{"id":3508,"date":"2011-07-15T15:15:04","date_gmt":"2011-07-15T13:15:04","guid":{"rendered":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/?p=3508"},"modified":"2011-08-15T10:29:37","modified_gmt":"2011-08-15T08:29:37","slug":"trente-ans-de-crise-des-banlieues-trente-ans-de-blocages-politiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lantb.net\/uebersicht\/?p=3508","title":{"rendered":"Trente ans de crise des banlieues, trente ans de blocages politiques"},"content":{"rendered":"<p>par Luc Bronner (R\u00e9dacteur en chef). <em>Le Monde<\/em> dat\u00e9 du 15 juillet 2011.<\/p>\n<blockquote><p>\u00abMercredi 8 juillet, des \u00e9paves calcin\u00e9es de v\u00e9hicules t\u00e9moignent d&rsquo;une premi\u00e8re nuit d&rsquo;\u00e9meutes survenues \u00e0 Firminy, banlieue de Saint-Etienne, apr\u00e8s la tentative de suicide de Mohamed Benmouna, 21 ans, au commissariat de Chambon-Feugerolles, localit\u00e9 voisine. AFP\/PHILIPPE MERLE<br \/>\nDepuis trente ans, la crise des banlieues fait partie de cette exception sociale fran\u00e7aise, illustration explosive du formidable d\u00e9calage entre les promesses de la R\u00e9publique et leurs r\u00e9alisations. Trente ans ? Parce que quelques dizaines de jeunes, un soir de juillet 1981, quelques mois \u00e0 peine apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9lection de Fran\u00e7ois Mitterrand \u00e0 l&rsquo;Elys\u00e9e, avaient incendi\u00e9 des voitures et exprim\u00e9, publiquement, leur col\u00e8re aux Minguettes \u00e0 V\u00e9nissieux, dans la banlieue lyonnaise.<br \/>\nCet \u00e9pisode avait ouvert le chapitre des \u00ab\u00a0\u00e9t\u00e9s chauds\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0rod\u00e9os\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0violences urbaines\u00a0\u00bb, dont nos voisins europ\u00e9ens ne cessent de s&rsquo;\u00e9tonner. Cet anniversaire co\u00efncide, en un terrible raccourci, avec celui des \u00e9meutes des 16, 17 et 18 juillet 2010 dans le quartier de la Villeneuve \u00e0 Grenoble. Comme si le paysage des quartiers restait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment le m\u00eame. Comme si la chronique des banlieues devait se limiter aux pouss\u00e9es de fi\u00e8vre, puis aux p\u00e9riodes d&rsquo;oubli &#8211; celle que nous vivons aujourd&rsquo;hui dans l&rsquo;indiff\u00e9rence la plus compl\u00e8te.<br \/>\nTrente ans de crise de banlieues, et donc trente ans de politique de la ville. Pour quels r\u00e9sultats ? Les \u00e9meutes de l&rsquo;automne 2005 ont montr\u00e9 combien les coupures entre la R\u00e9publique et ses enfants des quartiers \u00e9taient profondes. Fracture sociale, \u00e9conomique, identitaire, mais aussi ethnique, tant les ph\u00e9nom\u00e8nes de s\u00e9gr\u00e9gation sont importants. La gravit\u00e9 de cet \u00e9pisode de violences collectives, in\u00e9dit depuis Mai 68, avait eu un m\u00e9rite : replacer la question des banlieues au coeur de l&rsquo;agenda politique.<br \/>\nLa campagne pr\u00e9sidentielle de 2007 avait ainsi vu Nicolas Sarkozy reprendre l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un plan Marshall des banlieues pour traduire sa volont\u00e9 de replacer les quartiers dans l&rsquo;ordre r\u00e9publicain. Cette ambition s&rsquo;\u00e9tait traduite par la nomination de figures de la diversit\u00e9 au sein du gouvernement &#8211; Rachida Dati \u00e0 la justice, Fadela Amara \u00e0 la politique de la ville. La candidate socialiste, S\u00e9gol\u00e8ne Royal, avait insist\u00e9 sur le m\u00e9tissage bienvenu de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, s&rsquo;attirant un soutien massif des \u00e9lecteurs des quartiers et contribuant \u00e0 la hausse spectaculaire de la participation en mai 2007.