juillet 2016

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Vue dans une rue tout à côté de la gare de Tokyo, 2016.07.30

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© Miki Okubo. Exposition solo de Makoto Aida, Mizuma Art Gallery  http://mizuma-art.co.jp/exhibition/16_07_aida.php. Ce sont les images prises dans l’exposition de Makoto Aida, intitulée Rêver de la précarité et penser à l’absurdité de la beauté qui est en cours. Avant-gardiste, radical et critique, l’artiste réalise une série de « Japanese landscapes » en quelque sorte. Les matériaux que l’artiste a choisis sont les boîtes de bentô (lunch box), mais ce sont les boîtes de bentô que l’on obtient quand on achète ce repas dans un conbini (convenience store) ou un supermarché. Le landscape est chaotique malgré sa couleur pastelle. La forme grotesque des morceaux révèle aussi le problème alimentaire : que mangeons-nous tous les jours? C’est une sorte de caricature : une cohabitation harmonique (à première vue) est en réalité pleine de conflits intérieurs.

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En allant à une nouvelle galerie à Daikanyama, je me suis arrêtée devant une maison dont tous les grillages se faisaient avec ces motifs végétaux. Magnifiquement étrange dans une rue japonaise d’un quartier résidentiel, ce grillage décorait une modeste maison d’un style plutôt banal, qui est loin de la beauté de ces grillages. En quittant cette maison après un moment de contemplation, je me disais que pourtant c’est cette hybridation bizarre qui forme souvent le paysage urbain de ce pays, surtout celui de Tokyo.

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Van Gogh vert forêt et Manet rose chair : diptyque fait en deux retweets
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« Le terrorisme s’emploie à effacer toute nuance pour faire advenir un monde en noir et blanc. Les cibles ne seront donc pas seulement les « blasphémateurs » (telle la rédaction de Charlie Hebdo) et des juifs en tant que tels (comme dans l’Hyper Cacher) ; le 13 novembre 2015 à Paris, ou le 14 juillet à Nice, dans la foule, tout le monde est visé de manière indifférenciée. C’est pour mieux exacerber les tensions, et ainsi faire le jeu de l’islamophobie en affaiblissant ce qu’il est convenu d’appeler « l’islam modéré ». La stratégie de la terreur renvoie donc à une politique du pire. Son efficacité tient à la possibilité d’être partagée par ses adversaires. Depuis le 11 septembre 2001, explique le magazine de l’organisation Etat islamique, il est clair qu’il faut « choisir entre deux camps », entre le monde musulman et l’Occident. Et de citer Oussama Ben Laden : « Bush a dit vrai lorsqu’il a déclaré : “Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes.” Soit vous êtes avec la croisade, soit vous êtes avec l’islam. » La rhétorique du « conflit des civilisations » est ainsi revendiquée des deux côtés. Il suffit d’intervertir les étiquettes : c’est toujours la même logique binaire. Rappelons-nous Anders Breivik : le terroriste norvégien d’extrême droite (qui vient d’inspirer le « forcené » de Munich), pour justifier idéologiquement l’attentat d’Utoya (Norvège) contre de jeunes socio-démocrates, s’appuyait sur les déclarations des dirigeants occidentaux dénonçant « l’échec du multiculturalisme » ; il n’en projetait pas moins de citer comme témoin à son procès un mollah emprisonné pour menaces terroristes : tous renforçaient l’argument d’une guerre inéluctable entre « eux » et « nous ». Au fond, peu importe le camp, pourvu qu’il n’y en ait que deux. C’est pourquoi il est difficile de taxer de démence les auteurs de ces massacres insensés. Leur logique folle est celle de notre époque. On songe à l’amok, ces tueries suicidaires dont le nom est emprunté à la langue des Malais : un homme se jette dans l’espace public en tuant tout le monde autour de lui avant de trouver la mort. Selon l’ethnopsychiatre Georges Devereux (1908-1985), cette expression violente puiserait dans le répertoire des formes culturellement disponibles. Pour autant, il ne s’agit pas seulement, même s’il s’agit aussi, de troubles psychiques préexistants. On peut faire l’hypothèse complémentaire que le trouble identitaire est, autant que la cause des violences, l’effet du « conflit des civilisations »*. Lire la suite »

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Il m’arrive souvent de m’arrêter longtemps devant un arbre dont le fût est minutieusement couvert par des lichens, des mousses, des fougères, des champignons ou encore d’autres plantes qui y vivent. Ces vies, soit cohabitantes, soit parasites, accumulant de nombreuses couches, partagent leur « lieu commun ». Fine ou épaisse, interventionniste ou indépendante, chaque vie vit en même temps dans un même espace-temps. Le micro arbori-univers sur sa peau qui m’interpelle. Photos: « Multiples modes, multiple couches », Juillet 2016, Japon, © Miki Okubo.

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Depuis sa création à Rotterdam en 1996, chaque session de Manifesta, biennale européenne nomade d’art contemporain, adopte l’allure d’un projet de recherche artistique qui sonde «le paysage géopolitique et psychologique européen» sur le terrain précis d’une métropole. Du 11 juin au 18 septembre 2017, Manifesta 11 se tient à Zurich.

