{"id":6198,"date":"2012-11-05T11:40:49","date_gmt":"2012-11-05T10:40:49","guid":{"rendered":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/?p=6198"},"modified":"2012-12-10T15:12:10","modified_gmt":"2012-12-10T14:12:10","slug":"elliott-carter","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/?p=6198","title":{"rendered":"Elliott Carter"},"content":{"rendered":"<p>Elliott Carter, compositeur.<br \/>\nArticle \u00e9crit par\u00a0Pierre Gervasoni,\u00a0 paru dans Le Monde du 6 novembre 2012<\/p>\n<blockquote><p>Le compositeur am\u00e9ricain Elliott Carter est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 New York, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 103 ans, a annonc\u00e9 le 6 novembre sa maison de disques. Carter a compos\u00e9 158 \u0153uvres, de Symphonie n\u00b0 1 (1942) \u00e0 Instances, pr\u00e9vue pour f\u00e9vrier 2013. Il a remport\u00e9 par deux fois le prix Pulitzer de musique, pour son Quatuor \u00e0 cordes num\u00e9ro 2 (1960) puis son Quatuor \u00e0 cordes num\u00e9ro 3 (1973).<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/1gNtINRjmzM?rel=0\" frameborder=\"0\" width=\"420\" height=\"315\"><\/iframe><br \/>\nElliott Carter &#8211; <em>String Quartet No. 3<\/em> (1971). Performed by the Arditti String Quartet (this is the 1988 recording, in my opinion the best of all recordings so far).<\/p>\n<p>Exact contemporain d&rsquo;Olivier Messiaen, Elliott Carter connut un d\u00e9veloppement artistique presque inverse de celui du ma\u00eetre fran\u00e7ais. Alors que son a\u00een\u00e9 d&rsquo;un jour parvint assez vite \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un style susceptible de favoriser des d\u00e9cennies de cr\u00e9ations originales, Carter mit beaucoup de temps \u00e0 d\u00e9finir des modes d&rsquo;expression conformes \u00e0 son d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9crire une musique fond\u00e9e sur l&rsquo;exp\u00e9rience personnelle. Il se cultiva longuement dans de multiples domaines avant d&rsquo;envisager, \u00e0 plus de quarante ans, une premi\u00e8re synth\u00e8se qui lui valut davantage de reconnaissance dans les milieux modernistes de France et d&rsquo;Allemagne qu&rsquo;aupr\u00e8s de ses coll\u00e8gues am\u00e9ricains m\u00eame les plus ind\u00e9pendants. Pourtant, Elliott Carter n&rsquo;adh\u00e9ra jamais au syst\u00e8me s\u00e9riel qui pr\u00e9valut en Europe dans les ann\u00e9es 1950, sans toutefois suivre la voie d&rsquo;une libre tonalit\u00e9, emprunt\u00e9e par ses compatriotes les plus estimables.<\/p>\n<p>Influenc\u00e9 par Alfred North Whitehead (1861-1947), philosophe et math\u00e9maticien anglais d\u00e9fenseur de \u00ab\u00a0l&rsquo;organicisme\u00a0\u00bb, Carter con\u00e7ut ses \u0153uvres comme des parcours de vie qui emprunt\u00e8rent certaines de leurs orientations \u00e0 la litt\u00e9rature (Joyce), \u00e0 la po\u00e9sie (T.S. Eliot), \u00e0 la danse (Balanchine) et au cin\u00e9ma (Eisenstein). Avide de connaissance et toujours en qu\u00eate de renouveau, Carter livra \u00e0 propos des Variations pour orchestre (1954-55) une note d&rsquo;intention qui vaut assur\u00e9ment pour la totalit\u00e9 de ses \u0153uvres ult\u00e9rieures. