Marc Semo. Fini les illusions de l’après-guerre froide : le retour de « l’ennemi », nouvelle réalité pour la France

Enquête in Le Monde dimanche 18 avril 2021

Fini les illusions de l’après-guerre froide : le retour de « l’ennemi », nouvelle réalité pour la France

Par Marc Semo

« L’époque où la France ne se sentait pas menacée est révolue. Aujourd’hui, non seulement des groupes terroristes djihadistes sont des cibles prioritaires, mais de potentiels adversaires étatiques se font jour : la Russie, la Chine ou la Turquie.

En ce temps-là, il y a une trentaine d’années, nous n’avions plus d’ennemi. Il avait disparu ou, du moins, il n’était plus identifiable. « A l’inverse d’une expérience multiséculaire, la France se trouve dans une situation peu familière, où ses frontières ne semblent plus immédiatement et directement menacées », pouvait-on lire dans le Livre blanc de la défense de 1994, le premier depuis 1972 qui présentait les grandes lignes de la stratégie du pays dans la nouvelle réalité de l’après-guerre froide.

L’affrontement Est-Ouest et la division du monde en deux blocs idéologiques hostiles avaient pris fin avec la victoire par K.-O. de l’Occident. « Nous allons vous rendre le pire des services, nous allons vous priver d’ennemi », avait lancé Georgyi Arbatov, conseiller diplomatique de Mikhaïl Gorbatchev, estimant que faute d’adversaire commun, le camp occidental allait à son tour imploser. Certes, il restait des menaces, mais elles étaient d’un autre ordre. « La France ne se connaît pas aujourd’hui d’adversaire désigné », soulignait le document du ministère de la défense prenant acte de ce fait inédit.

« Le mot même d’ennemi était devenu tabou comme tout ce qui pouvait évoquer un conflit. Dans les années 1990, l’Ecole de guerre a été rebaptisée Collège interarmées de défense avant de revenir à son nom d’origine il y a dix ans », rappelle Jean-Vincent Holeindre, professeur de sciences politiques à Paris-II et auteur notamment de La Ruse et la Force (Perrin, 2017). « C’était une rupture historique. Dans le Livre blanc de 1994, chaque mot était pesé au trébuchet : ne pas se connaître d’adversaire ne signifie pas qu’il n’y en a pas, analyse Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique. Cette période de grâce s’est achevée au début des années 2000, au moment où AQMI (Al-Qaida au Maghreb islamique) désigne officiellement la France comme son ennemi. »

En fait, la lutte contre les groupes terroristes avait déjà changé de dimension avec les attentats du 11 septembre 2001, à New-York. Aujourd’hui, les forces françaises sont engagées au Sahel comme au Levant. Mais ces groupes djihadistes ne sont plus le seul ennemi. « Dans un monde marqué par le retour de puissances prédatrices, ne pas se préparer au conflit, c’est être au menu », ironise un haut fonctionnaire de la défense. « L’ombre de la guerre », formule chère au philosophe Raymond Aron (1905-1983) pour rappeler cette constante des relations internationales, est de retour. Comme la notion d’ennemi.

« Conflits interétatiques »

« Au cours de la dernière décennie, on utilisait le terme seulement en lien avec le terrorisme dans un conflit de nature asymétrique. Le terme pourrait bien réapparaître si l’on entrait dans un conflit symétrique d’Etat à Etat, scénario qui ne semble plus complètement irréaliste. Ce qui est en train d’être préparé par les armées, c’est un retour à la haute intensité à la fois dans des cadres symétrique et asymétrique », explique Thomas Gomart, directeur de l’IFRI (Institut français des relations internationales). Dans son livre Guerres invisibles (Tallandier, 316 pages, 20,90 euros), il analyse les nouvelles formes de la conflictualité dans une réalité internationale toujours plus mouvante.

« A mon sens, un pays est en guerre dès lors qu’il n’est plus en mesure de tenir la guerre à distance. C’est notre situation présente, celle d’une rupture grave et sans doute durable de la situation de rupture stratégique dans laquelle semblait nous placer la fin de la guerre froide », soulignait déjà, en 2016, Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la défense, dans un court livre au titre percutant Qui est l’ennemi ? (Cerf, 2016). Il visait en premier lieu l’organisation Etat islamique (EI), mais pas seulement. « Il faut prendre le fait guerrier au sérieux », insistait celui qui est aujourd’hui le chef de la diplomatie française.

« Demain nous devrons être prêts à déployer des moyens de lutte de haute intensité dans des conflits interétatiques afin d’être dissuasifs et de faire comprendre à nos ennemis qu’ils ne sont pas à l’abri de ripostes s’ils nous agressent », déclarait en juillet 2020 le général François Lecointre, chef d’état-major des armées devant la commission défense de l’Assemblée nationale. Présentée en janvier 2021, l’actualisation de la « Revue stratégique de défense et de sécurité nationale de 2017 » précisait que les menaces et les tendances alors identifiées se sont non seulement concrétisées mais aussi accentuées.

