août 2016

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imageÉpreuves, exorcismes (1940-1944). Première parution en 1945. Collection Blanche, Gallimard. Parution : 27-02-1946 «Il serait bien extraordinaire que des milliers d’événements qui surviennent chaque année résultât une harmonie parfaite. Il y en a toujours qui ne passent pas, et qu’on garde en soi, blessants. Une des choses à faire : l’exorcisme. Toute situation est dépendance et centaines de dépendances. Il serait inouï qu’il en résultât une satisfaction sans ombre ou qu’un homme pût, si actif fût-il, les combattre toutes efficacement, dans la réalité. Une des choses à faire : l’exorcismeL’exorcisme, réaction en force, en attaque de bélier, est le véritable poème du prisonnier. Dans le lieu même de la souffrance et de l’idée fixe, on introduit une exaltation telle, une si magnifique violence, unies au martèlement des mots, que le mal progressivement dissous est remplacé par une boule aérienne et démoniaque – état merveilleux ! […] Pour qui l’a compris, les poèmes du début de ce livre ne sont point précisément faits en haine de ceci, ou de cela, mais pour se délivrer d’emprises. La plupart des textes qui suivent sont en quelque sorte des exorcismes par ruse. Leur raison d’être : tenir en échec les puissances environnantes du monde hostile.» Henri Michaux.


Latour dit : « Ne plus être dans la nature mais face à Gaïa, [pas la terre mais cette étroite pellicule de] quelques kilomètres en l’air, quelques kilomètres en bas :  Vous êtes  central dans cette pellicule. » Le livre de Bruno Latour Face à Gaïahttp://www.bruno-latour.fr/fr/node/634. La 4e de couverture du livre dit: « James Lovelock n’a pas eu de chance avec l’hypothèse Gaïa. En nommant par ce vieux mythe grec le système fragile et complexe par lequel les phénomènes vivants modifient la Terre, on a cru qu’il parlait d’un organisme unique, d’un thermostat géant, voire d’une Providence divine. Rien n’était plus éloigné de sa tentative. Gaïa n’est pas le Globe, n’est pas la Terre-Mère, n’est pas une déesse païenne, mais elle n’est pas non plus la Nature, telle qu’on l’imagine depuis le XVIIe siècle, cette Nature qui sert de pendant à la subjectivité humaine [le paysage]. La Nature constituait l’arrière-plan de nos actions. Or, à cause des effets imprévus de l’histoire humaine, ce que nous regroupions sous le nom de Nature quitte l’arrière-plan et monte sur scène. L’air, les océans, les glaciers, le climat, les sols, tout ce que nous avons rendu instable, interagit avec nous. Nous sommes entrés dans la géohistoire. C’est l’époque de l’Anthropocène. Avec le risque d’une guerre de tous contre tous. L’ancienne Nature disparaît et laisse la place à un être dont il est difficile de prévoir les manifestations. Cet être, loin d’être stable et rassurant, semble constitué d’un ensemble de boucles de rétroactions en perpétuel bouleversement [la nature-paysage contrôlée par l’homme est devenue paradoxalement nature incontrôlable auto-destructrice de notre fragile pellicule air+terre, comme il est dit plus haut, et il devient impératif de la faire redevenir par notre action sur ou avec elle, paysage-nature vivable mais autre*]. Gaïa est le nom qui lui convient le mieux. En explorant les mille figures de Gaïa, on peut déplier tout ce que la notion de Nature avait confondu : une éthique, une politique, une étrange conception des sciences et, surtout, une économie et même une théologie. » *Décisions de la COP21 fin novembre 2015. Un premier lancement en janvier 2015 à Sciences Po : http://lantb.net/figure/?p=496. AutreLien > http://lantb.net/figure/?p=510

figure decomposable
Une forme ou un grain. Une forme décomposable ou des formes décomposées. L’ensemble des formes décomposables ou non-décomposables. La société parle de la mort et de la vie. La science en parle aussi mais d’une autre façon. L’art et la littérature en parlent, absolument et même toujours. Dans un monde sous vision soit micro soit macro, elles se mêlent d’une manière précaire mais parfaite. Soit dans une dimension soit spatiale soit temporelle ou même dans les deux: l’espace-temps, je ne vois que le paysage comme ensemble de formes décomposables et décomposées, et certains éléments qui restent non-décomposables. Sans avoir peur d’être mal comprise, en effet je ne distingue guère la mort et la vie, mais plutôt je les vois comme une seule image multicolore dans laquelle chacun de nous est un grain visible/invisible constituant ce paysage.

