décembre 2020

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ARCHIVES D’UN COURS A PARIS 8 (séance du 31 octobre 2007)

La figure du promeneur de musée : projection des films de Rey-Hong Lin et Luen-Yu Lu
(l’expérience du Mobile Studio au Mamco et au Centre culturel suisse, saison 2006-2007)

Deux textes de référence associés au cours

Michel FOUCAULT, Le musée comme hétérotopie

Michel FOUCAULT, « Des espaces autres », Dits et écrits, 1984, Quarto Gallimard, pp. 1571-1581 + Utopies et hétérotopies, CD, INA mémoire vive, 2004
Extraits :
« Quatrième principe. Les hétérotopies sont liées, le plus souvent, à des découpages du temps, c’est-à-dire qu’elles ouvrent sur ce qu’on pourrait appeler, par pure symétrie, des hétérochronies ; l’hétérotopie se met à fonctionner à plein lorsque les hommes se trouvent dans une sorte de rupture absolue avec leur temps traditionnel; on voit par là que le cimetière est bien un lieu hautement hétérotopique, puisque le cimetière commence avec cette étrange hétérochronie qu’est, pour un individu, la perte de la vie, et cette quasi éternité où il ne cesse pas de se dissoudre et de s’effacer.
D’une façon générale, dans une société comme la nôtre, hétérotopie et hétérochronie s’organisent et s’arrangent d’une façon relativement complexe. Il y a d’abord les hétérotopies du temps qui s’accumule à l’infini, par exemple les musées, les bibliothèques; musées et bibliothèques sont des hétérotopies dans lesquelles le temps ne cesse de s’amonceler et de se jucher au sommet de lui-même, alors qu’au XVIIe, jusqu’à la fin du XVIIe siècle encore, les musées et les bibliothèques étaient l’expression d’un choix individuel. En revanche, l’idée de tout accumuler, l’idée de constituer une sorte d’archive générale, la volonté d’enfermer dans un lieu tous les temps, toutes les époques, toutes les formes, tous les goûts, l’idée de constituer un lieu de tous les temps qui soit lui-même hors du temps, et inaccessible à sa morsure, le projet d’organiser ainsi une sorte d’accumulation perpétuelle et indéfinie du temps dans un lieu qui ne bougerait pas, eh bien, tout cela appartient à notre modernité. Le musée et la bibliothèque sont des hétérotopies qui sont propres à la culture occidentale du XIXe siècle.» [début de la plage 5 du CD]


