
Freaks FreeArchitects. Topo#1, 2012, 150 x 1,20 m, Bois de peuplier du Domaine de Chamarande.
À la manière du mètre-étalon duchampien, le chemin de planches retrouve une courbe de niveau, un cheminement dans l’herbe.

Freaks FreeArchitects. Topo#1, 2012, 150 x 1,20 m, Bois de peuplier du Domaine de Chamarande.
À la manière du mètre-étalon duchampien, le chemin de planches retrouve une courbe de niveau, un cheminement dans l’herbe.
Trouvé par Mariina, amie du Havre :
« Quand on pense avoir fait le tour du tricot il y a des gens qui en sortent de plus incroyables encore! »
http://jaiblog.tumblr.com/post/20161065439/jai-blog-nest-pas-le-seul-a-aimer-le-tricot
Sarah Applebaum a habillé tous les personnages du clip réalisé par Terri Timely du duo californien Seventeen Evergreen, Polarity Song.
Better than Boltanski…
Jean-Louis trouve ça «très moche». Moi j’aime, ça me rappelle les vidéos de http://www.urbancamouflage.de/ et en particulier celle-ci:
Piero Gilardi, « Vestito natura-anguria, » 1967. Foam polyurethane. Courtesy the artist.Piero Gilardi: Collaborative Effects, 1962–1985
Castello di Rivoli, 30 March–6 May 2012 [trop tard!]
Piazza Mafalda di Savoia
10098 Rivoli (Turin), Italyou bien au
Van Abbemuseum, 8 September 2012–6 January 2013
Nottingham Contemporary, 26 January–7 April 2013
pour mémoire, le communiqué d’e-flux:
Castello di Rivoli, Van Abbemuseum and Nottingham Contemporary have joined together to present an exhibition dedicated to the first twenty-two years of the artistic and socio-political work of Piero Gilardi. A catalytic figure in the Arte Povera movement, concentrated in Turin in the late 60s, Gilardi’s utopian and unselfish dedication to connecting neo-avantgarde artists across Western Europe and North America made him one of the most influential artistic figures of the period, albeit not the most famous. His extensive networks and new collective and process-based conception of exhibition making were crucial to two of the defining international exhibitions of art after Minimalism at that time, ‘Op Losse Schroeven’ (Stedelijk Museum, Amsterdam, 1969) and ‘When Attitudes Become Form’ (Kunsthalle Berne and ICA London, 1969). While Gilardi’s relationship to Turin is of course long and well documented, the exhibition in Eindhoven and Nottingham will be his first in the Netherlands and Britain. ‘Collaborative Effects’ is unusual in following Gilardi’s varied and radical socio-political activity far beyond the contours of the art world: his immersion in the far left in Italy, his involvement in the anti-psychiatry movement, his work with youth groups of various kinds, the inspiration he took from radical street theatre. His overriding concern with interrelationships, with the pursuit of new collective forms of living, on both artistic and social levels, reveals Gilardi as an important precursor of ‘Relational’ art and theory of the past two decades.
The monographic exhibition is itself tested to the limit by this Gilardi exhibition, as its contradictory title signals. The only singularly authored objects in the exhibition were made in the first five years it covers. These encompass sculptures made of polyurethane faithfully reproducing elements of the natural world, and culminate in his celebrated ‘Nature Carpets’, which take the form of artificial patches of landscape. But these very early pieces, too, were designed to be used and shared: Gilardi wanted people to lie on them, enter them and wear them. They were soon shown at leading international avant-garde galleries, their successful commodification prompting Gilardi to abandon them, and indeed all object-making, just as the Arte Povera movement that he was instrumental in assembling and conceptualising was on the rise (his and Michelangelo Pistoletto’s studios were the nascent movement’s principle meeting places in the early days). Although Gilardi shared with many of the Arte Povera artists a concern with combining nature and culture, the Pop-like artificiality and fabricated nature of these extraordinary objects still stand in marked contrast to the plain and active materiality of the work most associated with the movement. The other half of the exhibition focuses on Gilardi’s creative and political work after renouncing object making. It is the first exhibition to consider this work in social and political domains beyond the art world as a radical continuation of his artistic praxis. Seen in this way, Gilardi followed through on his generation’s ubiquitous desire to merge art with life, whereas most others fell short. However the consequence of having pursued this course fully and authentically, beyond the support system of art’s institutional structures, has, inevitably but paradoxically, resulted in its excision from the reception of Gilardi’s career. This exhibition and accompanying catalogue look to reinstate Gilardi’s collaborative activities across these varied social domains within a radically extended understanding his practice. It does so through a wealth of documentary material in film, print and writing. The exhibition ends just prior to Gilardi’s turn to large scale public art initiatives, beginning with the Ixiana Project in Paris, and characterised by a growing interest in the convergence of the fields of art, science and technology, which in recent years has lead to the Parco d’Arte Vivente in the Lingotto industrial district of Turin, the original crucible of the long Italian revolution of the 60s and 70s.