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Christophe Lemaître vit et s’entraîne à Aix-les-Bains, en Savoie. «[…] avec ses airs à la DiCaprio, sans l’apparat star : étirements, squats, épaulés-jetés comme les autres. […] Il a l’allure d’un jeune Werther, des mains incroyablement longues et délicates [in Portrait «Sans maître», 4e de couverture de Libération, 27 décembre 2010.]». Il court très vite dans le paysage éthéré du stade olympique, sur sol synthétique à base d’asphalte*, éminemment terrestre, globale et urbaine. S’y oppose la figure du regardeur quasi-immobile de ces jeux du stade à Rio ou du spectateur de la rue, désormais inquiet, attablé aux terrasses de café sur les trottoirs bitumineux des villes-monde. Lire la suite »

nancy-huston
Quand les virilités partent en vrille. Par Nancy Huston, Ecrivaine — 18 août 2016 à 17:21. Et si les jeunes hommes qui se tournent vers Daech ne toléraient pas leurs propres faiblesses ? Et transformaient leur terreur intime en une terreur politique ? Face au fanatisme, il faut prendre conscience de l’importance du corps et des pulsions. « 
Quand les virilités partent en vrille : Face au fanatisme et au populisme, comment faire entendre la parole des penseurs et des humanistes ? Sujet, donné d’avance, d’un débat auquel j’ai récemment pris part à Avignon. Le problème, c’est que l’humain ne commence pas par la religion ou la politique mais par le corps. Avant d’être un gentil penseur humaniste, fleuron de la civilisation occidentale, on est un fœtus puis un gamin, perpétuellement en interaction avec autrui. Or le fanatisme et le populisme parlent tous deux au corps, aux pulsions. Ils parlent au besoin qu’ont chaque garçon et chaque homme, différemment des filles et des femmes, d’exister, plaire, impressionner, appartenir. La parole des penseurs et des humanistes ne peut être reçue que par ceux qui mangent et dorment bien, font l’amour à peu près comme ils le souhaitent, ne craignent pas pour leur survie. Si on oublie ça, on est dans la candeur… Le vœu pieux… La suffisance… Beaucoup plus que les femmes, les hommes ont tendance à vivre leur virilité par solidarité (en se liant entre eux) et par procuration (en s’identifiant à d’autres hommes dont ils suivent et célèbrent les exploits). Dans les sociétés traditionnelles, chaque garçon était valorisé et pris en charge par le groupe d’hommes et sentait son avenir viril garanti depuis l’enfance. Grâce à des rites de passage, l’apprentissage de la chasse, de la guerre et d’un métier masculin, il avait sa place garantie dans la société. De nos jours, une majorité de garçons voient mal comment faire, quoi faire, qui imiter, à quoi ressembler, pour se sentir homme —contrairement à ce que suggère la phrase la plus citée de Beauvoir, le «devenir homme» est plus ardu que le «devenir femme». Ayant compris qu’il fallait admettre l’égalité entre les sexes, on est embêté par ce qui en pointe la différence. Pas trace d’un discours public au sujet de l’âge nubile. Or, à la puberté, les corps se réveillent à leur sexualité naissante, préparent garçons et filles (qu’ils aient ou non l’intention de procréer) à se reproduire. On ne s’aperçoit pas à quel point le corps d’un garçon, les besoins et les pulsions de son corps peuvent lui poser problème. Que doit-il faire de ses désirs ? Lire la suite »