Tous les scénarios envisagés

« Les bouleversements politiques, le durcissement des environnements opérationnels et la multiplication des champs d’affrontements rendent désormais crédible l’hypothèse d’un affrontement direct entre puissances », précise le texte. Si la dissuasion nucléaire continue de structurer la pensée stratégique française, celle-ci envisage aussi de plus en plus ouvertement des confrontations interétatiques de haute intensité qui resteraient circonscrites au cadre conventionnel. « La guerre majeure entre puissances étatiques qui n’était plus “la guerre probable”, selon l’expression du général Vincent Desportes, ancien directeur du Collège interarmées de défense, le redevient aujourd’hui », souligne Jean-Vincent Holeindre.

Membre de l’OTAN et de l’Union européenne, la France est concernée au premier chef par la sécurité du Vieux Continent face à la menace russe, mais aussi par le Moyen-Orient, le Maghreb et le Sahel. Elle est aussi présente dans l’espace indo-pacifique où se concentrent les tensions face à la menace chinoise. Les militaires français planchent sur toutes les hypothèses et tous les scénarios. C’est leur rôle. Comment se garantir une liberté d’action face à un « déni d’accès » ? Le jargon appelle ainsi des zones interdites de survol ou d’approche par des missiles créant de véritables bulles dont l’étendue croît au même rythme que la portée des systèmes de défense.

C’est le cas notamment pour la Russie en mer Baltique ou en mer Noire. Mais aussi, grâce aux missiles russes, de la Syrie de Bachar Al-Assad. Mais elle n’est pas la seule au sud de la Méditerranée. Comment réagir à des opérations de guerre hybride où se mêlent actions militaires et non militaires, acteurs légaux et illégaux, afin de rester sous le seuil estimé de riposte et de conflit ouvert ? Un affrontement peut naître d’une erreur de calcul ou d’un incident qui dégénère. Ainsi l’illumination (ciblage radar avant un possible tir) de la frégate française Courbet au large de la Libye le 10 juin 2020 par une frégate turque refusant que les militaires français contrôlent le cargo qu’elle escortait.

« On ne nomme jamais ouvertement ces pays »

« La conception de qui peut être l’adversaire apparaît très clairement dans la préparation opérationnelle mais on ne nomme jamais ouvertement ces pays avec lesquels il pourrait y avoir des affrontements », souligne un spécialiste des questions de défense. Evoquer la Turquie ? Elle est alliée dans l’OTAN. Mettre explicitement en cause la Russie ? C’est délicat, alors même qu’Emmanuel Macron espère encore, malgré le peu de résultats jusqu’ici, monter une architecture de sécurité européenne avec Vladimir Poutine.

« Il y a une sorte de dissonance cognitive entre un discours assez fort sur la réalité des menaces et la volonté de ne jamais nommer la Russie comme adversaire militaire potentiel de l’Europe. Nos alliés de l’Europe centrale et de l’Est le notent, même s’ils reconnaissent que nous renforçons notre coopération militaire et nos engagements sur la Baltique », relève Bruno Tertrais. Le pouvoir russe, lui, n’hésite pas à désigner clairement dans ses documents stratégiques l’OTAN comme une menace au même titre que le terrorisme. « Il existe une forme d’autocensure intellectuelle comme si l’on espérait retrouver le monde sans conflit de l’après chute du mur de Berlin, qui avait été une parenthèse exceptionnelle », soupire l’ancien diplomate Michel Duclos, conseiller à l’Institut Montaigne.

La lutte contre l’ennemi héréditaire – l’Anglais pendant des siècles, puis l’Allemand –, galvanisée par les nationalismes du XIXe siècle et la guerre de masse du XXe, appartient désormais au passé, balayée par la construction européenne. « Perçue pendant des siècles comme un fléau inévitable, la guerre est désormais considérée en Europe occidentale comme immorale, voire bestiale. Tout doit donc être fait en permanence pour qu’il n’y ait pas d’ennemi », explique le général Henri Bentégeat, ancien chef d’état-major et vice-président du comité d’éthique de la défense.

Le mot lui-même, avec ses références par trop martiales dans des sociétés posthéroïques, continue d’embarrasser. « A la notion d’ennemi étatique, qui a officiellement disparu, le vocabulaire spécialisé préfère désormais celles de risque, de menace ou d’adversaire potentiel », reconnaît Thierry Marchand dans un éditorial d’Inflexions, la revue de réflexion éditée par l’armée de terre qui consacra un numéro spécial au sujet en 2015. Outre-Atlantique, les militaires n’ont pas ces pudeurs sémantiques. « Le credo du soldat de l’US Army proclame : je m’entraîne pour détruire les ennemis des Etats-Unis », relève Michel Goya, ancien officier des troupes de marine et spécialiste des questions de défense.

