{"id":2582,"date":"2010-09-02T08:28:53","date_gmt":"2010-09-02T06:28:53","guid":{"rendered":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/?p=2582"},"modified":"2011-01-02T00:35:35","modified_gmt":"2011-01-01T23:35:35","slug":"nous-sommes-tous-des-artistes-contemporains","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/?p=2582","title":{"rendered":"Nous sommes tous des artistes contemporains&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>[audio:http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/wp-mp3\/DonDeLillo.mp3]<br \/>\nDon DeLillo re\u00e7u par Laurent Goumarre, <em>Le Rendez-vous<\/em>, France Culture, 27 d\u00e9cembre 2010<\/p>\n<p>Mathieu Lindon a lu <em>Point Om\u00e9ga<\/em>, Don DeLillo, (<em>Lib\u00e9ration<\/em> 2 septembre 2010)<br \/>\n\u00abNous sommes tous des artistes contemporains. C\u2019est une sorte d\u2019au-del\u00e0  du postmodernisme que propose <em>Point Om\u00e9ga<\/em>, le dernier et bref roman de  Don DeLillo [&#8230;] Un  jeune cin\u00e9aste veut faire un film sur un intellectuel que le  gouvernement Busch a recrut\u00e9 pour l&rsquo;aider dans la conception de la guerre en Irak, puis que les r\u00e9publicains ont l\u00e2ch\u00e9 parce qu&rsquo;il ne faisait plus l&rsquo;affaire. Le jeune cin\u00e9aste veut qu&rsquo;il raconte face \u00e0 une cam\u00e9ra en plan fixe, devant un mur. \u00ab\u00a0Une conversation sur un lit de mort Voil\u00e0 ce que vous voulez la fatuit\u00e9, la vanit\u00e9 de l&rsquo;intellectuel [&#8230;] Vous voulez filmer un homme qui s&rsquo;effondre\u00a0\u00bb, dit le vieil homme au jeune sans avoir encore accept\u00e9 ou refus\u00e9 la proposition. Si le cin\u00e9aste s&rsquo;int\u00e9resse tant \u00e0 l&rsquo;intellectuel, c&rsquo;est que cet Elster a \u00e9crit un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Redditions\u00a0\u00bb, dont la premi\u00e8re phrase \u00e9tait \u00ab\u00a0Un gouvernement est une entreprise criminelle\u00a0\u00bb. <span style=\"color: #008000;\">\u00ab\u00a0La vraie vie n&rsquo;est pas r\u00e9ductible \u00e0 des mots prononc\u00e9s ou \u00e9crits, par personne, jamais. <\/span><span style=\"color: #008000;\">La vraie vie a lieu quand nous sommes seuls, \u00e0 penser, \u00e0 ressentir, perdus dans les souvenirs, r\u00eaveusement conscients de nous-m\u00eames, des moment infinit\u00e9simaux\u00a0\u00bb estime Elster \u00e0 l&rsquo;ouverture du premier chapitre. Nous sommes tous des artistes contemporains et vivre sa vie r\u00e9clame un talent qui n&rsquo;est pas donn\u00e9 \u00e0 tout le monde.<\/span><br \/>\nMais avant le premier chapitre, il y en a un autre, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Anonymat\u00a0\u00bb et un chapitre \u00ab\u00a0Anonymat 2\u00a0\u00bb, situ\u00e9 le lendemain dans le m\u00eame lieu, cl\u00f4t le livre. Ce lieu est le Museum of Modern Art de New York. Dans une salle obscure, sur un \u00e9cran de trois m\u00e8tres sur cinq, est diffus\u00e9 le film Psychose d&rsquo;Hitchcock, en une projection tellement ralentie qu&rsquo;elle dure 24 heures. Don DeLillo pr\u00e9cise dans une note finale que<em> <span style=\"color: #008000;\">24 Hour Psycho<\/span><\/em><span style=\"color: #008000;\">, \u0153uvre vid\u00e9o de Douglas Gordon<\/span>, fut install\u00e9 au Moma l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2006. C&rsquo;est comme si chaque image, chaque mouvement devenait ind\u00e9pendant des autres. \u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait comme les briques d&rsquo;un mur, qu&rsquo;on peut d\u00e9nombrer distinctement, pas comme le vol d&rsquo;une fl\u00e8che ou d&rsquo;un oiseau. L\u00e0 encore, ce n&rsquo;\u00e9tait ni semblable \u00e0 autre chose, ni diff\u00e9rent.\u00a0\u00bb Comment attraper la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 travers Psychose? \u00ab\u00a0Tout le monde se rappelle le nom du tueur, Norman Bates, mais personne ne se souvient du nom de la victime. Antony Perkins est Norman Bates, Janet Leigh est Janet Leigh.\u00a0\u00bb Des spectateurs passent durant la projection, qu&rsquo;on retrouvera. \u00ab\u00a0Lumi\u00e8re et son, totalit\u00e9 sans paroles, la suggestion au-del\u00e0 du film, l&rsquo;\u00e9trange r\u00e9alit\u00e9 criante qui respire et mange l\u00e0-bas, cette chose qui n&rsquo;est pas du cin\u00e9ma.\u00a0\u00bb Cette litt\u00e9rature qui ne serait pas de la litt\u00e9rature \u00e0 laquelle aspire Don DeLillo.<br \/>\nL&rsquo;intrigue du roman se d\u00e9roule dans la maison d&rsquo;Elster, en plein d\u00e9sert am\u00e9ricain, dans un huis clos pas si clos o\u00f9 le jeune cin\u00e9aste et le vieil universitaire sont vite rejoints par la fille du propri\u00e9taire. De qui est-il question? De l&rsquo;Irak, de la guerre, mais aussi du temps qui passe ou pas, du \u00ab\u00a0temps pur\u00a0\u00bb, et de la \u00ab\u00a0terreur habituelle\u00a0\u00bb. Et de l&rsquo;art, du cin\u00e9ma, de la litt\u00e9rature. \u00ab\u00a0Pour Elster, le coucher du soleil \u00e9tait une invention humaine, l&rsquo;arrangement perceptuel auquel nous proc\u00e9dions pour que la lumi\u00e8re et l&rsquo;espace se muent en \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;\u00e9merveillement.