avril 2016

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Philippe Nuss, psychiatre et chercheur en biologie moléculaire (CHU Saint-Antoine & Université Pierre et Marie Curie, Paris) a écrit la postface du livre de  Sylvain Piron, Dialectique du monstre, enquête sur Opicino de Canistris, Zones Sensibles, Pactum serva, 2015
 Site du livre > http://dialectiquedumonstre.net/. Cette postface a pour titre :Esquisse de cartographie psychique des œuvres d’Opicino de Canistris, pp. 175-180. Extraits : «À l’instar des créations qui défient le temps, les créations d’Opicino de Canistris sont à la fois immédiatement accessibles et profondément mystérieuses. Offertes au regard du psychiatre ou de l’historien, elles fascinent d’emblée par l’intensité de leur pouvoir évocateur tant elles semblent donner consistance à ce que ces savants observateurs du monde ont progressivement compris de l’essence de leur discipline respective. Sous leurs yeux d’abord incrédules se dévoile soudain une sorte d’archétype: une quintessence de l’expressivité d’une psychopathologie pour le psychiatre: le surgissement du sujet moderne au crépuscule de l’ère médiévale pour l’historien. En scrutant de plus près leur objet, l’un comme l’autre mesurent aussi la retenue qui doit être la leur tant est grand le risque d’amalgame, de contresens, de généralisation hâtive. La précaution fait rapidement suite à l’engouement. Une approche psychopathologique classique des différentes productions graphiques d’Opicino consisterait à assembler des manifestations pathologiques (comme par exemple le délire), à identifier un mode de fonctionnement spécifique (un trouble du rapport à la réalité et au symbolique) ainsi que des éléments biographiques mettant notamment en lumière un trouble de l’ajustement social en rupture avec le fonctionnement antérieur —les différents diagrammes d’Opicino, leur conception graphique, l’étrangeté et l’atypicité de leur expression incarnant en quelque sorte, sous une forme visuelle, le dérèglement pathologique du patient. La bizarrerie, le caractère apparemment archaïque des représentations graphiques, leur juxtaposition et leur insertion dans une réticulation géométrique truffée de sentences mi-commentaires, mi-graphes, semblent construire une tentative d’explication totale du monde, preuves de sa foi en Jésus Christ autant que de sa fidélité au pape.
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« J. P. Zooey, signé Bonnie and Skype » par Mathieu Lindon
Ils s’appellent Bonnie et Clyde, c’est manifestement sous ces noms qu’ils se sont rencontrés sur Internet et ils sont à la base d’une sorte de mélange d’Attrape-cœurs et d’Ecume des jours post-postmoderne. D’ailleurs, l’auteur de Te quiero (suivi dans l’édition française d’une nouvelle où Bonnie et Clyde apparaissent marginalement) a choisi le pseudonyme (même s’il préfère le mot «présence» comme on l’apprend dans la postface de Leandro Avalos Blacha) de Zooey qui évoque J. D. Salinger, Boris Vian apparaît dans le roman (et même «un Boris Vian espagnol») et le postmodernisme y est vivement combattu et débattu. D’autres personnages s’appellent «Gros Marxxx», «Moe !» et «AbjectSensori». L’auteur est né en 1973 à Buenos Aires, Bonnie et Clyde sont jeunes, argentins et amoureux, mais c’est compliqué, l’amour. Chacun a un chat aussi. «Miaou», dit Bonnie quand Clyde théorise trop. Ils ont plein de projets : «cambrioler la bijouterie de l’hôtel Plaza», «kidnapper un lièvre de Patagonie au zoo pour le relâcher dans les bois de Palermo», «cambrioler un magasin de jouets». Le roman les décrit toujours partant enthousiastes vers ces tâches originales mais se montre elliptique quant à leur réalisation effective. L’imagination semble un carburant suffisant pour contenter les deux jeunes gens, quoiqu’elle ne les contente jamais durablement. «A cet instant, Bonnie lui demanda s’il avait peur de mourir. Clyde répondit qu’il avait davantage peur d’exister.» Le jeune homme, qui a reçu une bourse d’écriture, travaille sur un monde futuriste où les hallucinations circuleraient entre les êtres et où «les psychotiques sont les employés les plus qualifiés car les principaux outils des entreprises sont désormais l’imagination et le délire». Clyde étudie le stylisme mais gagne plutôt sa vie dans un pressing. Exemple de dialogue : «- Pourquoi tu compares toujours mes désirs à ceux d’un mollusque flottant ?, dit Bonnie/ Clyde lui répondit qu’il n’avait jamais employé cette métaphore./ – Et pourquoi tu ne l’as pas fait ? dit-elle.» Au demeurant, les désirs sont parfois assouvis, quoique ce soit un érotisme original dans son extrême simplicité littéraire. «Bonnie s’approcha et se mit à frotter son nez dans le cou de Clyde. Ensuite, ils firent des choses avec leurs parties génitales.» Ou, plus loin : «Clyde éteignit la lumière et commença à faire des trucs avec sa langue dans le vagin de Bonnie.» Les personnages essaient en fait de manifester leur humeur à chaque instant tout au long du roman. Bonnie : «J’ai très sommeil et très faim, je pourrais manger mon pied.» Plus loin : «Bonjour Clyde, aujourd’hui j’aimerais me pencher à une fenêtre imaginaire.» Il y a une élection présidentielle. «Si tu étais candidat à la présidentielle, tu choisirais quelle odeur pour le métro, toi ?» «C’est ce qui s’appelle du communisme», pense de son côté Clyde quand il demande «une enveloppe plus grande» pour voter et qu’on lui répond qu’elles sont «toutes pareilles». Clyde toujours : «Je me sens comme un oisillon en pleine nuit, au fond de son nid et pourtant désorienté.» «Il pensa à Bonnie et se sentit très triste ; il essaya de se changer les idées pour ne pas se suicider ce soir-là mais rien ne lui venait.» Ne serait-il pas en outre poursuivi par «un psychopathe postmoderne» ? «Je sens mon cœur qui mousse», écrit Bonnie (ils échangent beaucoup par Internet) qui annonce aussi à Clyde qu’elle voudrait «faire la planche dans une piscine olympique pleine de mozzarella light tiède». Comment s’engager durablement (dans une relation, un roman, en politique) quand la mobilité est la vie même, quand le dynamisme et l’apathie se succèdent selon un rythme aussi imprévisible qu’inéluctable ? Clyde imagine un hold-up avec le fric duquel ils pourraient «distribuer du yaourt glacé à tout le monde pendant un an», mais Bonnie voit encore plus loin, «une boutique qui puisse se transformer» : «Si je me lève un dimanche matin avec une envie de fabriquer des gnocchis, alors on vendrait des gnocchis. Si un autre jour, j’ai envie de réparer des choses, que ça devienne un atelier de réparation de vélos.» Elle y revient quelques pages plus loin : «Bonnie écrivit sur Skype qu’elle avait réfléchi à cette histoire de commerce qui changerait tous les jours d’enseigne. Un jour, j’aimerais bien être plombière pour fabriquer des trucs en mastic. Des chevaux et des rongeurs. Clyde dit qu’il pourrait l’aider en remplissant de mastic toutes les fissures de la vie.» «On peut s’arrêter là» est la dernière phrase du roman. Puisqu’il n’y a pas de fin, puisque ça change tout le temps.
J. P. Zooey Te quiero suivi de Tom et Guirnaldo Traduit de l’espagnol (Argentine) par Margot Nguyen Béraud. Asphalte, 140 pp., 15 €.


