{"id":1051,"date":"2009-07-03T08:16:07","date_gmt":"2009-07-03T07:16:07","guid":{"rendered":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/?p=1051"},"modified":"2010-09-06T11:30:39","modified_gmt":"2010-09-06T09:30:39","slug":"rousseau-proust-du-vert-devant-mes-fenetres","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/?p=1051","title":{"rendered":"Rousseau, Proust, Nietzsche : du vert devant mes fen\u00eatres"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/wp-content\/uploads\/2009\/07\/chambre.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1052\" title=\"chambre\" src=\"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/wp-content\/uploads\/2009\/07\/chambre.jpg\" alt=\"chambre\" width=\"640\" height=\"479\" srcset=\"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/wp-content\/uploads\/2009\/07\/chambre.jpg 840w, http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/wp-content\/uploads\/2009\/07\/chambre-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><br \/>\nRue Isaline.<\/p>\n<blockquote><p>\u00abElle habitait une vieille          maison, mais assez grande pour avoir une belle pi\u00e8ce de r\u00e9serve dont elle          fit sa chambre de parade et qui fut celle o\u00f9 l\u2019on me logea. Cette chambre          \u00e9tait sur le passage dont j\u2019ai parl\u00e9 o\u00f9 se fit notre premi\u00e8re entrevue,          et au-del\u00e0 du ruisseau et des jardins, on d\u00e9couvrait la campagne. <span>Cet          aspect n\u2019\u00e9tait pas pour le jeune habitant une chose indiff\u00e9rente. C\u2019\u00e9tait          depuis Bossey la premi\u00e8re fois que j\u2019avais du vert devant mes fen\u00eatres.          Toujours masqu\u00e9 par des murs, je n\u2019avais eu sous les yeux que des toits          ou le gris des rues. Combien cette nouveaut\u00e9 me fut sensible et douce\u00a0!          Elle augmenta beaucoup mes dispositions \u00e0 l\u2019attendrissement. Je faisais          de ce charmant paysage encore un des bienfaits de ma ch\u00e8re patronne\u00a0:          il me semblait qu\u2019elle l\u2019avait mis l\u00e0 tout expr\u00e8s pour moi\u00a0; je m\u2019y          pla\u00e7ais paisiblement aupr\u00e8s d\u2019elle\u00a0; je la voyais partout entre les          fleurs et la verdure\u00a0; ses charmes et ceux du printemps se confondaient          \u00e0 mes yeux. Mon c\u0153ur jusqu\u2019alors comprim\u00e9 se trouvait plus au large dans          cet espace, et mes soupirs s\u2019exhalaient plus librement parmi ces vergers.          On ne trouvait pas chez Madame de Warens la magnificence que j\u2019avais vue          \u00e0 Turin, mais on y trouvait la propret\u00e9, la d\u00e9cence et une abondance patriarcale          avec laquelle le faste ne s\u2019allie jamais. Elle avait peu de vaisselle          d\u2019argent, point de porcelaine, point de gibier dans sa cuisine, ni dans          sa cave de vins \u00e9trangers\u00a0; mais l\u2019une et l\u2019autre \u00e9taient bien garnies          au service de tout le monde, et dans des tasses de fa\u00efence, elle donnait          d\u2019excellent caf\u00e9. Quiconque la venait voir \u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 d\u00eener avec elle          ou chez elle, et jamais ouvrier, messager ou passant ne sortait sans manger          ou boire.