The exhibition is curated by Andrea Bellini, in collaboration with Diana Franssen.
On the occasion of the exhibition, JRP|Ringier is releasing this spring a monograph on Piero Gilardi. It will be the first book to offer a general and documented overview on his outstanding work and practice. Gathering an extensive interview between Piero Gilardi and Andrea Bellini, an essay by Diana Franssen, and an anthology of seminal texts on Gilardi’s work (Sonnabend, Restany, Bonito Oliva, Popper, etc.).
Il nous reste le Parco d’Arte Vivente
Une histoire de débosquettisation (c’est décidément le concept rousseauiste que je préfère et sur l’autel duquel je sacrifie volontiers le temps retrouvé du dandy filandreux Proust) : le tour du Vercors en un jour pour rafraîchir l’écran de nos 50 ans d’histoire personnelle. Tout sur la journée http://jlggb.net/blog3/?p=1789
et un flash personnel qui perdure pour cette piscine de la Chapelle en Vercors, sous le signe de La Vie en maillot de bain!

Modèle d’habitation idéale, la barn d’Armando Ruinelli
(photo volée dans l’article sur cette barn, dans le dernier numéro de design boom, http://www.designboom.com/eng/).
Autres barns et maisons idéales:
— MVRDV: balancing barn completed déjà repérée dans design boom et citée de nouveau en bas de page de la barnarmando ruinelli
— les 4 maisons idéales de Jean-Louis in Sur mon étagère : une idée de maison,
— le séchoir à noix assez idéal, aquarellé par Emile.
Revendre plein pot en France des droits à polluer achetés hors taxe à l’étranger : la combine, partie du Sentier, a fait le tour de l’Europe et rapporté 5 milliards d’euros. Récit:
L’escroquerie a reçu le label de «nouveau casse du siècle» : 5 milliards d’euros en Europe, dont 1,5 en France. Grâce à une combinaison vieille comme le monde : une arnaque à la TVA appliquée, touche de modernité, au marché des droits à polluer. Quelques clics sur Internet auront suffi pour empocher le pactole, un jeu d’enfants parfois très méchants. Car le butin a fait des envieux et causé quelques dégâts entre bandes rivales : assassinats, saucissonnages et autres recouvrements de créances musclés. Un premier volet de cette affaire vient d’être jugé à Paris, à la mi-janvier, les principaux organisateurs écopant de peines allant jusqu’à cinq ans de prison ferme.
Avant que le grand banditisme n’entre dans la danse, les pionniers de cette vaste embrouille étaient des petits malins du Sentier qui s’étaient fait la main sur d’autres arnaques dans le domaine du textile. Ils se sont vite passé le mot sur le potentiel mirobolant des transactions sur la Bourse au CO2. «Je disais à tout le monde : le carbone, c’est l’avenir, il faut y aller à fond, témoigne un courtier. Je me suis retiré quand j’ai vu que c’était devenu une pure escroquerie.» Un mis en examen dit s’y être engouffré sans chercher à comprendre : «Je n’ai pas imaginé ou conçu le système, je ne sais même pas comment fonctionne le marché du CO2.»
