{"id":10371,"date":"2015-06-06T10:39:42","date_gmt":"2015-06-06T08:39:42","guid":{"rendered":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/?p=10371"},"modified":"2015-06-24T10:53:37","modified_gmt":"2015-06-24T08:53:37","slug":"mathieu-lindon-belhaj-kacem-artaud-le-couperet-du-complot","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/?p=10371","title":{"rendered":"Mathieu Lindon. Belhaj Kacem, Artaud, le couperet du complot"},"content":{"rendered":"<header class=\"banner-headline\">\n<p class=\"info\"><time datetime=\"2015-06-05T18:17:17\"> <\/time><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/md1.libe.com\/photo\/15496-lindon.jpg?modified_at=1381961464&amp;width=150\" alt=\"Mathieu LINDON\" width=\"150\" data-src=\"http:\/\/md1.libe.com\/photo\/15496-lindon.jpg?modified_at=1381961464&amp;width=150\" data-src-retina=\"http:\/\/md1.libe.com\/photo\/15496-lindon.jpg?modified_at=1381961464&amp;width=150\" data-lazy-load=\"true\" \/>\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.lekti-ecriture.com\/editeurs\/-Tristram,79-.html\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-10375\" src=\"http:\/\/lantb.net\/uebersicht\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/9782367190433FS.gif\" alt=\"9782367190433FS\" width=\"163\" height=\"248\" \/><\/a><\/p>\n<p>\u00ab L\u2019expression sert plut\u00f4t pour d\u2019immenses sagas mais le nouveau texte de Mehdi Belhaj Kacem, qui ne fait que 70\u00a0petites pages, ne manque pas de souffle. <em>Artaud et la th\u00e9orie du complot <\/em>est \u00e0 l\u2019origine une intervention que l\u2019auteur, invit\u00e9 par Pierre Michon, fit fin 2014 pour clore l\u2019ann\u00e9e Artaud aux Rencontre de Chaminadour. Elle provoqua un enthousiasme que Jean-Paul Chavent d\u00e9crit dans sa pr\u00e9face : <em>\u00abSensation de participer plus que d\u2019assister \u00e0 ce qu\u2019une pens\u00e9e vivante suscite, provoque et incarne : rien de moins, en ces Tr\u00e8s Riches Heures de Chaminadour, que l\u2019invention d\u2019une communaut\u00e9 possible.\u00bb <\/em><\/p>\n<p>Mehdi Belhaj Kacem est n\u00e9 en 1973 et a v\u00e9cu en France \u00e0 partir de\u00a013\u00a0ans (p\u00e8re tunisien, m\u00e8re fran\u00e7aise). De 1994 \u00e0 1997, il publie chez Tristram, alors tout nouvel \u00e9diteur, <em>Cancer, 1993, Vies et morts d\u2019Ir\u00e8ne Lepic<\/em> et <em>l\u2019Ant\u00e9forme, <\/em>jusqu\u2019\u00e0 ce que son \u00e9criture prenne un tour plus philosophique (il a \u00e9t\u00e9 proche d\u2019Alain Badiou avant de s\u2019en \u00e9loigner radicalement). L\u2019invitation \u00e0 Rocamadour vient \u00e0 un instant propice, quand il veut s\u2019<em>\u00abop\u00e9rer vivant de toute litt\u00e9rature, et en particulier de cette forme de litt\u00e9rature que je pratique depuis plus de dix\u00a0ans, et qu\u2019on appelle encore, peut-\u00eatre improprement, la philosophie\u00bb.<\/em> Ce livre-conf\u00e9rence sur Artaud \u00e9voque, au-del\u00e0 de l\u2019auteur de <em>Van\u00a0Gogh le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9, <\/em>H\u00f6lderlin, Rousseau, Beckett, Guy Debord, Walter Benjamin, Brigitte Fontaine et Philippe Lacoue-Labarthe dont une lettre ouvre le texte, le philosophe \u00e9crivant : <em>\u00abUne autre phrase alors, non moins emphatique, je le crains, est venue se prononcer en moi : je sacrifierai donc \u00e0 l\u2019autobiographie.\u00bb <\/em>L\u2019autobiographie est aussi ici le sacrifice de Mehdi Belhaj Kacem qui la place dans l\u2019emphase et l\u2019h\u00e9ro\u00efsme revendiqu\u00e9s, un <em>\u00abh\u00e9ro\u00efsme moderne\u00bb<\/em> dont <em>Vies minuscules <\/em>de Pierre Michon fut un haut\u00a0fait.<\/p>\n<p><em>\u00abArtaud est formel : il a \u00e9t\u00e9 litt\u00e9ralement tortur\u00e9.