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai essay\u00e9 de donner une expression musicale aux exp\u00e9riences que chacun, aujourd&rsquo;hui, peut avoir lorsqu&rsquo;il est confront\u00e9 \u00e0 tant d&rsquo;exemples remarquables et impr\u00e9vus de changements et de relations de caract\u00e8re, d\u00e9couverts dans la sph\u00e8re humaine par les psychologues et les romanciers, dans le cycle de vie des insectes et de certains animaux marins par les biologistes, en v\u00e9rit\u00e9, dans chaque domaine de l&rsquo;art et de la science.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 New York, le 11 d\u00e9cembre 1908, Elliott Carter grandit dans une famille bourgeoise qui n&rsquo;est pas vers\u00e9e dans la pratique artistique mais qui a le sens des affaires. Son p\u00e8re, patron d&rsquo;une fabrique de dentelles, trouve moins d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e0 l&rsquo;apprentissage du piano (vague hobby de l&rsquo;enfant de dix ans) qu&rsquo;\u00e0 celui de la langue fran\u00e7aise (acquise au contact d&rsquo;une gouvernante immigr\u00e9e). Les ann\u00e9es 1920 voient le jeune Elliott, tr\u00e8s attir\u00e9 par le th\u00e9\u00e2tre, fr\u00e9quenter quelques intellectuels new yorkais et effectuer de nombreux voyages en Europe.<\/p>\n<p>En 1924 a lieu une rencontre importante pour la suite de sa carri\u00e8re. Carter devient un proche de Charles Ives, compositeur iconoclaste qui l&rsquo;invite sans sa loge aux concerts de l&rsquo;Orchestre symphonique de Boston. C&rsquo;est toutefois au Carnegie Hall de New York que le jeune homme d\u00e9cide de devenir compositeur, apr\u00e8s avoir assist\u00e9 \u00e0 une ex\u00e9cution du Sacre du Printemps d&rsquo;Igor Stravinsky, sous la direction de Pierre Monteux. L&rsquo;Inde, Bali, la Chine, les pays arabes, les traditions extra-occidentales s&rsquo;ajoutent au bagage culturel de Carter qui int\u00e8gre l&rsquo;universit\u00e9 de Harvard sur recommandation de Charles Ives.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tudiant qui poursuit ses d\u00e9couvertes tous azimuts (de la litt\u00e9rature allemande au grec ancien) n&rsquo;opte qu&rsquo;en 1930 pour une sp\u00e9cialisation musicale sous la houlette, entre autres, de Walter Piston (harmonie, contrepoint) et de Gustav Holst (composition). Toujours en contact avec l&rsquo;Europe, Carter s\u00e9journe \u00e0 Paris de 1932 \u00e0 1935 afin d&rsquo;\u00e9tudier \u00e0 l&rsquo;Ecole de normale de musique avec Nadia Boulanger. Introduit aupr\u00e8s de nombreux compositeurs, dont Stravinsky, il fr\u00e9quente aussi Paul Val\u00e9ry et Cha\u00efm Soutine.<\/p>\n<p>De retour aux Etats-Unis il gagne sa vie comme critique musical et \u00e9pouse, en 1939, la sculptrice Helen Frost-Jones. En 1943, Carter est affect\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Office of War Information o\u00f9 il s&rsquo;occupe des programmes en langue fran\u00e7aise \u00e0 destination de l&rsquo;Europe. Le compositeur c\u00e9l\u00e8bre la Lib\u00e9ration de Paris par une Holiday Overture qui t\u00e9moigne d&rsquo;interrogations esth\u00e9tiques \u00e9galement perceptibles dans deux sonates marqu\u00e9es par le jazz et les musiques populaires, l&rsquo;une (1945-46) pour piano et l&rsquo;autre (1948), pour violoncelle et piano. Peu satisfait par ces productions, Carter \u00e9prouve la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir en profondeur aux enjeux de la cr\u00e9ation. Pour cela, il se retire dans le d\u00e9sert de l&rsquo;Arizona et y vit en ermite de l&rsquo;automne 1950 au printemps 1951. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il \u00e9crit son premier Quatuor \u00e0 cordes, dont certains \u00e9l\u00e9ments auraient \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9s par Le sang d&rsquo;un po\u00e8te, film de Jean<br \/>\nCocteau. Le genre du quatuor aura permis \u00e0 Carter de trouver sa voie.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ce premier essai, qui lui vaut une reconnaissance internationale, un deuxi\u00e8me Quatuor \u00e0 cordes, inspir\u00e9 de La montagne magique de Thomas Mann, obtient, en 1960, le Prix Pulitzer et se distingue par l&rsquo;assimilation des instruments \u00e0 des personnages. Carter poursuit dans cette direction avec le 3e Quatuor (1971) et surtout le 4e (1986), qui rev\u00eat le caract\u00e8re d&rsquo;une conversation entre quatre individus. Dans le 5e Quatuor (1995), ces derniers sont des instrumentistes en train de r\u00e9p\u00e9ter.<\/p>\n<p>Si la musique de chambre captive, le compositeur l&rsquo;aspect social qui r\u00e9git les concertos le motive \u00e9galement. Le Concerto pour orchestre (1969) s&rsquo;apparente \u00e0 une foule pour laquelle \u00ab\u00a0l&rsquo;attention serait port\u00e9e d&rsquo;une personne \u00e0 l&rsquo;autre, comme dans un film\u00a0\u00bb. Le Concerto pour clarinette (1997), command\u00e9 par Pierre Boulez (soutien ind\u00e9fectible de Carter) \u00e0 l&rsquo;occasion des vingt ans de l&rsquo;Ensemble Intercontemporain, invite le soliste \u00e0 se d\u00e9placer pour communiquer avec cinq groupes instrumentaux. Le grand orchestre constitue \u00e9galement un terrain privil\u00e9gi\u00e9 pour d\u00e9velopper des relations symboliques entre les instruments.<\/p>\n<p><em>Symphonia : sum fluxae pretium spei<\/em> (1998) fait r\u00e9f\u00e9rence au vers latin d&rsquo;un po\u00e8te anglais qui honore la bulle de l&rsquo;inspiration. Essentiellement instrumentale, la production de Carter compte quelques pages avec voix, parmi lesquelles un op\u00e9ra, What Next ? (1999) qui pose des questions de soci\u00e9t\u00e9. Rapport\u00e9e \u00e0 un compositeur alors \u00e2g\u00e9 de 91 ans, l&rsquo;interrogation point\u00e9e par le titre (\u00ab\u00a0Quoi d&rsquo;autre ensuite ?\u00a0\u00bb) permet d&rsquo;entrevoir la particularit\u00e9 de Carter.<\/p>\n<p>Quoi d&rsquo;autre apr\u00e8s cet op\u00e9ra ? Plus d&rsquo;une trentaine d&rsquo;\u0153uvres au cours de la d\u00e9cennie, neuf (d&rsquo;une dur\u00e9e globale d&rsquo;environ une heure) pour la seule ann\u00e9e 2007 ! A compter des ann\u00e9es 1980, l&rsquo;apparition des \u0153uvres nouvelles \u00ab\u00a0conna\u00eet une stup\u00e9fiante acc\u00e9l\u00e9ration qui semble ne pas vouloir cesser\u00a0\u00bb souligne Max Noubel, biographe et ex\u00e9g\u00e8te du compositeur (Elliott Carter ou le temps fertile, Contrechamps Editions). Carter ayant acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la ma\u00eetrise de son langage \u00e0 plus de 70 ans, seule une exceptionnelle long\u00e9vit\u00e9 devait lui permettre d&rsquo;en tirer profit.<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elliott Carter, compositeur. Article \u00e9crit par\u00a0Pierre Gervasoni,\u00a0 paru dans Le Monde du 6 novembre 2012 Le compositeur am\u00e9ricain Elliott Carter est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 New York, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 103 ans, a annonc\u00e9 le 6 novembre sa maison de disques. 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