<br \/>\nCinq ans plus tard, le bilan est m\u00e9diocre. Le plan Marshall est oubli\u00e9, faute d&rsquo;ambitions, faute de moyens &#8211; on peine m\u00eame \u00e0 se rappeler qu&rsquo;il existe un ministre de la ville dans le gouvernement, le centriste Maurice Leroy, dont la principale mission, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;accompagner discr\u00e8tement les baisses de subventions. Les indicateurs sociaux sont toujours aussi d\u00e9grad\u00e9s, signe que la r\u00e9duction promise des in\u00e9galit\u00e9s est rest\u00e9e une promesse : un tiers de la population des zones urbaines sensibles (ZUS) vit sous le seuil de pauvret\u00e9 ; avec plus de 40 % de ch\u00f4meurs parmi les jeunes actifs, la situation des ZUS se rapproche de celle des pays d&rsquo;Europe du Sud, voire du Maghreb.<br \/>\nSi le visage des quartiers a commenc\u00e9 \u00e0 changer, au niveau de l&rsquo;urbanisme, gr\u00e2ce aux milliards investis dans la r\u00e9novation urbaine depuis le lancement du plan Borloo en 2003, les tensions entre jeunes et policiers restent consid\u00e9rables. Et les \u00e9lus, comme les responsables associatifs, ne cessent de r\u00e9p\u00e9ter qu&rsquo;ils demeurent en permanence sur le fil du rasoir s\u00e9curitaire, \u00e0 la merci d&rsquo;une course-poursuite ou d&rsquo;un incident d\u00e9g\u00e9n\u00e9rant en \u00e9meutes.<br \/>\nCar ces cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, les violences urbaines se sont banalis\u00e9es au point que le minist\u00e8re de l&rsquo;int\u00e9rieur pr\u00e9f\u00e8re censurer la publication des statistiques sur les voitures br\u00fbl\u00e9es (plus de 40 000 en 2010). Elles sont aussi mont\u00e9es d&rsquo;un cran : les policiers sont r\u00e9guli\u00e8rement vis\u00e9s par des tirs d&rsquo;armes, comme \u00e0 Grenoble, \u00e0 Grigny ou \u00e0 Villiers-le-Bel, et s&rsquo;inqui\u00e8tent \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de devoir affronter des situations de \u00ab\u00a0gu\u00e9rilla urbaine\u00a0\u00bb ; d\u00e9sormais, aussi, des \u00e9lus de gauche, comme le maire de Sevran, St\u00e9phane Gatignon, en viennent, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, \u00e0 r\u00e9clamer l&rsquo;aide de l&rsquo;arm\u00e9e pour tenter de restaurer l&rsquo;ordre face aux mafias locales de la drogue.<br \/>\nCet \u00e9chec n&rsquo;est pas seulement celui des politiques publiques, qui ont servi de filet de s\u00e9curit\u00e9 mais ne sont pas parvenues \u00e0 freiner la ghetto\u00efsation. Des Minguettes, touch\u00e9es par de nouvelles \u00e9meutes urbaines en 1983, \u00e9tait n\u00e9e la \u00ab\u00a0Marche des beurs\u00a0\u00bb, spectaculaire irruption des enfants d&rsquo;immigr\u00e9s sur la sc\u00e8ne m\u00e9diatique et politique, imm\u00e9diatement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s par le Parti socialiste et Fran\u00e7ois Mitterrand. Pr\u00e8s de trente ans plus tard, le constat est d\u00e9sesp\u00e9rant : la classe politique fran\u00e7aise &#8211; m\u00e2le, \u00e2g\u00e9e et blanche &#8211; reste d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment ferm\u00e9e aux \u00e9lites des quartiers et de la diversit\u00e9. A droite comme \u00e0 gauche.<br \/>\nLe Parlement fran\u00e7ais est \u00e9videmment une caricature. Mais la fracture politique est aussi visible dans les collectivit\u00e9s locales, celles-l\u00e0 m\u00eames qui devraient favoriser et pr\u00e9parer l&rsquo;\u00e9mergence des futures \u00e9lites. Nous en sommes tr\u00e8s loin. Un seul exemple : en Seine-Saint-Denis, d\u00e9partement le plus m\u00e9tiss\u00e9 de France, d\u00e9partement o\u00f9 la gauche dispose de bastions solides, on ne compte aucun maire issu de la diversit\u00e9. Cette dimension de la crise de la repr\u00e9sentation devrait interpeller la soci\u00e9t\u00e9. Mais elle reste dans l&rsquo;angle mort des d\u00e9bats politiques. Jusqu&rsquo;aux prochaines \u00e9meutes.\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;art du d\u00e9placement n\u00e9 \u00e0 Sarcelles et \u00e0 Evry.<a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=rqZ3HbHo6Vk\" target=\"_blank\"><br \/>\nhttp:\/\/www.youtube.com\/watch?v=rqZ3HbHo6Vk<\/a><\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Luc Bronner (R\u00e9dacteur en chef). 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