» contredite par la carte du territoire culturel de la Corded Warela culture de la céramique cordée qui « doit son nom à ses poteries décorées par impression de cordelettes sur l’argile crue (avant cuisson) [slide 2]. Elle s’étendit sur tout le nord de l’Europe continentale, de la Russie au nord-est de la France en passant par la Scandinavie méridionale (où elle est désignée comme culture des tombes individuelles, Einzelgrabkultur, et plus au nord comme « culture des haches de combat »). Elle connût une migration de populations importantes venues de l’Est, devant leur ascendance à la culture Yamna.» (wikipedia)

https://www.college-de-france.fr/site/colloque-2020/symposium-2020-10-22-10h45.htm

Résumé de la communication :

« Pour le préhistorien que je suis, le mot « civilisation » est quelque peu dérangeant. On aura sans doute une sensation de déjà vu en lisant à propos des civilisations égyptiennes et aztèques, on acceptera de bon gré les arguments de ceux qui nous parlent de civilisation cardiale ou magdalénienne mais on sera interloqué par des collègues qui voudraient nous faire croire à une civilisation néandertalienne et même choqué par ceux qui nous imposeraient une civilisation australopithèque ou chimpanzé. Pourquoi une civilisation chinoise irait de soi mais celle des San du Kalahari nous poserait problème ? La raison du dérangement tient au premier abord aux nombreuses utilisations nationalistes, impérialistes et colonialistes du mot, source de préjudices plus vifs qu’on pourrait le croire dans l’imaginaire collectif. Ne sommes-nous pas entourés de concitoyens qui croient à la suprématie mondiale de la cuisine française, fleuron de la « civilisation française » ? Pour le chercheur, le dérangement vient de l’incapacité du mot à se libérer de sa nature dichotomique, de sa propension, en somme, à créer une frontière entre les membres ou assimilés et les autres, entre un avant et un après. Définitions et mises en garde ne suffisent pas pour parer l’effet barrière que le mot entraîne inévitablement. Les recherches sur l’évolution humaine ont été longtemps victimes de ce paradigme. On a cru qu’une révolution biologique et culturelle aurait créé les conditions nécessaires à la naissance des civilisations. On se rend compte de plus en plus que cette vision nous a empêchés de comprendre les processus culturels et biologiques qui ont forgé sur le long terme les cultures humaines et leur place dans la nature. »

 

 

Philippe Descola. La pandémie

Extraits

Quelle réponse des Achuars face aux épidémies ?

« Il n’y a pas de souvenirs de la catastrophe. On estime qu’environ 90% de la population amérindienne a disparu entre le 16 et le 19e siècle. Il y  une sorte d’imaginaire implicite du contact avec la maladie des « blancs ». De ce fait, lorsque les « blancs » arrivent dans les environnements amérindiens reculés, le premier réflexe des Amérindiens est la méfiance par la distanciation. »

La maladie n’est qu’un élément dans un cortège d’abominations apporté par la colonisation. Philippe Descola

« Chaque peuple réagit à ses épidémies en fonction de sa conception de contagion. La notion de contagion a mis un certain temps à se propager en Europe, au contraire des peuples amérindiens. C’est ce qui leur a permis d’adopter les bons gestes. »

Parler de la « nature »: une erreur

« La nature est un concept occidental qui désigne l’ensemble des non-humains. Et cette séparation entre humain et non-humain a eu pour résultat d’introduire une distance sociale entre eux. »

On peut penser que le virus est une métaphore de l’humanité. Nous avons vis-à-vis de la terre, le même rapport instrumental qu’un virus. D’une certaine façon, l’être humain est le pathogène de la planète. Philippe Descola

« Cette idée très humaine que la nature est infinie a eu comme conséquence que ce système si singulier basé sur la productivité et la rentabilité a engendré une catastrophe planétaire. »

L’idéal du monde d’après

« Je forme le vœu que le monde d’après soit différent du monde d’avant. La pandémie nous donne un marqueur temporaire. Cette transformation, je la vois avec intérêt se dessiner et qu’elle aboutisse à ce que  des liens avec les non humains soient à nouveau tissés. Il faut vivre avec une mentalité non destructrice de notre environnement. »

L’idée n’est pas de posséder la nature mais d’être possédé par un milieu. Philippe Descola

Thierry Leroux. Villes et industrie : le divorce est-il souhaitable ?

