Grand Paris. L’économie circulaire

La maire de la capitale va annoncer des «états généraux de l’économie circulaire» en mars. PAR CORALIE SCHAUB. Libération du jour

A Paris, l’économie va tourner un peu plus rond. La municipalité veut convertir tous les acteurs au modèle «circulaire» : un écosystème où rien ne se perd et tout se transforme. Ou comment rompre avec la logique linéaire actuelle – extraire, transformer, consommer, jeter – qui produit une montagne de déchets et épuise les ressources naturelles.

L’économie circulaire (lire Libération du 7 octobre 2013) devient une priorité pour la ville : c’est ce que martèlera la maire de la capitale, Anne Hidalgo, lors du prochain Conseil de Paris, le 9 février. «Nous allons systématiser cette approche, en faire une ligne politique. L’idée étant de faire en sorte que les villes cessent d’être un problème mais soient aussi le lieu des solutions, explique Antoinette Guhl, adjointe à la maire en charge de l’économie sociale et solidaire, de l’économie circulaire et de l’innovation sociale. C’est une première en France et même dans le monde. Car des villes comme San Francisco ou Milan, très en pointe en matière de réduction des déchets, n’ont pas encore mis en œuvre une politique globale d’économie circulaire, qui va bien au-delà de ce seul sujet.»

Gaspillage. La ville de Paris veut aussi privilégier l’écoconception (produits conçus pour que leur cycle de vie ait le minimum d’impact sur l’environnement), l’écologie industrielle (les déchets et surplus d’énergie d’une entreprise deviennent les ressources des autres) ou l’économie de la fonctionnalité (préférer le service rendu par un bien à sa propriété) .

Concrètement, Anne Hidalgo lancera le 11 mars des «états généraux de l’économie circulaire du Grand Paris». Soit un «processus participatif» qui réunira d’avril à juillet des acteurs associatifs, économiques et institutionnels afin de phosphorer sur différents thèmes (lutte contre le gaspillage alimentaire, valorisation des biodéchets, exploitation des énergies de récupération, fiscalité incitative, mobilités douces et circuits courts…). Avant de restituer les conclusions dans un livre blanc présenté en septembre, qui servira de base à un plan d’action mis en œuvre «dès 2016».

L’idée est d’encourager et de généraliser ce qui se fait déjà. Comme Autolib ou Vélib, mais aussi le réemploi, chaque année, de 7 000 tonnes de pavés dans la voirie, l’installation dans la rue de conteneurs à textiles qui seront réemployés ou recyclés, ou la redistribution des invendus des marchés alimentaires…

Cantines. Sans attendre les résultats des états généraux, Anne Hidalgo détaillera son action la semaine prochaine. Ainsi, 150 sites municipaux (cantines, marchés) seront équipés d’une collecte sélective des biodéchets en 2016 ; 8 millions d’euros seront investis pour développer l’agriculture urbaine ; 100 sites supplémentaires par an, immeubles ou équipements publics, seront équipés de composteurs collectifs de déchets organiques (250 le sont déjà depuis fin 2014). Tous les immeubles parisiens seront équipés de bacs blancs pour le verre ; de nouvelles déchetteries et recycleries de proximité seront déployées, etc.

«Sans les Parisiens, les collectivités ne pourront pas agir. Et nous avons besoin des entreprises pour créer de nouvelles filières : il n’existe par exemple pas de filière parisienne de revalorisation du textile collecté, la majorité est aujourd’hui envoyée en Asie», avertit Antoinette Guhl. Si tout le monde s’y met, promet-elle, «l’économie circulaire permettra de créer 50 000 emplois nets locaux et non délocalisables dans le Grand Paris».

Foucault. En gros, les domaines des activités humaines

«En gros, les domaines des activités humaines peuvent être divisés en ces quatre catégories: —travail ou production économique; —sexualité, famille, c’est-à-dire reproduction de la société; —langage, parole; —activités ludiques, comme jeux et fêtes […]. Dans toutes les sociétés, il y a des personnes qui ont des comportements différents des autres, échappant aux règles communément définies dans ces quatre domaines, bref, ce qu’on appelle des individus marginaux.»
Dits et Ecrits, p.997

Jiro Yoshihara. Gutai art manifesto. 1956

Gutai* art manifesto in
http://nezumi.dumousseau.free.fr/japon/japgutai.htm

Désormais, l’art du passé apparaît à nos yeux, sous couvert d’apparences soi-disant signifiantes, comme une supercherie.

Finissons-en avec le tas de simulacres qui encombrent les autels, palais, salons et magasins de brocanteurs.