Christian BERNARD, La figure du promeneur de musée 

 Christian BERNARD : « Art,musée, contemporain, artiste», notes à propos du MAMCO, années 90.
Ce texte est ancien. Récemment Christian Bernard a fait un récit oral rétrospectif du Mamco. Il développe cette idée du promeneur de musée et de la « parole comme médium de l’espace muséal ».
Extraits : « 01_
Background sensuel. Parler de ce qu’on voit, ça paraît plus naturel à la radio où l’on ne voit rien dans un enregistrement qui ne restitue que du son, mais parler de ce qu’on voit, c’est précisément la condition de voir et on en fait vraiment l’épreuve dans la promenade au sein du musée où tant de signes sont articulés dont très peu forment de petites chaînes signifiantes pour le promeneur même attentif. Et la parole est vraiment le médium de l’espace muséal tel que l’on conçoit. En même temps la parole dans le musée, c’est évidemment la nôtre, c’est la parole du musée au sens de ses qualités sonores propres parce que ce n’est pas un studio d’enregistrement où les sons sont bienvenus dans une sorte de neutralité que ne dérange qu’un bruit de chaise parfois. En revanche dans le musée, il y a une qualité sonore du musée, de cet espace post-industriel et qui fait partie de la tonalité et qui est une des conditions de construction de sa présentation et qui contribue à qualifier périphériquement la conception qu’on en a : le bruit des pas, la façon dont ça résonne et dont ça résonne différemment d’un étage à l’autre, la plus ou moins grande proximité des bruits de la rue ou des chantiers avoisinants. Il y a toute une dimension sonore spécifique qui croise des ambiances du passé et du présent, qui croise des dimensions sonores propres à l’usine et à l’architecture qui a été conçue pour elle et puis évidemment ensuite ces dimensions sonores se tressent avec celles qui sont proposées par les aménagements du musée et les œuvres et selon les salles plus ou moins grandes, plus ou moins saturées d’œuvres et selon la nature des œuvres évidemment la sonorité ambiante varie. De ça, cet enregistrement ne rend pas compte, non plus. Effectivement, c’est une chose qui fera toujours défaut en plus de l’image que nous n’avons pas quand on enregistre, mais que cet enregistrement accompagnera peut-être. Et aussi la dimension olfactive qui n’est pas négligeable au musée et qui là aussi tresse des éléments du passé notamment la profonde basse continue des odeurs d’huile des machines qui occupaient ce lieu et puis l’odeur de peinture fraîche qui est très forte au début des séquences et qui va s’éteignant pendant les trois ou quatre mois où les expositions sont présentées. Donc il y a ce concours des odeurs du passé et du présent qui forment aussi la qualité du lieu. Il y a évidemment le concours des lumières et les tubes fluorescents qui éclairent et tout cela construit un complexe de sensations qui est très subtile en fait et qu’on perçoit peu et qu’évidemment l’enregistrement ne peut évoquer qu’à titre de description mais ne peut pas faire pressentir. C’était très important pour moi d’avoir ce background sensuel ou perceptif qui n’a rien à voir avec celui qu’offrent les musées qu’on construit pour ça et qui ne donnent que l’odeur de l’architecte, si je puis dire, et des conceptions qu’il se fait des matières et des espaces. »


https://www.franceculture.fr/emissions/a-voix-nue/jean-claude-fasquelle-55-quatre-decennies-en-compagnie-decrivains

polaroid-1981-1994-2ePolaroids 1981 — 1994, album de photos de famille
édition Liliane Terrier © Nice-Savoie Design, 2 décembre 2020, 92 pages, A4, 522 polaroids

Les personnes par ordre d’apparition à l’image : Liliane, Étienne, Nicole, Jean-Louis, Claudine, Christian, Ugo, Maryline, Françoise, Jean-François, Alice, Émile, Chantal, Zorro, Laurent, Superman, Thomas, Yohan, Nabil, Romain
Les lieux : 1 rue Newton, La Boissière, Rosny-sous-Bois / Hôpital Saint-Vincent-de-Paul, Paris / Parc floral de Paris /Aix-les-Bains / Parc Montereau, Montreuil / Jardin des plantes, Paris / Combe-Laval, Drôme / Roissy-Charles de Gaulle, avion Paris-Toulouse / 93 bis rue de Montreuil, Paris
Les photographes : © Jean-Louis Boisser, Liliane Terrier, Étienne Boissier et quelques autres

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En exergue

« Nous sommes les ethnologues de nous-mêmes.» Edouard Glissant

«Peut-être devrions-nous tous le faire, ce boulot cathartique sain et artisanal, [« d’une façon très égocentrique, très stupide, très simple »*], un exorcisme sur mesure pour les images, à l’aide de vieilles photos exhumées de nos tiroirs, […] [fatras] d’émotion et de sentiments personnels coagulés, secrets, qui s’affiche alors au regard de tout le monde, comme un musée de l’âme.» in Cesare Cunnacia, Private on Walls.

* «Quand quelqu’un élabore des choses de son côté, d’une façon très égocentrique, très stupide, très simple, mais en même temps très honnête, très sincère, puis rend ce travail public et que d’autres personnes soudain reconnaissent leurs propres préoccupations dans ces choses faites par un autre, et qu’elles comprennent quelque chose ou ressentent quelque chose, là, et seulement là, il y a art.» Hans-Peter Feldmann, extrait d’un entretien avec Kasper König, Frieze, 91, mai 2005. Auteur de  Liebe/Love. Cologne : Verlag der Buchhandlung Walther König, 2006