\u00a0\u00bb Elster pour qui le verbatim des mots qu&rsquo;il prononce dans son sommeil en dirait plus long sur lui que la plus longue biographie et serait \u00ab\u00a0litt\u00e9rature\u00a0\u00bb. Elster, cet \u00ab\u00a0outsider privil\u00e9gi\u00e9\u00a0\u00bb qui a \u00ab\u00a0\u00e9chang\u00e9 la \u00ab\u00a0Division des op\u00e9rations sp\u00e9ciales\u00a0\u00bb du Pentagone \u00ab\u00a0contre de l&rsquo;espace et du temps. Deux choses qu&rsquo;il semblait absorber par tous les pores\u00a0\u00bb. Tandis que Jessie, la fille, aime les vieux films \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, y \u00ab\u00a0guette le moment o\u00f9 un homme va allumer la cigarette d&rsquo;une femme\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0On dirait qu&rsquo;ils ne font que \u00e7a, dans les vieux films, les hommes et les femmes.\u00a0\u00bb<br \/>\nEnfant, Jessie avait une particularit\u00e9 que raconte son p\u00e8re, \u00ab\u00a0elle remuait un peu les l\u00e8vres en r\u00e9p\u00e9tant int\u00e9rieurement ce que je disais ou ce que sa m\u00e8re disait. [&#8230;] Entre le mouvement de ses l\u00e8vres et celui des miennes s&rsquo;op\u00e9rait une quasi-synchronisation. [&#8230;] Les yeux fix\u00e9s sur ma bouche, observant mes l\u00e8vres, remuant les siennes.\u00a0\u00bb Et la spectatrice d&rsquo;un moment de <em> 24 Hour Psycho<\/em>,<em><em> <\/em><\/em>\u00e0<em><em> <\/em><\/em>la fin du roman: \u00ab\u00a0Je lisais ce que disaient les gens sur leurs l\u00e8vres, dit-elle. Je guettais leurs l\u00e8vres et je savais ce qu&rsquo;ils disaient avant qu&rsquo;ils l&rsquo;aient dit. Je n&rsquo;\u00e9coutais pas, je regardais seulement. C&rsquo;\u00e9tait \u00e7a le truc. Je pouvais bloquer le son \u00e0 volont\u00e9, pendant qu&rsquo;ils disaient ce qu&rsquo;ils disaient.\u00a0\u00bb Le truc, c&rsquo;est aussi de trouver \u00ab\u00a0le point om\u00e9ga\u00a0\u00bb, notion h\u00e9rit\u00e9e de Teilhard de Chardin et qui est un \u00ab\u00a0paroxysme\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0bond hors de notre biologie\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit de r\u00e9volutionner la communication, entre les \u00eatres mais pas seulement. \u00ab\u00a0Puis nous part\u00eemes faire le plein en ville, et nous f\u00fbmes bient\u00f4t en route parmi les zones de faille et entre des amoncellements de rochers tourment\u00e9s, l&rsquo;histoire qui d\u00e9file par la vitre, les montagnes qui se forment, les mers qui reculent.\u00a0\u00bb\u00bb Mathieu Lindon<\/p>\n<blockquote><p><a href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2010\/02\/04\/books\/04delillo.html\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2602\" title=\"04delillo_CA0-articleLarge\" src=\"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/04delillo_CA0-articleLarge.jpg\" alt=\"\" width=\"343\" height=\"200\" srcset=\"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/04delillo_CA0-articleLarge.jpg 600w, http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/04delillo_CA0-articleLarge-300x175.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 343px) 100vw, 343px\" \/><\/a> <a href=\"http:\/\/bibliobs.nouvelobs.com\/20090424\/12141\/lorsque-lenfant-paresse\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2607\" title=\"lindon\" src=\"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/lindon.jpg\" alt=\"\" width=\"155\" height=\"200\" \/><\/a><br \/>\nDon DeLillo<span style=\"color: #ffffff;\">\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022<\/span>Mathieu Lindon<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[audio:http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/wp-mp3\/DonDeLillo.mp3] Don DeLillo re\u00e7u par Laurent Goumarre, Le Rendez-vous, France Culture, 27 d\u00e9cembre 2010 Mathieu Lindon a lu Point Om\u00e9ga, Don DeLillo, (Lib\u00e9ration 2 septembre 2010) \u00abNous sommes tous des artistes contemporains. C\u2019est une sorte d\u2019au-del\u00e0 du postmodernisme que propose Point Om\u00e9ga, le dernier et bref roman de Don DeLillo [&#8230;] Un jeune cin\u00e9aste veut &hellip; <a href=\"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/?p=2582\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Nous sommes tous des artistes contemporains&#8230;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[90,4],"tags":[204,203,205],"class_list":["post-2582","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-varia-art","category-varia","tag-don-delillo","tag-douglas-gordon","tag-mathieu-lindon"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2582","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2582"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2582\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2582"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2582"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2582"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}