L’éloignement n’évite pas tout danger, il faut plutôt se demander de quel type d’industrie nous avons réellement besoin. Une tribune de l’historien Thomas le Roux à l’occasion du Forum Libération «L’usine et le territoire».

« L’incendie de l’usine Lubrizol a ravivé le débat sur la coexistence de l’industrie et des zones d’habitation. Peu après l’accident, Bruno Lemaire, ministre de l’Économie, a estimé qu’il fallait revoir les politiques d’implantation des usines classées Seveso pour les éloigner des villes, tandis que les voisins de ces établissements s’inquiètent à juste titre pour leur sécurité et leur santé. Mais pose-t-on la question dans les bons termes ? Ne serait-ce pas un moyen de détourner les esprits de la seule question qui vaille : pourquoi nos sociétés s’accommodent-elles de l’existence d’industries qui manipulent des substances dont on connaît la dangerosité ?

Historiquement, industrialisation et urbanisation sont allées de pair au XIXe siècle, lorsque les machines à vapeur supplantent les roues hydrauliques, sous l’œil bienveillant des hygiénistes acquis à l’industrialisme. L’énergie vapeur permet aux industriels de conquérir la ville, sa main-d’œuvre et ses marchés. Ville laborieuse, ville dangereuse : non seulement de ses ouvriers, dont les autorités craignent l’agitation sociale, mais aussi de ses explosions ou incendies des divers moteurs, fourneaux et autres gazomètres. Le réseau de chemin de fer, après les années 1860, concourt à une relocalisation partielle des usines aux marges urbaines, le long de nœuds des gares et échangeurs ferroviaires. Mais, dans un second mouvement, l’urbanisation rattrape ces sites pour constituer les banlieues ouvrières des années 1880-1960. La coexistence des ateliers et de l’habitat n’a pas que des inconvénients : elle limite les déplacements et crée des districts industriels urbains où la sociabilité peut être riche de convivialité, de proximité et de solidarités. Après 1960, l’automobile provoque un nouvel éloignement dans des zones industrielles désincarnées en lointaine périphérie urbaine, créant un flot de mouvements pendulaires toujours plus dispendieux en temps et énergie.

Ainsi, lorsqu’on le réclame, de quel éloignement parle-t-on ? Dans des zones périurbaines toujours plus vastes ? Dans des zones rurales ? En Asie ? Dans des déserts ? Chacune des possibilités offre son lot d’inconvénients et d’impacts environnementaux très lourds. Elle renforce notamment l’usage de la voiture, et commande en retour l’existence d’usines telle que Lubrizol, dont les émanations n’ont pas touché que le voisinage. L’éloignement n’évite donc pas tout danger, et la question pertinente serait plutôt de se demander de quel type d’industrie avons-nous réellement besoin. L’utilité sociale de l’industrie chimique dangereuse n’a jamais été démontrée, et le chantage à l’emploi cache souvent le manque d’imagination pour trouver des substituts et le manque de courage pour ordonner des interdictions nécessaires à la préservation de la santé publique. Industrie et ville referont bon ménage lorsque le tabou de la liberté industrielle, qui n’est vieux que de deux cents ans, sera levé et que la production découlera de priorités sociales, sanitaires et environnementales. »

Thomas Le Roux est l’auteur de plusieurs ouvrages : Le laboratoire des pollutions industrielles, Albin Michel, 2011. La contamination du monde. Une histoire des pollutions à l’âge industriel (avec François Jarrige), Paris, Le Seuil, 2017.