Cette escroquerie planétaire repose sur le nouveau marché des droits à polluer ouvert dans le sillage du protocole de Kyoto, en 1997. Le but de cet accord international est louable : mettre en place, pour lutter contre le réchauffement climatique, un mécanisme incitant les industriels à réduire leurs émissions de dioxyde de carbone. Mais, libéralisme faisant loi, plutôt que d’imposer une réglementation aux industriels, la régulation se jouera sur le marché, via des «Bourses de carbone». Chaque entreprise se voit attribuer un volume de droits à polluer. Si elle n’en consomme qu’une partie, elle pourra revendre le solde à des entreprises qui ont dépassé leur quota. Les plus vertueuses font un bénéfice, les plus polluantes sont pénalisées.
En 2005, l’Union européenne est la première à adopter ce système. Deux ans durant, les échanges montent en puissance. Chaque pays a sa Bourse de droits à polluer. Elle s’appelle BlueNext en France et est gérée par la Caisse des dépôts et consignation.Plus d’un an de manège. Les arnaqueurs ont vite flairé la combine. Tellement simple qu’un prévenu déclarait lors du procès : «C’est comme si vous mettiez une Ferrari à La Courneuve avec les clefs dessus. Elle ne restera pas une heure.» Le principe : acheter des droits à polluer à l’étranger, hors taxe, grâce à un comparse installé dans un cybercafé en Lettonie ou à Hongkong qui utilisera éventuellement une adresse temporaire sur des sites comme Gmail, parfaits pour opérer en toute discrétion. Puis revendre aussitôt ces droits en France, TVA incluse (19,6%). La taxe doit théoriquement être reversée à l’Etat, mais nos filous s’éparpillent illico dans la nature, l’argent s’évaporant sur des comptes offshore. Ou comment empocher 19,6% de bénéfices en moins de vingt-quatre heures… «La marge commerciale est gracieusement fournie par l’Etat», ironise un magistrat.
Des chauffeurs de taxi, des vendeurs de fringues, des secrétaires n’ayant jamais réalisé la moindre transaction financière se sont ainsi improvisés traders en CO2, à la tête de sociétés ayant pignon sur rue. Ils ont tous obtenu auprès du tribunal de commerce un extrait Kbis, qui énonce les caractéristiques de leurs entreprises. Tout est en ordre, même si ces boîtes ne sont le plus souvent que des boîtes aux lettres. «Naïveté ou idéologie libérale, il n’existe qu’une seule condition pour être enregistré comme trader : ne pas mentir sur son identité», souligne un juge d’instruction parisien. Tout le monde ou presque peut traiter sur le marché du CO2. «La quasi-absence de réglementation fait que les manœuvres frauduleuses sont peu nombreuses.»
Le manège durera plus d’un an, jusqu’en juin 2009, quand les autorités de plusieurs pays en réalisent l’ampleur. Dès novembre 2008, la Caisse des dépôts relève des anomalies et les signale à Tracfin (le service du ministère des Finances chargé de la lutte contre le blanchiment) : des traders revendent à perte de grandes quantités de CO2. Logique quand on connaît l’arnaque. Forts d’une marge de 19,6%, ils peuvent se permettre de la rogner afin de revendre plus vite et prendre la poudre d’escampette.
En janvier 2009, une réunion de crise se tient à Bercy. En juin, Eric Woerth, ministre du Budget, supprime la TVA sur le CO2, seule façon de tuer la fraude dans l’œuf. Mais les autorités auront lanterné neuf mois, durant lesquels l’escroquerie était à son comble. Selon Europol, «ces activités ont représenté jusqu’à 90% de tous les volumes échangés.» Dès la suppression de la TVA, les transactions se sont effondrées, d’abord en France, puis ailleurs, mais pas partout. D’après des écoutes où il est question de «nazis» et de «spaghettis», des fraudeurs français paraissent avoir persisté en Allemagne ou en Italie.Des centaines de prévenus. Le volet jugé à Paris, portant sur 50 millions d’euros, comporte des scènes qui semblent sorties de la Vérité si je mens. Comme ce jeune homme se précipitant à la fenêtre en pleine perquisition : «Si la police t’attrape, tu jettes les papiers et tu nies qu’ils sont à toi», lui avait conseillé son oncle. On rit moins quand un autre, placé sur écoute, menace d’envoyer «des Chinois pour saucissonner» un partenaire récalcitrant. Des protagonistes ont été condamnés pour «extorsion de fonds» dans le cadre d’un «recouvrement forcé».