Ce sont tous des fantômes trompeurs qui ont pris les apparences d’une autre matière : magie des matériaux – pigments, toile, métaux, terre ou marbre – et rôle insensé que l’homme leur inflige. Ainsi occultée par les productions spirituelles, la matière complètement massacrée n’a pas droit à la parole.

Jetons tous ces cadavres au cimetière !

L’art Gutai ne transforme pas, ne détourne pas la matière; il lui donne vie. Il participe à la réconciliation de l’esprit humain et de la matière, qui ne lui est ni assimilée ni soumise et qui, une fois révélée en tant que telle se mettra à parler et même à crier. L’esprit la vivifie pleinement et, réciproquement, l’introduction de la matière dans le domaine spirituel contribue à l’élévation de celui-ci.

Bien que l’art soit champ de création, nous ne trouvons dans le passé aucun exemple de création de la matière par l’esprit. A chaque époque, il a donné naissance à une production artistique qui cependant ne résiste pas aux changements. Il nous est par exemple difficile aujourd’hui de considérer autrement que comme des pièces archéologiques les grandes œuvres de la Renaissance.

Tout conservateur que cela puisse paraître de nos jours, ce sont peut-être les arts primitifs et l’art depuis l’impressionnisme qui ont tout juste réussi à garder une sensation de vie, sans heureusement trop trahir la matière, même triturée; ce sont encore les mouvements comme le pointillisme ou le fauvisme qui ne supportaient pas de sacrifier la matière, bien que la consacrant à la représentation de la nature. Néanmoins, ces œuvres ne nous émeuvent plus ; elles appartiennent au passé.

Ce qui est intéressant, c’est la beauté contemporaine que nous percevons dans les altérations causées par les désastres et les outrages du temps sur les objets d’art et les monuments du passé. Bien que cela soit synonyme de beau décadent, ne serait-ce pas là que, subrepticement, se révélerait la beauté de la matière originelle, par-delà les artifices du travestissement ? Lorsque nous nous laissons séduire par les ruines, le dialogue engagé par les fissures et les craquelures pourrait bien être la forme de revanche qu’ait pris la matière pour recouvrer son état premier. Dans ce sens, en ce qui concerne l’art contemporain, nous respectons Pollock et Mathieu car leurs œuvres sont des cris poussés par la matière, pigments et vernis. Leur travail consiste à se confondre avec elle selon un procédé particulier qui correspond à leurs dispositions personnelles. Plus exactement, ils se mettent au service de la matière en une formidable symbiose.

Nous avons été très intéressés par les informations que DOMOTO Hisao et TOMINAGA Sôichi nous ont données au sujet de Tàpies, Mathieu et les activités de l’art informel, et sans en connaître les détails, nous partageons la même opinion pour l’essentiel. Il y a même une étonnante coïncidence avec nos revendications récentes au sujet de la découverte de formes entièrement neuves et qui ne doivent rien au formes préexistantes. L’on ne sait toutefois pas clairement si, sur le plan des recherches possibles, les composantes formelles et conceptuelles de l’art abstrait – couleur, ligne, forme, etc. – sont appréhendées dans une quelconque relation avec la spécificité de la matière. Quant à la négation de l’abstraction, nous n’en saisissons pas l’argument essentiel; quoi qu’il en soit, l’art abstrait sous une forme déterminée a perdu tout attrait pour nous et l’une des devises de la formation de l’Association pour l’art Gutai, il y a trois ans, consistait à faire un pas en avant par rapport à l’abstraction, et c’est pour nous en démarquer que nous avons choisi le terme de Gutai « concret » ; mais également et surtout parce que nous voulions nous positionner de manière ouverte sur l’extérieur, en opposition avec la démarche centripète de l’abstraction.

A ce moment-là, encore maintenant d’ailleurs, nous pensions que le legs le plus important de l’abstraction résidait dans le fait qu’elle avait vraiment ouvert la voie, en ne limitant pas l’art à la simple représentation, à de nouvelles possibilités de création d’un espace autonome, digne du nom d’art.

Nous avions décidé de consacrer notre énergie à la recherche des possibilités d’une création artistique pure. Pour concrétiser cet espace « abstractionniste », nous avions essayé de créer une complicité entre les dispositions humaines de l’artiste et la spécificité de la matière.

Nous avions en effet été étonnés par la constitution d’un espace inconnu et inédit dans le creuset de l’automatisme où se fondaient les dispositions propres à l’ artiste et le matériau choisi. Car l’automatisme transcende inévitablement l’image du créateur. Nous avons donc consacré tous nos efforts à la recherche de moyens personnels de création spatiale au lieu de compter sur notre seule vision.