Damien Carême. Entretien Chez Pol Libération

Damien Carême (EELV) : «Mon père travaillait avec celui de Platini»

Propos recueillis par Paul Aveline

Ils font partie des nouveaux visages de la politique française mais demeurent méconnus du grand public. Chez Pol part à leur rencontre. Aujourd’hui, l’ancien maire EE-LV de Grande-Synthe (Nord), élu en mai dernier député européen, Damien Carême.

Chez Pol | Bonjour. Qui êtes-vous ? Quels sont vos réseaux ?
Je suis lorrain d’origine, mais j’ai vécu 50 ans dans le Nord. J’ai été maire de Grande-Synthe pendant 18 ans et je suis aujourd’hui député européen. Je travaille beaucoup avec le monde associatif, les ONG, mais aussi des sociologues, des anthropologues, des économistes ou des philosophes.

Quand vous étiez petit, vous rêviez de devenir qui ?
Personne en particulier, mais je rêvais d’être boucher ! Ou garçon de café. Ma tante tenait un café, j’adorais servir les bières. Je n’ai pas totalement abandonné l’idée d’ailleurs !

La ville de Paris réfléchit à donner le nom de Jacques Chirac à un lieu emblématique. Et vous, quel endroit vous aimeriez-voir porter votre nom ?Une salle de spectacle, n’importe laquelle. Le spectacle vivant, c’est ce qu’il y a de plus important.

Vous êtes né à Joeuf, comme Michel Platini. Vous pensez qu’on peut revenir après une suspension ?
Mon frère était dans sa classe et nos pères travaillaient ensemble. Et non, je pense qu’il ne faut pas revenir. Comme en politique d’ailleurs ! Une fois qu’on a été jugé et condamné, il ne faut plus jamais revenir, quel que soit le motif de la condamnation. On a trop vécu ça. La politique nécessite que les gens soient exemplaires, avec un casier vierge.

L’OM affronte le PSG ce week-end en Ligue 1. Vous pensez que David peut encore battre Goliath aujourd’hui ?
Bien sûr ! Tout match remet tout à plat. C’est complètement ouvert, comme en politique d’ailleurs.

Vous avez écrit : On ne peut rien contre la volonté d’un homme. Du coup on fait comment face à Trump ?
C’est une phrase qu’a prononcée Bernard Cazeneuve lorsque nous avons ouvert le centre d’accueil de Grande-Synthe. C’était une façon de dire que l’État avait perdu ce combat. Mais je crois que face à Trump, qui est déterminé, nous avons la démocratie. Contre les Trump, les Bolsonaro, les Salvini ou les Orbàn, on peut agir. Attention : si on utilise les armes de l’ancien modèle, on ne gagnera pas.

Avec quel adversaire politique vous pourriez partir en vacances ?
Elisabeth Borne [ministre de la Transition écologique et solidaire, ndlr] ! On a plein de choses à se dire, on n’est pas du tout d’accord..

Avant de vous lancer en politique, vous avez été informaticien. C’est quoi votre solution pour débuguer la France ?
Un gouvernement écolo ! Un vrai, dont la seule priorité serait la protection de la vie. L’écologie est forcément sociale, elle règle les problèmes de sécurité, de pouvoir de vivre que je préfère à pouvoir d’achat. C’est la réponse à tout, et la seule à même de mettre l’économie au service du politique, et non pas l’inverse.

Donnez-nous une bonne raison d’être optimiste aujourd’hui…
Les 2 millions de signataires de «l’affaire du siècle», les gens qui descendent dans la rue pour les marches pour le climat. Les lycéens qui font grève pour la planète. Les citoyens sont beaucoup plus en avance que les élus sur toutes ces questions, et c’est très bien.

