{"id":10718,"date":"2015-11-01T15:44:53","date_gmt":"2015-11-01T14:44:53","guid":{"rendered":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/?p=10718"},"modified":"2015-11-01T16:01:00","modified_gmt":"2015-11-01T15:01:00","slug":"deleuze","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/?p=10718","title":{"rendered":"Deleuze. La taxinomie"},"content":{"rendered":"<p>Deleuze,\u00a0<em>Pourparlers<\/em><\/p>\n<p>Sur l&rsquo;image mouvement<br \/>\n\u00ab\u00a0&#8211; Votre livre se pr\u00e9sente comme \u00e9tant non une histoire du cin\u00e9ma, mais une classification des images et des signes, une <span style=\"color: #008000;\">taxinomie<\/span>. En ce sens,il prolonge certains de vos ouvrages pr\u00e9c\u00e9dents: par exemple, vous faisiez une classification des signes \u00e0 propos de Proust. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que vous d\u00e9cidez d&rsquo;aborder un domaine dans son ensemble, ici le cin\u00e9ma. Et en m\u00eame temps, bien que vous vous d\u00e9fendiez d&rsquo;en faire une histoire, vous le traitez historiquement.<\/p>\n<p>&#8211; En effet, c&rsquo;est une histoire du cin\u00e9ma, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, mais une \u00ab\u00a0<span style=\"color: #008000;\">histoire naturelle<\/span>\u00ab\u00a0. Il s&rsquo;agit de classer les types d&rsquo;images et les signes correspondants, comme on classe les animaux. Les grands genres, western, film policier, film d&rsquo;histoire, com\u00e9die, etc., ne nous disent pas du tout les types d&rsquo;images ou les caract\u00e8res intrins\u00e8ques. Les plans, en revanche, gros plan, plan d&rsquo;ensemble, etc. d\u00e9finissent d\u00e9j\u00e0 des <span style=\"color: #008000;\">types<\/span>. Mais il y a beaucoup d&rsquo;autres facteurs, lumineux, sonores, temporels, qui interviennent. Si je consid\u00e8re le domaine du cin\u00e9ma dans son ensemble, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il est construit sur la base de l&rsquo;image-mouvement. D\u00e8s lors, il est apte \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler ou \u00e0 cr\u00e9er un maximum d&rsquo;images diverses, et surtout \u00e0 les composer entre elles, par le montage. Il y a des images-perception, des images-action, des images-affection, et bien d&rsquo;autres encore. Et chaque fois il y a des <span style=\"color: #008000;\">signes internes<\/span> <span style=\"color: #008000;\">qui caract\u00e9risent ces images, \u00e0 la fois du point de vue de leur gen\u00e8se et de leur composition.<\/span> Ce ne sont pas des signes linguistiques, m\u00eame quand ils sont sonores ou m\u00eame vocaux. L&rsquo;importance d&rsquo;un logicien comme <span style=\"color: #008000;\">Peirce<\/span> est d&rsquo;avoir \u00e9labor\u00e9 <span style=\"color: #008000;\">une classification des signes extr\u00eamement riche, relativement ind\u00e9pendante du mod\u00e8le linguistique<\/span>. Il \u00e9tait d&rsquo;autant plus tentant de voir si le cin\u00e9ma n&rsquo;apportait pas une mati\u00e8re mouvante qui allait exiger une nouvelle compr\u00e9hension des images et des signes. En ce sens, j&rsquo;ai essay\u00e9 de faire un livre de logique du cin\u00e9ma. Pp. 67-68<\/p>\n<p>Dans <i>Mati\u00e8re et m\u00e9moire<\/i>, Bergson ne met plus le mouvement du c\u00f4t\u00e9 de la dur\u00e9e, mais d&rsquo;une part il pose une identit\u00e9 absolue mouvement-mati\u00e8re-image, d&rsquo;autre part il d\u00e9couvre un Temps qui est la coexistence de tous les niveaux de dur\u00e9e (la mati\u00e8re \u00e9tant seulement le plus bas niveau). Fellini disait r\u00e9cemment que nous sommes en m\u00eame temps l&rsquo;enfance, la vieillesse, la maturit\u00e9: c&rsquo;est tout \u00e0 fait bergsonien. Il y a dans Mati\u00e8re et m\u00e9moire, les noces d&rsquo;un pur spiritualisme et d&rsquo;un mat\u00e9rialisme radical. Si vous voulez Vertov et Dreyer \u00e0 la fois, les deux directions.