La Rome antique déjà faisait la distinction entre l’ennemi personnel (inimicus) et l’ennemi public, politique (hostis). Avec les deux traités de Westphalie (1648), qui ont mis fin à la guerre de Trente Ans et restent le fondement des relations interétatiques modernes, les Etats se reconnaissent mutuellement dans la paix et dans la guerre. C’est alors que prend forme, après les carnages des guerres de religion, le statut de « l’ennemi juste », égal à soi et détenteur de droits.

En même temps, se développent les premières réflexions modernes sur la guerre juste, ébauchées déjà un peu plus tôt par le grand juriste hollandais Grotius (1583-1645) . « L’ennemi, c’est celui qui vous agresse, et la guerre juste, c’est la guerre défensive. L’ennemi n’est vraiment l’ennemi qu’à partir du moment où il constitue une menace matérialisée », rappelle Jean-Vincent Holeindre. Un principe qui inspire largement la charte des Nations unies.

Pendant longtemps, les notions d’ennemis et d’adversaires se confondaient. La pensée de la guerre tend désormais à les différencier. « Un adversaire, c’est celui que l’on affronte dans des règles communes acceptées de part et d’autre. Un ennemi, c’est celui qui veut vous détruire et qu’il faut détruire », souligne Olivier Schmitt, directeur des études et de la recherche à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), auteur, avec Charles-Philippe David, de La Guerre et la Paix (Presses de Science-Po, 2020).

La frontière entre l’ennemi et l’adversaire peut être mince. « La Russie a procédé à des annexions de territoires en Europe, ou à des quasi-annexions, par la force. Elle a mené des cyberattaques. Elle a tenté d’assassiner des opposants sur le sol européen. Mais pour autant, peut-on la qualifier d’ennemie ? Probablement pas. On s’approche parfois de la ligne, mais celle-ci n’a pas été franchie, et ce serait dramatique et contre-nature qu’elle le soit », explique Bernard Bajolet, ancien diplomate et ex-directeur de la DGSE [Direction générale de la sécurité extérieure].

Illusions de l’après-guerre froide

Le cas russe est emblématique. « C’est un adversaire politique, ce qui ne l’empêche pas d’être un partenaire diplomatique mais aussi un adversaire militaire potentiel. Ce n’est pas très différent de ce qu’était la relation avec Moscou pendant la guerre froide, car nous sommes dans une situation de rapports de force et d’incompatibilité de projets et de valeurs qui s’en rapproche », souligne Bruno Tertrais. Une situation à la fois moins et plus dangereuse.

« L’URSS était une puissance de statu quo territorial en Europe alors que la Russie est aujourd’hui une puissance révisionniste. Autrement dit, elle veut remettre en cause le statu quo, ce qui rend sa politique plus problématique, même si elle est moins porteuse de risques majeurs », ajoute-t-il. « L’URSS de Brejnev avait peur de nous et besoin de nous. La Russie de Poutine est plus agressive et estime que l’Occident va vers sa fin », ajoute Michel Duclos.

Les illusions de l’après-guerre froide sur une communauté internationale finalement unifiée se sont évanouies en même temps que l’hubris d’une hyperpuissance américaine qui, effectivement, domina la scène internationale pendant près de deux décennies. La Russie et surtout la Chine veulent changer les règles du jeu.

« A leurs yeux, les accepter c’est perdre car, pour ces puissances agressives, l’intégralité du système international tel qu’il s’est structuré depuis la fin de la guerre froide favorise les Occidentaux », explique Olivier Schmitt, relevant que ces régimes autoritaires « veulent maintenant investir à plein le système multilatéral pour en changer le sens ou le bloquer ».

Relations ambivalentes, voire ambiguës

Les relations entre Etats sont devenues toujours plus ambivalentes, voire ambiguës. Celui qui est un adversaire dans un champ peut être un partenaire dans un autre. « Il y a une gradation – aligné, allié, partenaire, concurrent, adversaire, ennemi – qui va du plus proche au plus hostile. Mais un pays peut appartenir simultanément à plusieurs de ces catégories. Ainsi la Turquie est alliée du fait de son appartenance à l’OTAN mais, pour la France, elle est toujours plus un adversaire en raison de la politique menée par Recep Tayyip Erdogan en Méditerranée orientale, en Syrie, en Libye », analyse Bruno Tertrais.