La justice française a préféré découper l’affaire en une dizaine de procédures pénales distinctes, au risque de se priver d’une vue d’ensemble permettant d’établir des passerelles entre les différents réseaux. Elle s’évite ainsi un procès de masse avec une centaine de prévenus qui aurait posé des problèmes logistiques et, surtout, qui n’aurait pas manqué d’être surnommé «Sentier III» (le premier concernait déjà une arnaque à la TVA, le deuxième aux banques), au risque d’éveiller des appétits antisémites, la plupart des protagonistes étant juifs. Comme dans les précédentes affaires du Sentier, l’une des têtes de réseau s’est réfugiée en Israël. L’Etat hébreu, généralement peu coopératif en matière judiciaire, a cette fois accepté de geler ses comptes bancaires, garnis de 19 millions d’euros. Mais pas de les restituer à la France. Un chef d’orchestre, incarcéré à la Santé, s’est vu confisquer son Aston Martin, son yacht de luxe et plusieurs biens immobiliers, mais il a eu le bonheur de concevoir un enfant en prison.
Si la fraude paraît simple, sa mise en œuvre est moins rose. La logistique nécessitant de nombreux transports en liquide pour amorcer la pompe en amont et recycler les fonds en aval, le milieu juif s’est associé à des bandes arabes d’Ile-de-France pour assurer sa sécurité, puis au grand banditisme. Un policier résume dans Marianne l’enchaînement fatal : «Les feujs [juifs, en verlan, ndlr] se sont unis avec des voleurs qui n’ont plus eu qu’une seule envie : les doubler. Porter une valise pleine de fric d’un coin à un autre, cela finit par donner des idées à tout le monde.»Trois meurtres et un enlèvement. D’où une série de règlements de comptes liés au partage du butin. En janvier 2009, Serge Lepage, fils d’une figure du grand banditisme de la banlieue parisienne, est abattu dans l’Essonne. En avril 2010, Amar Azzoug, dit «Amar les yeux bleus», est assassiné dans le Val-de-Marne. Six mois plus tard, Sammy Souied, pilier d’une précédente arnaque publicitaire dont le butin fut blanchi dans les courses hippiques (Libération du 19 mars 2005), périt sous les balles porte Maillot à Paris.
Il n’y a pas toujours mort d’homme, mais tout de même. A l’automne 2010, un jeune vendeur de portables est enlevé pendant trois jours par des Ivoiriens. Pure coïncidence, il travaillait dans la même boutique qu’Ilan Alimi, torturé à mort en 2006 par le «gang des barbares» qui essayait d’extorquer une rançon, sous prétexte qu’un juif serait forcément riche. Cette fois, les kidnappeurs paraissent avoir le nez plus fin : ils présument que leur victime a participé au barnum du CO2. Sauf que ce n’était pas lui, mais son frère.
La fièvre du carbone semblerait avoir contaminé la police. A Lyon, le commissaire Neyret est écroué depuis octobre pour ses relations sulfureuses avec le milieu. Il avait été «tamponné» par un loustic qui a aussi trempé dans le CO2 et lui offrira un séjour au Maroc. A Paris, un haut responsable de la police judiciaire vient d’être muté, soupçonné d’échanger des informations avec des escrocs à la taxe carbone – «J’en donnais un peu pour en recevoir beaucoup», se défend-il. Juste avant d’être assassiné, Sammy Souied avait reçu d’un proche 350 000 euros en liquide – une «dette de jeu», jure ce dernier à Libération. Les tueurs ont négligé l’enveloppe, mais, semble-t-il, pas les policiers. Une fois revenue au commissariat, elle n’en contenait plus que 300 000.»