\u00a0\u00bb P. 69<\/p>\n<p><i>Pourparlers<\/i>. Doutes sur l&rsquo;imaginaire<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je ne crois pas \u00e0 une sp\u00e9cificit\u00e9 de l&rsquo;imaginaire, mais \u00e0 deux r\u00e9gimes de l&rsquo;image : un r\u00e9gime qu&rsquo;on pourrait appeler organique, qui est celui de l&rsquo;image-mouvement, qui proc\u00e8de par coupures rationnelles et par encha\u00eenements, et qui projette lui-m\u00eame un mod\u00e8le de v\u00e9rit\u00e9 (le vrai, le tout&#8230;) Et puis un r\u00e9gime cristallin*, qui est celui de l&rsquo;image-temps, proc\u00e8de par coupures irrationnelles et n&rsquo;a que des r\u00e9-encha\u00eenements, et substitue au mod\u00e8le du vrai la puissance du faux comme devenir. Pr\u00e9cis\u00e9ment parce que le cin\u00e9ma mettait l&rsquo;image en mouvement, il avait les moyens propres \u00e0 rencontrer ce probl\u00e8me des deux r\u00e9gimes. Mais on les retrouve ailleurs, avec d&rsquo;autres moyens : il y a longtemps que W\u00f6rringer a montr\u00e9 dans les arts l&rsquo;affrontement d&rsquo;un r\u00e9gime organique \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb et d&rsquo;un r\u00e9gime inorganique ou cristallin, pourtant non moins vital que l&rsquo;autre, mais d&rsquo;une puissante vie non organique, barbare ou gothique. Il y a l\u00e0 deux \u00e9tats du style, sans qu&rsquo;on puisse dire que l&rsquo;un est plus \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb que l&rsquo;autre, puisque le vrai comme mod\u00e8le ou comme id\u00e9e appartient seulement \u00e0 l&rsquo;un des deux. Il se peut aussi que le concept, ou la philosophie, traverse ces \u00e9tats. Nietzsche est l&rsquo;exemple du discours philosophique qui bascule dans un r\u00e9gime cristallin, pour substituer au mod\u00e8le du vrai la puissance du devenir, \u00e0 l&rsquo;organon une vie non organique, aux encha\u00eenements logiques des r\u00e9-encha\u00eenements \u00ab\u00a0pathiques\u00a0\u00bb (aphorismes). Ce que W\u00f6rringer a appel\u00e9 l&rsquo;expressionnisme est un beau cas de compr\u00e9hension de la vie non organique, qui s&rsquo;est pleinement effectu\u00e9 dans le cin\u00e9ma, et dont on rendrait mal compte en invoquant l&rsquo;imaginaire. Mais l&rsquo;expressionnisme n&rsquo;est qu&rsquo;un cas, qui n&rsquo;\u00e9puise nullement le r\u00e9gime cristallin : il y a bien d&rsquo;autres figures, dans les autres genres ou dans le cin\u00e9ma lui-m\u00eame. N&rsquo;y a t&rsquo;il pas m\u00eame d&rsquo;autres r\u00e9gimes que les deux consid\u00e9r\u00e9s ici, le cristallin et l&rsquo;organique? \u00c9videmment, il y en a d&rsquo;autres (<span style=\"color: #008080;\">quel est le r\u00e9gime des images \u00e9lectroniques digitales, un r\u00e9gime silicium au lieu d&rsquo;un r\u00e9gime carbone?<\/span> L\u00e0 encore, les arts, la science, la philosophie op\u00e9reraient des rencontres). La t\u00e2che que j&rsquo;aurais souhait\u00e9 remplir, dans ces livres sur le cin\u00e9ma, ce n&rsquo;est pas une r\u00e9flexion sur l&rsquo;imaginaire, c&rsquo;est une op\u00e9ration plus pratique, essaimer des cristaux de temps. C&rsquo;est une op\u00e9ration qui se fait dans le cin\u00e9ma, mais aussi dans les arts, dans les sciences, dans la philosophie. Ce n&rsquo;est pas de l&rsquo;imaginaire, c&rsquo;est un r\u00e9gime des signes. En faveur, je l&rsquo;esp\u00e8re, d&rsquo;autres r\u00e9gimes encore. La classification des signes est infinie, et d&rsquo;abord parce qu&rsquo;il y a une infinit\u00e9 de classifications. Ce qui m&rsquo;int\u00e9resse, c&rsquo;est une discipline un peu particuli\u00e8re,<span style=\"color: #008000;\"> la taxinomie<\/span>, une classification des classifications, qui, contrairement \u00e0 la linguistique, ne peut pas se passer de la notion de signe.\u00a0\u00bb Pp. 94-96<br \/>\n<i> Hors-cadre<\/i>, no4, 1986<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deleuze,\u00a0Pourparlers Sur l&rsquo;image mouvement \u00ab\u00a0&#8211; Votre livre se pr\u00e9sente comme \u00e9tant non une histoire du cin\u00e9ma, mais une classification des images et des signes, une taxinomie. En ce sens,il prolonge certains de vos ouvrages pr\u00e9c\u00e9dents: par exemple, vous faisiez une classification des signes \u00e0 propos de Proust. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que vous d\u00e9cidez d&rsquo;aborder &hellip; <a href=\"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/?p=10718\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Deleuze. La taxinomie<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-10718","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10718","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10718"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10718\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10720,"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10718\/revisions\/10720"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10718"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10718"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10718"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}