Si nous prenons par exemple KINOSHITA Toshiko, qui est membre de notre association, elle n’est que professeur de chimie dans un collège de jeunes filles; en déposant tout simplement des substances chimiques sur du papier filtre, elle arrive à générer un espace étrange. La réaction ne se faisant pas immédiatement, il faut attendre le lendemain de la manipulation pour connaître le résultat définitif et précis. Il faut signaler que le mérite d’avoir été la première à miser sur les formes que peut prendre ce matériau bizarre lui revient. Après Pollock, il peut y avoir des milliers de Pollock sans que cela nuise à son prestige car ce qui compte, c’est la découverte.

Sur une immense feuille de papier, SHIRAGA Kazuo dépose un amas de peinture et l’étale violemment avec les pieds. Ce procédé entièrement neuf a été accueilli par les journalistes de-puis deux ans comme art corporel, mais en fait SHIRAGA n’a jamais eu l’intention de monter en spectacle son étrange ouvrage; il n’a fait que recueillir , dans des conditions spontanées, le moyen de réaliser la synthèse entre le matériau, qu’il a choisi en fonction de son tempérament, et son état psychique.

Par rapport à la méthode organique de SHIRAGA, SHIMAMOTO Shôzô poursuit depuis quelques années des manipulations mécaniques. Il fracasse un flacon de verre rempli de vernis sur un support et obtient ainsi une peinture résultant des éclaboussures et des projections, ou bien, il provoque l’explosion par gaz d’acétylène d’un petit canon de sa fabrication rempli de couleurs qui se répandent en un instant sur une grande toile ; cette expérience est d’une fraîcheur à couper le souffle.

Il y a également les travaux de SUMI Yasuo, qui utilise un vibrateur électrique et les œuvres de YOSHIDA Toshio constituées d’un tas unique de pigments.

Cette quête d’un univers original et inconnu a donné naissance à de nombreuses autres œuvres sous forme d' »objets ». Les conditions imposées lors de l’exposition en plein air qui avait lieu tous les ans à Ashiya, furent sans doute très stimulantes. Quant aux travaux qui combinent différents matériaux, il ne faut cependant pas les confondre avec les objets sur-réalistes car les premiers évitent de mettre l’accent sur le titre et le sens de l’œuvre, contrairement à ces derniers. L’objet de l’art Gutaï, feuille de métal colorée (TANAKA Atsuko) ou bien forme semblable à une moustiquaire réalisée dans du vinyle rouge (YAMAZAKI Tsuruko) doit être considéré comme une action intentée à la spécificité de la matière, couleur et forme.

Le fait d’être une association ne signifie pas qu’il y ait un quelconque contrôle, car dans la mesure où elle se veut jusqu’au bout un lieu de création, elle donne lieu à toutes sortes d’expériences: art corporel, art du toucher et musique concrète (depuis plusieurs années SHIMAMOTO Shôzô a réalisé des œuvres expérimentales dignes d’intérêt).

L’œuvre de SHIMAMOTO Shôzô qui donne l’impression de marcher sur un pont effondré; celle de MURAKAMI Saburô évoquant un corps entré dans une longue-vue scrutant le ciel; l’élasticité organique des grands sacs de vinyle de KANAYAMA Akira ; ou le Costume fait d’ampoules clignotantes de TANAKA Atsuko ; ou bien encore les formes d’eau et de fumée de MOTONAGA Sadamasa.

L’art Gutaï respecte tous les pas en avant et toutes les audaces vers l’inconnu. De prime abord, on nous confond souvent avec Dada, que nous ne négligeons nullement et dont nous découvrons à nouveau le mérite. Il faut dire cependant que nous sommes bien différents et que notre démarche naît au contraire de l’aboutissement des recherches de nouvelles possibilités.

Geijutsu shincho, (Nouvelles Tendances artistiques), Tokyo, décembre 1956, pp.2O2-2O4.