\u00bb \u00abLa th\u00e9orie du complot\u00bb, <\/em>c\u2019est qu\u2019il n\u2019en est pas moins soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019\u00eatre parano\u00efaque, comme l\u2019est toujours Rousseau apr\u00e8s des si\u00e8cles. <em>\u00abMais pourquoi se pr\u00e9occuper, s\u2019enqu\u00e9rir d\u2019un h\u00e9ro\u00efsme moderne, me demanderez-vous ? La d\u00e9mocratie, le consensus postmoderne et convivialement nihiliste, n\u2019est-ce pas le deuil \u00e0 la fois d\u00e9pressif et sarcastique de tout h\u00e9ro\u00efsme, potentiellement fasciste ?\u00bb <\/em>Mehdi Belhaj Kacem avance de citation en citation, comme s\u2019il \u00e9tait lui-m\u00eame le lien entre elles. <em>\u00abEn enqu\u00eatant sur tout \u00e7a, sur tous ces litt\u00e9rateurs maudits, j\u2019en suis arriv\u00e9, il y a seulement quelques semaines, \u00e0 une conclusion absolument d\u00e9sarmante de simplicit\u00e9 : tous ces litt\u00e9rateurs ont, tout simplement, \u00e9t\u00e9 pauvres. Dans notre idiome moderne, nous dirions : voil\u00e0 une belle bande de crevards.\u00bb<\/em> Est-ce d\u2019une pr\u00e9tention insoutenable de se pr\u00e9tendre un crevard suppl\u00e9mentaire ? C\u2019est plut\u00f4t que Mehdi Belhaj Kacem a le sentiment de ne pas pouvoir faire autrement que de se retrouver dans ce camp-l\u00e0, l\u2019affaire est politique. <em>\u00abDepuis Rousseau, les tentatives les plus radicales de porter la litt\u00e9rature aux limites de ses possibilit\u00e9s se sont, autobiographiquement, c\u2019est-\u00e0-dire autothanatographiquement, suicidairement, confondues avec une narration \u00ab\u00a0complotiste\u00a0\u00bb.\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Mehdi Belhaj Kacem ne voit pas de coupure entre le temps de l\u2019avant-garde et celui de la postmodernit\u00e9 : la paraphrase, la r\u00e9p\u00e9tition, elles \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, elles y seront toujours. S\u2019adressant \u00e0 Pierre Michon : <em>\u00abLa postmodernit\u00e9 non postmoderne, c\u2019est toi : c\u2019est le \u00ab\u00a0ne pas c\u00e9der\u00a0\u00bb sur la litt\u00e9rature, et donc le courage h\u00e9ro\u00efque pour le path\u00e9tique, pour le lyrisme : pour les larmes et la souffrance.\u00bb<\/em> <em>\u00abOn ne peut pas ne pas se paraphraser.\/ C\u2019est \u00e7a qui s\u2019est pass\u00e9 avec Artaud. \u00ab\u00a0Victime\u00a0\u00bb exemplaire de l\u2019avant-garde, comme tant d\u2019autres avant lui du romantisme, c\u2019est-\u00e0-dire de la Religion de l\u2019art, Artaud est celui qui, par excellence, aura voulu trouer le langage pour trouver un langage surgi de nulle part : qui ne doive qu\u2019\u00e0 lui-m\u00eame.\u00bb <\/em><\/p>\n<p>Mehdi Belhaj Kacem fait une citation un peu christique d\u2019Artaud qui ne peut \u00eatre bien tant qu\u2019il y a du mal quelque part. C\u2019est pour en arriver l\u00e0 qu\u2019il a \u00e9crit cette conf\u00e9rence, pour trouver sa propre autobiographie chez Artaud. Il ne veut certes pas souffrir toujours. <em>\u00abEt pourtant, je ne peux qu\u2019adorer cette loyaut\u00e9, cet h\u00e9ro\u00efsme qui nous dit : tant que nous produirons, sans cesse, des souffrances absolument inutiles, abominables ; tant que nous saurons que, chaque seconde qui passe, quelqu\u2019un, homme ou animal, se fait torturer, assassiner, tabasser, mutiler, violer, exproprier de son \u00eatre ; alors la pr\u00e9tention de quelqu\u2019un \u00e0 \u00e9crire, penser, cr\u00e9er sans faire cas de cette souffrance surnum\u00e9raire sera nulle et non avenue.\u00bb<\/em> Il voit l\u00e0 une d\u00e9finition de la litt\u00e9rature &#8211; chaque auteur ne cr\u00e9e-t-il pas la sienne ?<\/p>\n<\/header>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab L\u2019expression sert plut\u00f4t pour d\u2019immenses sagas mais le nouveau texte de Mehdi Belhaj Kacem, qui ne fait que 70\u00a0petites pages, ne manque pas de souffle. 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