<\/span><span>\u00bb <\/span>Jean-Jacques Rousseau, livre 3, <em>Confessions<\/em>. Lien vers \u00abnouvelle fen\u00eatre\u00bb:<a href=\"http:\/\/www.sabaudia.org\/v2\/dossiers\/rousseau\/document1.php\" target=\"_blank\"> Mireille V\u00e9drine (conservatrice des Charmettes: Rousseau et la Savoie<\/a>)<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>\u00abToute la journ\u00e9e, dans cette demeure de Tansonville un peu trop campagne qui n&rsquo;avait l&rsquo;air que d&rsquo;un lieu de sieste entre deux promenades ou pendant l&rsquo;averse, une de ces demeures o\u00f9 chaque salon a l&rsquo;air d&rsquo;un cabinet de verdure, et o\u00f9 sur la tenture des chambres, les roses du jardin dans l&rsquo;une, les oiseaux des arbres dans l&rsquo;autre, vous ont rejoints et vous tiennent compagnie &#8211; isol\u00e9s du moins &#8211; car c&rsquo;\u00e9taient de vieilles tentures o\u00f9 chaque rose \u00e9tait assez s\u00e9par\u00e9e pour qu&rsquo;on e\u00fbt pu si elle avait \u00e9t\u00e9 vivante, la cueillir, chaque oiseau le mettre en cage et l&rsquo;apprivoiser, sans rien de ces grandes d\u00e9corations des chambres d&rsquo;aujourd&rsquo;hui o\u00f9 sur un fond d&rsquo;argent, tous les pommiers de Normandie sont venus se profiler en style japonais, pour halluciner les heures que vous passez au lit, toute la journ\u00e9e je la passais dans ma chambre qui donnait sur les belles verdures du parc et les lilas de l&rsquo;entr\u00e9e, sur les feuilles vertes des grands arbres au bord de l&rsquo;eau, \u00e9tincelants de soleil et la for\u00eat de M\u00e9s\u00e9glise. Je ne regardais en somme tout cela avec plaisir que parce que je me disais, c&rsquo;est joli d&rsquo;avoir tant de verdure dans la fen\u00eatre de ma chambre jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 dans le vaste tableau verdoyant, je reconnus, peint lui au contraire en bleu sombre, simplement parce qu&rsquo;il \u00e9tait plus loin, le clocher de l&rsquo;\u00e9glise de Combray, non pas une figuration de ce clocher, ce clocher lui-m\u00eame, qui mettant ainsi sous mes yeux la distance des lieues et des ann\u00e9es, \u00e9tait venu, au milieu de la lumineuse verdure et d&rsquo;un tout autre ton, si sombre qu&rsquo;il paraissait presque seulement dessin\u00e9, s&rsquo;inscrire dans le carreau de ma fen\u00eatre. Et si je sortais un moment de ma chambre, au bout du couloir j&rsquo;apercevais, parce qu&rsquo;il \u00e9tait orient\u00e9 autrement, comme une bande d&rsquo;\u00e9carlate, la teinture d&rsquo;un petit salon qui n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une simple mousseline mais rouge, et pr\u00eate \u00e0 s&rsquo;incendier, si un rayon de soleil y donnait.\u00bb Marcel Proust, <em>Le Temps retrouv\u00e9<\/em>, chapitre 1.<\/p>\n<p>\u00abEt quand je vous aurai dit comment s&rsquo;appelle la place sur laquelle donne ma fen\u00eatre (des arbres magnifiques, au loin de grands b\u00e2timents rouge\u00e2tres, la mer et le galbe harmonieux de la Baie des anges), \u00e0 savoir le \u00ab\u00a0Square des Phoc\u00e9ens\u00a0\u00bb, peut-\u00eatre rirez-vous comme moi du cosmopolitisme formidable de cette association de mots \u2014les Phoc\u00e9ens se sont r\u00e9ellement install\u00e9s ici \u00e0 une certaine \u00e9poque\u2014 mais il y vibre quelque chose de triomphant et de supra-europ\u00e9en, quelque chose d&rsquo;extr\u00eamement r\u00e9confortant qui me dit: \u00ab\u00a0Ici, tu es \u00e0 ta place.\u00a0\u00bb\u00bb Nietzsche cit\u00e9 in Patrick Mauri\u00e8s, <em>Nietzsche \u00e0 Nice<\/em>, p. 25.<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rue Isaline. \u00abElle habitait une vieille maison, mais assez grande pour avoir une belle pi\u00e8ce de r\u00e9serve dont elle fit sa chambre de parade et qui fut celle o\u00f9 l\u2019on me logea. 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