Pestalozzi Et Froebel. L’histoire de l’école enfantine

L’histoire de l’école enfantine par Simone Forster CollaboratriCe SCientiFique à l’irDP

« Les classes maternelles pour les petits sont apparues en Suisse à la fin du XVIIIe siècle. C’étaient de simples garderies destinées aux enfants des femmes qui travaillaient dans les fabriques. Leur mission évoluera au fil du temps sous l’impulsion des pédagogues.
Pestalozzi puis Froebel …
La Suisse était, à la fin du XVIIIe siècle, le pays le plus industrialisé d’Europe après l’Angleterre. Partout dans les campagnes, les familles paysannes filaient et tissaient le coton. Les femmes étaient nombreuses à travailler dans les nouvelles fabriques d’impression d’indiennes, ces « toiles peintes » aux motifs orientaux dont l’Europe était friande. Leurs enfants en bas âge étaient gardés à la fabrique ou dans une petite salle communale.

Pestalozzi (1746-1827) fut frappé par la misère des enfants des campagnes qui filaient, tissaient, confectionnaient, à journée faite, de légères mousselines dans des caves humides et malsaines. Ces enfants souffraient de malnutrition et nombre d’entre eux mouraient de maladies infectieuses ou de tuberculose. Les plus petits étaient livrés à eux-mêmes ou s’entassaient dans des garderies sombres et sans hygiène où régnait un affreux dressage. Horrifié, Pestalozzi développa une nouvelle pédagogie enfantine qui ne tarda pas à se propager en Europe. Il préconisait l’observation attentive des enfants et l’adaptation de l’enseignement à leur psychologie et à leur manière d’apprendre. Toute l’aventure de l’instruction devait partir de l’expérience personnelle et Genève fut la première ville de Suisse à ouvrir, en 1826, un établissement d’accueil. Dès l’âge de six ans, les enfants travaillaient quelque huit heures par jour en fabrique. Au terme de leur journée, ils apprenaient leurs lettres et le catéchisme dans l’école du soir, créée par le patron. Cette pratique était courante dans les cantons de Genève et de Neuchâtel, principaux exportateurs de toiles peintes.

de la manipulation d’objets. L’enfant était au centre de l’action éducative.

Friedrich Froebel (1782-1852), son disciple, développa une pédagogie fondée sur le jeu, véritable point de départ du savoir. Il créa un matériel spécifique: jeux de construction, cubes, cylindres, sphères de couleurs vives, etc. La mission des nouvelles écoles enfantines froebeliennes du XIXe siècle, était de favoriser le développement de l’enfant à travers le jeu, les chants, les rondes et la culture de petits jardins. L’école enfantine de Riesbach (Zurich aujourd’hui) fut la première de Suisse à adopter la pédagogie de Froebel en 1845. En Suisse romande, le professeur Edouard Raoux (1817-1894) ouvrit, en 1860, un jardin d’enfants frœbélien dans sa campagne des Charmettes à Lausanne. Il déploya une grande activité afin de propager cette pédagogie. Le mouvement était lancé. Suivirent les cantons de Genève en 1861 et de Neuchâtel en 1862.
De 1870 à la première guerre mondiale, la méthode de Froebel sera enseignée aux maîtresses d’école enfantine de nombreux cantons tant en Suisse romande qu’en Suisse alémanique. Dès la fin du siècle, Genève, Neuchâtel, Vaud, Bâle-Ville, Zurich firent de l’école enfantine frœbélienne une institution cantonale au même titre que l’école primaire. Partout ailleurs, les écoles enfantines relevaient de l’initiative privée. Le Valais, dans sa loi du 1er juin 1907, demandait aux communes d’ouvrir des jardins d’enfants mixtes si les parents en faisaient la demande et si quarante enfants au moins allaient les fréquenter.