Ces ambiguïtés sont évidentes dans les relations entre services secrets. « Des adversaires cherchent du renseignement sur nous, comme les Chinois ou les Russes, mais cela n’empêche pas de travailler avec eux, par exemple pour lutter contre le terrorisme ou échanger sur des sujets géopolitiques. Prenons même le cas des Etats-Unis : il y a des choses que nous nous interdisons de faire entre alliés. Mais ce n’est un secret pour personne que les Etats-Unis ont des moyens techniques d’écoute et d’observation très importants, qu’ils ne se privent pas d’utiliser. Il y a beaucoup de nuances et dans ce monde complexe, le manichéisme est moins de mise que jamais », explique Bernard Bajolet.

Puissances agressives, la Russie, et plus encore la Chine manient une grammaire de la guerre qui n’est plus l’approche occidentale théorisée par Clausewtiz (1780-1831) reposant sur le lien entre objectifs politique et militaire limité dans le temps et l’espace. Dans La Guerre hors limites (Payot, 2003), Qiao Liang et Wang Xiangsui, deux officiers chinois, expliquaient que les militaires n’avaient plus le monopole de la guerre.

« Cela ne veut pas dire que les armées ne seraient plus nécessaires. Bien au contraire. Cela signifie que nous assistons à un enchevêtrement des affaires civiles et militaires. Les deux théoriciens chinois décrivent les 24 types de conflits, dont la guerre médiatique, soulignant l’importance de l’“addition combinaison” entre ces types d’action », explique Thomas Gomart, soulignant « qu’un pays peut, par exemple, simultanément envoyer un signal stratégique avec des manœuvres nucléaires, faire des exercices conventionnels, infiltrer des forces spéciales, tout en agitant les réseaux sociaux et en conduisant des actions via les médias traditionnels. Et tout ça entremêlé ».

Les Occidentaux sont pris à contre-pied. Ils répugnent à mobiliser des ressources ou des acteurs de la société civile avec des finalités de conflit. Les Chinois et les Russes n’ont pas ces hésitations. Margarita Simonian, rédactrice en chef de RT (ex-Russia Today), présente sa chaîne comme « un corps d’armée ». La guerre informationnelle autant que le cyber sont pourtant des enjeux cruciaux.

« A la différence des guerres de masse du XXe siècle, les guerres invisibles ne visent pas à détruire ou contraindre les corps, mais plutôt à prendre le contrôle des cerveaux et des flux d’information. Elles sont fluctuantes, parce qu’elles visent à la maîtrise des nœuds névralgiques, ce qui n’exclut pas qu’il puisse y avoir un affrontement militaire direct. L’agilité réside dans la capacité à passer d’un champ à un autre, de l’antagonisme direct à la coopération ou du moins à la non-confrontation », explique le directeur de l’IFRI.

Ces nouvelles formes de conflit posent nombre de questions inédites. « Comment les qualifier, d’autant qu’il est souvent difficile d’en déterminer l’origine avec certitude ? Celle qui est apparente n’est pas nécessairement la véritable et il faut parfois du temps pour la déterminer. Dans la plupart des cas, l’ennemi avance masqué, rendant la riposte plus incertaine, plus risquée, plus lente », souligne le diplomate Bernard Bajolet.

Les groupes terroristes, qui sont une réelle menace, n’en apparaissent que plus clairement comme l’ennemi par excellence. « En Irak comme en Syrie, nous ne combattons pas le terrorisme en général, pas plus que nous ne menons une guerre préventive », écrit Jean-Yves Le Drian dans Qui est l’ennemi ?, rappelant que cet engagement est « contre une organisation terroriste précise et en légitime défense ».

La formule de « guerre contre le terrorisme », lancée par George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001, est en effet pour le moins malheureuse. « Dire que l’ennemi c’est le terrorisme, c’est entrer dans une logique de guerre sans fin avec une désincarnation de l’ennemi démobilisante politiquement et incompréhensible dans une logique de ce que les militaires appellent l’état final recherché », souligne Bruno Tertrais.

On n’éradiquera jamais le terrorisme qui est un mode d’action mais on peut espérer détruire des groupes bien précis comme ceux qui continuent d’imposer leur loi sur de vastes territoires dans une partie de l’Afghanistan ou du Sahel. Le califat autoproclamé de l’EI qui s’étendait sur un tiers de la Syrie et de l’Irak a été écrasé mais des cellules du groupe restent actives. Même s’il ne semble plus en mesure d’organiser des attaques dans les pays occidentaux, l’EI reste un symbole dans le djihadisme globalisé inspirant des jeunes islamistes radicalisés.

« Il faut faire attention à l’emploi des mots, car on risque de passer de la guerre contre le terrorisme à la “guerre intérieure”, met en garde Bernard Bajolet. Peut-on traiter de la même façon des actes terroristes inspirés et planifiés de l’extérieur et des attaques “endogènes”, issues d’un humus que nous avons nous-mêmes laissé se développer, étant entendu que les deux peuvent se combiner ? Cela pose de difficiles problèmes sociétaux et éthiques. » »