«Marier les technologies d’Internet et les énergies renouvelables» (Pour François H. et Eva J…) D’où parle Rifkin*?
Interview de l’essayiste et économiste, par Christophe Alix, in Libération ce jour. «Rifkin était à Paris pour le lancement de son dernier essai, la Troisième Révolution industrielle. Il y détaille ses solutions pour sortir de l’ère des énergies fossiles et renouer avec une croissance durable. Il y enterre l’ordre ancien, celui d’avant l’Internet, et trace la perspective d’une société plus ouverte dans laquelle nos rapports aux pouvoirs seront transformés.»
«Quel est le fil conducteur de la troisième révolution industrielle ? Mes recherches depuis trente ans m’ont amené à cette conclusion : lorsqu’un nouveau système énergétique rencontre une nouvelle technologie de communication, il se produit une transformation radicale à l’échelle de l’histoire. Cette transformation bouleverse non seulement l’organisation économique de la production et des échanges mais aussi la manière d’exercer le pouvoir et jusqu’aux relations humaines. Un nouveau récit collectif peut alors émerger.
Parlez-nous de cette rencontre… Sa matrice, c’est la fusion des technologies de l’Internet et des énergies renouvelables. La première révolution industrielle avait vu converger la machine à vapeur et le charbon avec l’imprimerie. La seconde fut celle du mariage de l’électricité avec le téléphone puis la radio et la télévision. Celle que nous vivons nous donne l’opportunité de sortir d’une double impasse économique et écologique : l’épuisement d’un modèle de croissance, fondé tant sur les énergies fossiles que sur le pétrole, et le réchauffement climatique qui menace notre planète. Nous avons la technologie et le plan d’action. Aurons-nous assez de lucidité pour lancer celui-ci à temps ?
La crise actuelle serait donc énergétique, on n’en sortira pas tant que l’on n’aura pas effectué cette transition… Peu l’ont vu mais son déclenchement remonte à juillet 2008, lorsque le cours du pétrole a atteint le record de 147 dollars le baril. Nous avons alors atteint le «pic de la mondialisation». Ce renchérissement du coût de l’énergie a entraîné une hausse des prix de tous les produits et s’est traduit par un effondrement du pouvoir d’achat. La crise financière, soixante jours plus tard, n’a été qu’une réplique, une deuxième onde de choc. Vue sous cet angle, l’explosion des dettes publiques et privées est la conséquence de l’essoufflement de la deuxième révolution industrielle, celle du pétrole abondant et bon marché.
Si le diagnostic de la crise n’est pas bon, les réponses données le sont-elles plus ? On aura beau se désendetter tout en essayant de produire toujours plus de richesses – c’est le cas en 2012 par rapport à 2008 -, on fera face à des alternances de phases de reprise et de rechute de plus en plus rapprochées. Chaque nouveau cycle de croissance viendra buter sur ce mur des 150 dollars le baril. On peut réformer le marché du travail et réguler le monde de la finance, cela ne servira à rien si l’on n’a pas un plan pour croître durablement.
L’Europe n’est-elle pas le continent le plus avancé dans cette transition ? Nous avons identifié cinq piliers qui en font l’ossature et c’est vrai que l’Europe, surtout l’Allemagne, n’a pas attendu la crise pour se lancer. Le premier est le passage aux renouvelables avec 20% d’énergie propre d’ici à 2020 et 85 à 95% en 2050. Le second concerne la transformation de tous les bâtiments en microcentrales productrices d’énergie. Il y en a 191 millions en Europe, c’est un chantier susceptible de créer des millions d’emplois et d’entreprises. L’Allemagne, qui s’est fixée de parvenir à 35% d’énergie verte d’ici à quelques années, a déjà un million de bâtiments équipés et a créé 250 000 emplois dans ce secteur. Le troisième pilier, le plus difficile à maîtriser, c’est le stockage de cette énergie intermittente.