Son titre emblématique What People Do for Money: Some Joint Ventures, est parfaitement explicite : «Trente artistes (hommes ou femmes) internationaux développent des projets avec leurs «host(s)» (hôtes) – des représentant(e)s de différentes branches professionnelles sélectionné(e)s par eux/elles-mêmes. Les résultats de ces collaborations sont exposés dans les différents lieux de travail des hôtes (appelés satellites) dans le Helmhaus et dans la Kunsthalle de Zurich et le Migros Museum vidés pour accueillir la Manifesta», ces deux institutions étant elles-mêmes incluses au sein du Löwenbräukunst, bâtiment gigantesque hébergeant aussi des galeries d’art de haut vol. Il se crée dans le temps même de la Manifesta une continuité d’espace entre elle et les galeries d’art ouvertes en simultané.

Home de Heimo Zobernig créé pour Manifesta parachève cette expérience d’immersion artistique pour le visiteur : c’est une exposition-installation artistique épousant totalement l’espace du café du Löwenbräukunst, par un effet de fondu général au noir, des murs aux corbeilles à pain et incluant une salle de projection, une salle de lecture et une librairie, instillant une ambiance studieuse et apaisante.


Heimo Zobernig, Home, la corbeille à pains.


Dans le Helmhaus, l’exposition historique, Les Métiers de la performance artistique, Karmelo Bermejo, Sophie Calle, Fernando Sanchez Castillo, Jill Magid, Jonathan Monk, Yoshua Okon, Sarah Pickering, Matthias Wermke et Mischa Leinkauf

Le troisième mode de présentation pour chaque œuvre est le film de son processus et de sa réalisation par le duo artiste-professionnel, projeté dans le Pavillon of Reflections, une plate-forme flottante en bois, «icône architecturale de la Manifesta 11» avec écran géant, tribune pour les spectateurs associée à une piscine, et toute entière dédiée au dialogue et à une forme de «vivre ensemble» autour et avec les œuvres présentées. C’est un espace de documentation dans le temps réel des pièces présentées dans la ville.


Vue d’ensemble et vue rapprochée du Pavillon of Reflections.

C’est sur ce Pavillon que se greffe la pièce la plus saisissante et paradigmatique de l’esprit de cette Manifesta, fruit du travail du duo Maurizzio Cattelan, artiste et Edith Wolf-Hunkeler, championne paralympique. Une structure métallique amarrée au sol du Pavillon, à fleur d’eau, permet de faire glisser un fauteuil roulant à la surface du lac, évoquant évidemment Jésus marchant sur l’eau. Mais Edith Wolf-Hunkeler, d’une autre manière «occupe la place principale de l’œuvre. Ses apparitions miraculeuses sur le lac ne sont pas annoncées à l’avance, mais le meilleur endroit pour y assister sera depuis le pont du Pavillon.»


Le dispositif de Sans titre de Maurizzio Cattelan et Edith Wolf-Hunkeler, et l’apparition d’Edith à la surface de l’eau.

L’orientation volontaire de l’attention des regardeurs à la relation entre création artistique et travail professionnel est confortée, par l’extrême visibilité et lisibilité de la signalétique balisant ces trois types de lieux-dits qu’on découvre depuis les bus ou à pied, lorsque nous parcourons la ville librement. L’identité visuelle de la manifestation réalisé par Ruedi Baur marie typographie et pictogrammes en une utilisation éclatante du noir et blanc. Le caractère Manifesta Grow géométrique est devenu multi-ligne et rappelle les néons publicitaires. Le système de pictogrammes associé à la typographie, dans un bel équilibre texte-image «crée une narration en figures humaines dans l’exercice de leur activité, simplifiées, autour du thème du travail, réactivant «le langage visuel imaginé dans les années 30 par le sociologue Otto Neurath et le graphiste allemand Gert Arnst, créateur de l’ISOTYPE. Chaque scènette, print collé à même les murs, signale à la fois le lieu même de la pièce artistique et ce dont elle parle.


Ruedi Baur, signalétique. Les figures humaines diagrammatiques en papier découpé et collé à même les murs dans l’espace urbain nous guident vers les lieux d’exposition.

L’ordonnateur de toutes ces prestations est le vidéaste et artiste conceptuel Christian Jankowski «choisi en raison des principes clés de sa pratique artistique : des collaborations, l’implication de nouveaux groupes professionnels jusque-là parfaitement étrangers à l’art et ses réflexions sur les formats médiatiques.»

Un dernier élément contextuel de la manifestation est la réactualisation du Cabaret Voltaire, dadaïste, pour le 100e anniversaire de sa création, sous la forme d’un cabinet de performances, ouvert aux propositions du public.

Parmi les pièces les plus dramatiques, signalons Poker de Damas de Teresa Margolles : «ayant invité une escort girl de Zurich à jouer au poker avec une de ses collaboratrices transsexuelles, celle-ci fut entre temps assassinée, et les échos de ce féminicide résonnent dans le temps de l’exposition, dans le lieu hôte, un hôtel du quartier rouge de Zurich.»

Lien http://m11.manifesta.org/fr

Liliane Terrier.

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12 novembre 2015. Un matin pluvieux, les champs des tournesols se mouillaient. Les tournesols, on dit souvent, sont magnifiques comme symboles de l’été quand ils sont en pleine floraison, mais ils sont fort beaux voire impressionnants lorsqu’ils usent leur vitalité afin de faire leurs graines. C’est ce qui est essentiel. L’image est prise dans la ferme habituelle où je retourne assez souvent, mais c’était le timing qui était inquiétant : le 12 novembre. Trois jours plus tard j’y suis retournée. Je me suis rendue donc à cette ferme avant et après l’événement important à Paris et par conséquent ce paysage m’a fortement marquée.

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