スクリーンショット 2016-08-17 2.18.42Ci-dessus, une partie de la partition d’Appel interstellaire des Canyons aux étoiles composée par Olivier Messiaen entre 1971 et 1974 lors de son voyage à l’Utah. Cette musique est constituée de trois parties et douze mouvements. Le paysage décrit par cette musique est par exemple le désert (I), les Orloles (II), Bryce Canyon et les rochers rouge-orange (VII) ou encore, les bois, le parc et la cité céleste… tout ce qui constitue le paysage de l’Utah, soit sur terre soit dans le ciel. On constate dans la partition (celle d’Appel Interstellaire est écrit pour un cor solo) de nombreuses instructions rarement vues telles que des inscriptions « écrites » assez concrètement par un langage « musical » (sémantiquement). Ce qui m’intéresse est que ces instructions ne parlent guère du paysage céleste mais essaient modestement de transmettre « le moyen » pour dessiner une image vue par le compositeur. La musique est un jeu de traduction entre des signes différents à travers le langage écrit, les signes musicaux et peut-être l’intuition qui dépasse ce qui est indiqué sur sa surface afin de pouvoir parcourir le monde entre différents moyens d’expressions offerts à nous êtres vivants.

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Sunday afternoon, a peaceful and happy landscape around a lake in a park in Brussels. Sunshine, children, time to pass calmly. We know what we can see is always ephemeral. When we approach people, we realize the fact that they are completely captivated by their smartphone’s screen, by their favorite game. What people say in a sociologic context in different countries is interesting because sometimes it is completely opposite. People captivated by their small screen, walking toward the same direction, roaming or running in a park, are often conscious of their strangeness in behaviors. Just like they are an actor in their own staged landscape.

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Nekoatsume (collecter des chats) est une application du Smartphone japonais où nous pouvons construire un royaume des chats selon le goût et la préférence des objets et des jouets posés dans un espace (jardin et,avant-toit). Ce jeu nous rappelle Tamagocchi, un jeu portable qui a créé un boom dans les années 1990 dans la société japonaise mais aussi à l’étranger. Dans Tamagocchi, le propriétaire de ce petit jeu doit nourrir son poussin, s’occuper de lui jusqu’à ce qu’il devienne un coq magnifique. Nous pouvons comprendre Tamagocchi comme un récit qui débute et qui finit. Soit on réussit, soit on échappe à l’élevage d’un animal. Nekoatsume est différent. C’est un jeu infini. Les chats viennent et s’en vont. Les chats mangent et jouent, mais même si vous ne donnez pas à manger, ils ne meurent pas, simplement ils ne viennent plus jusqu’à ce que vous mettiez la nourriture dans leur boîte. Je trouve que ce jeu Nekoatsume substitue assez bien notre envie d’avoir un animal duquel nous sommes responsable. Leurs comportements mignons, apparence et mouvement peuvent satisfaire le désir d’apprivoiser un animal chouchou. Bien sûr c’est une illusion. Non seulement c’est un jeu, par rapport à Tamagocchi, dans ce jeu de chats, on n’est responsable de rien, mais plutôt ce jeu dévoile notre orgueil en quelque sorte : nous sommes prisonniers du désir de construire un royaume de chats qui nous plaise autant que possible.

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Bégonia dans la cour du 93 bis, rue de Montreuil, à Paris, 11e arrondissement, issu d’une bouture donnée par G.. Photo prise au iPhone, « de très près », par J.L..Trouvé ce jour, le livre Deco Room with Plants de Satoshi Kawamoto, plant artist et green business man (Green Fingers), Tokyo / New York

Shiba inu

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« Le shiba est une race de chien originaire du Japon. C’est un chien de petite taille de type spitz. Race très ancienne, le shiba a failli disparaître au début du XXᵉ siècle, en raison de la concurrence des chiens de chasse anglais. » Wikipédia. « Caractère : charmant, alerte, fidèle, confiant, enthousiaste, intrépide », un peu hautain, cependant, me dit E.. Photo cueillie sur internet, fournie par E. Autre chien remarquable : Jean-Luc Godard a filmé pendant des heures et des heures son chien Roxy dérivant devant lui dans la campagne de Rolle en Suisse, pour en faire « l’auteur de la trame de son film Adieu au langage, au fil de l’eau, entre les arbres, entre les portes et finalement entre les gens. Le chien est indépendant, il n’est pas porté, ni touché, ni caressé. Il est là, il est le délégué regardeur. Il gouverne la caméra, il nous transporte. » (Jean-Louis Boissier, « Godard et son truchement », La couleur des jours n°14, printemps 2015). Tout « promeneur solitaire » avec chien peut aussi se livrer à ces « rêveries » mentales particulières, liées à des traversées de paysage, mais sous la gouvernance, la dictée, de son animal. Lire la suite »