Le Tessin fut le premier canton de Suisse à ouvrir, en 1844, une école enfantine à Lugano appelée asilo d’infanzia. Cette initiative humaniste vint de deux riches commerçants, les frères Filippo et Giacomo Ciani. Ceux-ci avaient visité la filature de coton de Robert Owen (1771-1858) sise à New Lanark en Ecosse. Ils avaient été impressionnés par les idées de ce fabricant visionnaire qui avait ouvert une école pour les enfants dès l’âge de trois ans. Ses buts étaient de régénérer les mœurs populaires par une bonne éducation. Les frères Ciani parvinrent à convaincre la commune de Lugano de leur fournir un bâtiment afin d’y créer une telle institution. En 1855, une centaine d’enfants fréquentaient l’asilo. Dès 1914, les communes ou les particuliers reçurent des subventions de l’Etat

Depuis 1970, toutes les législations cantonales reconnaissent le droit à une éducation préscolaire d’une année ou de deux ans. L’école enfantine est facultative mais 98% des enfants la suivent l’année qui précède leur entrée à l’école primaire. Quelque 63% y passent deux ans. La durée moyenne de fréquentation s’élève à 1,8 an. Les horaires de deuxième enfantine vont de 14 heures 15 par semaine (Genève) à 19 heures 30 dans certaines régions du canton de Berne ou à 18h 45 dans le canton du Jura. Au Tessin, les enfants commencent à trois ans et les horaires sont continus de 8 heures 45 à 15 h 45, soit 24 heures par semaine (cf. tableau ci-contre).
La Conférence des chefs de département de l’instruction publique de la Suisse ro- mande et du Tessin (CIIP) publia, en 1972, un premier plan d’études romand qui mettait l’accent sur l’épanouissement et le développement de l’enfant et sur les acqui- sitions des démarches intellectuelles utiles à sa scolarité. On parlait de prélecture, de préécriture, de jeux et de manipulations mathématiques. En 1992, la CIIP approuva
Le projet HarmoS va rendre l’école enfan- tine obligatoire dès l’âge de quatre ans. Les cantons veilleront à mettre en place des structures parascolaires afin que les horaires de classe coïncident avec ceux du travail des parents. La Convention scolaire romande de la CIIP s’inscrit dans le même courant : obligation scolaire dès quatre ans et création de cycles pédagogiques. Le premier cycle va de la première enfantine à la deuxième année primaire (- 2 à + 2).
Depuis 1999, la deuxième année d’école enfantine est obligatoire dans le canton
s’ils ouvraient des écoles enfantines. Les maîtresses étaient formées à la méthode de Maria Montessori, fondée sur le respect de la liberté enfantine et de toutes ses manifestations spontanées. Les enfants de trois à six ans s’activaient à leur guise mais devaient appliquer des règles communes de vie, d’ordre et de rangement. L’enfant avait la liberté de choisir la tâche qui l’in- téressait et de s’y livrer aussi longtemps qu’il le souhaitait. Le matériel éveillait ses sens et l’instruisait. Contrairement à Froebel, Maria Montessori préconisait l’apprentissage de la lecture dès 4 ans. Les lettres de papier d’émeri, par exemple, permettaient d’associer les sensations vi- suelles et tactiles au son. Les enfants de 6 ans qui quittaient l’asilo savaient lire, écrire et calculer jusqu’à vingt.
un nouveau document «Objectifs et ac- tivités préscolaires ». Les objectifs centrés sur l’enfant sont dépouillés de leur aspect scolaire. Il s’agit de créer les conditions qui permettent à l’enfant d’agir pour construire ses connaissances, de struc- turer sa pensée à travers des situations variées où le jeu tient une large place. On revient donc à l’apprentissage inventif des pionniers. Les enfants apprennent à la manière des enfants, c’est-à-dire en jouant avec sérieux.
Depuis quelque temps toutefois, les choses changent. Le projet sur l’harmonisation de la scolarité obligatoire (HarmoS) de la CDIP stipule clairement que l’école enfantine doit initier les enfants à «l’apprentissage scolaire ». Depuis les résultats de l’étude PISA, les cantons s’accordent à dire que l’école enfantine doit jouer un rôle impor- tant dans l’apprentissage de la lecture. Ses missions sont aussi le dépistage précoce des handicaps, la lutte contre l’échec sco- laire, la compensation des inégalités. Elle doit également faciliter l’intégration des enfants d’origine étrangère. Sa mission redevient scolaire.