Mais personne ne produira assez d’énergie pour être autonome. Comment la mutualise-t-on ? Grâce à l’Internet, l’énergie créée sera partagée de la même manière que l’information en ligne aujourd’hui. Quand des millions d’immeubles produiront localement une petite quantité d’énergie, ils pourront vendre au réseau leurs excédents et acheter ce qui leur manque grâce à ce partage coopératif et décentralisé. A long terme, l’énergie deviendra quasi gratuite et l’accès à ces services l’emportera sur la propriété pour devenir le moteur essentiel de l’économie. Le dernier pilier concerne les transports avec le passage à des véhicules électriques ou à pile à combustible capables de vendre et d’acheter de l’électricité sur un réseau intelligent.
A quelles conditions ce plan peut-il fonctionner ? Ces cinq piliers doivent être mis en place simultanément, sinon leurs fondations ne tiendront pas. Pour ne l’avoir pas compris, l’administration Obama est en train d’échouer dans l’économie verte malgré les milliards de dollars investis. Elle raisonne en «silo», sans connecter entre eux ces piliers.
En quoi cette transformation va-t-elle révolutionner la société ? La nouvelle matrice de communication et d’énergie distribuée va impulser une réorganisation complète de nos économies avec le passage d’un pouvoir hiérarchique et vertical à un pouvoir latéral et horizontal, de pair à pair pour reprendre l’analogie avec l’Internet. Il deviendra anachronique de raisonner en termes de droite et de gauche. La nouvelle ligne de partage passera de plus en plus entre ceux qui pensent en termes de collaboration, d’ouverture et de transparence et ceux qui s’accrochent au vieux modèle industriel déclinant et qui pensent en termes de hiérarchie, de barrières et de propriété.
Le nucléaire a-t-il encore un avenir ? Aux antipodes de cette production partagée, l’atome est une énergie centralisée par essence qui cumule bien trop de handicaps pour représenter une alternative. Il n’a jamais été propre à cause de ses déchets radioactifs et reste une petite source d’énergie à l’échelle mondiale. 400 centrales fournissent 6% de l’énergie dans le monde et, pour passer à 20% – le seuil minimal pour avoir un impact sur le réchauffement -, il faudrait construire trois centrales par semaine d’ici à 2031 ! C’est techniquement impossible et inconcevable politiquement depuis Fukushima.
Quel est le lien entre la difficulté de la France à rentrer dans cette nouvelle ère et la place qu’y occupe le nucléaire ? Le nucléaire incarne le vieux modèle industriel centralisé et le retard de la France est largement lié à sa prégnance culturelle sur vos élites. C’est très différent avec l’Allemagne dont le système fédéral est déjà en soi un pouvoir distribué et partagé. Votre modèle centralisé qui était un atout hier est devenu un handicap. Mais je ne veux pas croire que la patrie de Jean Monnet, qui a insufflé la vision d’une Europe politique sans laquelle le paquet «énergie – climat» de 2008 par exemple n’aurait jamais vu le jour, ne peut pas réussir cette transition autant culturelle qu’énergétique.
N’êtes-vous pas un grand utopiste ? Optimiste sans doute, utopiste, non. Je ne propose pas une panacée qui guérira la société de ses maux ni une utopie qui nous conduira vers la terre promise. C’est un plan pragmatique pour tenter la traversée jusqu’à une ère postcarbone durable. S’il y a un plan B, je ne le connais pas.»
* in Wikipédia on lit:
«J. Rifkin a conseillé la Commission européenne et le Parlement européen. Il a également conseillé le Premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero quand il était Président de l’Union européenne. Il a aussi été conseiller de la chancelière allemande Angela Merkel , du Premier ministre portugais José Socrates, du président Nicolas Sarkozy et du Premier ministre slovénien Janez Janša lors de leurs présidences respectives du Conseil de l’Europe, sur les questions liées à l’économie, au changement climatique et à la sécurité énergétique. Rifkin travaille actuellement avec les responsables européens pour aider à façonner à long terme une troisième révolution industrielle pour l’Union européenne.»
Comme en «illustration», en bas de page de cet article, le dessin de Willem