*Le terme vient de Gu : instrument, Taï : outil, son adverbe Gutaïteki : concret, incarnation.
Jiro Yoshihara, né en 1905 à Osaka, peut être considéré comme le fondateur et le théoricien du mouvement, mais il déclare :  » Je suis un maître qui n’a rien à vous apprendre, mais je vais créer un climat optimum pour la création. » Il est cependant dèjà un artiste reconnu de 50ans alors que tous les autres ont entre 20 et 35 ans. Ce mouvement prend sa source non pas à Tokyo mais le Kansaï, région pourtant réputée comme plus traditionaliste. Parmi les précurseurs du groupe Gutaï, figure le group Zéro (Zero-Kai) formé en particulier par Shiraga Kazuo et son épouse Shiraga Fujiko, Murakami Saburô , Tanaka Atsuko, Kanayama Akira
Et aussi le long article d’Alfred Pacquement « L’extraordinaire intuition » http://articide.com.pagesperso-orange.fr/gutai/fr/pa.htm

Et aussi un bel historique de l’art en plein air par Yoshio SHIRAKAWA, Kuniichi UNO: QUI A PEUR DE L’AVANT-GARDE JAPONAISE?
http://articide.com.pagesperso-orange.fr/gutai/fr/sy_uk.htm

Mira Schendel

En cherchant Guy Brett, je tombe sur cette artiste brésilienne: « Mira Schendel (1919–1988) was one of Latin America’s most important and prolific post-war artists. With her contemporaries Lygia Clark and Hélio Oiticica, Schendel reinvented the language of European Modernism in Brazil. Tate Modern is staging the first ever international full-scale survey of her work. »

http://www.tate.org.uk/whats-on/tate-modern/exhibition/mira-schendel

Andrea Branzi. Le design a gagné sur l’architecture

Andrea Branzi, qui a fondé, en 1982, la Domus Academy, première école post-universitaire de design à Milan, estime que notre époque ouvre un champ des possibles. Entretien In Le Monde du jour

« Fin observateur des mutations de la société, quel regard portez-vous sur ce siècle ?

Elles sont finies, les grandes utopies du XXe siècle. Vouloir un monde plus juste, du bien-être pour tous… On a vu la faillite du système socialiste et celle du capitalisme. Dans les années 1980, on pensait que les religions allaient disparaître, balayées par la logique industrielle. Nous sommes au coeur d’une guerre religieuse. On pensait que la globalisation entre les hommes, les marchés et les territoires allait tout homogénéiser, et on voit des conflits locaux et des crises éclater. La société est tel un ectoplasme qui se développe de manière incontrôlée. Il faut accepter ce monde fluide et divers. Il n’y a plus de modèle définitif. Ainsi le design a gagné sur l’architecture moderne. Plus léger et fluide, le premier pénètre dans l’espace domestique. Il est capable d’apporter du bien-être dans le quotidien des hommes, par petites touches.

Quel conseil donnez-vous à vos étudiants ?

C’est une époque très excitante. Tout est en train de changer. Par exemple, le temps de travail et le temps libre se superposent. Le passé, le présent et le futur ne font plus qu’un. Il faut introduire dans la conception d’objets une nouvelle dramaturgie qui intègre la nature, à la base de toute réflexion sur la modernité. J’aime ces grandes villes indiennes où les bêtes et les hommes, la mort et la vie cohabitent. Au contraire, en Occident, on sépare les défunts des vivants. Les animaux sont souvent mis hors champ du design. Moi, je m’intéresse à cette contamination. Il faut s’inspirer des civilisations anciennes et convoquer de nouveau tous les thèmes essentiels de la condition humaine : la mort, la vie, l’éros et le sacré.

Le but est de susciter une émotion ?

Le but du design est de faire des objets qui ont une énergie expressive et une capacité poétique. Une chose qu’on aime voir, qu’on aime croiser, qui a une présence. L’objet n’est plus un bien que tout le monde peut s’approprier, mais au contraire il est devenu sélectif. Il ressemble à ces animaux domestiques qui vont jusqu’à choisir leurs maîtres et vivent comme des esprits bienfaisants dans leurs maisons. Regardez ce vase. On en trouve dans toutes les civilisations, même dans celles qui n’ont pas eu d’architecture. Voilà un objet inutile et indispensable. »

Propos recueillis par Véronique Lorelle

Ali et Hèdi Thabet. Rayahzone

Vu sur Arte dans la série Let’s Dance

Rayahzone est le premier spectacle né du travail conjoint d’Ali et Hèdi Thabet. Trois danseurs, les frères Thabet et Lionel About, y incarnent trois entités : la raison, la folie et la mort. Entre danse et acrobatie, le trio virevolte et s’élance, l’un servant d’appui aux deux autres, dans un décor d’inspiration tunisienne, hors du temps. Dans cette chorégraphie mystique, le souffle est au centre de tout : les mouvements sont aériens, un flux invisible semble passer d’un performeur à l’autre au grès de leurs mouvements. Ici se brouillent les notions de verticalité et d’horizontalité pour mettre en lumière l’équilibre qui lie ces forces fondamentales. Une atmosphère méditative renforcée par un coeur soufi chantant une entêtante litanie. Rayahzone, une magnifique ode à la spiritualité et à la fraternité.