Chanteurs sur fond de boiseries murales

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Ce jour, Rue Titon, Paris, 11e. Renouée grimpante ou polygonum aubertii, plante municipale au mur du Jardin de la Folie Titon, cadrage par des fils de fer mais « recrutement d’un effet de liberté ». Immédiatement, devant les entrelacs très esthétiques des branchages du polygonum (version hivernale), Marie-Christine et moi avons rêvé d’en habiller les deux murs du Passage Turquetil et dans ce même mouvement de permettre de le transformer en couloir vert et rafraîchissant (corridor écologique) pour les prochains étés trop chauds, en mêlant au polygonum des clématites et des roses… avec le Comptoir voltaire en point de fuite. Une autre manière de voir la vie en vert…. photos ©jlggb

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On peut mixer le polygonum avec la clématite et la rose grimpante. Ici clématite Pink Fantasy et rose New Dawn dans la cour du magasin Merci. Les conseils en végétalisation de mur de la Mairie de Paris confirment notre option  empruntée au jardin de la Folie Titon: système de câblage contre les murs, pour installer Polygonum, clématite et rose, en terre. Citation : «Lierre, passiflore, clématite… pour les murs. La végétalisation des murs repose sur un système de plantes grimpantes : plantes autonomes (à crampons ou à ventouses) ou plantes à vrilles ou volubiles (nécessitant une structure câblée pour se développer). La liste des végétaux couramment utilisés sont polygonum, vigne de coignet, vigne vierge, glycine, passiflore, lierre, clématite, chèvrefeuille, hortensia grimpant…
Grâce au projet « Des jardins sur les murs » plébiscité par les Parisiens, 41 façades seront réalisées et 53 autres dans le cadre de « Du vert près de chez moi ». Pour la seule année 2015, la Ville de Paris va donc engager la végétalisation de 94 murs. Entre 2001 et 2013, la Ville de Paris a végétalisé 118 murs.»